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	<title>La Revue Socialiste &#187; Actualités</title>
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	<description>Revue de réflexion du Parti Socialiste</description>
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		<title>L’OURS ou la mémoire du mouvement socialiste</title>
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		<pubDate>Thu, 03 Nov 2011 14:39:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>arnaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>

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		<description><![CDATA[Créé en 1969, présidé par Alain Bergounioux, l’OURS (Office universitaire de recherche socialiste) est solidement installé dans le paysage socialiste français, par la qualité de ses travaux, la richesse inégalée de sa bibliothèque et de ses fonds d’archives, et les réseaux qu’il entretient à travers la France, entre monde militant et milieux universitaires. Rencontre avec Denis Lefebvre, secrétaire général de l’Office.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Quelles sont les origines et la philosophie de l’OURS ?<br />
</strong>L’Office a été créé en 1969 par Guy Mollet et quelques camarades et amis, qui entendaient préparer l’avenir, alors que le mouvement socialiste était en crise, en lançant une école de formation destinée aux militants et cadres socialistes. Dès le début, ils ont veillé à ce que cette initiative soit d’inspiration socialiste, sous la forme d’une association régie par la loi de 1901, mais non liée au Parti. Cette notion est importante, et son application au quotidien, au fil des décennies, nous a permis de traverser ces décennies parfois rudes à vivre pour l’organisation politique qui est la nôtre.<br />
Socialistes, nous le sommes bien-sûr, mais nous nous interdisons toute action politique, toute prise de position politique. Le « Manifeste » que nous avons publié en 1969 précise notre démarche, quand nous appelons à nous rejoindre « ceux qui aspirent à la réflexion au-delà des péripéties de la lutte quotidienne, ceux qui ressentent profondément la nécessité d’ajouter un maillon supplémentaire à la longue chaîne de l’étude socialiste, ceux qui sont persuadés que la force des idées est garantie par l’approfondissement qu’on en fait ». Tout est là.<br />
C’est sur ces bases que nous vivons depuis plus de quarante ans ! C’est avec cette ambition et cet état d’esprit que nous rejoignent au quotidien des femmes et des hommes, encartés ou pas, mais en socialistes, avec la volonté de travailler en profondeur.</p>
<p><strong>Quel est le travail au quotidien des animateurs de l’OURS ?<br />
</strong>Il est multiple et varié… Je retiendrai deux points particuliers. Nos publications, tout d’abord. Nous éditons, sous différentes formes depuis 1969, un journal mensuel et une revue aujourd’hui semestrielle. Le mensuel, publié sur huit pages est consacré à la critique littéraire, culturelle et artistique. Depuis cette année, nous y ajoutons des suppléments thématiques de quatre pages intitulés « Droits d’inventaires ». Dans le premier, nous avons évoqué « Les socialistes et les libertés », dans le deuxième « La gauche face à l’histoire », avec des articles de Marie-Pierre de la Gontrie, Aurélie Filippetti, Lionel Jospin, Jean-Jacques Urvoas, Vincent Duclert…<br />
Notre revue, <em>Recherche socialiste</em>, est axée autour de dossiers thématiques. Les derniers thèmes traités sont les suivants : « 1958-2008 : les socialistes et la Ve République » ; « Socialistes français et travaillistes britanniques dans la construction européenne ». Le premier numéro de 2009 a été consacré aux transformations du militantisme socialiste.<br />
Nos activités dans le domaine de la mémoire, ensuite. Depuis 1969, nous avons constitué une bibliothèque considérable de plus de 15 000 livres et brochures, et un centre d’archives qui regroupe plus de 100 fonds différents, sans oublier 700 collections de périodiques, du XIXe siècle à nos jours. Cet ensemble fait de l’OURS un lieu incontournable pour tous ceux qui travaillent sur l’histoire du mouvement socialiste. Nous recevons chaque année dans nos locaux plusieurs centaines d’étudiants, chercheurs, journalistes.<br />
À côté de nos activités propres, nous participons aussi, dans le cadre d’une convention signée avec le Parti socialiste et la Fondation Jean-Jaurès, à la sauvegarde et à la gestion des archives du mouvement socialiste contemporain.</p>
<p><strong>Le stand de l’OURS à La Rochelle, cette année encore, a été très visité par de nombreux camarades, jeunes et moins jeunes. Il semble y avoir, comme à l’accoutumée, un courant de sympathie très net….<br />
</strong>Certes, et même un esprit « OURS », qui prouve que la démarche des fondateurs de l’Office était la bonne : créer un lieu de réflexion, de débat, sans autre ambition que celle de faire avancer notre cause, par un travail collectif sans entraves, sans esprit de chapelle(s) !</p>
<p style="text-align: right;"><em>Propos recueillis par Bruno Tranchant</em></p>
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		<item>
		<title>Socialistes et syndicalistes, si lointains, si proches</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/10/18/socialistes-et-syndicalistes-si-lointains-si-proches/</link>
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		<pubDate>Tue, 18 Oct 2011 14:35:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>arnaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>

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		<description><![CDATA[Souvent tendues, toujours complexes, les relations entre mouvements syndicaux et Parti socialiste sont traversées par des lignes de force certes différentes, mais complémentaires. Récit d’un siècle et demi de luttes communes, avec Alain Bergounioux, historien et conseiller aux relations avec les fondations et aux revues.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><span style="font-style: normal;"><strong>Quand l’idée d’un rapprochement entre syndicalisme et socialisme se fait-elle jour ?</strong></span><br />
</em>Il faudrait inverser la question. Jusqu&#8217;à la fin des années 1870, il existe en effet une grande proximité entre syndicalisme et socialisme. En octobre 1876, s’ouvre ainsi à Paris le premier Congrès ouvrier, bientôt suivi d’un second, à Lyon, en 1878, auquel participent des délégués des chambres syndicales ou à défaut d’associations ouvrières. S’ensuit la création de la Fédération du Parti des travailleurs socialistes de France (FPTSF) au congrès de Marseille, en 1879.<br />
Des lignes de forces s’affirment cependant peu à peu. Les Guesdistes sont convaincus ainsi qu’il incombe au Parti de coordonner les luttes et que le syndicalisme n’à qu’une fonction revendicative.. De leur côté, les syndicalistes sont partagés entre une tendance réformiste &#8211; qu’on retrouve notamment chez les travailleurs du livre et les mineurs -, qui défend les intérêts corporatistes du monde salarial, et une tendance anarcho-syndicaliste majoritaire, convaincue que la Révolution socialiste ne peut venir que de l’entreprise, indépendamment de l’action parlementaire .</p>
<p><em><span style="font-style: normal;"><strong>La seconde phase de l&#8217;histoire du syndicalisme révolutionnaire commence en 1906, au congrès d&#8217;Amiens, où la CGT affirme son indépendance et son hostilité à la politique de la SFIO. Comment en est-on arrivé là ?</strong></span><br />
</em>Deux visions coexistent : d’un côté, la CGT se reconnaît dans le syndicalisme révolutionnaire, résumé dans la Charte d’Amiens ; de l’autre, la SFIO défend le parlementarisme. Cette différence d’appréciation n’empêche nullement les rapprochements personnels. Jaurès plaidera d’ailleurs toujours pour une reconnaissance du fait syndical, en prêchant l’unité autour de grandes revendications sociales. En 1914, les socialistes seront ainsi associés au mouvement ouvrier.</p>
<p><strong>Comment la situation évolue-t-elle à l’issue de la Grande Guerre ?<br />
</strong>Cette période est marquée par l’émergence du Parti communiste. En 1921, la CGT connaît une scission entre une branche héritière du syndicalisme révolutionnaire, qui adopte progressivement une posture réformiste dans les pas de Léon Jouhaux, et la CGTU, liée au PC et qui parvient à capter une partie de l’héritage du syndicalisme révolutionnaire, sous l’égide de Benoît Frachon à partir des années 1930. La création de la CFTC, en 1919, ajoute à la division syndicale, constituant un syndicalisme inspiré par le christianisme social. La situation des socialistes est complexe ; la CGT, l’organisation la plus proche, défend l’indépendance syndicale pour lutter contre la CGTU communiste. La SFIO ne peut pas nouer de liens organiques avec les syndicats.</p>
<p><em><span style="font-style: normal;"><strong>Des coopérations politiques et syndicales se font jour dans les années 30…</strong></span><br />
</em>Oui. La réunification de la CGT intervient en mars 1936, au terme de longues négociations. La Confédération réunifiée est signataire du programme du Front Populaire qui rassemble, dans un même élan, les partis de gauche, le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et de nombreuses associations. Cependant, elle ne participe pas au gouvernement Blum, en dépit des appels du pied du chef de file socialiste.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><span style="font-style: normal;"><strong>Comment ces relations ont-elles évolué ?</strong></span><br />
</em>La Seconde Guerre Mondiale est marquée par un nouvel éclatement des forces syndicales qui ne retrouveront leur unité qu’à la faveur de la Résistance. En 1943, les éléments de la CGT réformistes et communistes se regroupent à nouveau, tandis que la CFTC fonde sa légitimité sur son attitude dans la Résistance.<br />
Après le conflit, le pluralisme syndical est réaffirmé. Cette tendance se confirme par la naissance, en octobre 1944, de la CGC. Elle ne cessera de s’amplifier après 1948, au travers de l’éclatement de la CGT et de l’émergence de Force ouvrière (FO) et de la Fédération de l’éducation nationale (FEN).<br />
Si la CGT domine ensuite le monde ouvrier, la FO et la FEN exercent leur influence dans la fonction publique. La SFIO prend acte de cette situation et du combat que mène FO pour l’indépendance syndicale. Elle doit également composer avec une autre composante, la CFDT, qui naît de la scission de la CFTC, en 1964, et qui se rapproche du PSU dans les années 1960. Sa plus grande proximité se situe avec la FEN, principalement le Syndicat national des instituteurs (SNI, puis SNI-PEGC à partir de 1976).</p>
<p style="text-align: right;">
<p style="text-align: right;"><em>Propos recueillis par Bruno Tranchant</em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;">Changement de cap</p>
<p style="text-align: center;">
<p>Les années 70 et l’après-Épinay marquent l’entrée dans une nouvelle période.<strong> </strong>Jusqu’alors, socialistes et membres de la SFIO entretenaient des relations complexes, voire même tendues avec le mouvement syndical. <em>« D’un côté, la CGT obéissait aux injonctions du PC, de l’autre, subsistait l’idée d’un syndicalisme plus critique vis-à-vis des partis politiques»</em>, résume Alain Bergounioux.<br />
Ce n’est qu’après que des relations plus régulières s’établirent à nouveau. <em>« Les dernières interventions du PS dans le champ syndical se tinrent au milieu des années 70, lorsque François Mitterrand et une majorité de socialistes prirent parti dans la lutte de tendance propre à la FEN pour soutenir les syndicalistes qui leur étaient proches »</em>, poursuit l’historien. La période qui suivit se traduisit un changement de cap radical. Tout le monde a pris acte de l’autonomie syndicaliste, que la CGT,à son tour, affirma au milieu des années 1990, en prenant ses distances avec le PCF. <em>« Dès lors, la concertation allait dominer dans les rapports entre partis politiques et mouvements syndicaux</em>, poursuit Alain Bergounioux. <em>Et il n’existe plus, un point de vue de socialiste. Il ne s’agit plus de réunir derrière une même plate-forme programmatique des organisations différentes. Chacune possède un champ d’action et de proposition qui lui est propre, dans le respect mutuel »</em>.</p>
<p style="text-align: right;">B.T.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
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		<title>Socialisme et éducation : un siècle et demi de combats</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/08/31/socialisme-et-education-un-siecle-et-demi-de-combats/</link>
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		<pubDate>Wed, 31 Aug 2011 14:19:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>arnaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>

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		<description><![CDATA[Le système éducatif français a connu d’importantes évolutions au fil du temps, grâce à l’intervention de la gauche et des socialistes qui y ont toujours vu un investissement pour l’avenir. Attachés aux principes de gratuité et de laïcité, ils ont trouvé là un moyen de combattre les inégalités de tous poils. L’analyse d’Alain Bergounioux, historien et conseiller aux relations avec les fondations et aux revues.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Quand les socialistes ont-ils évoqué, pour la première fois, le principe d’une école gratuite, laïque et obligatoire ?<br />
</strong>L’idée émerge autour de 1840. Elle est portée par la Gauche républicaine, sous le Second Empire et le début de la Troisième République, au travers des lois Ferry sur l&#8217;école primaire, votées en 1881-1882. Les socialistes n’ont pas d’originalité particulière en la matière, même si Jaurès consacre de nombreux articles à l’éducation dans la <em>Revue pédagogique</em>.<br />
La vraie bataille oppose les défenseurs de la laïcité aux tenants de l’enseignement catholique, autour de l’acceptation ou non des valeurs républicaines. Les socialistes se retrouvent très vite aux avant-postes pour limiter l’impact des congrégations. Mais leur influence véritable ne se fera ressentir qu’à partir de l’entre-deux guerres.</p>
<p><strong>Les lois Ferry n’entendent-elles pas prioritairement lutter contre la volonté de l&#8217;Église de contrôler la formation intellectuelle et morale des jeunes Français ?<br />
</strong>Oui, mais pas seulement. Ces lois arrivent après le traité de Sedan qui solde la défaite de 1870. Avec l’ambition d’inculquer aux jeunes une éducation patriotique, républicaine et laïque, en favorisant l’ascension sociale des plus méritants.<br />
La dualité public/privé reste cependant très présente dans les esprits et l’idée d’une démocratisation de l’éducation ne prend effet qu’à l’issue de la Première Guerre mondiale. C’est alors que surgit le thème de la nécessaire unification des écoles.</p>
<p><strong>Au fond, l’éducation n’est-elle pas une affaire de Gauche traitée par des ministres radicaux ?<br />
</strong>Sans doute. Mais, après le conflit de 1914-1918, les socialistes se penchent sérieusement sur la « nationalisation » du système, gérée conjointement par les enseignants, leurs représentants et les usagers.<br />
En 1924, le Cartel des Gauches échoue dans sa volonté d’harmoniser le système scolaire français avec celui de l’Alsace-Lorraine. Le Front populaire franchit une nouvelle étape sous l’égide de Jean Zay qui met l’accent sur l’allongement du temps scolaire. Après lui, les socialistes prôneront une vision républicaine de l’éducation. Ces propositions feront contrepoids aux contestataires issus du syndicalisme révolutionnaire. Le projet de nationalisation est en marche. Il transparaîtra dans le programme du Parti socialiste des années 70, au travers d’un grand service public, laïc et unifié de l’Éducation nationale.</p>
<p><strong>Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le plan Langevin-Wallon devient un texte de référence. D’où vient cet engouement ?<br />
</strong>Élaboré en 1946-1947 par une commission ministérielle présidée par Paul Langevin, puis, Henri Wallon, ce dispositif porte en germe une vision de la démocratisation du système scolaire, défendue par la Gauche. Il prévoit un enseignement gratuit et obligatoire jusqu’à l’âge de 18 ans et définit des conditions d’organisation idéales : 25 élèves tout au plus par classe, respect des rythmes biologiques, revalorisation du travail manuel, accès de tous à la culture. Il pose enfin le principe d’une éducation populaire, accessible tout au long de la vie. Autant de raisons qui expliquent pourquoi il servira de référence à la gauche, jusque dans les années 60.</p>
<p><strong>Suite aux mouvements de Mai 68, l&#8217;université se réforme avec plus d&#8217;autonomie pour les étudiants. Dans le secondaire, la pédagogie évolue vers une attention plus grande portée à l&#8217;élève. Quel rôle les socialistes jouent-ils dans cette évolution ?<br />
</strong>Ils commencent alors à se référer à leur propre vision de l’éducation, et non plus à celle des syndicats. Cette volonté prend forme au travers d’un plan concocté par Louis Mexandeau qui inspirera les propositions socialistes pour la présidentielle de 1981 et les échéances suivantes. Avec l’ambition, sans cesse réaffirmée depuis, de renouveler les méthodes pédagogiques et de décloisonner les disciplines, en prenant en compte la massification de l’enseignement et sa nécessaire diversification.</p>
<p style="text-align: right;"><em>Propos recueillis par Bruno Tranchant</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><strong>Équilibres nouveaux</strong></p>
<p>En mettant l’élève au centre du système, la loi d&#8217;orientation sur l&#8217;éducation du 10 juillet 1989, dite aussi loi Jospin, est le fruit des évolutions passées. Avant l’adoption de ce texte, Alain Savary avait tenté d’innover en créant les zones d’éducation prioritaires (ZEP), dont l’objectif était de lutter contre les ségrégations et de renforcer la démocratisation du système. Ce dispositif est le fidèle reflet du système éducatif. <em>« À travers lui, les socialistes s’efforcent de revaloriser la condition enseignante et de favoriser la diversification, sans pour autant mettre en péril l’unité nationale »</em>, résume Alain Bergounioux.</p>
<p>Depuis, les grandes questions éducatives n’ont pas été véritablement résolues. Ce, malgré la création, par Jean-Pierre Chevènement, d’une filière professionnelle, et la mise en place, par Jean-Luc Mélenchon, du Lycée des métiers. <em>« L’évolution est réelle, mais des inégalités subsistent au niveau de la petite enfance, du collège et de la nécessaire adaptation du lycée à l’enseignement supérieur</em>,<em> </em>poursuit l’historien. <em>On ne peut se contenter d’une vision simpliste du problème. Il nous faut trouver des équilibres nouveaux entre la volonté de conserver un système unifié, de le diversifier et de lutter contre les inégalités sociales ».</em></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: right;">B.T.</p>
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		<title>Gilles Finchelstein ou l’apologie du « slow movement »</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/05/12/gilles-finchelstein-ou-l%e2%80%99apologie-du-%c2%ab-slow-movement-%c2%bb/</link>
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		<pubDate>Thu, 12 May 2011 15:57:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>arnaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Blog]]></category>

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		<description><![CDATA[Invité des Entretiens de Solferino, le 11 mai, autour de son livre, La dictature de l’urgence (Fayard, 2011), Gilles Finchelstein directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, s’est livré à une véritable apologie du « temps long ». Seul moyen, assure-t-il,  de sortir du culte de l’instant et de la vitesse. Et d’échapper, ainsi au dictat du « temps court ».]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Bruno Tranchant</p>
<p><em>« </em><em>Prendre son temps est encore le meilleur moyen d’en gagner : les décisions sont alors mieux pensées, mieux comprises et donc mieux acceptées. »</em> Gilles Finchelstein en est convaincu : aujourd’hui, plus encore qu’hier, il nous faut retrouver l’ambition du futur, d’autant que les bouleversements que nous traversons sont si rapides et si imprévisibles, que plus personne n’ose se projeter vers l’avenir. Son credo : donner du sens au temps, en dressant des perspectives et en retrouvant l’ambition du futur.</p>
<p>Dans le prolongement du débat sur la « société de l’accélération » organisé l’an passé à La Rochelle, en présence du philosophe Paul Virilio, la question fait débat. <em>« Ce livre  vient à point nommé</em>, résume Emmanuel Maurel, Secrétaire national en charge des Universités permanentes et d’été<em>. Il apporte des réponses à ceux qui s’interrogent sur le temps long et les effets du court-termisme. » </em>Tous les domaines de la vie, publics comme privés, sont affectés par les évolutions en cours. Au point que la démocratie, elle-même, semble parfois dépassée face aux exigences d’immédiateté et d’instantanéité. L’accélération contribue ainsi à creuser le fossé entre une opinion qui ne supporte plus d’attendre les résultats des politiques menées et le politique qui a besoin de temps pour réfléchir et construire.</p>
<p><em>« Le mail fait gagner du temps à celui qui les envoie et en fait perdre à celui qui le reçoit »</em>, s’amuse Gilles Finchelstein, en guise de clin d’œil. Manière, pour l’intéressé, de s’interroger sur le sens de la <em>« dictature de l’urgence »</em>, au-delà de l’intuition. Laquelle correspond à une réalité bien plus grande encore qu’à celle qu’il pressentait auparavant. <em>« L’économie de la mode, du cinéma, notre rapport à la santé, à l’information, notre diction… tout s’accélère ! »</em>, constate-t-il. L’exemple vaut également pour la finance dont le rythme ne cesse de s’accélérer. La durée de détention moyenne d’une action est passée ainsi de cinq ans à 365 jours, en l’espace de quelques années. Idem pour les exigences de rentabilités du capital qui ont imposé un nouveau rythme à l’économie réelle, conduisant à des changements profonds dans l’accélération du travail. Cette intensification n’est d’ailleurs pas sans conséquence sur la vie des salariés.</p>
<p><em>Changement de paradigme</em></p>
<p><em><br />
</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>« Le rythme effréné de l’adoption des lois obéit à une même logique</em>, renchérit-il. <em>Tant et si bien que tout ou partie des textes soumis à l’Assemblée est soumis aux procédures d’urgence. »</em> Et de citer l’explosion du nombre de comparutions immédiates, depuis 2007, qui est la manifestation d’une accélération de la justice.</p>
<p>Phénomène récent ou pas ? <em>« Nous sommes dans une phase d’accélération dans l’accélération »</em>, analyse Gilles Finchelstein. La puissance des réseaux, la puissance de calcul des ordinateurs, leur capacité de mémoire a décuplé au fil des années. Le poids de la mondialisation pèse lui aussi sur l’intensification du travail, au même titre que le rapport à l’argent, le triomphe de la cupidité et la volonté de quelques-uns de s’enrichir sur le dos de la population.</p>
<p><em>« Ce nouveau rapport au temps place nos sociétés sous tension</em>, poursuit-il. <em>Au point de bousculer l’universalisme républicain, l’égalitarisme et l’État, mal-à-l’aise dans le rapport au temps. »</em> Gouverner dans l’instant, c’est se priver du sens de l’anticipation, au mépris du futur, martèle-t-il. Difficile, ainsi, de se projeter sur les grandes mégapoles de demain et de se préparer à la poussée démographique qui se dessine. <em>« Il nous faut redonner du temps au temps »</em>, veut-il croire, avant de pointer, au détour d’une phrase, le rythme effréné de la communication élyséenne qui ne fait que « démonétiser » la parole présidentielle. <em>« Le temps de Nicolas Sarkozy est toujours divisé par deux ou trois, comme autant de symboles de son supposé volontarisme »</em>, ironise-t-il.</p>
<p>Inutile, dans ces conditions, de répondre à l’accélération par l’accélération. Et de fustiger, dans la foulée, ces théoriciens de la décroissance, auxquels il oppose un modèle fondé sur le principe de décélération. <em>« L’urgence n’est pas seulement dans le culte de la vitesse</em>, souligne Gilles Finchelstein. <em>À tout traiter sous ce seul paradigme, on prend le risque de perdre de vue l’essentiel. D’où la nécessité de donner du sens au temps et de changer notre rapport au temps »</em>, insiste-t-il.</p>
<p><em>Questionnements</em></p>
<p><em><br />
</em></p>
<p><em> </em></p>
<p>L’urgence, payante électoralement ? Capitalisme et dictature de l’urgence sont-ils compatibles ? Quelles réponses apporter aux théoriciens de la décroissance ? Est-il possible de concilier vitesse et urgence ? Les questions fusent. <em>« Nous vivons sous l’emprise du culte de la vitesse, du temps compressé et du temps saturé</em>, clame Gilles Finchelstein. <em>Ces trois phénomènes traduisent notre nouveau rapport au temps. »</em> On ne s’attache guère qu’à ce qui est urgent, oubliant au passage ce qui est pourtant essentiel. <em>« La meilleure réponse à une situation de crise, c’est de résister à la dictature de l’urgence »</em>, avance-t-il encore. Et d’appeler à une réflexion de fond sur la notion de décélération, en mettant l’accent sur notre modèle de développement. <em>« Les Français ont le sentiment d’être dans l’urgence. Il nous faut donc nous projeter sur le temps long, en pariant sur l’intelligence collective »</em>, analyse-t-il.</p>
<p>Comment conjurer la dictature des médias ? De quelle marge de manœuvre disposons-nous face à l’accélération subite du temps ? Ne convient-il pas de donner du temps à nos concitoyens pour leur permettre de s’informer et de consulter ? Quid de l’aspect sociologique du temps appliqué à l’être humain ? Le débat monte d’un cran. <em>« La concurrence entre médias est plus forte que par le passé</em>, note l’auteur.<em> Elle entraîne une véritable course de vitesse, accentuée par l’avènement du numérique. »</em></p>
<p>Rien n’interdit, pourtant, au pouvoir politique d’agir rationnellement, en laissant du temps à la vie parlementaire et à la négociation sociale… <em>« Tout n’accélère pas !</em> <em>Notre rapport au temps est subjectif »</em>, conclue-t-il. De quoi alimenter notre réflexion sur le diktat de l’instantanéité et la nécessité pour tous de trouver des temps de respiration, en résistant autant que faire se peut à cette « dictature de l’urgence » qui pèse sur chacune de nos existences.</p>
<p style="text-align: right;">B.T.</p>
<p>Gilles Finchelstein, <em>La dictature de l’urgence</em>, Fayard, 2011</p>
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		<title>« Redonner du sens au temps »</title>
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		<pubDate>Fri, 06 May 2011 11:30:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gilles Finchelstein</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Blog]]></category>

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		<description><![CDATA[Gilles Finchelstein en est convaincu : « l’urgence est de sortir de la dictature de l’urgence, l’urgence est de retrouver le temps long ». C’est à cette apologie du temps long que le directeur général de la Fondation Jean-Jaurès se livre dans son dernier ouvrage, la Dictature de l’urgence, publié en janvier dernier chez Fayard. Il sera l’invité des Entretiens de Solferino, le 11 mai prochain, rue de Solferino.« Redonner du sens au temps »]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Gilles Finchelstein est directeur général de la Fondation Jean-Jaurès</p>
<p><strong>Vivons-nous une mutation radicale de notre rapport au temps ?<br />
</strong>Tout à fait. C’est vrai d’abord dans nos vies personnelles et professionnelles. Quelques exemples parmi d’autres : le rapport à la nourriture &#8211; le temps de préparation du dîner le week-end a diminué de 25 % depuis 1988. Le rapport à la santé : le nombre de passages aux urgences est passé de 7 à 18 millions, entre 1990 et 2008. Le rapport à la mode : les clients d’une grande chaîne, comme Zara, visitent ses magasins 17 fois par an en moyenne, contre 3 ou 4 pour ses concurrents, parce que le renouvellement de ses modèles est permanent.</p>
<p>Mais c’est vrai aussi dans notre vie publique, comme le montre la manière dont nous légiférons. D’où vient la loi ? De l’urgence ! Un fait divers, une loi. Et en matière de sécurité, dix ans, trente lois. Comment est adoptée la loi ? Dans l’urgence… Schématiquement, un tiers des lois étaient votées selon la procédure d’urgence entre 1968 et 2007. Depuis lors, on est passé aux deux tiers. Aucune grande loi votée depuis l’élection de Nicolas Sarkozy n’est passée par ce que l’Abbé Sieyiès appelait la nécessaire « fermentation » de la loi. On légifère trop, trop vite et très mal.</p>
<p><strong>Culte du présent, règne de l’instant : l’urgence s’insinue dans nos vies professionnelles autant que dans nos vies privées. Y a-t-il une explication rationnelle à ce phénomène ?</strong></p>
<p>J’ai mené une enquête pour déterminer si notre intuition selon laquelle « tout va plus vite » était vraie. La conclusion de cette enquête est claire : la réalité dépasse de beaucoup cette intuition ! Nous vivons une véritable dictature de l’urgence, c&#8217;est-à-dire à la fois un culte de l’instant et un culte de la vitesse.</p>
<p>Plusieurs explications traditionnelles peuvent être apportées pour tenter de comprendre ce phénomène.</p>
<p>On peut ainsi en faire une lecture technique : tout va plus vite, parce que la technologie va plus vite &#8211; les processeurs informatiques sont de plus en plus puissants, les réseaux de plus en plus développés, et les individus de plus en plus connectés.</p>
<p>On peut également expliquer la dictature de l’urgence par une lecture politique : la chute du mur de Berlin a ouvert une période d’hégémonie du libéralisme. Or le libéralisme a partie liée avec le culte de l’instant : les marchés ont une tendance naturelle à survaloriser le court terme &#8211; la crise financière de 2007-2008 en a apporté une nouvelle fois une preuve éclatante.</p>
<p>On peut enfin avoir de l’urgence une lecture morale : le fait de placer l’argent et la consommation au sommet de nos valeurs rend légitimes les tentatives d’enrichissement à tout prix et très rapidement, et place donc nos sociétés dans une situation de tension permanente.</p>
<p>Ces trois lectures, rationnelles, sont à mes yeux tout à fait valables. Mais je crois que, prises séparément, elles ne constituent pas une explication suffisante de la dictature de l’urgence : c’est en les multipliant les unes avec les autres que l’on parvient à rendre compte de manière satisfaisante de notre situation. C’est parce qu’elles font système entre elles qu’elles créent ce que le sociologue Hartmut Rosa a appelé une « spirale de l’accélération ». C’est cela que nous vivons aujourd’hui.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Est-il possible de trouver des espaces de décélération, ou de gouverner autrement, en retrouvant le temps de la réflexion et de la concertation ?</strong></p>
<p>Plusieurs comportements sont possibles face à la dictature de l’urgence. On peut choisir d’appuyer plus fort encore sur la pédale d’accélération. Cette « accélération au carré » est le choix fait par Nicolas Sarkozy, qui considère que, puisque tout va plus vite, il faut aller encore plus vite &#8211; au risque de prendre des décisions précipitées, ou tout simplement mauvaises.</p>
<p>On peut, à l’inverse, tenter de ralentir en appuyant sur la pédale de frein. C’est le choix fait par ceux qui prônent la décroissance &#8211; c’est à mon avis une fausse solution : elle pose des problèmes éthiques et pratiques insurmontables.</p>
<p>On peut enfin choisir de lâcher la poignée d’accélération &#8211; c&#8217;est-à-dire de décélérer. Nous ne sortirons pas du monde de la vitesse qui est devenu le nôtre – ce n’est d’ailleurs pas souhaitable, parce que la vitesse c’est aussi souvent le progrès, la démocratisation de la connaissance, le partage des cultures et des expériences. Mais nous pouvons choisir de créer des espaces de décélération. C’est vrai dans nos vies individuelles – et c’est le choix fait par ceux qui adhèrent aux différentes formes du <em>slow movement</em>. C’est également &#8211; et surtout &#8211; vrai dans notre vie publique : il est important de laisser plus de place à l’écoute, à la négociation, à l’expérimentation et à l’évaluation. Prendre son temps est souvent le meilleur moyen d’en gagner : les décisions sont alors mieux pensées, mieux comprises et donc mieux acceptées.</p>
<p><strong>Ne convient-il pas, plus simplement, de donner du sens au temps, en dressant des perspectives et en retrouvant l’ambition du futur ?</strong></p>
<p>Vous avez raison : nous ne pouvons pas nous contenter de la décélération, aussi importante soit-elle. Il faut « redonner du temps au temps », pour reprendre la célèbre formule de François Mitterrand. Mais il faut aussi, et peut-être même d’abord, redonner du sens au temps.</p>
<p>Cela implique, effectivement, de dresser à nouveau des perspectives et de retrouver l’ambition du futur. Les bouleversements que nous traversons aujourd’hui sont si rapides et si imprévisibles que plus personne n’ose regarder vers l’avenir &#8211; qu’est devenu le puissant Commissariat au Plan ? Le risque est redouté, le progrès est décrié, l’avenir est craint : nous gouvernons sans le futur. Plus grave, nous agissons parfois contre lui : la non prise en compte du long terme est par exemple pour beaucoup dans notre incapacité collective à faire émerger un nouveau modèle de développement qui permette de lutter efficacement contre le réchauffement climatique et la mise en péril de la biodiversité.</p>
<p>Mais c’est également une des raisons de notre pessimisme bien français : comme l’a résumé Stiglitz, « pour réussir à long terme, il faut une pensée à long terme, une vision ». On est pourtant aujourd’hui bien en peine de savoir quelle est la vision de ceux qui nous gouvernent pour l’avenir de notre pays.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Et si l’alternative de 2012 était finalement le choix du temps long contre la dictature de l’urgence ? </strong></p>
<p>2012, c’est justement l’année de l’affrontement des visions, y compris et surtout sur la question du temps. La social-démocratie entretient avec le temps un rapport particulier : elle a toujours préféré une amélioration graduelle, mais effective, à une transformation instantanée, mais illusoire. Elle doit aujourd’hui montrer sa capacité non seulement à gérer le temps court &#8211; celui de l’urgence -, mais également et surtout le temps long : celui des vrais accomplissements.</p>
<p><em>Propos recueillis par Bruno Tranchant</em></p>
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		<title>Le projet socialiste en perspective</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/04/07/le-projet-socialiste-en-perspective/</link>
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		<pubDate>Thu, 07 Apr 2011 19:43:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Bergounioux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Blog]]></category>

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		<description><![CDATA[Au fil des élections présidentielles, les projets socialistes empruntent à différents registres. Avec l’ambition, sans cesse réaffirmée, de combattre l’idéologie libérale, au profit d’une transformation radicale de la société. L’analyse d’Alain Bergounioux, historien et conseiller auprès de la Première secrétaire.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Les projets socialistes ont en commun de combattre l’idéologie capitaliste au nom d’une transformation radicale de la société. Cet idéal de « rupture » a-t-il cours dès 1980 ?</em></p>
<p>Oui. Le texte de 1980 reprend la structure du programme de 1972, <em>Changer la vie</em>, pour les propositions. Mais son originalité est de mener un double combat idéologique, contre la société du « libéralisme avancé » défendu par Giscard, et la « deuxième gauche » accusée de céder le pas à l’idéologie libérale. La première partie, « Comprendre », revêt donc une grande importance. Elle reprend les termes du Congrès de Metz marqué par la confrontation idéologique, stratégique et personnelle entre Mitterrand et Rocard.</p>
<p>Ce texte est structuré par une analyse marxiste de « la crise du capitalisme » dont la baisse du taux de profit entraîne la généralisation du chômage pour peser sur les salaires, la fermeture des capacités de production, la recherche d’espaces nouveaux, l’utilisation des nouvelles technologies… L’ambition d’une « transformation socialiste de la société » doit passer alors par une « rupture avec le capitalisme ».</p>
<p><em>Le cas de figure de 1988 est totalement différent…</em></p>
<p>La première cohabitation, menée de main de maître par François Mitterrand, alors que la droite mettait en œuvre une politique libérale inspirée de l’Angleterre thatchérienne, l’a rapidement replacé en position favorable. Le Projet que le Parti élabore alors, intitulé <em>« Propositions pour la France »</em>,<strong> </strong>est tout empreint de la volonté de tirer les leçons de la période écoulée. La notion de « nouvel équilibre » en est l’idée centrale. Face au libéralisme, il entend faire naître « de nouveaux équilibres dans une société composite, organiser des relations nouvelles entre individus et État, libertés et institutions, initiative privée et intervention publique ».</p>
<p><em>La situation du débat des années 1990 est plus confuse. Comment expliquez-vous cette évolution ? </em></p>
<p>Sous le titre <em>« Nouvel Horizon »</em>, le Projet se fixe alors pour objectif de renouveler la pensée d’un parti de gouvernement après l’effondrement du communisme et au moment où la mondialisation s’impose. Pour ce faire, il fonde le socialisme sur des valeurs, en leur donnant principalement un caractère éthique, définit un « rapport critique » avec le capitalisme, promeut une réflexion écologique, avance de nouvelles régulations et fait de la démocratie le principe même de l&#8217;action politique.</p>
<p><em>Ce projet ne marque cependant pas un réel tournant idéologique</em>…</p>
<p>La crise du Parti s’aggrave en 1993, avec une défaite électorale qui n’a aucune commune mesure avec celle de 1986, et les conflits internes qui virent se succéder, deux années durant, quatre Premiers secrétaires…. La motion majoritaire du Congrès de Liévin, à l’automne 1994, récuse toute filiation avec le texte de 1991. Mais le Parti n’a pas le temps d’élaborer un projet spécifique pour l’élection présidentielle de 1995. Lionel Jospin, le candidat élu par les militants, élabore son Projet, dénommé sobrement <em>« Propositions pour la France »</em>, dont la structure rappelle davantage le Projet de 1988 que celui de 1991. La difficulté est d’ouvrir sur une autre période, sans pour autant remettre en cause les grands traits de la période précédente. Ce projet reprend donc l’essentiel des thématiques définies depuis la fin des années 1980, sans tenter d’explorer les voies suggérées par le Projet de 1991.</p>
<p>En 2002, Lionel Jospin présente ses orientations, sous le titre <em>« Je m’engage »</em>. Les mesures avancées s’inscrivent dans la suite des politiques gouvernementales menées depuis 1997.</p>
<p>La notion de <em>« Présider autrement »</em> commande la tonalité du Projet. <em>« Je place l’esprit de responsabilité au cœur de ma démarche</em>, indique Lionel Jospin dans sa préface, <em>la responsabilité doit être réhabilitée dans l’État : il faut notamment redonner à la fonction présidentielle, autorité et crédibilité</em>.<em> »</em></p>
<p><em>Après 2007, la France vit une crise d’identité, comme elle en a connu à plusieurs reprises dans le passé. Comment les socialistes adaptent-ils leur(s) projet(s) en conséquence ?</em></p>
<p>Elle ne tient pas seulement à la fin médiocre du chiraquisme, ni même aux seuls dysfonctionnements institutionnels. En outre, les Français vivent mal la mutation qu’entraîne, depuis trois décennies, la mondialisation. Ils n’arrivent pas à se projeter dans l’avenir. Les anciennes régulations définies et mises en œuvre dans le cadre des États nationaux ne sont plus suffisantes, les nouvelles peinent à voir le jour. Ils assistent, impuissants, à l’accroissement des inégalités qui font courir le risque d’une rupture des solidarités fondamentales.</p>
<p>Il n’y aura pas de résolution de la crise d’identité républicaine, et partant de rayonnement de la France en Europe et dans le monde, sans une société davantage rassemblée dans la volonté de « vivre ensemble », où chaque catégorie et chaque individu aient un espoir dans un avenir collectif et dans son propre avenir. Pas plus qu’i n’y aura pas de succès dans la lutte contre les inégalités sans un modèle de développement créateur de richesses et assurant les sécurités nécessaires dans une période de fortes mutations. De ce diagnostic a découlé la structure même de notre Projet pour 2007.</p>
<p><em>Propos recueillis par Bruno Tranchant</em><em></em></p>
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		<title>André Brahic, ou l’éloge de l’Honnête Homme</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Apr 2011 14:33:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bruno Tranchant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Blog]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans le paysage médiatique, André Brahic est un personnage hors-normes. Enthousiaste à souhait, brillant communicant, vulgarisateur de talent, cet astrophysicien atypique compte assurément parmi ces figures charismatiques qu’il vous arrive de rencontrer à deux ou trois reprises au cours de votre existence, et qui soulèvent une salle au prix de deux ou trois pirouettes dont il a le secret. Les derniers Entretiens de Solferino en furent un nouveau témoignage vivant. Avec, à la clé, un débat dirigé de main de maître par Bertrand Monthubert et Laurence Dumont sur « les socialistes, la science et le progrès », dans le prolongement de l’Université d’été de La Rochelle organisée en août dernier. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Élitistes, les scientifiques ? Au terme de deux heures d’échanges intensifs, les plus réservés, parmi les nombreux participants à ces rencontres, sont en droit d’en douter. Et de remiser au placard leurs interrogations sur un champ disciplinaire qui a radicalement changé de paradigme au fil du temps.</p>
<p><em>« Comment un citoyen peut-il exercer pleinement sa citoyenneté ? »</em>, s’interroge d’emblée Bertrand Monthubert, Secrétaire national à l’Enseignement supérieur et à la recherche, en référence aux questions brûlantes qui animent l’actualité. <em>« Nous baignons dans un flot de découvertes scientifiques</em>, note Brahic. <em>Et, ce alors même que les hommes de sciences sont trop souvent absents de notre champ visuel »</em>. Et que la culture scientifique des élus se limite malheureusement trop souvent à la portion congrue. <em>« Un scientifique ne connaît pas la vérité, mais il sait ce qui est faux</em>, renchérit-il. <em>La science reste cependant éloignée de nos écrans et d’un pan entier de notre société</em>. <em>Preuve que nous avons sans doute manqué quelque chose »</em>. Et d’appeler le Parti socialiste à fouler au pied l’obscurantisme, sous toutes ses formes.</p>
<p>La culture, la connaissance, l’industrie et l’économie sont les trois piliers de la science contemporaine, poursuit l’astrophysicien, qui ne se prive pas de jeter au pilori ces méthodes répressives prônées par l’actuelle majorité, à coup de chiffres truqués et de manipulations statistiques, auxquels il oppose l’éducation, en référence aux difficultés qui agitent les quartiers. <em>« Le vrai pouvoir est dans la formation, l’effort de vulgarisation et la dimension utopique »</em>, assène-t-il. Aux <em>« Homotristus »</em> et à l’obscurantisme, voici donc qu’il oppose la force de l’enthousiasme. Aux messages brouillés et à l’incompétence, la culture.</p>
<p><em>Interdisciplinarité</em></p>
<p>En écho, Laurence Dumont, députée du Calvados et Secrétaire nationale en charge de la formation, déplore cette volonté obsessionnelle qu’a la droite de mettre à mal les trois piliers  -culture, éducation et recherche &#8211; dont l’universitaire se revendique haut et fort. Les travaux élaborés par les experts à l’Assemblée ont un caractère répulsif, fulmine-t-elle, avant de se livrer à une apologie de l’interdisciplinarité et de la mixité, érigées en modèle. <em>« Les femmes sont trop souvent absentes des cénacles scientifiques »</em>, renchérit André Brahic. <em>« Ce n’est pas tant une question culturelle qu’un fait de société clairement avéré »</em>, confie Bertrand Monthubert. D’où la nécessité de mettre en place une politique propre à encourager la mixité dans les unités de recherche et les métiers de la science.</p>
<p><em>« La désaffection pour les sciences, la frilosité et la diabolisation du progrès posent clairement problème. Comment sortir de l’impasse et de l’expatriation des cerveaux ? »</em>, s’interroge, à son tour, Jean-Louis Touraine, député du Rhône et éminent Professeur de médecine. <em>« La pluridisciplinarité, les déséquilibres entre sciences molles et sciences dures constituent un obstacle indéniable</em>, poursuit André Brahic. <em>Nos structures sont figées. Passer de l’une à l’autre relève encore trop souvent du parcours d’obstacles. Un chercheur doit pouvoir enseigner, tout en exerçant son cœur de métier »</em>, fait-il valoir.</p>
<p>Sans compter que le budget de la Recherche apparaît pour l’heure comme une simple variable d’ajustement. Un consensus s’avère donc indispensable pour faire de ce thème une valeur commune de part et d’autre de l’échiquier politique. Et d’appeler à l’ouverture de sessions dans les collèges et lycées pour informer les élèves sur les métiers de la science, en livrant ainsi un combat sans merci à la crise de vocation qui sévit actuellement dans le pays.</p>
<p><em>Explorateurs d’impasses</em></p>
<p>Le mathématicien, le chimiste, le physicien, l’historien, le philosophe ont leur mot à dire sur les sciences, veut croire Brahic. <em>« Quant aux experts, ils sont, pour la plupart, peu familiers de la recherche »</em>. Ils énoncent trop souvent des certitudes auxquelles les chercheurs eux-mêmes refusent de se conformer, au nom du principe d’incertitude et du doute, consubstantiel à leurs travaux. <em>« Les chercheurs sont des explorateurs d’impasses</em>, insiste Brahic. <em>Ils sont des détectives, et non des juges »</em>. <em>« Les sciences expérimentales produisent des vérités dès lors qu’elles échappent aux théories explicatives</em>, constate Bertrand Monthubert. <em>Il est impossible de tout traiter de la même manière »</em>. Le mal-être des enfants provient de <em>« l’absence d’éloge de l’erreur »,</em> souligne pour sa part Laurence Dumont. Et l’astrophysicien d’appeler à la mise en place d’un système éducatif privilégiant l’orientation des élèves, en tenant compte de leurs qualités intrinsèques et de leur aptitude à suivre ou non une filière scientifique.</p>
<p><em>« L’interdisciplinarité est un atout »</em>, résume Nicolas Simiot, Responsable national en charge du réseau des formateurs, qui appelle les spécialistes de tout poils à se lancer dans la vulgarisation et à former ainsi les esprits les plus récalcitrants aux sciences dures. <em>« La communication scientifique a longtemps été peu ou mal perçue</em>, analyse André Brahic. <em>Beaucoup, parmi ceux qui se lancent dans cet exercice, ne sont plus chercheurs »</em>, prévient-il.</p>
<p>Autre thème sensible : le budget alloué à la recherche. Sujet épineux qui vaut à la droite et au gouvernement un avertissement sans frais… En dépit des efforts consentis dans le passé, beaucoup reste à faire, assène l’astrophysicien. À commencer par le mode de recrutement des chercheurs qui appelle un changement complet de paradigme. <em>« Changeons les méthodes ! »</em>, s’exclame-t-il. Les meilleurs cerveaux devraient se diriger vers les métiers de la recherche, et non vers la finance, martèle-t-il. Et de pointer, au détour d’une phrase assassine, la technique du rendement reposant sur la multiplication des publications, érigée en modèle de recrutement.</p>
<p><em>« Je rêve de l’Honnête homme du vingt-et-unième siècle, capable de faire rêver ses concitoyens »</em>, conclut-il. Pas sûr, au terme de ce brillant exposé, qu’il en soit très éloigné.</p>
<p>Bruno Tranchant</p>
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		<title>« Le parti politique qui aura saisi l’essence de la démarche scientifique contribuera au progrès de l’humanité »</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Mar 2011 11:22:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bruno Tranchant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Blog]]></category>

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		<description><![CDATA[Astrophysicien au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), André Brahic est par ailleurs professeur à l’Université de Paris VII, depuis 1978, et directeur du laboratoire Gamma/gravitation rattaché à l'UFR de Physique. Spécialiste des supernovae, de la théorie du Chaos, de la dynamique des galaxies, des anneaux planétaires et de la formation du système solaire, dont il est l'un des plus grands experts mondiaux, il sera l’invité des prochains Entretiens de Solferino, programmés le 30 mars prochain, rue de Solferino. Entretien…]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>La science et le savoir ne sont-ils pas le meilleur moyen d&#8217;émanciper l&#8217;individu ?</em></p>
<p>Absolument. Nous avons la chance de vivre à une époque où la science a totalement changé notre vie. Au-delà de ce constat, elle a provoqué des changements profonds dans nos modes de pensée et d’éducation. Quand on pense que nos contemporains sont appelés régulièrement à se prononcer sur des questions aussi essentielles que l’usage du nucléaire, la pollution ou l’écologie et que leurs connaissances scientifiques ne dépassent guère celles du dix-septième siècle, on est en droit de s’interroger.</p>
<p>Or, toute démarche scientifique digne de ce nom doit reposer sur deux piliers : l’expérimentation du monde et l’interprétation des théories. Le fait d’observer sans se donner les moyens d’analyser est un non sens. Théoriser sans être en mesure de se confronter à la réalité est tout aussi pernicieux. Dans l’Antiquité, les Grecs ont inventé le raisonnement rationnel pour faire contrepoids au Divin. La logique et le raisonnement étaient le fondement même de leur pensée. Or, tous les grands massacres perpétrés par l’humanité, des Guerres de Religion à l’extermination des Juifs, se fondent sur l’ignorance. La culture scientifique doit donc reposer sur la confrontation des théories aux faits et à la réalité. Pour y parvenir, il faut être habité par le doute, l’esprit critique et le sens de la mesure. Au-delà des connaissances proprement dites, il s’agit donc d’apprendre à raisonner et à remettre en cause ce qui apparaît pourtant comme une évidence.</p>
<p>Le parti politique qui aura saisi le sens de la démarche scientifique contribuera au progrès de l’humanité. Il disposera là d’un outil dont il ne s’est jamais réellement servi. Ce qui démontre que la plupart de ceux qui nous dirigent n’ont aucune connaissance en la matière, au-delà du respect qu’ils peuvent témoigner à la science. Faute de formation solide sur le sujet, la Gauche a manqué quelques rendez-vous essentiels dans le passé. Je suis convaincu qu’en jouant la carte de l’éducation et de la culture, le succès sera au rendez-vous. Tout est affaire de temps.</p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Dans un contexte marqué par la crise des vocations, comment est-il possible de promouvoir une science utile et accessible à tous ?</em></p>
<p>Vous touchez-là un point essentiel. Pour commencer, il faut inculquer aux jeunes l’amour des sciences, en les rendant plus attractives. Ce qui exige du temps, de l’énergie et de la patience. Il convient ensuite d’en finir avec cette fâcheuse habitude qu’à notre République de choyer ses esprits les plus brillants. Tant et si bien que les élèves des grandes écoles se tournent désormais vers les métiers de la finance, dans la mesure où les salaires y sont dix fois plus élevés que dans la recherche. Un véritable gâchis ! Sans compter que les thésards doivent se livrer à un véritable parcours du combattant pour espérer intégrer des laboratoires et obtenir, en retour, une rétribution proche du Smic ! Résultat : nos cerveaux les plus brillants qui se sont vu offrir des études au prix fort, s’expatrient aux États-Unis pour y accéder à de meilleures conditions de rémunération. C’est une hérésie, voire même une aberration ! Le seul moyen d’en sortir, c’est de payer les débutants à leur juste valeur.</p>
<p>Nous avons également un besoin impératif d’enseignants enthousiastes. Beaucoup ont été brimés tout au long de leur carrière, avec l’obligation de concilier cours, recherche et tracasseries administratives. Du coup, la qualité de l’enseignement s’en ressent. Autre constat tout aussi alarmiste : nos meilleurs étudiants se tournent vers les grandes écoles, tandis que les enseignants les plus brillants exercent à l’université. Ne serait-il pas plus logique que les bons étudiants aient accès aux meilleurs enseignants ? Le système marche à l’envers et personne ne s’en émeut ! Et ce, parce que les acteurs en charge du système n’ont jamais été chercheurs !</p>
<p>Le chantier est colossal. Ce n’est d’ailleurs pas tant une question de moyens que d’organisation. Ne gagnerait-on pas à inciter les chercheurs les moins actifs à consacrer une partie de leur temps à l’enseignement et les thésards à s’investir davantage dans leurs travaux. L’uniformité est une catastrophe. Il faut donc revoir le système de fond en comble. Si la Gauche revient au pouvoir, elle a quarante années de travail devant elle.</p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Quel est le meilleur moyen d&#8217;échapper à une vision &laquo;&nbsp;productiviste&nbsp;&raquo; de la science ?</em></p>
<p>Il faut un minimum de moyens. Mais, en jouant sur les seuls aspects organisationnels, on obtiendrait un gain d’efficacité de plus de 50 %. Ce n’est pas en plaçant la science à 3 ou 4 % du PNB qu’on mettra le pays en péril, d’autant qu’elle se révèle particulièrement utile dans la lutte contre le chômage et la violence.</p>
<p>J’ai animé des conférences dans les quartiers difficiles et constaté à quel point les jeunes pouvaient manifester de l’enthousiasme, dès lors que les conditions sont réunies. Les cultiver, c’est leur offrir des perspectives, en changeant le cours de leur existence. La Droite a totalement abandonné ce chantier. Il y a donc un terrain fertile pour la Gauche.</p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Le but ultime de la science n&#8217;est-il pas la compréhension du monde et des mystères qu&#8217;il recèle ?</em></p>
<p>Oui. Une des motivations premières des scientifiques, c’est la curiosité. Sommes-nous capables ou non de comprendre la complexité du monde qui nous entoure ? Je n’ai pas la réponse. Depuis l’Antiquité, l’homme a fait des progrès fantastiques. Les questions qu’il s’est posé sur l’univers, la terre, la vie, le temps, la matière ont trouvé leur lot de réponses. J’ai coutume de dire sur le ton de la plaisanterie que dans notre société, deux métiers sont essentiels : l’agriculture et la maçonnerie. La première, parce qu’elle nous assure la nourriture, la seconde parce qu’elle nous protège des intempéries. Ces deux corps représentent 3 % de la population. Je fais donc partie des 97 % d’inutiles pour lesquels la culture et la science restent une priorité. Dès lors que les hommes peuvent manger à leur faim et s’abriter, la science devient un objet incontournable. J’ai d’ailleurs la faiblesse de croire qu’avec la connaissance, les raisons de s’entredéchirer disparaitront tôt ou tard. Et si je devais me présenter à la présidentielle, mon programme se déclinerait en trois points : la culture, la recherche et l’éducation.</p>
<p><em>Propos recueillis par Bruno Tranchant</em><em> </em></p>
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		<title>Socialisme et Capitalisme : un avenir commun ?</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Jan 2011 16:35:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Bergounioux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>

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		<description><![CDATA[La crise présente du capitalisme financier donne une forte actualité au colloque organisé à la mi-janvier par la Fondation Jean Jaurès sur « Socialisme et Capitalisme », pour étudier des rapports qui ont lié, et continuent de lier, les socialistes et le capitalisme, principalement la manière dont ils l’ont analysé, pour le remplacer ou s’en accommoder]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Alain Bergounioux, Historien, Secrétaire national en charge des Études et des Revues</p>
<p>La crise présente du capitalisme financier donne une forte actualité au colloque qu’organise la Fondation Jean Jaurès sur « Socialisme et Capitalisme », pour étudier des rapports qui ont lié, et continuent de lier, les socialistes et le capitalisme, principalement la manière dont ils l’ont analysé, pour le remplacer ou s’en accommoder<a href="#_ftn1">[1]</a>. Une grande part des problèmes identitaires que connaît le socialisme européen aujourd’hui tient au manque de clarté sur les rapports qu’il doit avoir avec le capitalisme tel qu’il a évolué. Le Parti socialiste français dans la <span style="text-decoration: underline;">Déclaration de Principes</span> qu’il a adoptée en 2008 parle d’un « rapport critique » avec le capitalisme. Toute la question évidemment est de savoir quelle doit être la nature et la portée de cette critique. C’est en refaisant le chemin qui a été celui du socialisme depuis le XIXème siècle qu’il est possible d’apporter quelques réponses. En effet, c’est un déchiffrement minutieux du passé –sur lequel nous reposons en l’ignorant souvent –qui peut permettre de ne pas être dépendant seulement du présent et de retrouver des voies d’avenir.</p>
<p>Le sens de l’évolution est connu. Là n’est pas l’intérêt. Il est d’analyser les choix qui ont été faits successivement. Tous les socialistes au XIXème siècle -quelles que furent leurs écoles de pensée –ont critiqué dans le capitalisme l’addition de la propriété privée des moyens de production et d’échanges et de l’économie de marché, pensant que ce système ne pouvait pas permettre une allocation rationnelle des ressources dans l’intérêt de tous –et nous dirions aujourd’hui de la planète –et ne pouvait pas être juste dans la répartition des biens. Les divergences commencent, aujourd’hui comme hier, dans les remèdes proposés. Historiquement trois grands projets –et trois seulement- ont pris corps, le socialisme associatif, qui entendait reconstruire la société à partir de l’association directe des producteurs, le communisme, qui a voulu administrer l’ensemble de l’économie, le socialisme démocratique, qui est arrivé à la conception qu’il est possible de limiter l’irrationalité et l’injustice du capitalisme en conciliant la propriété privée de l’essentiel des moyens de production et d’échange et une direction démocratique de l’économie. Le socialisme associatif a émergé dans les années 1830 et a cessé d’apparaître comme une alternative lorsque l’idéologie socialiste a été conquise par le marxisme, et surtout, que l’Etat est devenu le principal moyen d’action-même si des aspirations autogestionnaires réapparaissent de temps à autre. Les partis de la Seconde Internationale, après 1917 ont éclaté sur la question de la démocratie. Mais le marxisme a continué de dominer les schémas de pensée en matière économique jusque dans les années 1930, dans les partis scandinaves qui ont formulé alors une autre stratégie, et jusqu’au début des années 1980 dans les partis socialistes au sud de l’Europe.  Avec l’échec du communisme de type soviétique et la conversion du communisme chinois à l’économie de marché, une autre période s’est ouverte, qui n’a plus permis au socialisme démocratique de se penser comme un entre-deux entre le capitalisme et le communisme, et, qui plus est avec la mondialisation des marchés, a profondément modifié les conditions d’élaboration des « compromis » établis avec le capitalisme dans des cadres nationaux.</p>
<p>Le socialisme démocratique représente toujours cependant une option, et ses propositions ont une réelle pertinence au moment où la recherche et la mise en œuvre de nouvelles institutions pour forger les compromis nécessaires entre l’économie, la société, la nature, est reconnue comme la question décisive. Mais ses difficultés d’adaptation pas moins réelles nourrissent un large débat depuis plus de vingt ans maintenant. Leurs causes sont, à la fois exogènes, commandées par l’évolution d’un capitalisme qui a mis en cause les compromis nationaux, et endogènes, tenant aux politiques social-démocrates elles-mêmes dans des sociétés fragmentées. Le pragmatisme a dominé et domine dans les politiques suivies par les gouvernements socialistes. A l’évidence, il ne peut pas suffire. En effet, le défi est double : le capitalisme, à son apogée historique, est en crise, et ses fragilités dangereuses demandent de définir de nouvelles réglementations à toutes les échelles, qui apportent une stabilité nécessaire, mais l’Etat-Nation l’est également –l’influence est agences de notation, est une preuve suffisante. L’effort qui est demandé aux socialistes est de ne pas se contenter de protections étatiques qui sont partiellement illusoires. La question du capitalisme ne fait donc qu’une avec celle des institutions prises au sens large qui sont au centre d’une alternative à rebâtir. C’est là, que refaire le chemin des socialistes dans leurs rapports avec le capitalisme, tant du point de vue des doctrines que des pratiques, apporte des éléments utiles pour mener l’inventaire des théories et des intérêts qui n’ont jamais été remis en cause pendant longtemps et qu’on a considéré admises seulement parce qu’ils étaient répandus. Ce que montre l’histoire est que l’essentiel des choix qui ont été faits par les socialistes ont été conduits par la volonté de faire vivre (parfois de sauver) la démocratie. Bien poser les problèmes aujourd’hui serait de chercher les moyens de redonner aux citoyens et aux personnes un rôle d’acteurs pour ne pas subir des décisions sur lesquelles ils n’ont pas de prise.</p>
<p>Alain BERGOUNIOUX</p>
<p>Historien</p>
<p>Directeur de la Revue socialiste</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref">[1]</a> « <span style="text-decoration: underline;">Socialisme et capitalisme » Histoire, mutations, nouveaux défis </span>». Colloque organisé par la Fondation Jean Jaurès, 14 et 15 janvier 2011. Assemblée nationale.</p>
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		<title>« L’extrême droite se complait dans une critique radicale du parlementarisme »</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2010/12/10/%c2%ab-l%e2%80%99extreme-droite-se-complait-dans-une-critique-radicale-du-parlementarisme-%c2%bb/</link>
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		<pubDate>Fri, 10 Dec 2010 15:04:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>BT</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>

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		<description><![CDATA[Alain Bergounioux, Secrétaire national aux Études et historien de formation, se livre pour nous à une analyse des combats menés par la gauche et les socialistes contre l’extrême droite, depuis le dix-neuvième siècle.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>La lutte contre l’extrême droite est l’une des préoccupations historiques du Parti socialiste. Quelles sont les grandes étapes de ce processus ?</em></p>
<p>Ce combat prend forme à la fin du dix-neuvième siècle, avec l’Affaire Dreyfus qui occupe les esprits entre 1894 et 1898. C’est au cours de cette décennie que l’extrême droite s’érige en appareil. Elle se compose, pour l’essentiel, de nationalistes, xénophobes et antisémites, hostiles à la démocratie parlementaire et aux partis socialistes naissants.</p>
<p>La formation de l’Action française, fondée par Henri Vaugeois et Maurice Pujo, en 1899, rejoints par Charles Maurras, à la fin de l’année 1900, structure ensuite l’action de l’extrême droite jusqu’en 1940. L’entre-deux-guerres est marqué par une poussée des ligues aux côtés des partis de la droite parlementaire. Elle coïncide avec le Cartel des gauches qui prend forme en 1923 contre le Bloc national. Les émeutes du 6 février 1934 visent ensuite à renverser la République, même si les ligues, qui en sont les inspiratrices, sont divisées. Parmi les principaux protagonistes, citons, en particulier, la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Action_fran%C3%A7aise">Ligue d’Action française</a> &#8211; 60 000 membres &#8211; qui entend renverser la République, les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeunesses_patriotes">Jeunesses patriotes</a>, qui entretiennent des liens étroits avec des hommes politiques de droite, la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Solidarit%C3%A9_fran%C3%A7aise">Solidarité française</a>, fondée en 1933 par le richissime parfumeur <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Coty">François Coty</a>, et les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Croix-de-feu">Croix-de-feu</a> du Colonel de la Roque qui, bien qu’antiparlementaristes, réfutent tout lien avec le fascisme et le nazisme.</p>
<p><em>S’ensuit une période d’affrontement qui mène à la constitution, en 1936, du Front populaire…</em></p>
<p>Oui. Celui-ci procède aussitôt à la dissolution des ligues qui ne tardent pas à se reconstituer sous forme de partis politiques. En témoigne l’apparition du Parti social français du Colonel de la Roque qui se veut l’incarnation de l’extrême droite traditionaliste catholique et du Parti populaire français fascisant de Doriot et de quelques groupuscules.</p>
<p><em>Ce combat se poursuit avec Vichy et l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain…</em></p>
<p><em> </em></p>
<p>Cette nouvelle étape marque le triomphe de l’extrême droite fascisante et traditionaliste dont la politique rencontre un écho à Paris, avec la collaboration. S’ensuit une véritable guerre civile, amplifiée par la rafle du Vel’d’Hiv’, les 16 et 17 juillet 1942, qui oppose, les armes à la main, le régime en place aux forces de Résistance.</p>
<p>Passé ce cap, il faut attendre la guerre d’Algérie (1954-1962) pour voir se dessiner un nouveau mouvement incarné par Poujade qui réclame le maintien de l’Algérie française, prend fait et cause pour la défense des commerçants et artisans et condamne l&#8217;inefficacité du parlementarisme. C’est d’ailleurs à cette occasion que débute, en 1956, la carrière politique de Jean-Marie Le Pen. Après le 13 mai 1958, la crise algéroise conduit à la radicalisation d’une partie des mouvements activistes pieds-noirs appuyés par l’Organisation de l’armée secrète (OAS). Des émeutes éclatent en Algérie et dans la métropole.</p>
<p><em>À la fin de la guerre, l’extrême droite essuie pourtant un revers aux élections législatives de novembre 1962…</em></p>
<p>Oui, mais en 1965, Jean-Louis Tixier-Vignancourt, ancien notable du régime de Vichy, avocat non commis d’office de Pétain et du général Salan, obtient 5,3 % des suffrages exprimés lors du premier tour de l’élection présidentielle, avec le soutien de Jean-Marie Le Pen. Preuve qu’en dépit de sa défaite, l’extrême droite est bel et bien là !</p>
<p><em>Après un long épisode marqué par des luttes intestines entre groupuscules extrémistes dans les années 60-70, le Front national s’organise, en 1983, autour de la figure emblématique de Jean-Marie Le Pen…</em></p>
<p>Oui. Il parvient d’ailleurs à fédérer la plupart des partis d’extrême droite, autour d’une critique commune et radicale du parlementarisme, comme ses devancières. À la tête du FN, il ravive les craintes xénophobes et fait de la critique de l’immigration sa colonne vertébrale.</p>
<p>On retrouve là tous les ingrédients qui ont forgé l’identité de l’extrême droite à la fin du dix-neuvième siècle. Ce courant prospère, aujourd’hui comme hier, sur la crise économique, le nationalisme, l’anti-européanisme et une critique radicale du parlementarisme. Avec la gauche dans le viseur. Et un programme qui se complait dans la dénonciation du syndicalisme et du droit du travail, au profit d’une logique ultralibérale.</p>
<p><em>Propos recueillis par Bruno Tranchant</em></p>
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