Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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La gauche et les classes populaires en milieu urbain. Sur deux énigmes des élections françaises de 2007 et 2008.

s’étend de la présidentielle de 2002 aux cantonales de 2004 : à Aubervilliers et à La Courneuve (les deux villes déjà concernées par des primaires aux cantonales de 2004), l’écart entre le vote socialiste et le vote communiste reste stable entre les deux échéances électorales, à l’avantage des socialistes (tableau 4). Or la première règle, qui renvoie aux variations de participation électorale, s’applique elle aussi à ces deux séquences. Dans la séquence 2002-2004, la participation varie peu, ce qui explique que le rapport de forces PC/PS reste relativement stable. En revanche, lors de la séquence 2007-2008, la participation connaît des fluctuations très importantes, ce qui pourrait expliquer la nette modification du rapport de forces PC/PS. C’est ici que la transformation sociologique du « 9-3 » et les grandes évolutions du vote des couches populaires prennent toute leur importance. En 2007, la participation a dépassé les 80°% dans nos six communes. L’immense majorité des électeurs a donc voté, y compris la partie dont les attaches partisanes sont les plus faibles : les jeunes de cité, les Français d’origine étrangère, autant d’électeurs intermittents du vote, mais alignés sur le Parti socialiste. En 2008, en revanche, dans une conjoncture moins mobilisatrice, ces électeurs se sont plus volontiers abstenus que les vieilles générations d’ouvriers, qui ont été socialisées par le Parti communiste et lui restent fidèles.

Au final, la percée de Ségolène Royal dans les banlieues populaires lors de l’élection présidentielle de 2007 doit bel et bien être associée à la très forte mobilisation électorale dans les « quartiers » les plus populaires des grandes agglomérations. A contrario, la faiblesse de la participation aux municipales de 2008 a pénalisé les listes socialistes dans les primaires qui les opposaient aux communistes. De la sorte, les maires communistes, qui ont regretté la faiblesse de la participation aux municipales, ont plutôt été favorisés par la démobilisation électorale, même s’ils ont également pu profiter de leur implantation locale. Quoi qu’il en soit, la résistance du Parti communiste aux assauts socialistes ne semble être qu’un moment de répit : la transformation sociologique des quartiers populaires des grandes agglomérations, avec la montée de populations d’origine immigrée, favorise largement le Parti socialiste.

Conclusion

La diversité des milieux populaires
Bien que l’imaginaire des milieux populaires renvoie le plus souvent aux « quartiers » les plus populaires des grandes agglomérations, les milieux populaires ne constituent pas un bloc monolithique. À l’opposition traditionnelle entre milieux populaires urbains et milieux populaires ruraux (milieux ruraux où vivent aujourd’hui la majorité des ouvriers français), s’ajoute aujourd’hui une différenciation croissante des milieux populaires urbains entre des périphéries industrielles et des banlieues tertiarisées à très forte proportion d’immigrés, dont les effets électoraux ont été particulièrement importants lors de la présidentielle de 2007. Pour autant, il n’est pas évident que les milieux populaires soient plus hétérogènes aujourd’hui qu’à la fin du XIXe siècle. Un long travail de mobilisation et d’unification des milieux ouvriers a dû être réalisé par les partis socialistes avant de parvenir à constituer et à unifier la « classe ouvrière ». Et cette entreprise idéologique incite plutôt à penser que les milieux populaires étaient déjà, à cette époque, extrêmement hétérogènes.

La reconquête en trompe-l’œil des classes populaires par le Parti socialiste
Dans ce cadre, l’entreprise de reconquête des classes populaires lancée par le Parti socialiste à la suite du 21 avril 2002 ne s’est pas réellement concrétisée. Si reconquête il y a eu, elle n’a concerné que les cités populaires des grandes agglomérations urbaines et ne s’est pas prolongée au-delà des deux tours de l’élection présidentielle de 2007. Le succès de Ségolène Royal dans ces banlieues populaires s’ancre dans deux grandes dynamiques : (1) l’alignement électoral des Français d’origine étrangère sur le PS, qui traduit une forme d’ethnicisation des comportements électoraux et repose sur la conviction que le PS est le meilleur défenseur des immigrés ; (2) la très forte participation électorale qui a marqué les deux tours de l’élection présidentielle de 2007. La seconde dynamique était évidemment nécessaire pour que la première puisse s’exprimer pleinement.

Or le sursaut de la participation électorale dans les cités populaires est moins dû à la personnalité ou à la campagne de Ségolène Royal, même si le discours de la candidate du PS a pu avoir un certain écho en milieu populaire, qu’à la candidature extrêmement polarisante de Nicolas Sarkozy. C’est d’abord l’ancien ministre de l’Intérieur qui a poussé les habitants des banlieues populaires des grandes agglomérations à se rendre aux urnes, par sa  politique en matière de sécurité et d’immigration, mais aussi par sa stigmatisation constante des cités, de la promesse de débarrasser la dalle d’Argenteuil de la « racaille » à la volonté de nettoyer la cité des 4 000 à La Courneuve « au Kärcher ».

Florent Gougou

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