Alain Bergounioux est directeur de la Revue socialiste
Cela tient bien sûr au fait que le 10 mai a été une victoire après une longue période d’opposition – et nous y aspirons fortement pour 2012 ! Mais, pas seulement. Le 10 mai a été aussi vécu comme le couronnement de dix années d’action militante intense dans tous les domaines de la vie politique, sociale, culturelle du pays où les socialistes ont été présents sur tous les fronts. François Mitterrand a évidemment personnalisé ce moment. Son apport décisif dans la détermination d’une stratégie politique, intelligente et courageuse, est reconnu. Mais nous manquerions une dimension essentielle si nous ne voyions pas le mouvement qui a permis cette victoire. Il a été évidemment composite, il a charrié des aspirations différentes, il a nourri par là-même des débats et des conflits au sein de la gauche et dans le Parti socialiste lui-même – le Congrès de Metz de 1979 n’a pas été une promenade de santé… Mais, par delà leurs différences, tous les socialistes avaient la conviction qu’il était possible de construire une nouvelle étape du progrès social.
Comme il y a eu un avant du 10 mai, il y a eu aussi un après. Ce fut aussi le cas en 1936 comme en 1945 où les contradictions l’ont emporté en peu de temps : le Front Populaire s’est défait, la « guerre froide » a séparé la gauche pour de longues années. Mais, à chaque fois, à côté du souvenir des espérances collectives et de ce que pouvaient faire des hommes et des femmes rassemblés, des acquis sont demeurés qui ont porté plus loin la promesse républicaine. Il en a été de même en 1981. Les socialistes, en gouvernant dans la durée, ont affronté une mondialisation libérale qui ne disait pas encore son nom mais qui, dans les faits, contredisait directement leur projet. Ils ont dû adapter leurs politiques pour faire face aux données de l’économie mondiale. Mais un grand nombre des réformes de 1981 et 1982 sont toujours là et ont façonné la société française, en termes social, culturel, institutionnel. La lutte politique est faite d’avancées et de reculs, mais ce qui est important, c’est la ligne dans laquelle elle s’inscrit. Et, de ce point de vue, le 10 mai a été un maillon important dans la chaîne du progrès humain. Les dimensions conjoncturelles, les jeux tactiques inévitables et nécessaires dans l’action politique, ne doivent pas cacher la substance.
C’est l’esprit dans lequel nous avons conçu ce numéro de la Revue socialiste. Il n’est pas fait seulement pour commémorer – ce qui serait déjà bien. Il est fait surtout pour apprendre de notre passé commun. Nous avons un héritage à défendre, des leçons à tirer, et, avec le recul du temps, le plus important est de réfléchir à la manière dont des caractères affrontent les épreuves. Nous avons une espérance à porter. Les militants sont au cœur de ce numéro, mêlant trois générations qui ont fait et font le socialisme. Car, il n’y a de vraie richesse que d’hommes.
Alain Bergounioux


