Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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Israël : un nouveau gouvernement, pour combien de temps ?

que Netanyahou a dû faire à ses partenaires de coalition. Le ministre des Finances sortant, Ronnie Bar-On, a averti que les engagements pris ne pourront pas être satisfaits suite à l’augmentation du déficit budgétaire1 et à l’aggravation de la crise économique.
Face à ce gouvernement, Tzipi Livni a réussi, en rassemblant sur son nom une majorité d’électeurs, à crédibiliser l’existence d’un parti centriste. Rappelons que les précédentes tentatives de création d’un parti du centre, Shinoui en 2003 et Dash en 1977, n’avaient pas survécu aux élections suivantes. Livni a refusé d’entrer dans ce gouvernement parce qu’elle n’avait pas obtenu l’accord de Netanyahou pour une alternance au poste de Premier ministre au bout de deux ans, ni la garantie qu’il s’engagerait fermement sur la solution à deux États. De plus, consciente de devoir la victoire électorale relative de Kadima à de nombreux électeurs de gauche ayant choisi de voter « utile », elle a affirmé vouloir respecter leur vote. En se positionnant comme la « Madame Propre » de la politique israélienne, elle renforce sa crédibilité et, à la différence de Barak, elle sait qu’elle sera la seule alternative à Netanyahou. Son problème actuel, à la tête d’une opposition fragilisée par l’entrée dans la coalition des travaillistes, est sa capacité à conserver l’unité de son parti au sein duquel se trouvent des personnalités comme Shaul Mofaz, proche idéologiquement de Netanyahou, et qui était partisan d’entrer dans le gouvernement. N’oublions pas que Kadima est encore un parti jeune, sans véritable assise électorale dans le pays, et qui plus est a une plate-forme économique libérale assez proche de celle du Likoud.

En conclusion, le résultat de ces élections marque l’affaiblissement des partis sionistes historiques : le Parti travailliste n’a pas entrepris sa refondation, le Meretz n’a pas réussi malgré son élargissement à d’autres personnalités à se poser en alternative de gauche ; au contraire le vote utile a joué contre ces deux partis. Mêmes les partis de droite sionistes ont perdu des voix au profit de la liste populiste de Lieberman. Les Israéliens dans leur majorité n’ont pas voté par choix idéologique, mais pour ou contre des personnes, d’autant plus, que suite à une succession d’affaires2, la classe politique est globalement déconsidérée. Comme partout aujourd’hui, la politique se déroule à la télévision et la question de la paix, à laquelle peu de gens croient encore, ne fait pas monter l’audimat. Cette perte de confiance en la paix s’accompagne, parallèlement toujours d’un soutien à la solution de deux États, comme le montre régulièrement tous les sondages. Comment expliquer ce paradoxe ? La majorité de la population est convaincue de la nécessité de créer un État palestinien, certains même étant persuadés que celui-ci existe plus ou moins déjà, montrant à quel point ils ignorent la situation réelle des Palestiniens sous occupation. Mais cette majorité a aussi interprété les tirs de roquettes sur les villes du Sud, suite au retrait de Gaza, comme la signification du refus des Palestiniens de la solution de deux États. La non reconduite du cessez-le-feu par le Hamas en décembre dernier a renforcé ce sentiment et explique le large soutien à l’opération menée à Gaza. Devant cette situation, le gouvernement sortant a fait cette guerre pour éviter de donner un avantage électoral à la droite et à l’extrême droite, mais il n’en a tiré aucun bénéfice, surtout quand le Hamas a repris ces tirs après le cessez-le-feu3. Encore une fois, comme cela est le cas depuis des années, le Hamas a voté Likoud, préférant avoir la droite au pouvoir en Israël de façon à prouver au monde et aux Palestiniens qu’il n’y a pas d’interlocuteur en Israël pour négocier, justifiant ainsi sa politique de refus. Ehud Olmert, qui se disait prêt à passer un accord avec les Palestiniens, en choisissant l’affrontement militaire, a envoyé un double message contradictoire aux électeurs qui ont préféré voter, puisqu’une politique de force était nécessaire, pour l’original plutôt que pour la photocopie. En quittant le gouvernement Sharon une semaine avant le désengagement de Gaza, Netanyahou avait perdu les élections suivantes. Mais son crédit était remonté quand ses prédictions sur l’absence de sécurité qu’apporterait ce retrait se sont avérées justes. Son image d’homme fort lui permettra-t-elle d’affronter les opposants au sein de son propre parti si sous les pressions que l’administration Obama se prépare, semble-t-il, à exercer, il accepte de s’engager vers des compromis ? Quant à sa politique économique libérale qui lui avait valu des succès en tant que ministre des Finances de Sharon de 2003 à 2005, sera-t-elle encore efficace alors que de plus en plus de couches défavorisées sont touchées par le chômage et la crise ? Enfin réussira-t-il à conserver l’unité de cette coalition hétéroclite entre les laïques d’Israël Betainou4 et les religieux du Shas, entre les travaillistes partisans de la solution à deux États et ses opposants au sein du Likoud ? Bibi5 tiendra-t-il les promesses contradictoires faites à tous ses partenaires ? N’oublions pas qu’on l’avait surnommé « Le menteur » suite à sa précédente mandature comme Premier ministre !

  1. Le budget de l’État est déjà déficitaire de 45 à 50 milliards de shekels (environ de 11 à 12 milliards de dollars) cette année en raison de la baisse des recettes fiscales, des dépenses résultant de l’opération militaire à Gaza et des autres demandes liées à la Défense, a indiqué Shlomo Maoz, économiste en chef de la société de bourse, Excellence Nessuah.
  2. Un ancien président accusé de viol, un Premier ministre sortant accusé de corruption et un ancien ministre des Finances accusé de vol !
  3. Sderot, Ashkelon et Beer Sheva, villes ayant subi des tirs de roquettes, ont voté en moyenne à 62 % pour l’ensemble des partis de droite et d’extrême droite (Likoud, Israël Beteinou, listes religieuses de droite) et à 23 % pour les listes travaillistes, Kadima et Meretz.
  4. Dans son programme, ce parti s’est engagé vis-à-vis de ses électeurs russophones, dont beaucoup ne sont pas considérés comme des juifs par le rabbinat, à mettre en place des mariages civils.
  5. Bibi est le surnom donné à Benyamin Netanyahou.

David Chemla

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