Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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Afghanistan : après l’échec, quelle issue ?

La nouvelle stratégie des Etats-Unis

L’année 2009 s’achève par l’annonce de Barack Obama d’une nouvelle stratégie vis-à-vis de l’Afghanistan. Malgré l’engagement de plus de 100 000 soldats de l’OTAN en 2009 et après huit ans d’une guerre meurtrière, l’hypothèse d’une victoire militaire sur les Talibans s’éloignait de plus en plus. À cela s’ajoute le fiasco de l’élection présidentielle afghane qui marque l’échec politique de l’engagement de la coalition internationale en Afghanistan. La prise en compte de ces deux réalités est au fondement de cette nouvelle stratégie.

Une défaite militaire en Afghanistan hante l’esprit des dirigeants des pays qui sont engagés dans la guerre aux côtés des Etats-Unis. Si le commandant en chef des forces américaines, le général Stanley McChristal croît encore à une victoire sur les Talibans et a convaincu l’hôte de la Maison-Blanche d’envoyer des renforts, les responsables politiques, rejoints de plus en plus par des responsables d’état-major des armées, ne croient plus à cette hypothèse. Désormais Barack Obama est au pied du mur car si l’on ne désamorce pas la spirale de l’échec en Afghanistan la chance de sa réélection en 2012 sera fortement réduite.

En décidant de répondre positivement à la demande du général McChrystal, malgré la division au sein de l’administration et l’hostilité d’une partie importante des élus démocrates pour envoyer 30 000  soldats supplémentaires et demander aux alliés d’en fournir 10 000 autres, on a le sentiment, au premier abord, que le président américain chercherait désormais une victoire militaire contre les Talibans et n’hésiterait pas à se lancer dans une escalade de guerre sur le territoire du Pakistan. En effet, personne ne peut imaginer qu’une escalade militaire contre les Talibans épargnerait le Pakistan. Le discours de West Point a d’autant plus une charge symbolique qu’il n’est pas seulement prononcé à l’endroit même où Georges Bush avait déclaré la guerre en Afghanistan mais aussi parce que Barack Obama se situe sur le même registre que son prédécesseur et donne matière à croire qu’il a choisi finalement l’option militaire pour « finir le travail » et « démanteler, perturber et défaire Al Qaïda»[7]. Une première interrogation s’impose : Barack Obama croit-il désormais à une victoire militaire en un temps aussi court pour pouvoir commencer à retirer les troupes dès juillet 2011, comme il l’a annoncé ? Rien ne permet de penser qu’on puisse gagner, avec 30 000 soldats de plus, une guerre qu’on n’a pas pu gagner en 8 ans avec 100 000 soldats. À quoi serviraient-ils donc les 30 000 soldats supplémentaires ? Tout simplement à sécuriser la province du Helmand, l’une des places fortes des Talibans, ceux qu’on peut appeler les Talibans historiques fidèles au mollah Omar, et contenir l’avancée des insurgés dans l’Est du pays où opèrent les combattants du Parti islamique du Gulbuddin Hekmatyar, l’enfant chéri des services américains et pakistanais dans les années 1980.

Ces deux composantes de l’insurrection se distinguent des combattants des réseaux de Jallaluddin Haqqani, l’un des héros de la résistance contre l’armée rouge, plus radical et plus influencé par l’idéologie et les méthodes de combat d’Al Qaïda qui opérait dans le Sud-Est. Mollah Omar et Gulbuddin Hekmatyar sont des interlocuteurs avec qui Hamid Karzaï voudrait dialoguer, mais ce sont eux qui refusent la main tendue du président afghan tant que les forces étrangères n’ont pas quitté l’Afghanistan. La nouvelle stratégie consiste-elle à affaiblir mollah Omar et l’obliger à négocier avec le gouvernement de Kaboul ? On ne peut pas exclure cette hypothèse, sinon le début d’un retrait annoncé à partir du juillet 2011 n’a pas de sens.

Depuis 2003, date de l’engagement de l’OTAN en Afghanistan qui coïncide avec la détérioration de la situation sur le terrain, de nombreux experts et forces politiques, notamment les socialistes français demandent un changement de stratégie en Afghanistan. La faiblesse de l’Etat afghan, la situation économique et sociale dramatique sont au cœur du débat sur l’échec de « la communauté internationale ». En dépit de quelques progrès dans les domaines de la santé et de l’éducation par rapport aux années de règne des Talibans, rien n’est venu changer radicalement les conditions de vie de la majorité des Afghans. Plus de 70 % de la population ne sait pas lire et écrire, vit avec un dollar par jour et n’a pas accès à l’eau potable, 38 % des enfants travaillent, souvent dans les champs de pavot, 30 % des filles sont mariées avant 15 ans, 254 enfants sur 1000, soit un quart, meurent avant d’atteindre 5 ans et un instituteur gagne seulement 150 dollars par mois. La solde d’un soldat afghan est de 1200 dollars par an alors qu’un soldat américain « coûte » un million de dollars par an. Alors que les Etats-Unis (avant l’envoi des renforts demandés) dépensent 4 milliards de dollars par mois pour des opérations militaires, le budget de développement du gouvernement afghan dépasse à peine 200 millions de dollars par mois. En 8 ans, la communauté internationale a débloqué 20 milliards de dollars d’aide financière pour la reconstruction de l’Afghanistan. 90 % de cette aide ne parvient pas à la population et 40 % reviennent dans les pays donateurs par les différents moyens : salaires astronomiques des expatriés, la sous-traitance avec des entreprises étrangères etc. Rien que le coût des renforts annoncés par Obama s’élèvera à 30 milliards de dollars. Ces chiffres sont révélateurs et expliquent en partie les raisons de l’échec en Afghanistan.

Évidemment la responsabilité de « la communauté internationale » n’est pas seule engagée. L’incapacité du gouvernement afghan à répondre aux exigences d’une « bonne gouvernance » est patente. Ce gouvernement a été incapable de mettre en place une administration saine et efficace. Mais on ne pouvait vraiment pas espérer autre chose lorsqu’on connait les conditions dans lesquelles ce pouvoir a été coopté à la Conférence de Bonn. Ce pouvoir, au début un gouvernement de transition, n’a jamais réussi à se donner un véritable projet politique et une vision d’avenir et encore moins à avoir la volonté de limiter la puissance des chefs de guerre souvent impliqués dans la corruption et le trafic de la drogue. Malgré des milliards déversés en Afghanistan, la majorité des Afghans vit toujours dans la misère alors que les chefs de guerre ou les anciens chefs de partis des moudjahidines associés au pouvoir continuent de ramasser des fortunes colossales. Que dire du trafic de drogue ? L’Afghanistan fournit 90 % de l’héroïne consommée en Europe. Le marché de l’héroïne exportée par l’Afghanistan représente 65 milliards de dollars dans le monde et 4 milliards de dollars dans le pays. Rien d’étonnant donc que 60 % des députés afghans soient liés à des individus ayant un intérêt direct ou indirect dans le trafic d’opium[8]. Parmi ces 4 milliards de dollars de revenu, les Talibans bénéficieraient de 200 millions de dollars par ans. Le ministre des finances afghans révèle en décembre dernier que 10 millions de dollars par jour fuient l’Afghanistan vers la place financière de Dubaï. C’est pourquoi Hillary Clinton parle de « narco-Etat ».

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