Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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La gauche et les classes populaires en milieu urbain. Sur deux énigmes des élections françaises de 2007 et 2008.

 
Florent Gougou est doctorant au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et
ATER (Attaché temporaire d’enseignement et de recherche) à l’Institut d’études politiques de Grenoble. Il achève actuellement une thèse de science politique sur les évolutions du vote des ouvriers en France et en Allemagne depuis 1945.

(Cet article est la version écrite remaniée d’une communication intitulée « Les effets électoraux des évolutions sociologiques des milieux populaires des grandes agglomérations urbaines », qui a été présentée le 20 mai 2008 lors d’une journée d’études conjointement organisée par l’Institut d’études politiques de Bordeaux et le groupe d’analyse électorale de l’association française de Science Politique sur « Les processus électoraux dans les grandes agglomérations françaises ».)

Au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2002, le piètre score de Lionel Jospin (16,2 % des suffrages exprimés) n’a pas seulement signifié l’élimination de la meilleure chance de la gauche dans la course à l’Élysée. Sous les yeux stupéfiés des électeurs et de l’ensemble des responsables politiques, il a aussi acté le divorce électoral entre la gauche et les couches populaires. Le processus était à l’œuvre depuis la fin des années 1970 (tableau 1), mais il n’a été consommé qu’avec le « séisme » politique du 21 avril 2002. Cette prise de conscience a constitué, en soi, un véritable événement politique.

Les grandes évolutions du vote des milieux populaires

Au cours des deux dernières décennies, le vote des couches populaires n’est pas allé pour autant sans nouvelles spécificités. Tour à tour ont pu être notés une droitisation du vote des nouvelles générations d’ouvriers dont a particulièrement profité le Front national 1 , un alignement électoral des Français issus de l’immigration (très largement sur-représentés dans les couches populaires) sur le Parti socialiste  2 ou encore une montée spectaculaire de l’abstentionnisme électoral et une certaine dégradation de la qualité de l’inscription sur les listes électorales dans les cités populaires 3 . C’est dans ce contexte que la gauche, et en particulier le PS, se sont lancés dans une opération de reconquête des classes populaires. Retrouver un large soutien parmi les milieux ouvriers et employés semblait indispensable pour pouvoir remporter les élections présidentielle et législatives du printemps 2007.

2007-2008 : deux « énigmes » dans les milieux populaires des grandes agglomérations

Un temps, le bon score de Ségolène Royal au soir du premier tour de la présidentielle de 2007 (25,9 % des suffrages exprimés) et le large soutien dont elle a disposé dans les cités populaires ont laissé penser que cette entreprise avait été couronnée de succès. Le bilan était pourtant mitigé : la candidate socialiste a certes progressé chez les ouvriers et les employés par rapport aux résultats de Lionel Jospin en 2002, mais dans des proportions similaires à sa progression dans l’ensemble de l’électorat 4 . Pis, les élections municipales de mars 2008 n’ont pas confirmé, pour le PS, les excellents résultats que Ségolène Royal avait obtenus dans les cités populaires lors de la présidentielle de 2007, alors qu’elles ont confirmé, pour la Ligue communiste révolutionnaire, la percée d’Olivier Besancenot dans certaines périphéries industrielles.

En milieu populaire urbain, la séquence ouverte par l’élection présidentielle de 2007, dans laquelle s’inscrivent les élections municipales de 2008, a ainsi été marquée par deux « énigmes ». Première énigme : l’échec des socialistes face aux maires communistes sortants dans les nombreuses primaires qu’ils avaient provoquées dans les communes populaires de la banlieue parisienne, en dépit des scores fleuves que Ségolène Royal y avait réalisés lors de la présidentielle. Seconde énigme : la percée d’Olivier Besancenot lors de la présidentielle dans certaines périphéries urbaines, percée confirmée par des listes LCR aux municipales. Cet article démontre que ces deux énigmes peuvent être résolues, au moins en partie, en tenant compte des grandes évolutions du vote des classes populaires et des effets de la différenciation sociologique croissante des milieux populaires des grandes agglomérations.

La percée de la LCR dans les périphéries industrielles

L’énigme
L’élection présidentielle et les élections législatives de 2007 ont constitué un moment de rupture dans la vie politique française 5 . Trois grandes évolutions électorales sont constitutives de ce « moment de rupture » : l’effondrement du FN, l’autonomisation du centre et la recomposition de l’extrême gauche au profit de la LCR. Le premier tour de la présidentielle de 2007 est marqué par la faiblesse de la gauche (36,4 % des suffrages exprimés) et par une très forte polarisation des voix de gauche sur la candidature de Ségolène Royal (25,9 % des exprimés). De fait, par rapport au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, Olivier Besancenot est le seul candidat de gauche radicale à résister : avec 4,1 % des suffrages, le leader de la LCR recule certes de 0,2 point sur son score de 2002, mais il gagne près de 300 000 suffrages. Cette bonne tenue lui permet de devancer assez largement sa principale rivale, Arlette Laguiller, qui chute à 1,3 % des voix après deux candidatures à plu

  1. GOUGOU Florent, « Les mutations du vote ouvrier sous la Ve République », in Nouvelles Fondations, n°5, avril 2007, pp. 15-20.
  2. BROUARD Sylvain, TIBERJ Vincent, Français comme les autres ? Enquête sur les Français issus de l’immigration maghrébine, africaine et turque, Presses de Sciences Po, Paris, 2005.
  3. BRACONNIER Céline, DORMAGEN Jean-Yves , La Démocratie de l’abstention. Aux origines de la démobilisation électorale en milieu populaire, Gallimard (Folio Actuel), Paris, 2007.
  4. GOUGOU Florent, « Les élections présidentielle et législatives de 2007 en milieu populaire », in Recherche socialiste, n°39-40, septembre 2007, pp. 41-55.
  5. MARTIN Pierre, « Les scrutins de 2007 comme moment de rupture dans la vie politique française », in Revue politique et parlementaire, n°1044, juillet/août/septembre 2007, pp. 167-175.

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