Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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Israël : un nouveau gouvernement, pour combien de temps ?

David Chemla est président de « La Paix Maintenant » et auteur de Bâtisseurs de paix, Liana Levi, Paris, 2005.

Depuis, cinq élections et sept gouvernements se sont succédés. Cette instabilité gouvernementale est une caractéristique constante de la politique israélienne depuis la création de l’État. Elle est la conséquence d’un système électoral à la proportionnelle mis en place depuis 1920, date de la première élection de l’Assemblée des représentants du Yishouv1, parce qu’il favorisait l’intégration des communautés et accordait une légitimité à l’État en devenir. Mais dès 1949 Ben Gourion avait compris la nécessité de réformer ce système qui entraînait la multiplication des listes (vingt-et-une listes déjà en 1949 pour une population de 700 000 habitants). Malheureusement toutes les tentatives pour le changer ont échouées jusqu’à présent, à l’exception de celle visant à élire le Premier ministre au suffrage universel qui fut abandonnée après trois échéances (1996, 1999 et 2003).

Lors des dernières élections, douze listes ont réussi à dépasser le seuil de représentation fixé à 2 %, une vingtaine d’autres listes se répartissant les 200 000 voix perdues. Seul le Likoud était en mesure de former un gouvernement de coalition soutenu par 65 députés issus de ses alliés naturels situés à sa droite ou à son extrême droite. Mais Netanyahou, conscient de la nécessité de disposer d’un gouvernement plus présentable et de l’attente du public d’une union nationale, ne voulait pas d’une coalition trop marquée à droite. Lors de sa précédente mandature, de 1996 à 1999, il l’avait expérimentée et son gouvernement était tombé. Privilégiant une coalition plus large, pour avoir une marge de manœuvre dans le cas où il serait obligé de faire des concessions sous la pression américaine, il n’a pas réussi à persuader Tzipi Livni à se joindre à lui avec les 28 députés de Kadima ; par contre il a obtenu le soutien du Parti travailliste. Comment expliquer cette situation où l’opposition va être dirigée par un Parti centriste alors que le gouvernement sera soutenu par une coalition de droite associée au Parti travailliste ?

Cette question nous renvoie à l’histoire du Parti travailliste. Ce parti a toujours été un parti de gouvernement. De 1933, date à laquelle il prit le contrôle du mouvement sioniste, jusqu’à 1977, date de l’accession au pouvoir de Menahem Begin, leader historique de la droite, ce parti dirigea le pays et exerça son influence sur tous les secteurs de la société. Depuis, pendant les périodes où ils n’étaient pas au pouvoir, ses dirigeants ont été incapables de constituer une force d’opposition parce qu’ils n’ont pas de culture d’opposition. La création de Kadima par Ariel Sharon, avec des transfuges du Likoud et du Parti travailliste, lui a posé une question d’identité. Malgré ses premières déclarations, à l’issue des élections, appelant à faire une cure d’opposition pour se refonder, Ehud Barak a obtenu que la majorité du parti (58 %) soutienne sa proposition d’entrer dans le gouvernement. Ce vote a été obtenu sous la pression de certains travaillistes d’une part qui, avec Barak, ne voulant pas que leur parti devienne le second parti d’opposition, ont choisi de rester associés à la direction du pays compte tenu des enjeux sécuritaires et diplomatiques, et d’autre part du dirigeant de la Histadrout2, Ofer Eini, qui aurait obtenu de Netanyahou, semble-t-il, des garanties, importantes en cette période de crise, sur sa politique économique. Rabin disait en son temps que nous n’avions pas un second Israël en réserve face à la politique du pire quand certains prônaient de laisser un gouvernement de droite aller droit dans le mur. Responsabilité nationale face à responsabilité partisane, tel a été le dilemme des travaillistes. Il n’est pas sûr qu’ils aient fait le bon choix. Ne valait-il pas mieux laisser la droite majoritaire mener sa politique et en supporter seule les conséquences et parallèlement reconstruire le parti en tant que véritable alternative de gauche ?
L’autre grand partenaire de Netanyahou au gouvernement est Israël Beitenou, dirigé par Avigdor Lieberman, qui a obtenu quinze mandats. Ce parti a fait toute sa campagne sur le thème de la citoyenneté, visant clairement les citoyens arabes israéliens auxquels il demande un engagement de fidélité comme condition nécessaire au droit de nationalité, donc aux droits civiques, remettant en cause les principes de la Déclaration d’indépendance. La réussite électorale de ce parti, soutenu majoritairement mais pas uniquement par des juifs issus des anciennes républiques soviétiques, est un des signes du glissement à droite de la population. Cependant la nomination au poste de ministre des Affaires étrangères de Lieberman, qui avait déclaré que Moubarak pouvait aller en enfer en raison de son refus de se rendre en Israël, et dont la première déclaration a été d’affirmer qu’Israël n’était pas lié par les engagements de la Conférence d’Annapolis (27 novembre 2007), va poser rapidement des problèmes à la diplomatie israélienne.

Toutes ces tractations entre les partis illustrent une fois de plus la fameuse phrase de Kissinger qui avait déclaré qu’Israël n’avait pas de politique extérieure, mais seulement une politique intérieure. Les dirigeants des différents partis, contraints de négocier entre eux une plate-forme de gouvernement, se trouvent ensuite incapables de négocier avec leurs voisins sans mettre en péril leur coalition gouvernementale.
La première conséquence de ces tractations est la constitution d’un gouvernement pléthorique qui va coûter, selon les estimations, 6,5 milliards de shekels (environ 1,58 milliard de dollars) au cours des prochaines années, résultat des promesses

  1. Surnom de la communauté juive préexistant à l’État pendant la période du mandat britannique sur la Palestine.
  2. La Histadrout est le syndicat le plus important du pays.

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