Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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Le désert italien

Marc Lazar est professeur d’histoire et de sociologie politique à Sciences Po, où il est directeur du Département d’Histoire, et à la Luiss-Guido Carli de Rome où il est Président de la School of Government. Il a récemment écrit avec Marie-Anne Matard-Bonucci, L’Italie des années de plomb. Le terrorisme entre histoire et mémoire, Paris, Autrement, 2010.

Au premier regard, l’analyse du débat politique et culturel de la gauche italienne se heurte d’abord à un obstacle de taille et débouche ensuite, presque immédiatement, sur un constat peu reluisant, du moins pour qui connaît quelque peu l’histoire de la gauche italienne.

L’obstacle provient de la taxinomie politique en usage de l’autre-côté des Alpes depuis les années 1990, pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons. Des décennies durant, la notion de droite n’était guère utilisée, parce que réservée à l’usage qu’en faisait le Mouvement Social Italien (MSI), le parti néofasciste, et du fait que la Démocratie chrétienne (DC) occupait le vaste espace du centre. La gauche quant à elle était composée de deux principales formations. Le Parti socialiste, minoritaire, après des années de compagnonnage de route aux côtés des communistes durant la période la plus intense de la guerre froide, s’était rapproché à partir des années 1960 de la DC pour forger avec elle une alliance conflictuelle dite de centre gauche. De son côté, le PCI, le plus puissant parti communiste du monde occidental, constituait la force d’opposition incontournable que les multiples sensibilités de la gauche radicale particulièrement actives des années 1960 aux années 1980 n’avaient pas vraiment réussi à ébranler. Or, depuis plus d’une quinzaine d’années, on parle davantage de centre droit mais également de centre gauche, y compris pour les descendants de l’ex-PCI qui mit fin à son existence en 1991. Seules les formations issues de la mouvance communiste et désireuses de rester fidèles à cet idéal et en quête d’une alternative radicale revendiquent leur appartenance à la gauche. Dans la plupart des pays européens, à quelques notables exceptions près, dont le Royaume-Uni, la gauche réformiste s’appelle ainsi et est organisée autour de partis sociaux-démocrates et socialistes. En Italie, depuis 2007, existe le Parti démocratique ou démocrate selon les traductions qui ne sont pas toujours innocentes en français de Partito democratico, un PD qui se classe délibérément au centre gauche. Cependant, par commodité de langage, nous parlerons dans cet article de gauche réformiste italienne, quand bien même, comme nous le verrons, cette volonté délibérée de revendiquer l’appellation de centre gauche et de se positionner sur ce créneau a des effets sur le contenu et la forme des discussions politiques et intellectuelles.

Des discussions pour le moins guère perceptibles, et tel est le diagnostic que n’importe quel observateur ne manque pas de dresser. La gauche italienne par le passé avait été caractérisée par un paradoxe : quasiment impuissante en politique, elle faisait preuve d’une grande inventivité culturelle. Sa relative impuissance politique provenait essentiellement de ce que le PCI était confiné à une opposition quasi permanente du moins au niveau du pouvoir central, due, entre autres, à ses liens internationaux avec Moscou en dépit des critiques qu’il adressa à l’URSS à partir des années 1960. En outre, les gouvernements de coalition de centre gauche auxquels participa le PSI ne réalisèrent relativement que peu de grandes réformes. En revanche, la créativité culturelle de la gauche transalpine fut grande et diversifiée, grâce aux échanges qui s’opéraient entre intellectuels, partis et syndicats, échanges parfois tendus mais réels et intenses. Il en fut ainsi du côté du PCI, avec le réseau des Instituts Gramsci, du PSI, notamment dans les années 1960 et 1970 autour de la revue Mondo operaio qui polémiqua violemment avec les communistes et contribua à écorner leur hégémonie culturelle sur la gauche, de différentes sensibilités et personnalités qui tentèrent de tracer une autre voie entre le PCI et le PSI, tels, par exemple, Lelio Basso et sa revue Problemi del socialismo, ou, dans un tout autre genre, Norberto Bobbio, ou bien, à partir de 1969, de la revue Il Manifesto, ou encore des syndicats (la CISL et la CGIL). Leurs analyses des mutations du capitalisme, de la classe ouvrière, du travail, de l’URSS, du socialisme, du syndicalisme ou de la démocratie étaient souvent divergentes mais elles alimentaient les controverses et nourrissaient les débats. Elles sont aujourd’hui dépassées mais, à l’époque, elles semblaient originales et elles influencèrent d’ailleurs toute la gauche européenne, dont la française qui regardait souvent du côté de Rome, de Milan ou de Turin, n’hésitant point à importer idées, concepts et expériences. On ne peut alors qu’être frappé par l’atonie du débat présent, pour ne pas dire du silence assourdissant de la gauche italienne.

Les facteurs limitatifs du débat

Quatre principales raisons expliquent ce silence. D’une part, l’héritage socialiste a eu tendance à se dissiper très rapidement, en deux principales étapes. Dès les années 1980, le PSI, sous la houlette de Bettino Craxi, va vite oublier ou faire oublier par son mode de gestion du pouvoir le travail réalisé dans la décennie précédente par les intellectuels liés à ce parti encore une fois autour de la revue Mondo operaio, sur le réformisme, la social-démocratie, la modernisation de l’Italie ou encore la critique du totalitarisme communiste. Ces analyses souvent bien étayées ne constituèrent guère la colonne vertébrale de la culture de ce parti. Ensuite, parce que la disparition du parti dans les années 1990 sous l’effet de l’opération Mains propres entraîna dans sa chute une grande partie de la tradition intellectuelle socialiste ou bien tendit, injustement au demeurant, à la disqualifier1.

D’autre part, la décision du PCI en 1991 de se transformer en un autre parti, d’abord en Parti démocratique de gauche (PDS), puis en Démocrates de gauche (DS) plongea le groupe dirigeant qui pilotait cette opération dans un grand embarras dont il n’est toujours pas sorti aujourd’hui : d’un côté, il entend se référer à certains aspects de son passé, de l’autre il s’évertue à se débarrasser d’un héritage qu’il considère comme trop encombrant. Proclamer sa fierté d’avoir été communiste s’avère risqué et coûteux en termes électoraux. Renier son précédent engagement est difficilement tenable. Divisés sur ce sujet, les anciens communistes ne savent plus trop quoi faire de leur histoire et de leur tradition2. Ils ont donc tendance à les refouler, ce qui, comme chacun sait, provoque presque mécaniquement un syndrome qui, pour paraphraser une célèbre pièce de théâtre d’Eugène Ionesco, tourne autour d’une question obsédante : le communisme ou comment s’en débarrasser ?

En outre, l’Italie connaît dans les années 1990 un véritable tremblement de terre politique. La chute du mur de Berlin qui se répercute directement dans la péninsule où l’opposition était représentée par le PCI et l’opération Mains propre provoquent l’écroulement du système politique, la disparition ou l’éclatement des principaux partis de gouvernement, dont la Démocratie chrétienne et le Parti socialiste italien, la métamorphose des communistes en réformistes et des fascistes en post-fascistes. Elles favorisent également l’ascension de la Ligue-Nord qui existait déjà depuis quelques années et donnait, avec de multiples autres acteurs, des coups de butoir contre les formations traditionnelles, et elles permettent la création et l’ascension de Forza Italia de Silvio Berlusconi. Un Berlusconi qui depuis qu’il s’est lancé en politique en 1994, obsède l’Italie et polarise toute l’attention. Notamment celle de la gauche qui a tendance soit à surestimer le danger qu’il représente pour la démocratie, soit, à l’inverse, à le sous-estimer en considérant, dans un premier temps, qu’il ne constituait qu’un épiphénomène, et, désormais, qu’il est usé et quasiment fini. Elle s’interdit de ce fait de comprendre la signification politique, sociale et même anthropologique de ce qu’il représente comme leader et l’ampleur de l’hégémonie culturelle assise sur un solide bloc social qu’il a érigée. Toute l’énergie de la gauche est ainsi concentrée sur la figure de Berlusconi qui a gagné trois élections en quatorze ans. Les débats qui la traversent tournent donc autour de thématiques essentiellement politiques : conjurer les périls sur la démocratie (mais sans avoir réussi à mettre au point une loi sur le conflit d’intérêt lorsque le centre gauche par deux fois fut au pouvoir), trouver un mode de scrutin adéquat, refuser les réformes institutionnelles qu’envisage de proposer le Président du Conseil actuel qui risqueraient de renforcer le pouvoir exécutif et en proposer d’autres etc.

Enfin, la création du PD en 2007 au lieu d’impulser le débat a contribué paradoxalement à le verrouiller. Le PD est le fruit d’une longue gestation, initiée à partir du milieu des années 1990 qui a d’abord pris la forme d’une coalition de différents partis avant d’aboutir à la fusion de deux principaux d’entre eux, les DS et la Marguerite qui regroupait différentes sensibilités centristes dont les courants issus des flancs gauches de l’ancienne Démocratie chrétienne. Le PD poursuit un dessein stratégique : battre Silvio Berlusconi et ses alliés en occupant un vaste espace allant du centre à la gauche puisque, selon les ex-communistes, pour de multiples facteurs historiques, politiques et économiques, celle-ci est condamnée, lorsqu’elle reste seule, à être électoralement minoritaire. Il s’agissait également de tenter de simplifier la vie politique italienne en lançant une dynamique de bipartisme. Objectif partiellement atteint. Car d’un côté, en 2008 Forza Italia et Alliance nationale de Gianfranco Fini, suivi de diverses autres petits groupes, ont fondé le Peuple de la Liberté, cependant que la gauche radicale a été marginalisée et ne dispose d’ailleurs plus de parlementaires. Néanmoins, plus que de bipartisme, émerge en Italie un quadrige bipolaire, avec d’un côté la Ligue-Nord et, de l’autre, L’Italie des valeurs de l’ancien juge Antonio Di Pietro. Le PD se voulait encore une réponse à la crise de la politique italienne en tant que nouveau supposé être en mesure de répondre à l’aspiration à la rénovation et au changement d’une large partie des Italiens. Enfin, le PD partait du constat, inspiré en partie des théoriciens de la Troisième voie, qu’en Italie comme en Europe le vieux clivage gauche-droite était dépassé et qu’il fallait en conséquence déplacer les lignes, trouver des formes de consensus avec l’adversaire sur quelques sujets essentiels mais aussi créer des nouveaux sujets de confrontation. Pourquoi dans ces conditions un projet si ambitieux a-t-il provoqué des effets opposés, la montagne accouchant d’une souris ?

L’atonie italienne

Le PD, résolument réformiste, prétendait servir de creuset de plusieurs de ses composantes italiennes, dont les trois principales étaient issues du PCI, du PSI et de la Démocratie chrétienne, sans négliger l’ingrédient écologique. Ce melting pot a échoué. Dans la réalité, outre les rivalités de personnes, les énormes difficultés engendrées par la fusion des appareils et la délicate répartition des postes, le PD, pour tenir ensemble ses différents adhérents et définir son identité, a adopté le plus petit dénominateur commun. Les ex-démocrates chrétiens et les centristes avaient des références culturelles assez hétérogènes, mais se retrouvaient autour de leur exigence de ne pas se convertir à la social-démocratie et de ne pas rallier le Parti socialiste européen. Quant aux ex-communistes, on l’a vu, ils étaient les porteurs et les héritiers d’une histoire dont ils cherchaient à s’émanciper en se faisant légitimer par une modération zélée ; se refusant à dresser un bilan critique et complet de leur passé, ils se sont montrés incapables d’inventer du nouveau3. Il en a résulté un parti sans nom clairement identifiable, sans leader fort, à la stratégie hésitante, affichant un profil bas et masquant difficilement un vide culturel abyssal. Comme l’a écrit avec justesse le sénateur du PD, l’ex-communiste, Emanuele Macaluso : « Il est impressionnant de constater que ce parti, né avec l’ambition d’exprimer une synthèse culturelle entre ce qui au fil des ans avait produit le socialisme démocratique et la démocratie libérale afin de les dépasser, n’a rien réussi à produire hormis les polémiques quotidiennes sur ce que fait ou ne fait pas le gouvernement »4. Le PD sur tous les sujets chauds d’économie, de politique et de société s’évertue avant tout à ne pas exploser sous le poids de ses divergences internes, notamment sur les problèmes de société, par exemple ceux de bio-éthique ou de laïcité.

Car le parti est divisé en plusieurs sensibilités bien que les courants soient officiellement interdits, qui ont des projets stratégiques différents et sont en compétition pour le contrôle du parti. Ainsi, pour se contenter de quelques exemples, Walter Veltroni, qui, battu en 2008 par Berlusconi, démissionnaire de ses fonctions de secrétaire l’année suivante, avait laissé entendre qu’il renoncerait à la politique et préférait d’ailleurs se présenter avec l’étiquette chic d’écrivain, effectue désormais son retour en politique. Il relance son projet originel libéral et démocratique, qui a donné naissance au PD, assez proche de celui de la Troisième voie sur tous les thèmes économiques et sociaux. La petite minorité iconoclaste de Ignazio Marino, qui a récolté 12,4% des suffrages lors des primaires du 25 octobre 2009 auxquelles ont pris part plus de 3 millions d’électeurs, assez proche idéologiquement des amis de Veltroni mais se défiant de ce dernier, explore des thèmes tranchants pour l’Italie, comme ceux du développement durable, des énergies renouvelables (s’opposant à un retour au nucléaire qu’a choisi de faire le gouvernement), de la laïcité et de l’élargissement de toutes les libertés. La majorité du parti, derrière son secrétaire Pier Luigi Bersani, et son mentor Massimo D’Alema, rejoints par des anciens démocrates chrétiens comme Franco Marini ou Rosy Bindi, ou de jeunes loups centristes tel Enrico Letta, défend généralement une position classiquement social-démocrate, par exemple sur les questions du travail et des retraites, et évite de se prononcer sur les questions sensibles où les convictions catholiques de ses membres pourraient être froissées. Ces différentes âmes ont certes leurs intellectuels et leurs experts, dont certains de très haut niveau (il suffit de penser à Michele Salvati, l’une des têtes pensantes les plus raffinées et intelligentes du PD) qui travaillent dans des Fondations, à l’instar de la Fondation démocratique ou de Italianieuropei par exemple. Mais généralement ces fondations, tout en laissant de la liberté à leurs membres, sont au service avant tout d’un leader, Veltroni dans le premier cas, D’Alema dans le second. La synergie entre le parti et les intellectuels s’avère d’emblée fragmentée et ne contribue guère à l’élaboration collective d’une culture du parti. D’autant que le PD est obnubilé par le comportement à adopter par rapport à Silvio Berlusconi, oscillant entre une opposition intransigeante et la recherche de compromis en tant qu’opposition responsable. Le PD ne dit pas grand chose sur les mutations de la société italienne, sur l’Europe, sur la globalisation, et n’arrive pas à l’occasion de la crise économique à proposer un véritable projet cohérent alternatif aux politiques décidées par le gouvernement. Pire, du fait de la gravité de la situation du pays, il a amorcé une sorte de repli sur les questions italiennes, au détriment d’une ouverture internationale, car, saisi d’une fièvre obsidionale, il s’efforce d’empêcher l’éclatement du parti.

La place centrale qu’occupe le PD dans le panorama de la gauche explique que son déficit d’élaboration culturelle paralyse le reste de la gauche. En dehors des Fondations liées à tel ou tel responsable du PD, existent de nombreuses revues, clairement orientées au centre gauche, souvent en désaccord entre elles, correspondant à des traditions et à des générations différentes. Il Mulino a mis l’accent sur la publication de travaux permettant de déchiffrer la société italienne, de repenser la laïcité et de sortir du provincialisme italien. Micromega continue de considérer que la priorité italienne réside dans la résolution de la question morale. Reset questionne l’état de la démocratie italienne, cependant que des revues historiques de la gauche comme Le nuove ragioni del socialismo ou Argomenti umani continuent leur travail mais ont perdu de leur poids politique. C’est là sans doute un des faits nouveaux, les productions de ces revues, leurs polémiques et controverses, les chantiers qu’elles explorent, ne paraissent guère influencer les débats du PD, et encore moins son orientation politique. Ces publications ont un impact limité. En ce sens, la circulation traditionnelle entre parti et intellectuels, qui était l’une des spécificités de la gauche italienne, s’est rompue, les deux mondes, celui des politiques et celui des intellectuels menant des vies parallèles, s’ignorant, voire se critiquant, ce qui n’empêche pas, bien évidemment, de temps à autre, une instrumentalisation des seconds par les premiers. Seul sans doute le quotidien La Repubblica, qui ouvre ses colonnes aux débats de la gauche italienne et européenne, du fait de l’importance de sa diffusion – il est selon les calculs le premier ou le deuxième journal italien – alimente quelque peu la réflexion d’un parti comme le PD, dont il a, de facto, soutenu la naissance mais envers lequel il se montre de plus en plus critique.

Au total, la gauche en Italie se retrouve contrainte et forcée de tenter de résoudre les problèmes classiques du pays, le Sud, la criminalité organisée, le poids de l’Eglise, la laïcité, l’inefficacité de l’Etat, la fraude fiscale, la formation des élites, le vivre-ensemble des Italiens. Elle est en outre focalisée sur le phénomène Silvio Berlusconi et donc contrainte de se concentrer sur les institutions et le système politique. En revanche, elle n’est gère inventive sur les nouveaux sujets, ceux liés aux transformations de la société, aux inégalités sociales et culturelles, aux différends entre générations, à l’immigration, à la fin d’un certain modèle de développement de l’Italie et à la nécessité d’en inventer un autre, à la dérive des classes moyennes, à l’anomie des catégories populaires, à l’indifférence ou à l’hostilité envers les élites, à l’aspiration à une autre politique. A cet égard, et pour le moment, la gauche italienne, à la différence du passé, ne forme plus une source d’inspiration pour le reste de la gauche européenne.

1 Voir Simona Colarizi, Marco Gervasoni, La cruna dell’ago. Craxi, il partito socialista e la crisi della Repubblica, Bari-Rome, Laterza, 2005.

2 Andrea Possieri, Il peso della storia. Memoria, identità, rimozione dal PCI al PDS (1970-1991), Bologne, Il Mulino, 2007.

3 Dans une vaste bibliographie, voir le récent livre à la fois d’analyse et de témoignage d’Enrico Morando, Riformisti e comunisti ? Dal PCI al PD. I ‘miglioristi’ nella politica italiana, Rome, Donzelli, 2010.

4 Emanuele Macaluso, “Introduzione”, Corrado Ocone, Profili riformisti. 15 pensatori liberal per le nostre sfide, Soveria Mannelli, Rubbetino, 2009, p. 9.

Marc Lazar

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