Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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Afghanistan : après l’échec, quelle issue ?

Une victoire militaire improbable

Désormais, dire qu’« on ne peut pas gagner cette guerre militairement» apparait comme une évidence. Cet avis est largement partagé par les responsables politiques et militaires des pays occidentaux. Cette guerre, déclenchée au lendemain des attentats terroristes du 11 septembre 2001 pour chasser du pouvoir les Talibans accusés d’héberger Al Qaïda, était pourtant considérée comme une « promenade de santé » pour la plus puissante coalition militaire du monde. Ce n’était pas le cas pour les socialistes français qui soulignaient les « conséquences déstabilisatrices d’une guerre précipitée » avant même qu’elle soit déclenchée[1] et s’inquiétaient des conditions dans lesquelles les accords de Bonn avaient mis en place un nouveau pouvoir après la chute des Talibans[2]. L’objectif de la guerre était ambitieux : éliminer les réseaux d’Al-Qaïda, reconstruire l’Afghanistan, ruiné par 30 ans de guerre et y installer un régime démocratique. Mais, il a fallu vite se déchanter. Une fois encore l’Afghanistan est resté fidèle à sa réputation  de « cimetières des empires » et les soldats de l’OTAN s’enlisent dans les montagnes afghanes. Alors que la guerre entre dans sa neuvième année, on est loin d’atteindre les objectifs annoncés en 2001. C’est l’une des guerres les plus longues qu’ait connu le monde depuis le début du XXe siècle. Elle dépasse déjà dans la durée les deux guerres mondiales réunies.

Pourtant, la France a refusé de reconnaître qu’elle est engagée dans une véritable guerre, d’abord aux côtés des Etats-Unis et ensuite sous le commandement de l’OTAN, et non simplement dans une mission de maintien de sécurité, mise en place à l’origine par l’ONU. Ceci, même après le mois d’avril 2008, lorsque le président de la République a modifié la nature de l’engagement des forces françaises en Afghanistan, d’une mission de sécurisation en une mission de combat contre les Talibans. D’autres pays, notamment les Etats-Unis, n’avaient pas cette réserve de langage. Georges Bush n’avait-il pas défini l’intervention américaine en Afghanistan comme une « guerre contre le terrorisme » ? Une expression contestée dès le début, car elle supposait l’existence d’un ennemi identifié sur le plan politique, organisationnel et militaire. Elle réduisait en outre la nécessaire lutte forcément multiforme contre le terrorisme à des opérations militaires. Critiquant le concept de la « guerre contre le terrorisme », David Miliband, le ministre des Affaires étrangères britannique, affirmait en janvier 2009 : « cette guerre contre le terrorisme a donné l’impression qu’il s’agissait d’un ennemi unifié, transnational, personnifié par Oussama Ben Laden et l’organisation Al-Qaïda », alors qu’en fait « le terrorisme est une tactique meurtrière, pas une institution, ni une idéologie ». C’était la première fois qu’un responsable politique de la coalition, de surcroît d’un pays qui a fait sienne la conception des néo-conservateurs américains en matière de politique étrangère et qui a fortement participé à cette « guerre contre le terrorisme », remettait en cause le fondement idéologique de l’intervention.

Les raisons de l’échec occidental en Afghanistan sont nombreuses. Dès le début, devant l’impréparation militaire et l’absence d’une alternative politique crédible face aux Talibans, les Etats-Unis se sont appuyés sur les seigneurs de la guerre (ex-moudjahidine) pour combattre les Talibans au sol, limitant leur intervention aux bombardements par l’aviation, et pour former un nouveau gouvernement. Après la chute des Talibans, les forces américaines faisant de la capture d’Oussama Ben Laden un objectif prioritaire, ont abandonné le nécessaire combat contre les Talibans qui se sont repliés dans leurs zones d’origine dans le Sud et l’Est, pour les empêcher

de se réorganiser. Pendant deux ans, la coalition a refusé le renforcement de la Force Internationale d’Assistance à la Sécurité (FIAS) et son extension en province estimant à tort que la sécurité de Kaboul était suffisante pour qu’un nouveau régime s’impose dans le pays. Convaincu aussi que les Talibans étaient définitivement défaits, Georges Bush a porté son attention et la puissance des Etats-Unis sur l’Irak, estimant que ce pays était plus important stratégiquement pour les intérêts de l’Amérique.

Ces erreurs stratégiques ont coûté cher à la coalition. Les Talibans ont eu le temps de se réorganiser et de reprendre, à partir de 2003, l’initiative sur le plan militaire. Quand, en août 2003, l’OTAN a pris le commandement de la FIAS et s’est déployé progressivement dans tout le pays, il était déjà trop tard pour les contenir. L’OTAN n’a pas pu empêcher une aggravation de la situation. Il n’a pas pu mettre fin au manque de coordination entre les différentes forces en présence, notamment entre les forces américaines de l’opération « liberté immuable » engagées dans « la guerre contre le terrorisme », les forces britanniques en lutte contre les Talibans dans le Sud et les forces allemandes, françaises, italiennes … qui refusaient de s’engager dans les combats contre les Talibans. Il faudra attendre 2008 pour que le nouveau président français, Nicols Sarkozy, modifie la stratégie française et engage les soldats français dans les combats. Alors que les Britanniques ont pris vite conscience de l’impasse militaire et ont commencé à négocier avec les Talibans dès 2005, les Américaines ont privilégié une solution militaire usant davantage de l’aviation en bombardant des villages suspects avec ses inévitables victimes civiles. Des pratiques telles que la violation des domiciles des paysans afghans très jaloux de leur intimité et les fouilles des mosquées ont été autant d’éléments à l’origine du sentiment d’hostilité de plus en plus répandu chez les Afghans vis-à-vis des forces étrangères.

Face à cette situation, de plus en plus de responsables politiques et militaires, à l’exception du président français[3] ont repris, ces derniers temps, les analyses des spécialistes de la question afghane qui affirment depuis plusieurs années qu’on ne peut pas gagner militairement cette guerre. Les déclarations du président Barack Obama[4]), reconnaissant que les États-Unis ne sont pas en train de gagner la guerre et préconisant des négociations avec des «Taliban modérés », consacrent l’échec militaire de l’Occident en Afghanistan.

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