Gerassimos Moschonas est professeur en Analyse Politique Comparée au Département de Science Politique et d’Histoire de l’Université Panteion - Athènes. Il enseigne aussi à l’Institut d’Études Européennes de Bruxelles - ULB. Il a notamment publié : In the Name of Social Democracy, The Great Transformation : 1945 to the Present, Verso, Londres, New York, 2002.
Le soulèvement défie les classements et les cases trop établis. Si son acte de naissance est connu (la mort d’Alexis Grigoropoulos, un élève de 15 ans tué au centre d’Athènes par un policier), la force du mouvement, son éruption volcanique, sa violence, les mots et les actes enflammés des participants ne s’expliquent pas par cette grave bavure policière. La Grèce, en outre, n’est pas un Etat «policier» ou «autoritaire» – en dépit des méthodes discriminatoires et répressives (et des bavures fréquentes) vis-à-vis des immigrés d’une police peu professionnelle. Nous n’avons pas à ce jour d’étude empirique qui aurait permis une ébauche de classification des participants et de leurs motifs. En conséquence, les analyses et explications proposées (parmi lesquelles la thèse de la révolte anti-libérale, celle de la révolte contre un système politique miné par la corruption et le favoritisme et celle de la révolte-farce en sont les trois plus importantes), si elles décrivent des aspects bien réels des événements, peinent à démontrer le bien-fondé de leurs conclusions. Dans ce domaine où on navigue sans boussole empirique et sans sévérité méthodologique - en réalité: sans «ceinture de protection» 1 – la part de la conviction subjective, de la spéculation interprétative et de l’intuition créatrice est nécessairement grande. Par ailleurs, la violence politique est par excellence «le terrain d’élection des jugements de valeurs» 2 . Les lignes qui suivent – elles aussi – entrent sans doute dans la catégorie «analyse sans ceinture de protection».
Un success story ambivalent: les échecs d’une société bloquée
Un success story: La Grèce n’est pas un pays arriéré. Sa croissance économique fut, pendant longtemps, au-dessus de la moyenne européenne, sa marine marchande domine le monde, le prestige régional du pays (et son rôle économique dans toute l’aire balkanique) est significativement renforcé, ses infrastructures sont nettement améliorées, les taux de diplômés sont au-dessus de la moyenne de l’Union européenne (UE), l’augmentation de la consommation privée fut pour une longue période forte et la liberté des mœurs, pour une partie importante quoique minoritaire de la population, est très poussée. En outre, la Grèce, qui faisait classiquement partie (avec l’Espagne et le Portugal) du groupe des pays à dépenses sociales peu élevées (bien moins de 20% du PIB), a en grande partie rattrapé le retard et amélioré sa position face à des pays à politique sociale plus développée. En résumé, la Grèce est bien plus riche que les statistiques officielles le suggèrent (en partie à cause d’une économie «noire» très développée). En dépit d’importantes faiblesses et d’énormes contradictions, ce pays géographiquement excentrique est, globalement, un success story dans le monde occidental. Un success story qui cache des zones d’ombre et des échecs patents. Sans doute importe-t-il brièvement de restituer le contexte de ces ombres.
Crise de légitimation du politique: En dépit de la grande réussite de la transition à la démocratie, en dépit de la réussite de leur politique européenne et de l’amélioration des performances économiques du pays, les deux partis qui dominent l’espace politique grec, le PASOK (socialistes) et la ND (Nouvelle Démocratie, centre-droit), n’ont pas pu se libérer des vieux démons du système politique, à savoir le copinage, le clientélisme et le favoritisme. Ils n’ont pu non plus, dans le nouvel univers du libéralisme économique, établir une relation plus indépendante vis-à-vis des forces du marché et du profit. La bureaucratie faible de l’État grec, un héritage de l’histoire la plus intime de la construction étatique hellénique, a involontairement favorisé cette tendance: le service public, fragmenté, de faible autorité et de faible capacité de planification, a rendu la politique économique plus perméable aux influences extérieures, celles venant de l’expertise «indépendante» ou de l’UE et représentant le noyau dur de l’orthodoxie économique 3. Ainsi, les policy options des deux grands partis et les faiblesses de l’administration publique ont certainement contribué – bien davantage que dans d’autres pays – à la confusion entre politique économique libérale, qui met l’accent sur la priorité du marché, et «politique du copinage» 4. Au résultat, tant le libéralisme économique que l’étatisme sont devenus des postures idéologiques «suspectes», plus suspectes que dans d’autres pays européens. Á bien des égards, le populisme «spontané» et les réflexes anti-establishment de l’opinion publique (et la culture de méfiance qui les accompagne) trouvent
- Pour reprendre l’expression d’Imre Lakatos ↩
- Braud Philippe, « La violence politique: repères et problèmes », Cultures et Conflits, 9-10, 2002 ↩
- Pagoulatos George, Greece’s New Political Economy, State, Finance and Growth From postwar to EMU, NY, Palgrave, 2003, p. 219 ↩
- Moschonas Gerassimos et Papanagnou George, «Posséder une longueur d’avance sur la droite: Expliquer la durée gouvernementale du PSOE (1982-96) et du PASOK (1981-2004) », revue Pôle Sud, no 27, 2007. ↩



bonjour
ça me fait penser aux travaux d’un jeune économiste sur la confiance qui règne entre les habitants d’un même pays et le rapport avec le développement des services publics.
l’éducation, encore l’éducation, toujours l’éducation…
est-ce que vous envisagez de vous rapprocher de l’universite populaire participative de Ségolène ?
amitié socialiste
Corinne
secrétaire de section en Midi Pyrénées