Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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Afghanistan : après l’échec, quelle issue ?

Le risque d’un désengagement

Ce qui renforce l’impression que la nouvelle stratégie américaine est en réalité une stratégie de sortie, voire de désengagement, c’est le peu de place accordée à la reconstruction politique et économique de l’Afghanistan. Or, l’intervention en Afghanistan avait deux objectifs : lutter conte le terrorisme et reconstruire le pays et y promouvoir la démocratie. Ce dernier objectif était encore présent dans la stratégie américaine avant le discours de West Point. Désormais la reconstruction politique, économique et sociale de l’Afghanistan, un pays ruiné par 30 ans d’invasion ou de guerre civile, autrement dit  le « nation building », en Afghanistan qui « prendrait une décennie d’engagement supplémentaire » [9] n’est plus une priorité des Etats-Unis. Même si, depuis quelque temps, on entend les responsables américains dire que leur objectif n’est pas d’instaurer une démocratie en Afghanistan, le discours de Barack Obama marque un tournant. « La nation que je suis plus intéressé à construire, c’est la nôtre », affirme Barack Obama. Or, encore récemment, les pays européens, en particulier la France, justifiaient la guerre en Afghanistan par la nécessité de lutter contre le terrorisme et pour édifier un Afghanistan démocratique.

Cette nouvelle approche de Barack Obama appelle deux remarques : premièrement, elle tranche avec la vision des néoconservateurs qui voulaient démocratiser le monde musulman de l’extérieur, au besoin par la force. Sur ce point, Barack Obama est fidèle à sa vision qui privilégie le dialogue pour résoudre les problèmes internationaux. Deuxièmement, il faut insister sur le fait que si le prolongement d’une guerre n’est pas souhaitable, un désengagement, comme celui qui a eu lieu après le retrait soviétique, en abandonnant les Afghans à leur sort, aura à son tour des conséquences nuisibles pour l’Afghanistan, pour la région et pour le monde entier. Barack Obama  a réitéré sa volonté  de retirer les soldats américains à partir du juillet 2011. Désormais, toute aide civile ne sera envisagée que pour réussir cette stratégie de sortie. Le 6 décembre 2009, Robert Gates, le Secrétaire à la Défense disait : « L’un des aspects de cette stratégie, c’est que nous n’allons pas nous lancer dans la reconstruction du pays. Ce que nous allons faire, c’est nous concentrer sur les ministères qui sont importants pour remplir nos objectifs et qui contribuent au succès de notre stratégie aussi bien en ce qui concerne Al Qaïda qu’en matière de stabilisation de la sécurité »[10]. Rien n’incite donc à l’optimisme. Pour que les voies de sortie ne se transforment pas en catastrophe humaine pour ce pays et ne créent des risques majeurs pour la région, il est plus que temps de rechercher dans une conférence internationale, impliquant tous les pays de la région, les bases d’un compromis politique durable.


[1] L’hebdo des socialistes, n° 202 du 29 septembre 2001

[2] L’hebdo des socialistes, n° 213, du 15 décembre 2001.

[3] « Ouvrir un dialogue avec des gens qui ont amputé d’une main une femme parce qu’elle avait mis du vernis à ongles, qui ont empêché des millions de petites jeunes filles d’aller à l’école, qui ont mis à terre des bouddhas qui avaient plusieurs siècles d’histoire, qui lapident une femme prétendument adultère, si c’est pour discuter avec cette équipe-là, je pense qu’on n’aurait pas grand-chose à se dire… », Conférence de presse télévisée, 24 avril 2008.

[4] New York Times, 8 mars 2009

[5] L’ignorance de l’histoire de ce pays de la part des responsables politiques est peut-être une des raisons de notre échec. Bernard Kouchner et Hervé Morin ont prétendu, dans une tribune publiée dans Le Monde du 28 août 2008, que c’est grâce à notre intervention en Afghanistan que les femmes votent pour la première fois dans ce pays.

[6] Steven Erlanger, « Kouchner Urges Stronger Afghan Role for Europe », The New York Times, 4 novembre 2009.

[7] Discours de Barack Obama à West Point le 1er décembre 2009

[8] Source : le rapport de l’ONU en 2009

[9] (Barack Obama : discours du 1er décembre)

[10] Agence France Presse, le 7 décembre 2009

Karim Pakzad

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