Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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La gauche et les classes populaires en milieu urbain. Sur deux énigmes des élections françaises de 2007 et 2008.

George Buffet dans quatorze de ces vingt cantons. Mais il s’agit toujours là de bastions communistes (sans doute les derniers) : seize de ces vingt cantons sont dans le premier décile des cantons les plus favorables à la candidate communiste (dans trois de ces cantons, la secrétaire nationale du PC obtient même plus de 10 % des exprimés !).

Cette dernière observation est capitale pour comprendre les scores des listes LCR lors des dernières municipales dans les périphéries industrielles des grandes agglomérations. Ici, la comparaison des résultats du premier tour des municipales dans deux villes de la banlieue de Rouen, Saint-Étienne-du-Rouvray et Sotteville-lès-Rouen, est riche d’enseignements. Dans ces deux villes, Olivier Besancenot a obtenu un peu plus de 7 % des voix au premier tour de la présidentielle de 2007. En revanche, lors des municipales de 2008, la LCR rassemble 14,6 % des suffrages à Sotteville-lès-Rouen contre 8,8 % à Saint-Étienne-du-Rouvray, alors qu’elle affronte dans les deux cas une liste d’union de la gauche… et souffre même de la concurrence d’une liste LO (4,6 % des voix) à Sotteville-lès-Rouen. Une seule différence entre les deux villes, mais une différence décisive : à Sotteville-lès-Rouen, la liste d’union de la gauche est conduite par un socialiste, alors qu’à Saint-Étienne-du-Rouvray, elle est conduite par un communiste. De la présidentielle de 2007 aux municipales de 2008, la LCR s’est imposée comme le premier parti de la gauche radicale au prix d’une évolution de la sociologie de son électorat. Avec sa poussée dans les banlieues ouvrières, Olivier Besancenot semble disposer d’une base électorale plus solide que la jeunesse déçue par Lionel Jospin qui avait nourri sa candidature en 2002. Mais en même temps, ses perspectives de progression semblent plus limitées : les dépouilles du PC ne seront sans doute pas suffisantes pour menacer durablement la gauche de gouvernement et s’imposer comme une alternative crédible au PS.

La progression socialiste et la résistance communiste dans les « quartiers populaires »

L’énigme
En dépit des efforts déployés pendant la campagne pour l’élection présidentielle de 2007, Ségolène Royal a échoué dans son entreprise de reconquête de l’électorat populaire. Au premier tour de scrutin, selon les données du Panel électoral français, seulement 24 % des employés et 25 % des ouvriers ont voté en sa faveur, soit un peu moins que l’ensemble des Français. Certes, elle a très largement redressé la barre par rapport aux résultats obtenus par Lionel Jospin dans les couches populaires en 2002 (12 % du vote des employés, 13 % du vote des ouvriers), mais dans des proportions similaires à sa progression d’ensemble sur le score de l’ancien Premier ministre.
Toutefois, la candidate socialiste améliore de manière spectaculaire les scores obtenus par Lionel Jospin dans les « quartiers » populaires 1 . Parmi les vingt cantons dans lesquels Ségolène Royal progresse le plus sensiblement sur Lionel Jospin figurent treize cantons de banlieue populaire (surtout parisienne), les sept autres étant localisés dans les Deux-Sèvres et dans le Territoire de Belfort (tableau 3). De la sorte, les plus forts mouvements électoraux en faveur de Ségolène Royal renvoient soit à une dynamique sociologique (l’attraction exercée par le PS sur les Français d’origine étrangère, largement sur-représentés dans les banlieues populaires des grandes agglomérations), soit à une dynamique personnelle (les Deux-Sèvres sont le fief de la candidate socialiste ; le Territoire de Belfort celui de Jean-Pierre Chevènement, candidat en 2002, rallié à Ségolène Royal en 2007). Un aspect fondamental différencie néanmoins ces deux types de dynamiques : en banlieue populaire, la participation électorale est en très forte augmentation par rapport à 2002 (souvent plus de 20 points), alors qu’elle suit, peu ou prou, le mouvement national dans les Deux-Sèvres et dans le Territoire de Belfort.

Comme les banlieues ouvrières traditionnelles qui ont nourri la dynamique électorale d’Olivier Besancenot, les « quartiers » populaires dans lesquels Ségolène Royal a obtenu ses meilleurs scores lors de la dernière présidentielle sont situés dans les périphéries des grandes agglomérations. Mais ils n’ont plus les mêmes caractéristiques sociologiques. Ici, la majeure partie de la population active est certes employée ou ouvrière, mais petit à petit, l’équilibre entre ces deux composantes s’est modifié en faveur des employés, au point que ces derniers sont aujourd’hui plus nombreux que les ouvriers. Mieux, de la même façon que les employés des banlieues ouvrières travaillent plus souvent dans le secteur industriel que dans le

  1. GOUGOU Florent, « Les élections présidentielle et législatives de 2007 en milieu populaire », Recherche socialiste, n°39-40, septembre 2007, pp. 41-55.

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