Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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Les socialistes et la régionalisation sous la Vème République (1958-2009)

L’exercice du pouvoir régional

Elus en 1986, les premiers conseils régionaux sont désignés selon un suffrage à la proportionnelle (loi du 10 juillet 1985). Le scrutin conditionne une forte instabilité politique, puisque dans certaines régions la présence du Front national (FN) impose des majorités relatives. En 2004, l’introduction d’une dose de scrutin majoritaire dans l’élection favorise l’émergence de majorités plus fortes. Globalement, les scrutins révèlent que l’élection régionale manifeste l’expression d’un vote protestataire sur des enjeux nationaux. Les phénomènes sont particulièrement visibles en 1992, où la droite l’emporte dans 20 des 22 régions métropolitaines (seul le Limousin est dirigé par le PS ; le Nord – Pas-de-Calais dispose d’une majorité plurielle de gauche présidée par les Verts). Il en est de même en 2004 où la gauche s’impose dans 21 des 22 régions (seule l’Alsace reste à droite).  « Vote sanction », « 21 avril à l’envers », « Raz-de-marée socialiste »… ? Dès le premier tour, la gauche cumule 40,31 % des suffrages ; le soir du second, elle triomphe avec 50,37 % ! La droite parlementaire, bousculée par le maintien du FN au second tour dans 17 régions (12,55 %), ne dispose que de 36,99 % des suffrages ! La plus symbolique des victoires est celle de Ségolène Royal qui mène avec succès la gauche (PS/PC/MRG/Verts) en Poitou-Charentes dans le fief du Premier ministre en exercice, Jean-Pierre Raffarin (55,10 % des voix contre 36 % à son adversaire Elisabeth Morin et 8,7 % au candidat FN). Certains résultats étonnent : la région des Pays de la Loire, fief de la droite conservatrice, bascule à gauche (52,35 %) : Jacques Auxiette s’impose face à François Fillon. Dans son fief du Limousin le PS réalise son meilleur score avec 62,02 %. Au bilan, en sièges, le PS en métropole gagne 360 sièges ! 7 ministres de droite, présidents de région, sont battus. Le soir même de l’élection, François Hollande, premier secrétaire, annonce que conformément au programme du « contrat socialiste pour les régions et départements » (25 janvier 2004), « la sanction peut devenir une protection et un instrument d’action dans les limites des compétences dévolues aux régions et aux départements (…). Une autre politique est possible » (Le Monde, 30 mars 2004).  Le nouveau président de l’Association des Régions de France, Alain Rousset (Aquitaine), attribue à ses collègues un devoir « de contre-pouvoir ».

A la tête des régions, les socialistes ont-ils su imaginer cette politique régionale dont ils se revendiquent au soir de la victoire de 2004 ? Ont-ils su créer un mode de gouvernance propre ? L’instabilité des majorités régionales ne favorise pas l’établissement de bilans sur le long terme[23]. Trois traits émergent cependant qui caractérisent la gestion socialiste[24]. Le premier relève de la gouvernance régionale. En Midi-Pyrénées, la réalisation des plans régionaux est le fruit de consultations démocratiques larges (élus locaux, militants des syndicats, chefs d’entreprises, chambres de commerce et d’industrie, chambres d’agriculture, artisans, experts universitaires etc.) qui en font un document venu des acteurs sociaux et non de l’autorité politique. Si le point de départ de cette politique dans les années 1970 vient du discours autour de l’autogestion, on évoque davantage ces dernières années l’idée de « démocratie participative » reprise aux mouvements alter mondialistes. En réalité, les élus veulent rompre avec l’image de la gestion « autoritaire » des collectivités qu’impriment les gouvernements de droite. Une telle approche est bien un marqueur propre de la gauche socialiste. Claudy Lebreton dans une interview, faisait de la question un enjeu culturel : « Les collectivités dirigées par la droite font elles aussi des routes, des écoles, des gymnases. La différence primordiale est culturelle, elle porte sur l’enjeu de la culture. Il ne s’agit pas de construire plus ou moins de cinéma ou de bibliothèque. Elle relève d’une démarche de développement. Pour moi le développement économique ou social est avant tout culturel. S’il n’y a pas d’ouverture de l’esprit, de démarche de questionnement, d’appel à l’intelligence et à l’émotion, nous passons à côté de l’essentiel. Là est la différence entre la droite et la gauche. Nous devons accompagner les Français sur le chemin de la citoyenneté la plus élevée »[25]. L’objectif est de favoriser la participation citoyenne à la gestion des collectivités territoriales. Une telle volonté, accompagnée depuis 2004 de quelques mesures symboliques phares, variables selon les espaces, en reste cependant limitée par les réalités législatives du statut des régions.

Cette volonté d’imprimer une gestion propre de l’espace régional passe aussi par une tentative de coordination des politiques régionales socialistes entre les différentes régions. Le programme de 2004 en est un bel exemple. Le PS y affiche une ambition sociale dont le symbole est constitué par la création des emplois-tremplins dans chaque région. Ceux-ci constituent une réponse politique à la suppression des « emplois-jeunes » par le ministère Raffarin. Ils confirment la volonté de la gauche de lutter contre le chômage par les mécanismes de l’intervention publique. Même si chaque région mènera sa propre politique localement, le but est de créer une dynamique collective pour relayer l’action du centre ici jugée insuffisante[26]. Ces aides directes à la personne relèvent d’une « démocratie de proximité », dans un champ de compétences réduit. Les huit présidents de régions socialistes en place, dès 1999, lors de leur réunion annuelle, réclament d’ailleurs en ce sens un élargissement de leur bloc de compétences.

Enfin, le PS réclame pour les régions des possibilités plus larges d’intervention afin de soutenir les entreprises locales. Cet interventionnisme revendiqué témoigne de la volonté du PS de se démarquer d’une majorité présidentielle qui se veut plus libérale dans l’exercice du pouvoir. A la différence de leurs homologues européennes, les régions françaises sont bloquées par une législation qui n’autorise que des interventions dans le cadre de projets décidés par l’Etat, comme par exemple les pôles de compétitivité. Comme le remarque Bruno Rémond dans Le Monde (20 mars 2007), tant que les régions n’auront pas les moyens de définir des normes réglementaires correspondant à leur propre politique économique dans un champ de compétences précis, elles restent exposées à une impuissance évidente.

Une telle gestion, qui préconise des démarches plus keynésiennes suscite l’ire des droites. Roger Karoutchi, président du groupe UMP au Conseil régional d’Ile-de-France dirige un « Livre noir des régions socialistes », véritable machine de guerre critique contre le PS, présenté à la presse le 27 février 2007. L’argumentaire est financier surtout, la droite accuse les régions de gauche d’alourdir les charges fiscales et de multiplier les dépenses somptuaires. Un hôtel de région de 157 millions d’euros en Rhône-Alpes, soit 7 lycées ; des représentations diplomatiques sous la forme de « maisons » dans 15 Etats européens pour le Languedoc-Roussillon ; un cabinet pléthorique en Poitou-Charentes… Dans le volet culturel, le rapport cite même la traduction pour 75 000 euros de la série télévisée « Colombo » en Breton… Fausses querelles ? Affrontements politiciens en vue du combat politique électoral de l’année 2007 ? Futurs éléments préparatifs pour les élections régionales de 2010 ? Ce rapport de l’opposition n’est-il pas non plus et surtout la reconnaissance d’une gestion socialiste des régions ?

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