Revue de réflexion du Parti Socialiste

 
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Les adhérents socialistes en 2011 : renouvellement social et ancrages idéologiques

Par Claude Dargent et Henri Rey

La sociologie politique ne s’intéresse probablement pas suffisamment sur la dernière période aux forces politiques, et notamment pas assez aux caractères des adhérents des partis, sur lesquels on sait bien peu de choses, en France en particulier. Les données qui vont être présentées ici ont été recueillies grâce à un dispositif d’enquête approfondi et original[1]. Dans un premier temps, 1100 adhérents du parti socialiste issus des fichiers 2008, 2009 et 2010 ont été interrogés en janvier 2011 par téléphone par  ISL (Institut de Sondages Lavialle) qui prend en charge la partie française de grandes enquêtes internationales comme l’European Social Survey ou l’European Values Survey. La méthode retenue a été celle l’échantillon aléatoire par tirage à l’intérieur du fichier des adhérents.

Mais cette méthode supposait de recevoir l’Hebdo des socialistes, ce qui n’est pas le cas de tous les adhérents – notamment pour ceux qui ont rejoint le parti récemment. Ce premier échantillon a donc été complété par un second, mettant à profit le fichier des adresses mails. Il s’agit donc cette fois d’une enquête en ligne, reprenant le questionnaire posé par téléphone. 10185 adhérents 2010 ont répondu pendant la 3e semaine de mars 2011, suite à la sollicitation qui leur a été adressée par mail.

Cette méthode, on le sait, est sujette à débat. Une des interrogations porte sur la représentativité des échantillons constitués par ce moyen dans la population générale ou dans celle inscrite sur les listes électorales. Cette question ne se pose toutefois pas dans les mêmes termes s’agissant d’une enquête réalisée à partir d’un fichier d’adhérents. La deuxième critique est plus sérieuse : elle porte sur la représentativité des personnes qui répondent par rapport à celles qui ne répondent pas. Cette objection ne doit pas être négligée. Mais les structures de répondants à l’enquête ont été comparées à celles des adhérents, et une pondération a permis de corriger les écarts. D’autre part, des comparaisons ont été réalisées sur la partie commune des deux échantillons (les adhérents qui reçoivent l’Hebdo par voie postale ou par mail). Au demeurant, il ne faut pas oublier l’existence de refus de réponse au téléphone, qui peuvent également affecter la représentativité des résultats : les deux méthodes présentent donc des limites sous ce rapport.

Les données ainsi recueillies seront comparées à celles issues des enquêtes de 1985 et de 1998. Elles le seront également à la population des électeurs socialistes, tels qu’on peut les cerner à partir de deux grands dispositifs d’enquête : le Panel Electoral Français 2007 du CEVIPOF d’une part[2], et la vague française de l’Enquête 2008 sur les valeurs des Européens (EVS) [3].

Ces diverses comparaisons supposent toutefois de prendre un certain nombre de précautions, liées à des différences de méthode. En premier lieu, si elles sont toutes deux issues d’un échantillon de volontaires, les enquêtes de 1995 et de 1998 et l’enquête internet 2011 ne prennent pas la même forme : l’une requérait le renvoi d’un questionnaire papier, la seconde supposait donc de se rendre sur un site dédié et de répondre à un questionnaire en ligne. D’autre part, le fait de recourir au téléphone ou au web a des conséquences, même limitées, sur la dispersion des réponses. Enfin, les points de comparaison concernant les électeurs socialistes datent de quelques années, avant la survenue de la  crise. Et ces enquêtes ont été effectuées en face à face. En même temps, de nombreux travaux établissent que le biais de « désirabilité » qui entraîne une autocensure face à l’enquêteur sur les questions sensibles (et les questions politiques en font partie) diminue fortement dans une enquête en ligne. Indispensables et instructives, comme on le verra, ces comparaisons doivent donc être prises avec précaution : elles traduisent des grandes tendances, des ordres de grandeur. Mais on ne saurait aller au-delà dans leur analyse.

Parce qu’elles doivent être représentatives de l’ensemble des adhérents, les données qui suivent sont largement issues de l’enquête en ligne. Un rapprochement avec l’enquête par téléphone a permis un premier contrôle de la qualité de ces données. Une analyse ultérieure plus étoffée permettra d’approfondir les premières conclusions ici présentées, de proposer une interprétation des éventuels décalages entre les deux sources, des mieux saisir les caractères propres des adhérents 2008 et 2009 par rapport à ceux de 2010 et d’affiner les comparaisons dans le temps et dans l’espace.

Claude Dargent, Henri Rey

Claude Dargent, Henri Rey

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