Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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Du Blues à la Soul ?

Expériences de la social-démocratie néerlandaise1

1 Article écrit avant le résultat des élections législatives, qui ont vu une courte victoire du parti libéral, suivi de près par le Parti du Travail, et une percée de l’extrême-droite.

Frans Becker et René Cuperus sont membres de la Wiardi Beckman Stichting, La Haye, Pays-Bas

Laissez-nous le dire très clairement: la social-démocratie se trouve dans des eaux turbulentes, et a un avenir incertain et sombre devant elle. L’héritage des décennies passées n’était de toute évidence pas une garantie pour des succès à venir. Des deux côtés de la Manche, un débat-bilan sur la politique de la « Troisième voie » et du « Nouveau centre » a commencé.

Le prix payé pour la politique des réformes, qui a été a posteriori considéré par beaucoup comme une phase traumatique de la « collaboration néolibérale » s’est révélé très élevé. Les conséquences connues sont la nouvelle concurrence par des partis populistes de gauche, l’absence d’un « projet social-démocrate » convaincant, et, last but not least, les élections perdues. La crise économique et financière, qui est de toute évidence le résultat d’une course à la dérégulation et à la libéralisation sur les marchés internationaux durant les dernières décennies, n’a pour l’instant pas mené à un « comeback » pourtant espéré du « Centre gauche » ou des sociaux-démocrates. La situation est sérieuse, mais certainement pas sans espoir. Partout les sociaux-démocrates se sont mis au travail, afin de comprendre comment avancer, et afin de chercher des solutions politiques pour l’après-crise. Les Pays-Bas ont, dans les décennies passées, fait fonction de laboratoire pour des expériences et des évolutions politiques. Il est tout sauf certain que cette fois ci ce sera à nouveau le cas, mais laissez-nous conter brièvement ce qui se passe actuellement dans notre pays.

Dernièrement, dans toute l’Europe c’était : « la tendance n’est pas favorable au camarade ».

La chute du SPD dans les élections législatives n’est pas une exception. Les élections européennes ont été un choc pour la gauche modérée. Les mauvais résultats du Partij van de Arbeid (PvdA) aux élections législatives aux Pays-Bas ont confirmé le sombre tableau : nous n’avons jamais été aussi bas dans toute l’histoire de l’après-guerre. Notre nouveau candidat Job Cohen, qui sera le leader de notre parti pour les élections législatives anticipées du 6 Juin a pu donner un peu de souffle à notre campagne, car il jouit, en tant que maire d’Amsterdam depuis de longues années d’un grand prestige et de fortes sympathies. Malgré cela, les sondages restent, avec un faible 21%, à un niveau historiquement bas.

La gauche politique est aujourd’hui plus éparpillée que dans les décennies précédentes. Les sociaux-démocrates perdent des voix au profit de populistes de gauche qui prétendent être les sociaux-démocrates « post troisième voie ». Pour nous, ce sont Die Linke en Allemagne et le Parti Socialiste (SP) aux Pays-Bas. Nous perdons des voix au profit de ces partis car nous n’avons pas su garder crédibilité et confiance, en raison de notre « cause commune » avec le néo-libéralisme, c’est en tout cas ce qu’on nous reproche. Ceci a mené à des réformes ressenties comme « anti-social-démocrates » de l’Etat providence (voyez les débats actuels en Allemagne autour de la révision des lois Hartz IV). Certains, déçus du Parti des Travailleurs néerlandais, se sont complètement détournés, et ont des sympathies pour les partis populistes de droite. Des sociologues parlent déjà d’un chant d’adieu de la classe ouvrière de gauche. De l’autre côté, nous perdons des diplômés de l’enseignement supérieur qui sont les gagnants optimistes du nouveau processus de modernisation. Ils partent chez les « libéraux » de gauche et les Verts de gauche, car nous avons dû intégrer des éléments de programmes qui correspondent aux demandes populaires en matière d’ordre et de sécurité que nous avons fait partiellement nôtres. De toute évidence, nous avons à faire à une perte de confiance profonde, qui concerne les fondements même de notre système politique : les partis, le parlement, tout l’establishment politique.

Une nouvelle ligne de fracture dans notre électorat : « optimistes contre pessimistes »

Notre société s’est vue confrontée durant les décennies passées à des défis nombreux : la mondialisation de nos relations économiques et financières, les nouvelles technologies et l’avènement d’une économie du savoir post-industrielle, des mouvements d’immigration massifs mal organisés, constitués de gens qui ne sont pas familiers de nos habitudes de vie et de nos valeurs libérales, un processus d’intégration européenne qui a surévalué le marché, et qui a miné les processus de décision démocratiques au niveau national.

Ces changements ont eu des impacts considérables sur la vie des gens. Des nouvelles chances ont été distribuées parmi les pays, les régions et les personnes, et les CSP+, bien formées et cosmopolites, ont été clairement avantagées. Les moins bien formés, les précaires, ou les couches populaires, mais aussi de grandes parties de la classe moyenne qui préfèrent les traditions et les orientations nationales aux valeurs européennes ou cosmopolites, ont été déçus durant ce processus, et même déconnectés. Nous ne parlons pas ici de relations traditionnelles entre les classes sociales, mais plutôt d’orientations et d’ambiances politico-culturelles, ainsi que de phénomènes de la psychologie politique comme la peur du déclassement social. L’économiste américain JK Galbraith analyse dans son livre The culture of contentment (1993) l’abîme entre une classe moyenne satisfaite et les sous-privilégiés désillusionnés (la version américaine de la « société des deux tiers »), ainsi que le manque de solidarité. La situation s’est encore aggravée depuis, car des grandes parties de la classe moyenne ressentent aujourd’hui la peur de déclassement. La mondialisation, les migrations et la fragmentation sociale ont contribué à détériorer les conditions pour une politique de la solidarité.

La stratégie de l’adaptation : accepter et contribuer au changement

Au fond, la réaction sociale-démocrate des dix années passées était une adaptation permanente aux nouvelles circonstances, qui n’était cependant pas en accord avec nos propres valeurs. Certes, quelques avancées importantes ont été faites dans la bonne direction : l’Etat social a été modernisé et transformé en un Etat-providence actif, le marché du travail a été flexibilisé, mais ces mesures politiques ont été effacées par un discours permanent autour du « changement » et des « réformes » qui seraient inévitables, mais que beaucoup ont redouté comme une menace à leur sécurité. Les élites politiques, et les sociaux-démocrates n’y ont pas dérogé, ont élevé l’innovation permanente au rang de message-clé de leur politique, et la grande adaptation au nouveau monde globalisé était devenue le seul programme et le principe unique.

Tandis que nos partis s’étaient mis comme objectif à la fin du 19ème siècle de concilier les points de vue traditionnels issus de l’industrialisation sur le travail et le bonheur, la nouvelle social-démocratie prôna la nouveauté sans la critiquer, et oublia par la même occasion les habitudes et valeurs de vie antérieures. Une fois au gouvernement, le parti social-démocrate oublia de développer mais aussi de communiquer sur une politique de la réforme juste. On peut concéder que les politiques sociales-démocrates ont stabilisé notre économie durant la crise et ont également sauvé les banques. Mais n’est-il pas évident que la social-démocratie était co-responsable dans la voie qui a mené à cette crise ? Elle s’est ainsi éloignée de sa clientèle électorale. Il y a sur les plans programmatique, organisationnel, dans la culture politique et dans le style de la gestion un besoin urgent pour un nouveau début et une nouvelle orientation.

Une nouvelle orientation est nécessaire !

L’état dans lequel se trouve la social-démocratie européenne est mauvais, mais il y a des nouvelles initiatives à des niveaux internationaux, nationaux et locaux qui ont pour but le rétablissement de l’équilibre entre l’économie réelle et l’économie financière, la régulation des marchés selon les critères de la qualité de vie et du développement durable, ainsi que la réintroduction du facteur humain dans la culture d’entreprise. La réorientation programmatique nouvelle doit comprendre un nouveau code éthique pour l’Etat-providence, une diminution de l’inégalité des chances dans le système éducatif, et le renforcement de la cohésion sociale dans les villes. Une nouvelle génération de dirigeants politiques locaux de la PvdA essaie d’accorder à nouveau le monde des politiques et les expériences quotidiennes vécues par la population. Ce programme mise sur un nouveau discours : la renaissance du parti social-démocrate « qui se soucie de nous » (Johannes Rau), non pas pour courir derrière l’électeur de manière populiste, mais pour lui accorder plus d’attention, pour rétablir une confiance et pour avancer de façon réfléchie, ainsi que pour apprendre et pour démontrer une capacité de gestion qui inspire confiance. De nouvelles formes de contrôle démocratique face aux instances européennes seront également développées et appliquées.

Des initiatives locales

Dans nos villes, une nouvelle génération de sociaux-démocrates travaille à la renaissance de la social-démocratie. Les opinions et les points de vue de ces jeunes politiques se distinguent de la génération précédente qui était composée de technocrates, pragmatiques et adeptes des réseaux. Leur programme se concentre plutôt sur la question comment réaliser l’idée de l’Etat social sur un niveau local. Ils s’intéressent à la participation, à la cohésion sociale, à l’intégration multiculturelle ainsi qu’à la réalisation du potentiel de leur ville et de ses citoyens. Une de leurs préoccupations principales est l’amélioration de l’offre éducative, et en général, ils rencontrent dans l’administration publique (dans laquelle se trouvent très souvent des sociaux-démocrates) une résistance certaine. Nous pensons toutefois qu’ils auront gain de cause.

Le bilan de la social-démocratie néerlandaise dans le domaine des réformes éducatives est dévastateur. Cela commence par les tentatives d’introduire des « écoles intermédiaires », et cela finit par des lycées professionnels surdimensionnés qui donnent l’impression d’être des usines d’apprentissage. Le résultat est que les rêves d’efficacité, de démocratie et d’ascension sociale se sont transformés en cauchemar. De vastes programmes de restructuration n’ont pas suffisamment tenu compte des réalités changeantes dans les classes, et les politiques sociaux-démocrates ont été obsédés par des programmes de soutien, éloignant ainsi de notre électorat traditionnel les enseignants. En même temps, un système éducatif à deux vitesses ainsi qu’un niveau général en baisse sont devenus de vrais problèmes. L’éducation est devenue la colonne vertébrale de l’inégalité dans notre société, comme le dit Jaap Dronkers.

La nouvelle génération des politiques locaux n’accepte pas cela, mais essaye d’aller activement à contrecourant : elle fixe des nouveaux standards pour les écoles et elle fait surtout appel à la responsabilité des administrations locales, des directeurs d’école, des parents, des élèves et des enseignants, sans tenir trop compte des règles formelles et sans se laisser freiner par ses supposées responsabilités. Nous voyons : cela fonctionne. Leur programme n’est pas en premier lieu censé livrer une performance, mais veut soutenir tous les talents, et souhaite aussi donner une bonne éducation aux élèves qui ont des inclinaisons plus pratiques.

Parlons à nouveau de la critique du capitalisme

En même temps, la social-démocratie néerlandaise tente une nouvelle appréciation du paradigme « Troisième Voie » ou « Nouveau Centre ». Au coeur de la formulation du nouveau programme se trouve la nécessité de rééquilibrer la relation entre Etat et marchés. Wouter Bos, qui était président du PvdA et ministre des Finances dans la grande coalition avec les chrétiens-démocrates jusqu’au 25 Avril 2010, a fait un discours important et remarqué le 25 Janvier, qui portait le titre « Au-delà de la Troisième Voie ». L’ancien défenseur de la « Third Way » à la Blair prononça un mea culpa : « On peut dire des choses positives et négatives sur la troisième voie : le positif est que la social-démocratie, après l’impasse dans lequel elle était entré dans les années 1970 et 1980, a pris un nouveau chemin (la « Troisième voie »), qui lui a permis de remplacer son attitude sauvage et post-matérialiste des années 1960 et 1970 par une réorientation nécessaire vers les thèmes solides du travail et de l’économie de façon plus générale. Le négatif est que nous sommes restés coincés dans cette « Troisième voie » (…) La plus grande tragédie de la « Troisième voie » est que ce nouvel intérêt pour le commerce et l’économie est apparu juste au moment où le capitalisme moderne commença à changer de nature. La normalisation des sociaux-démocrates dans leurs relations avec le secteur privé, ainsi que la reconnaissance du côté productif de l’économie sociale de marché a subi une tragique erreur de timing. Pour le dire de façon plus claire, les représentants de la « Troisième voie » sont allés se coucher quand il y avait encore un marché à peu près bien régulé. Quand ils se sont réveillés, celui-ci était devenu un monstre. (…) La dignité humaine est minée par une pression croissante de la marchandisation, car on nous dit en permanence que nous avons besoin de plus, plus, plus et cela tout de suite, parce que le seul bonheur serait le renforcement des intérêts et sentiments personnels. Ceci déchire finalement la société car les hommes deviennent indifférents aux autres hommes. De ce point de vue, ce que nous avons observé dans les années passées, était aussi une crise des valeurs. L’équilibre entre les excès et les modérations, entre long terme et court terme, entre la poursuite du prestige et l’assistance, entre le manque de considération pour les autres et l’envie d’aider les autres, s’est perdu. Notre repositionnement nécessaire vis-à-vis du capitalisme nécessite par conséquent une éducation du citoyen et de l’élite, qui serait bénéfique à l’intérêt général. »

Le capital financier revisité

Un point central de la critique actuelle du capitalisme est la revalorisation nécessaire de l’entrepreneuriat productif par opposition à la domination du capital financier. Un enseignement essentiel de la crise économique et financière est que nous devons mettre une limite aux intérêts du capitalisme et circonscrire les risques financiers. Notre économie doit montrer un vrai esprit d’entreprise au lieu d’être poursuivie par des chasseurs de butins faciles. Notre objectif d’avoir des entreprises innovantes et une société dynamique et stable, afin de pouvoir assurer un certain niveau de croissance et l’Etat providence.

Ce modèle économique doit avant tout mettre un terme aux relations de travail précaires telles qu’elles sont décrites dans les livres de Günter Wallraff de façon saisissante, et il doit créer des nouvelles possibilités d’ascension sociale. Dans l’après-guerre, notre société offrait des possibilités pour les nouvelles générations grâce aux réformes du système éducatif, aux emplois créés, à la revalorisation de nouveaux quartiers et à l’augmentation des salaires. Ce défi se pose à nouveau à nous. Ce n’est pas un hasard si une des priorités du « program for change » de Barack Obama réside dans le fait que nous avons besoin d’élargir et de stabiliser la classe moyenne en lui donnant des possibilités d’épanouissement et de développement personnel.

La cohésion de la société

Comme décrit plus haut, Job Cohen est devenu le nouveau candidat tête de liste du PvdA pour les élections anticipées. Il est maire d’Amsterdam depuis 2001. Ses expériences locales ont marqué ses idées pour l’avenir politique de la social-démocratie. Dans son discours lors du gala donné pour les 10 ans de la Berliner Republik, il l’exprime ainsi : « Amsterdam est une ville avec une longue tradition d’accueil et de patrie nouvelle pour les migrants. La population de cette métropole se compose de plus de 170 nationalités et cultures. C’est un bel et enrichissant objectif pour un politique social-démocrate que de gérer variété et de pratiquer du « diversity management ». Bien sûr, il ne faut pas négliger l’autre face de la médaille. Il est souvent très difficile de maintenir une cohésion dans cette ville et de gommer les différences sociales, économiques et culturelles. Les grands changements des décennies passées, le processus de mondialisation, l’individualisme croissant, la vague de démocratisation, les privatisations et sécularisations ont mené, avec les migrations, à une société où beaucoup de groupes se perçoivent mutuellement comme des étrangers. La criminalité de gangs de jeunes, souvent d’origine migratoire, attisent la peur et l’aliénation au sein des quartiers et des voisinages. » Son action se concentre sur la cohésion sociale et la solidarité. « Les messages politiques de la PvdA tournent autour de ce nouveau narratif qui lie les social-démocraties entre elles. Mon objectif est une société d’inclusion. Nous devons combattre de toute urgence les tendances qui polarisent et trouver des réponses aux nouvelles questions sociales et culturelles. Les partis sociaux-démocrates doivent prendre les peurs de leurs électeurs au sérieux. Ils doivent s’opposer au clivage de la société en diminuant les inégalités sociales et économiques, en propageant et en soutenant une société civile vivante, et en conciliant les différences culturelles. Dans chaque nation et dans toute l’Europe, il s’agit de l’avenir commun de notre société et de notre démocratie. »

Si nous voulons assurer la cohésion sociale dans nos sociétés, il nous faudra recréer respect et confiance. Nous avons besoin d’une société à laquelle adhérent les gens. Il nous faudra trois bases pour cela : de l’empathie, des règles et délimitations claires qui se basent sur la reconnaissance de notre constitution et des garanties de notre Etat de droit, et la participation des citoyens à la société civile, à la politique et à la vie économique. Le raffermissement de notre démocratie doit à notre avis se développer sur trois socles : un Etat confiant en lui, une orientation vers le bien commun, et une citoyenneté active. Après une phase, durant laquelle nous avons davantage misé sur les marchés que sur les Etats, nous devons assurer une nouvelle confiance dans l’Etat, une réanimation de l’espace public, et une renaissance de la providence publique. Pour cela, il faut des responsabilités claires et des politiques  qui ne craignent pas de les prendre.

La reprise économique doit se fonder sur la cohésion sociale et sur une société d’inclusion. Cela n’est pas seulement une exigence morale, mais aussi économiquement raisonnable. Une société qui invite chacun à s’intégrer et à développer ses talents est une société performante économiquement. Les changements démographiques ne nous permettent pas de gaspiller le potentiel des gens : chacun doit avoir la possibilité de participer au travail et à la vie économique. Cela certainement pas à tout prix et à toutes les conditions, mais à des salaires justes et avec la possibilité d’accorder la vie professionnelle avec la vie de famille. Nous ne devons pas seulement être exigents vis-à-vis de ceux qui essaient difficilement de prendre pied sur le marché de travail, mais nous devons aussi l’être avec les élites économiques qui faisaient, lors du boom précédent, des gros bénéfices. Pour le dire un peu à l’emporte-pièce : il nous faut aussi une réforme « Hartz IV » pour l’élite économique !

Le « processus d’Amsterdam » : Chercher des points communs en Europe

Les think-tanks des sociales-démocraties néerlandaise et britannique ont organisé durant le processus de cette réorganisation un petit séminaire avec des collègues des partis de toute l’Europe dans un vieux couvent à Amsterdam (l’heure est à la pénitence !), afin de trouver des réponses communes à la question : Comment les partis sociaux-démocrates peuvent-ils formuler un nouveau projet dans une époque qui demande urgemment un contre-pouvoir aux forces qui délitent notre société économiquement et culturellement, sachant que ce projet doit nous donner une nouvelle confiance mais en même temps nous retracer le chemin vers nos électeurs. Sigmar Gabriel a appelé cela au tout début de son mandat le retour à la « prérogative d’interprétation dans la société ». Ce séminaire fût le point de départ du « processus d’Amsterdam » – qui est une série d’ateliers avec des experts, d’articles et d’interventions orales qui doivent déboucher en 2011 dans une déclaration finale. Tous les collègues, universitaires, politiques et amis de la social-démocratie sont cordialement invités à participer au processus de refortification de nos partis et de notre mouvement sur un plan européen. Le processus d’Amsterdam est étroitement imbriqué avec l’initiative FEPS pour la « Gauche prochaine » ainsi qu’avec des initiatives comparables de la Fondation Friedrich Ebert.

Les conditions pour une renaissance de la social-démocratie ne sont clairement pas optimales, et les problèmes sont connus par tous. Notre électorat est éparpillé et divisé – certain sont partis vers les partis verts, d’autres vers la gauche populiste ou traditionnelle, ou alors vers les libéraux ou les populistes de droite. Les partis de masse classiques perdent du terrain. La social-démocratie de trouve au plus bas pour ce qui concerne la confiance des électeurs. Mais elle a déjà connu des périodes difficiles durant son histoire. Il n’y a pas de déterminisme de l’échec, nous avons encore des marges de manœuvre. Il nous faut nous ressaisir. Beaucoup des partis sociaux-démocrates ne sont pas capables de cela et sont insuffisamment bien organisés pour les missions principales d’un parti : la composition de programmes, l’accueil de nouveaux militants, les campagnes d’adhésion, la communication avec les électeurs, les discussions internes au parti, la mobilisation des militants. Un parti qui agit de haut en bas, qui est professionnel (dans le mauvais sens) et qui communique insuffisamment n’arrivera pas à regagner la confiance et les élections, et encore moins à regagner le terrain perdu.

Nous avons aussi besoin d’une politique de coalition, nouvelle ou ancienne. Si la gauche est éparpillée, si les chrétiens-démocrates peuvent réclamer encore le centre pour eux, et si la droite gagne en popularité, nous devrions essayer de rassembler la gauche progressiste et commencer à expérimenter avec des alliances informelles et créatives. Cette ouverture vaut aussi pour la société civile et le troisième secteur, y compris les syndicats, les églises et les associations de fonctionnaires. Nous avons besoin de rallier les forces sociétales progressistes afin de construire un contre-pouvoir au capital financier mondialisé, au populisme xénophobe, à l’extrémisme religieux et au consumérisme dépourvu de sens. Le mouvement social-démocrate européen a suffisamment joué le blues. Il est temps de passer à la soul.

Frans Becker et René Cuperus

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