Revue de réflexion du Parti socialiste

 
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Socialisme et éducation : un siècle et demi de combats

Quand les socialistes ont-ils évoqué, pour la première fois, le principe d’une école gratuite, laïque et obligatoire ?
L’idée émerge autour de 1840. Elle est portée par la Gauche républicaine, sous le Second Empire et le début de la Troisième République, au travers des lois Ferry sur l’école primaire, votées en 1881-1882. Les socialistes n’ont pas d’originalité particulière en la matière, même si Jaurès consacre de nombreux articles à l’éducation dans la Revue pédagogique.
La vraie bataille oppose les défenseurs de la laïcité aux tenants de l’enseignement catholique, autour de l’acceptation ou non des valeurs républicaines. Les socialistes se retrouvent très vite aux avant-postes pour limiter l’impact des congrégations. Mais leur influence véritable ne se fera ressentir qu’à partir de l’entre-deux guerres.

Les lois Ferry n’entendent-elles pas prioritairement lutter contre la volonté de l’Église de contrôler la formation intellectuelle et morale des jeunes Français ?
Oui, mais pas seulement. Ces lois arrivent après le traité de Sedan qui solde la défaite de 1870. Avec l’ambition d’inculquer aux jeunes une éducation patriotique, républicaine et laïque, en favorisant l’ascension sociale des plus méritants.
La dualité public/privé reste cependant très présente dans les esprits et l’idée d’une démocratisation de l’éducation ne prend effet qu’à l’issue de la Première Guerre mondiale. C’est alors que surgit le thème de la nécessaire unification des écoles.

Au fond, l’éducation n’est-elle pas une

affaire de Gauche traitée par des ministres radicaux ?
Sans doute. Mais, après le conflit de 1914-1918, les socialistes se penchent sérieusement sur la « nationalisation » du système, gérée conjointement par les enseignants, leurs représentants et les usagers.
En 1924, le Cartel des Gauches échoue dans sa volonté d’harmoniser le système scolaire français avec celui de l’Alsace-Lorraine. Le Front populaire franchit une nouvelle étape sous l’égide de Jean Zay qui met l’accent sur l’allongement du temps scolaire. Après lui, les socialistes prôneront une vision républicaine de l’éducation. Ces propositions feront contrepoids aux contestataires issus du syndicalisme révolutionnaire. Le projet de nationalisation est en marche. Il transparaîtra dans le programme du Parti socialiste des années 70, au travers d’un grand service public, laïc et unifié de l’Éducation nationale.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le plan Langevin-Wallon devient un texte de référence. D’où vient cet engouement ?
Élaboré en 1946-1947 par une commission ministérielle présidée par Paul Langevin, puis, Henri Wallon, ce dispositif porte en germe une vision de la démocratisation du système scolaire, défendue par la Gauche. Il prévoit un enseignement gratuit et obligatoire jusqu’à l’âge de 18 ans et définit des conditions d’organisation idéales : 25 élèves tout au plus par classe, respect des rythmes biologiques, revalorisation du travail manuel, accès de tous à la culture. Il pose enfin le principe d’une éducation populaire, accessible tout au long de la vie. Autant de raisons qui expliquent pourquoi il servira de référence à la gauche, jusque dans les années 60.

Suite aux mouvements de Mai 68, l’université se réforme avec plus d’autonomie pour les étudiants. Dans le secondaire, la pédagogie évolue vers une attention plus grande portée à l’élève. Quel rôle les socialistes jouent-ils dans cette évolution ?
Ils commencent alors à se référer à leur propre vision de l’éducation, et non plus à celle des syndicats. Cette volonté prend forme au travers d’un plan concocté par Louis Mexandeau qui inspirera les propositions socialistes pour la présidentielle de 1981 et les échéances suivantes. Avec l’ambition, sans cesse réaffirmée depuis, de renouveler les méthodes pédagogiques et de décloisonner les disciplines, en prenant en compte la massification de l’enseignement et sa nécessaire diversification.

Propos recueillis par Bruno Tranchant

Équilibres nouveaux

En mettant l’élève au centre du système, la loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989, dite aussi loi Jospin, est le fruit des évolutions passées. Avant l’adoption de ce texte, Alain Savary avait tenté d’innover en créant les zones d’éducation prioritaires (ZEP), dont l’objectif était de lutter contre les ségrégations et de renforcer la démocratisation du système. Ce dispositif est le fidèle reflet du système éducatif. « À travers lui, les socialistes s’efforcent de revaloriser la condition enseignante et de favoriser la diversification, sans pour autant mettre en péril l’unité nationale », résume Alain Bergounioux.

Depuis, les grandes questions éducatives n’ont pas été véritablement résolues. Ce, malgré la création, par Jean-Pierre Chevènement, d’une filière professionnelle, et la mise en place, par Jean-Luc Mélenchon, du Lycée des métiers. « L’évolution est réelle, mais des inégalités subsistent au niveau de la petite enfance, du collège et de la nécessaire adaptation du lycée à l’enseignement supérieur, poursuit l’historien. On ne peut se contenter d’une vision simpliste du problème. Il nous faut trouver des équilibres nouveaux entre la volonté de conserver un système unifié, de le diversifier et de lutter contre les inégalités sociales ».

B.T.

Bruno

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