Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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La gauche et les classes populaires en milieu urbain. Sur deux énigmes des élections françaises de 2007 et 2008.

Derrière cette résistance d’Olivier Besancenot se cache une profonde évolution de ses zones de force. La mutation de la géographie électorale du vote Besancenot est déjà très sensible au niveau des départements. En 2002, les quatre départements les plus favorables au candidat de la LCR étaient le Finistère (5,9 %), le Puy-de-Dôme (5,8 %), les Côtes-d’Armor (5,7 %) et l’Ariège (5,6 %). En 2007, ce sont le Pas-de-Calais (6,2 %), la Somme (5,9 %), la Seine-Maritime (5,8 %) et l’Aisne (5,5 %). À des départements de tradition contestataire se sont substitués quatre départements du Nord ouvrier de la France. Or cette percée de la LCR dans des terres industrielles a été confirmée lors du premier tour des dernières élections municipales, à Clermont-Ferrand (13,8 %), à Saint-Nazaire (12,2 %) ou encore à Sotteville-lès-Rouen (14,8 %). De la sorte, la recomposition de la gauche radicale au profit de la LCR semble puiser ses racines en milieu populaire.

Les explications
Les enquêtes par sondage réalisées à l’occasion des élections présidentielles de 2002 et 2007 ne fournissent pas d’indication décisive pour éclairer la dynamique électorale d’Olivier Besancenot. Elles mettent plutôt en évidence la grande stabilité du vote en faveur du leader de la LCR, du moins dans les couches populaires : selon les données du Panel électoral français, 5,1 % des employés et 6 % des ouvriers ont voté Besancenot en 2002 contre 4,6 % des employés et 5,5 % des ouvriers en 2007. Pour autant, la mutation géographique du vote Olivier Besancenot entre 2002 et 2007 est importante. Au niveau cantonal, le coefficient de corrélation entre ses scores au premier tour de la présidentielle de 2002 et au premier tour de la présidentielle de 2007 n’est que de 0,593. À titre de comparaison, le coefficient de corrélation s’élève à 0,754 pour les résultats d’Arlette Laguiller et à 0,956 pour les résultats de Robert Hue et de Marie-George Buffet.

La mutation géographique du vote Besancenot trouve sa source dans l’effondrement d’Arlette Laguiller. En 2002, le candidat de la LCR réalisait ses meilleures performances dans des terres traditionnellement contestataires. En 2007, il obtient tous ses meilleurs scores dans des cantons ouvriers, où il profite de l’effondrement d’Arlette Laguiller (tableau 2). Dans les vingt cantons dans lesquels Olivier Besancenot réalise ses meilleurs scores en 2007, le leader de la LCR était toujours devancé par la candidate LO en 2002. Mais au soir du premier tour de la présidentielle de 2007, cette fois-ci, il la devance dans tous. Pour la plupart, ces zones de force d’Olivier Besancenot sont de nouveaux « bastions » : seulement cinq sur vingt étaient dans le premier décile des cantons qui lui étaient les plus favorables en 2002 ; moins de la moitié étaient dans le premier quartile. Tout se passe ainsi comme si le changement de génération dans les candidats d’extrême gauche correspondait aussi à un passage de témoin ; comme si Olivier Besancenot s’était imposé, entre 2002 et 2007, comme le porte-parole des travailleurs et des travailleuses les plus hostiles au libéralisme économique.

Ces nouvelles zones de force d’Olivier Besancenot sont toutes très populaires : dans la quasi-totalité des vingt cantons considérés, plus de 70 % des actifs sont ouvriers ou employés. Mais surtout, ces cantons appartiennent à de grands bassins industriels, organisés autour de l’industrie lourde, de la pétrochimie…., en bref d’activités ouvrières traditionnelles. Ainsi, dans ces vingt cantons, les ouvriers sont toujours plus nombreux que les employés, alors que ce n’est plus le cas sur l’ensemble de la France. Mieux, dans ces zones, les employés eux aussi travaillent plus souvent dans le secteur secondaire que dans le tertiaire.

Caractéristiques sociologiques donc, mais aussi peut-être caractéristiques politiques : en confrontant la carte du vote Besancenot au premier tour de l’élection présidentielle de 2007 à la carte historique de l’implantation du Parti communiste, Michel Bussi et Jérôme Fourquet avancent l’hypothèse d’une « captation de l’héritage communiste » par la LCR 1 . Toutefois, cette carte est aussi, on l’a vu plus haut, celle des bastions d’Arlette Laguiller. En fait, dans ces endroits-là, la candidate LO avait déjà pris en partie le relais du PC lors de la présidentielle de 1995, avec les premiers signes d’épuisement du paradigme néolibéral. De la sorte, en 2007, le leader de la LCR a vraisemblablement séduit un électorat ouvrier de gauche qui s’était déjà radicalisé au milieu des années 1990. Il lui reste donc du travail pour capter tout l’héritage communiste. Certes, Olivier Besancenot a déjà sensiblement progressé par rapport aux candidats communistes : en 2002, il ne devançait Robert Hue que dans deux des vingt cantons considérés ; en 2007, il devance Marie-

  1. BUSSI Michel, FOURQUET Jérôme, « Élection présidentielle 2007. Neuf cartes pour comprendre », in Revue française de science politique, vol. 57, n°3-4, été 2007, pp. 411-428.

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