dans cette crise de confiance leur fondement le plus solide. En outre, l’échec retentissant du PASOK et de la ND à limiter la grande fraude fiscale a non seulement contribué à creuser le déficit public et la dette de façon dramatique 1, mais il a renforcé le sentiment d’injustice et d’absence d’équité (à cause de la fraude, la charge fiscale directe pèse essentiellement sur le salariat). Aujourd’hui, les inégalités en Grèce sont bien au-dessus de la moyenne européenne.
Crise d’autorité de l’État: En plus, ces deux partis n’ont ni pu ni su renouveler leur vision politique, ce qui a créé une crise d’objectifs politiques, et intensifié, après les élections de 2007, leur propre crise. L’épuisement programmatique du système bipartite grec a créé un vide de sens, une panne d’imaginaire collectif. Cette panne a pris une tournure cruelle lors des incendies qui ont ravagé Athènes et, surtout, le Péloponnèse pendant l’été 2007. Depuis cette date, la vie politique grecque est marquée par deux tendances qui se croisent: d’une part, un affaiblissement persistant des deux grands partis; d’autre part, une véritable crise d’autorité de l’État et de toutes les institutions publiques. Le système est atteint en son coeur: la confiance. Un sondage récent (Kapa Research, 19-20 Avril 2009) révèle, en confirmant les données des recherches précédentes, la profonde et extrême crise du système politique:
90.4% des Grecs ne font pas confiance aux partis politiques
89.8% ne font pas confiance à l’administration publique
95.5% ne font pas confiance aux médias
86.4% ne font pas confiance aux syndicats
73.2% ne font pas confiance au monde de l’entreprise
73.8% ne font pas confiance au système éducatif
74.6% ne font pas confiance à l’Eglise et à la hiérarchie ecclésiastique.
Un malaise complexe: En réalité, en Grèce, un très lourd héritage, dû à la fois à l’échec de l’État, aux politiques clientélistes «traditionnelles» et aux politiques néo-libérales «modernes» (et à leur chevauchement et superposition), a produit la vision pessimiste d’un pays dominé par les injustices. Ce même héritage a largement réduit le potentiel de réforme sociétale et contribué à la création d’une sorte de société bloquée 2 . Les intérêts établis, les droits acquis (parfois illégalement), la multiplication des points de veto, le blocage des mouvements d’ascension sociale, la crise permanente de l’éducation, le cynisme des réseaux de toute sorte, le discrédit jeté sur toutes les institutions et la propagation offensive d’une culture de méfiance, ont peu à peu consolidé la conviction que la société est difficilement réformable (quelle que soit la direction souhaitée de la réforme, de gauche ou de droite). Après les jeux olympiques (2004), une insatisfaction identitaire s’est graduellement installée dans le pays, le pessimisme social étant devenu un trait identitaire national (selon le sondage cité plus haut, 79.5% des Grecs pensent que la Grèce est un pays en décadence). Le malaise grec, par l’accumulation des déceptions, est vite devenu socio-affectif. Les options du passé ont sapé le noyau éthique du politique et généré un sentiment plus général d’appauvrissement intellectuel et moral. Qu’il s’agisse des rapports avec le système politique ou des relations économiques et sociales, c’est donc une mentalité essentiellement pessimiste (avec un fort ajout de méfiance) qui s’affirme. L’horizon «fermé», le scepticisme généralisé, les critiques plus globales du «système» sont le sceau de l’esprit grec actuel. On atteint là les limites du success story grec.
À l’intersection des gagnants et des perdants : une révolte attrape-tout
Si la frustration et le cynisme à l’égard de la politique et la méfiance vis-à-vis du personnel politique et de l’État se sont amplifiés pendant les dernières années, nous pensons que la révolte grecque n’est pas due à une cause unique. De multiples facteurs (la faiblesse de l’Etat, la crise sans précédent
- Le pourcentage de l’imposition des Grecs continue d’être (comme par le passé) l’un des plus bas d’Europe des 15, alors que le pourcentage des dépenses par rapport au PIB approche la moyenne européenne. Ceci a remis pratiquement en cause – ne fût-ce qu’en partie – le caractère progressif de l’imposition, le système fiscal de revenus en Grèce étant l’un des plus progressifs en Europe (Moschonas et Papanagnou, 2007). ↩
- Featherstone Kevin et Papadimitriou Dimitris, The Limits of Europeanization: Structural Reform and Public Policy in Greece, Palgrave Macmillan, 2008. ↩



bonjour
ça me fait penser aux travaux d’un jeune économiste sur la confiance qui règne entre les habitants d’un même pays et le rapport avec le développement des services publics.
l’éducation, encore l’éducation, toujours l’éducation…
est-ce que vous envisagez de vous rapprocher de l’universite populaire participative de Ségolène ?
amitié socialiste
Corinne
secrétaire de section en Midi Pyrénées