Situation politique : l’élection comme seul critère de la démocratie.
L’année 2009, témoigne d’une dégradation inquiétante de la situation politique. L’élection présidentielle du 20 août, au lieu d’être un nouveau départ pour l’Afghanistan, fut un fiasco électoral et politique. Les Etats-Unis et l’Europe ont une indéniable responsabilité dans la façon dont cette élection a été conçue et organisée, aboutissant à la « réélection » d’un président afghan plus affaibli et moins légitime qu’auparavant. Cette situation, conséquence de l’incohérence de la coalition internationale vis-à-vis de la construction politique de l’Afghanistan handicape lourdement la stratégie de sortie du président américain. L’intervention en Afghanistan était fondée aux yeux des responsables politiques et dans une grande partie de l’opinion publique occidentale, parce qu’elle avait pour objectif initial non seulement « la guerre » contre le terrorisme, mais aussi la promotion de la démocratie, même si la démocratie comme valeur et comme système politique était et reste essentiellement limitée à l’organisation des élections dans ce pays.
Évidemment, l’édification d’une démocratie en Afghanistan qui soit conforme aux valeurs occidentales et libérales dans un pays en guerre depuis trente ans, n’était vraiment concevable que dans les têtes des idéologues néoconservateurs qui ont inspiré Georges Bush. Il est toutefois inexact de prétendre que les Afghans ne soient hostiles par nature, comme certains le prétendent, aux principes qui régissent la démocratie « occidentale ». S’il y a un long chemin à faire pour le respect des droits des femmes et la liberté d’opinion, notamment la liberté religieuse, l’Afghanistan a connu au siècle dernier des mouvements pour la démocratie. Sans même parler d’une partie de la population, plutôt éduquée et citadine et des avant-gardes politiques qui possèdent un passé de lutte dans ce domaine qui remonte aux années 1950, les Afghans ne rejettent nullement l’exercice démocratique. La demande d’égalité entre les citoyens (rejet de la discrimination ethnique, religieuse et économique) est une revendication constante des minorités ethniques (60 % de la population), toujours d’actualité.
A chaque fois qu’il y a eu un réel enjeu, les Afghans ont montré leur intérêt pour des élections. Ainsi, dans les années 1960 lorsque le roi Zahir Shah a décidé de constitutionnaliser son pouvoir, les Afghans ont participé à l’élection d’une Assemblée nationale et ont élu plusieurs femmes députés[5]. C’est aussi le cas de la première élection présidentielle de l’histoire du pays en 2004, lorsque les électeurs se sont rendus massivement dans les bureaux de vote, malgré la menace des Talibans qui était déjà perceptible. Hamid Karzaï a été élu dès le premier tour avec près de 55 % de voix alors que la participation avait atteint plus de 70 %. C’est qu’en 2004, la population avait encore l’espoir qu’après 30 ans de guerre, la paix s’installe dans le pays et que l’engagement de la « communauté internationale » se traduise par un changement de la situation économique et l’amélioration de leur vie quotidienne.
Soulignons aussi que si l’Afghanistan n’a pas derrière lui une expérience d’exercice du pouvoir démocratique, les Afghans ont une tradition ancestrale de réunion, d’assemblée ou de conseil, au niveau de chaque localité ou village, pour la prise de décision sur les sujets qui concernent la communauté. On les appelle des Djergas (conseils) ou Loya Djerga (la grande assemblée au niveau national). D’une certaine manière, il s’agit d’une forme de démocratie directe. C’est un élément culturel important pour institutionnaliser les élections, même si une élection, aussi libre soit-elle, ne fait pas à elle seule la démocratie. Pour mettre en place les institutions actuelles et adopter une nouvelle Constitution, l’ONU a fait appel à un Loya-Djerga. L’ingérence soviétique suivie par l’invasion dans les années 1980 a interrompu le lent progrès vers la démocratie et la guerre (d’invasion ou guerre civile) qui a désorganisé la société traditionnelle sans la remplacer par une autre, a engendré l’extrémisme et l’obscurantisme.
Lire la suite de l'article : page 1 page 2 page 3 page 4 page 5 page 6


