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	<title>La Revue Socialiste &#187; Actualités internationales</title>
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	<description>Revue de réflexion du Parti Socialiste</description>
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		<title>Afghanistan : quelle issue après dix ans de guerre ?</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/12/09/afghanistan-quelle-issue-apres-dix-ans-de-guerre/</link>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 16:15:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Pakzad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités internationales]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 44]]></category>

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		<description><![CDATA[Karim Pakzad est Coordinateur du Pôle International et défense du Parti socialiste.. Chercheur associé à l’IRIS Octobre 2011 marquait la dixième année de la guerre en Afghanistan. Dix ans aux cours desquels, une simple opération de sécurisation, qui faisait suite au  reversement du régime des Talibans, s’est transformée en une véritable guerre, même si nos gouvernants ont voulu, jusqu’à très récemment, nié son existence et la limiter à des opération de sécurité.  Rien sur le terrain ne démontre qu’il existe une issue prochaine et rapide à cette guerre longue et coûteuse en vies humaines et en moyens financiers. Au contraire, au moment où la lassitude gagne de plus en plus l’opinion publique occidentale, où le retrait des troupes est désormais programmé, l’Afghanistan est loin de connaître la paix. Comment peut-on expliquer qu’une coalition aussi puissante militairement, financièrement et politiquement que celle engagée en Afghanistan sous l’égide des Etats-Unis, puisse s’enliser dans les montagnes afghanes? [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Karim Pakzad est Coordinateur du Pôle International et défense du Parti socialiste.. Chercheur associé à l’IRIS</p>
<p>Octobre 2011 marquait la dixième année de la guerre en Afghanistan. Dix ans aux cours desquels, une simple opération de sécurisation, qui faisait suite au  reversement du régime des Talibans, s’est transformée en une véritable guerre, même si nos gouvernants ont voulu, jusqu’à très récemment, nié son existence et la limiter à des opération de sécurité.  Rien sur le terrain ne démontre qu’il existe une issue prochaine et rapide à cette guerre longue et coûteuse en vies humaines et en moyens financiers. Au contraire, au moment où la lassitude gagne de plus en plus l’opinion publique occidentale, où le retrait des troupes est désormais programmé, l’Afghanistan est loin de connaître la paix.</p>
<p>Comment peut-on expliquer qu’une coalition aussi puissante militairement, financièrement et politiquement que celle engagée en Afghanistan sous l’égide des Etats-Unis, puisse s’enliser dans les montagnes afghanes? Comment peut-on imaginer que les soldats les mieux équipés et les mieux formés du monde puissent échouer face aux guerriers pachtouns enturbannés, habillés d’un simple <em>shalwar kamiz </em>(vêtement traditionnel afghan) et chaussés de sandales comme sortis d’un autre âge?</p>
<p>Au commencement ce furent les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington. Au lendemain de ces attentats, les Etats-Unis pointent du doigt la responsabilité d’Al-Qaïda. Le président Georges Bush fait alors de la capture d’Oussama Ben Laden, « mort ou vif », le principal objectif de « la guerre » contre le terrorisme.  Le 18 septembre, le Conseil de sécurité des Nations Unies exige des Talibans l’extradition immédiate de Ben Laden. Simultanément, Georges Bush déclare que « les Talibans doivent livrer les terroristes ou ils partageront leur sort ». Les Talibans ne cèdent pas à l’ultimatum de Washington et demandent des preuves de l’implication de Ben Laden dans les attentats.</p>
<p>Devant la menace d’une intervention militaire américaine et la pression du Pakistan sur les Talibans pour éviter une intervention américaine, le mollah Omar, chef suprême des Talibans, réunit un haut conseil des oulémas afin qu’il se prononce sur la demande de Washington. Le conseil préconise un départ volontaire de Ben Laden vers le pays de son choix. Les avis divergeaient. Certains dirigeants des Talibans étaient convaincus que l’extradition de Ben Laden n’aurait pas empêché l’intervention militaire américaine. D’autres estimaient que le Pakistan, engagé à leur côté, ne tolèrerait pas que son territoire servît à une offensive militaire contre leurs protégés. Finalement, les Talibans refusèrent de renvoyer le chef d’Al-Qaïda. Le 21 septembre, Abdul Salam Zarif, l’ambassadeur des Talibans à Islamabad, aujourd’hui installé à Kaboul et érigé en interlocuteur de Hamed Karzaï et des émissaires étrangers, affirmait que « remettre Ben Laden à l’Amérique ou le pousser hors du pays est une insulte à l’islam et à la charia ».</p>
<p>Dès lors, peut-on conclure que la donne a changé en partie dans la nuit du 1<sup>er</sup> au 2 mai 2011 avec la mort d’Oussama Ben Laden, cible d’un commando américain à Abbottābād, ville garnison au nord d’Islamabad où se trouvait le chef d’Al-Qaïda, depuis plusieurs années, semble-t-il ? Le président Barack Obama a affirmé que la mort d’Oussama Ben Laden avait été la priorité centrale des Etats-Unis dans la « guerre contre le terrorisme ». Le président américain n’a fait que rappeler la principale justification de l’intervention contre l’ « émirat islamique » des Talibans. Peut-on alors conclure qu’avec la mort de Ben Laden, la mission des forces américaines en Afghanistan touche à sa fin ? Le débat est lancé à Washington et dans les capitales européennes. L’influent sénateur républicain Richard Lugar déclare qu’ <span style="text-decoration: underline;">«</span> alors que Al-Qaïda est largement affaibli dans le pays et franchisé ailleurs, l’Afghanistan n’a pas de valeur stratégique justifiant la présence de 100 000 soldats américains et 100 milliards de dollars de dépense annuelle ». Le sénateur se fonde à l’évidence sur les sources américaines qui chiffraient à une centaine le nombre de partisans de Ben Laden dans ce pays en 2010.  En France, pays le plus intransigeant vis-à-vis des Talibans, un changement s’amorce aussi. Le président de la République déclarait initialement vouloir maintenir la présence militaire française « le temps qu’il faut » et rejetait toute éventualité d’un « dialogue avec les Talibans ». Pourtant, un retrait des soldats français est désormais envisagé dès cette année.  Sachant que de plus en plus nombreux sont ceux qui voient dans la négociation avec les Talibans une issue prévisible du conflit, la France ne peut pas rester isolée en refusant un dialogue avec les Talibans.</p>
<h1>Retour des Talibans au pouvoir ?</h1>
<p>Bien que Ben Laden n’était plus vraiment opérationnel, sa mort constitue une victoire pour les Etats-Unis et un succès personnel pour le président Barack Obama. Washington s’attendait à d’éventuels changements dans l’attitude des Talibans après la mort de Ben Laden et s’est attelé à les provoquer. Désormais, Washington dissocie des Talibans et Al-Qaïda. Le 18 juin 2011, le Conseil de sécurité des Nations unies a découplé officiellement la liste noire sur laquelle figuraient jusqu’à alors côte à côte les noms des chefs d’Al-Qaïda et des Talibans. Les noms d’une quarantaine de chefs des Talibans ont été déjà rayés de cette liste, mais Kaboul demande à l’ONU d’en rayer 50 autres. Dans une note rendue publique par le Pentagone le 5 mai, Robert Gates, le secrétaire d’état à la Défense confirme des faits déjà connus de longue date : le « mollah Omar et Ben Laden entretenaient des relations très proches, mais d’autres responsables des Talibans ont estimé qu’Al-Qaïda les avait trahi en s’en prenant aux Etats-Unis et en causant la chute de leur régime ». Pour l’analyste afghan, Wahid Mojda, ancien haut responsable de la diplomatie afghane sous les Talibans, cette proximité remonte au retour de Ben Laden du Soudan en Afghanistan en 1996. Ben Laden avait répondu à l’invitation du gouvernement de Kaboul qui voulait qu’il entreprenne une médiation entre les Moudjahidines installés à Kaboul et le mouvement des Talibans qui venait de mettre la main sur le Sud et l’Ouest du pays. Rapidement, Ben Laden avait fait allégeance au mollah Omar<a href="#_ftn1">[1]</a>. Ce sentiment anti-Ben Laden date, selon l’analyste, de l’attentat de Nairobi au Kenya en 1998. Cet attentat fut sanctionné par des tirs des missiles américains sur une base d’Al-Qaïda dans l’est de l’Afghanistan.</p>
<p>Cependant, la mort de Ben Laden n’a eu aucune conséquence sur la guerre en Afghanistan. Les Talibans avaient déclaré que cette mort « apportera un nouveau souffle au djihad contre les occupants étrangers ». Force est de constater que cette affirmation n’était pas une simple rhétorique tant l’insécurité a progressé en Afghanistan ces derniers mois. Selon le rapport trimestriel du Secrétaire général de l’ONU au Conseil de sécurité présenté le 21 septembre 2011, l’Afghanistan a connu au cours des mois de juin, juillet, août, 7000 actions violentes, en moyenne 2108 incidents par mois, représentant ainsi une hausse de 39 % par rapport à la même période en 2010.</p>
<p><strong>Les discussions entre les Etats-Unis et les Talibans peuvent-ils déboucher sur la paix ?</strong></p>
<p>La préoccupation essentielle de Barack Obama consiste à démontrer que la guerre en Afghanistan n’est pas sans fin. La nouvelle stratégie américaine tel qu’il l’a définie en décembre 2009 prévoyait le retrait des troupes américaines à partir de l’été 2011. Cette stratégie, fondée sur l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires en 2010<span style="text-decoration: underline;">,</span> était destiné<span style="text-decoration: underline;">e</span> à affaiblir les Talibans dans leur zone traditionnelle d’influence, au Sud, pour créer un climat favorable à des négociations entre le gouvernement de Kaboul et les Talibans. Le but était de créer les conditions  d’une solution politique à une guerre qui apparaissait de plus en plus ingagnable militairement. Cette stratégie se heurte cependant à des difficultés dues à la complexité de cette guerre. Parallèlement aux difficultés sur le terrain, Barak Obama est confronté à de multiples pressions qui influencent la mise en ouvre de sa politique en Afghanistan. Certes, l’opinion publique se prononce désormais très majoritairement pour un retrait des soldats. Mais,  le président est la cible des attaques des conservateurs qui pointent sa faiblesse dans la guerre en Afghanistan, et son manque de fermeté vis-à-vis du Pakistan accusé de soutenir les Talibans. Par ailleurs, les différentes initiatives de négociation entre l’Etat afghan et les Talibans se sont heurtées, jusqu’à aujourd’hui, à l’intransigeance de ces derniers, qui ont fait du retrait des troupes étrangères la condition préalable à tout dialogue. Les Talibans étaient d’autant plus intransigeants vis-à-vis de ces discussions que l’envoi de renfort n’avait pas modifié fondamentalement le rapport de forces sur le terrain, et cela, en dépit des quelques succès militaires dans les provinces de Helmand et Kandahar. Au cours de l’année écoulée,  les Talibans ont même étendu leur influence dans des provinces du nord jusqu’alors épargnées. L’insécurité leur a permis de prendre pied dans de nouvelles localités, au centre du pays. Si les Etats-Unis comptaient sur l’affaiblissement des Talibans pour provoquer des négociations avec eux afin de trouver une porte de sortie honorable, ils ont encore échoué. D’autant plus que après l’assassinat de Burhanuddin Rabbani, le président du Haut Conseil de paix et de réconciliation, mis en place à Kaboul, pour mener plus efficacement la négociation avec les Talibans, le gouvernement a renoncé à sa politique de négociation.</p>
<p>La stratégie de Barak Obama ne pouvait réussir que s’il existait un pouvoir fort, crédible et suffisamment légitime à Kaboul. Seul un tel pouvoir pourrait prévenir du risque que la politique de négociation avec les Talibans ne se traduise pas par un retour au pouvoir des Talibans. Or, le gouvernement de Kaboul reste faible politiquement, sans véritable audience dans le pays, il est disqualifié aux yeux d’une grande partie de la population par son incapacité à assurer la sécurité et combattre la corruption, laquelle implique les plus hauts responsables de l’administration et les proches du président. Les relations entre Hamed Karzaï et les Etats-Unis ne cessent de se dégrader, depuis les élections présidentielles frauduleuses du 20 août 2009. Pressé par Washington d’organiser des élections équitables et d’agir plus efficacement contre la corruption, Hamed Karzaï a répondu en menaçant de rejoindre les Talibans pour combattre les troupes de l’OTAN si Washington persistait à exercer davantage de pression. En juin 2011, il a franchi un pas supplémentaire en pointant les Américains : « vous êtes entrain de devenir une force d’occupation dans mon pays et vous savez bien comment les Afghans traitent les occupants ». Cette déclaration a suscité la colère des membres du Congrès qui ont demandé à l’administration d’adopter une position claire vis-à-vis du président afghan. Cela n’a pas empêché Hamed Karzaï, deux jours plus tard, d’accuser les troupes américaines et l’OTAN d’avoir bombardé l’Afghanistan avec des armes chimiques « tuant nos enfants et causant des dégâts écologiques irréparables dans notre pays ».</p>
<p>Commet peut-on expliquer l’attitude du président afghan qui doit son accession au pouvoir uniquement grâce à la volonté des Etats-Unis en décembre 2001, en quête d’« un homme à eux » pour diriger l’autorité de transition mise en place à la conférence de Bonn, en décembre 2001, après la chute des Talibans ?</p>
<p>Hamed Karzaï sait que le calendrier du retrait des forces de l’OTAN, proposé par les Etats-Unis et adopté au sommet de l’OTAN à Lisbonne en décembre 2010, sera appliqué. Selon ce calendrier les Etats-Unis et d’autres pays de l’OTAN ont commencé le retrait de leurs troupes dès juillet 2011, pour être progressivement achevé jusqu’à fin 2014. Le départ notamment des 30 000 soldats américains envoyés en renfort en 2009 a d’ores et déjà débuté, et d’ici fin 2012, à l’heure de l’élection présidentielle américaine, un tiers des 100 000 soldats américains présents en Afghanistan auront quitté ce pays. Selon la planification de l’OTAN, l’Afghanistan se dotera d’ici 2014 d’une armée forte de 350 000 soldats et assurera seule la sécurité dans le pays. Pour y parvenir, les Etats-Unis consacrent actuellement près d’un milliard de dollars par mois. Or, si sur papier « l’afghanisation » de la sécurité peut apparaitre évidente, en réalité, on ne constate aucune amélioration dans trois provinces et quatre villes déjà passées sous la responsabilité du gouvernement afghan. A titre d’exemple, à Kaboul, « la ville la plus protégée du monde », l’insécurité augmente depuis le début de l’année et les insurgés prennent de plus en plus de risques pour commettre des attentats dans des lieux aussi protégés que l’ambassade des Etats-Unis, le quartier général de la force de l’OTAN, la FIAS.</p>
<p>Face au désengagement programmé des Etats-Unis et de ses alliés, et craignant d’être marginalisé, Hamed Karzaï s’inquiète sur l’avenir de son régime. Aussi,  cherche-t-il à s’imposer comme l’interlocuteur principal des insurgés. Il multiplie les appels au dialogue à « ses chers frères le mollah Omar et Gulbudin Hekmatyar », respectivement chef suprême des Talibans et leader du Hezb-é-islam. Jusqu’à aujourd’hui, ni les appels à une réconciliation nationale ni la manifestation du patriotisme du président afghan, n’ont eu d’effet sur les Talibans. Ceux-ci n’accordent aucune légitimité à Hamed Karzaï et à son gouvernement. Devant l’impasse, Washington et ses alliés ont décidé de dialoguer directement avec les Talibans. La confirmation par le secrétaire d’Etat à la Défense Robert Gates, le 19 juin 2011, de l’existence d’une discussion « préliminaire » entre les Etats-Unis et les Talibans pourrait marquer un tournant dans la guerre en Afghanistan. Cette nouvelle approche américaine marginalise Hamed Karzaï, qui voit l’initiative du dialogue avec les Talibans lui échapper. A cela s’ajoutent deux autres éléments qui rendent l’avenir d’une solution politique incertaine : l’engagement du Pakistan dans le conflit afghan ainsi que l’hostilité de l’opposition afghane et d’une partie de l’équipe gouvernementale de Hamed Karzaï à toute concession envers les Talibans.</p>
<p><strong>Le Pakistan, entre la lutte contre le terrorisme et le soutien aux Talibans, reste  incontournable pour une solution de paix en Afghanistan.</strong></p>
<p>Le Pakistan mènerait un « double jeu » en Afghanistan : d’une part, il se décrit comme allié des Etats-Unis dans la « guerre contre le terrorisme » et, d’autre part, il soutient les Talibans afghans. C’est ce que nombre d’observateurs soulignent et c’est ce qui explique la tension récurrente dans les relations entre Washington et l’Islamabad, tout au long de dix ans de guerre en Afghanistan. Les relations entre le Pakistan et l’Afghanistan connaissent également des hauts et des bas sur fond de méfiance entre les deux pays depuis la création du Pakistan.</p>
<p>L’Afghanistan représente pour le Pakistan un intérêt vital pour plusieurs raisons. Sa profondeur stratégique face à l’Inde, rend difficilement acceptable pour l’Islamabad d’accepter un gouvernement à Kaboul qui lui soit hostile. Confronté à une insurrection des Talibans pakistanais, également pachtounes comme les Talibans afghans, le Pakistan craint pour son unité et sa stabilité. Ces préoccupations ne sont pas celles des Etats-Unis, qui a choisi l’Inde comme partenaire stratégique dans la région et qui souhaitent finir la guerre tout en préservant une influence en Afghanistan. Si les relations entre Kaboul et Islamabad ont connu une certaine amélioration à la suite de la politique de la main tendue de Hamed Karzaï vers les Talibans, elles traversent de nouveau une crise après l’assassinat de Burhanuddin Rabbani, le président du haut Conseil pour la paix et la réconciliation, Hamed Karzaï a suspendu son offre de négociation avec les Talibans. Il n’est cependant pas certain que le Pakistan soit mécontent de cette décision. En effet, soucieux de garder son influence sur les Talibans afghans, le Pakistan n’a jamais regardé d’un bon œil les discussions directes entre Kaboul et les Talibans. Le gouvernement de Kaboul partage la même attitude et les mêmes soucis vis-à-vis des discussions entre les Etats-Unis et les Talibans. Ainsi, personne ne veut d’une paix qui se réalise sans son accord. Contrairement à Kaboul, impuissant vis-à-vis des Talibans, le Pakistan a les moyens de freiner ou de faire progresser la réconciliation entre les Afghans. En février 2010, le Pakistan a arrêté le mollah Baradar, le n°2 des Talibans, réputé modéré et qui souhaitait négocier avec Kaboul, sans consentement du Pakistan. Aux discussions directes entre Washington et les Talibans, le Pakistan et l’Afghanistan ont répliqué par un rapprochement spectaculaire de leur position au début de cette année. Cela pourrait bien expliquer pourquoi les services pakistanais ont lâché Ben Laden et pourquoi Hamed Karzaï a écarté du gouvernement les personnalités les plus hostiles au Pakistan et au dialogue avec les Talibans. Parmi ces personnes, citons le ministre de l’intérieur, Hanif Atmar, et le président du Conseil de sécurité national, Amroullah Saleh. Le président afghan, Hamed Karzaï, et le premier ministre pakistanais, Youssouf Réza Guilani, se sont mis d’accord au début de cette année pour créer une Commission commune sous leur autorité pour mener à bien la réconciliation inter-afghane. Hamed Karzaï a aussi nommé son principal conseiller comme ambassadeur à Islamabad et l’a doté des pleins-pouvoirs pour mener à bien cette tâche. Il est donc acquis que désormais le Pakistan sera associé aux négociations entre Hamed Karzaï et les Talibans. Cela lui assure un droit de regard sur la manière dont les Talibans seront associés au pouvoir à Kaboul.</p>
<p>Cette belle entente n’a pas résisté face à l’évolution de la situation. Les attentats ciblés des Talibans cet été contre les anciens commandants de l’Alliance du nord, notamment d’origine tadjik, susceptibles de prendre en main les forces de sécurité afghanes après le retrait de soldats de l’OTAN, et finalement l’assassinat de Burhanuddin Rabbani, ont obligé Hamed Karzaï à suspendre les négociations avec les Talibans sous la pression de ses alliés de l’ex-alliance du nord. Nous nous trouvons là au cœur de la complexité politique et ethnique de l’Afghanistan.</p>
<p>Soulignons que l’influence de l’Inde en Afghanistan n’est pas la seule préoccupation du Pakistan. L’unité des Pachtounes a toujours été la hantise d’Islamabad. Le tracé des frontières entre l’Afghanistan et le Pakistan, effectué par l’empire britannique de l’Inde en 1893 a divisé l’ethnie pachtoune en deux. L’Afghanistan ne l’a toujours pas accepté. Les liens de solidarité établis entre les Talibans afghans et pakistanais, tous les deux d’origine pachtoune, renforcent la volonté du Pakistan de garder sa mainmise sur les Talibans afghans pour prévenir tout risque d’une désintégration du Pakistan. Nous le savons, les Talibans pakistanais, influencés davantage par Al-Qaïda, ont fait de la déstabilisation du Pakistan l’une de leurs priorités, sinon la seule. Ceci explique pourquoi le Pakistan ne consentait pas à des négociations avec les Talibans, dirigées par le gouvernement de Hamed Karzaï avec la bénédiction des Etats-Unis et dont il était exclu. Hamed Karzaï est pris dans une contradiction : sa « nouvelle politique pakistanaise » ne fait pas l’unanimité. Au sein de la majorité gouvernementale, les anti-Talibans de l’ex-alliance du nord, affaiblis mais toujours influents, n’y sont pas favorables. Historiquement proche de l’Inde et de l’Iran, ils refusent aussi bien des concessions vis-à-vis des Talibans que l’implication du Pakistan dans les négociations. Au contraire, ils n’ont cessé de réclamer l’extension de la guerre sur le territoire du Pakistan, « la véritable base du terrorisme ». C’est aussi le cas de l’opposition dirigée actuellement par l’ex-candidat au scrutin présidentiel et l’un des proches du feu commandant Ahmad Shah Massoud, Dr. Abdullah Abdullah, qui est également hostile à des négociations entre Hamed Karzaï et les Talibans. Il a d’ailleurs confirmé sa position au cours d’un grand rassemblement tenu à Kaboul, le 5 mai 2011. Le retour des Talibans à Kaboul pourrait bien déboucher sur une nouvelle guerre civile. Les Talibans semblent s’y préparer. Les assassinats ciblés qui se multiplient depuis quelques mois contre des responsables de la sécurité ou des gouverneurs appartenant à l’ex-alliance du nord toujours hostiles aux Talibans, feraient partie d’une stratégie à long terme des Talibans.</p>
<p>L’évolution politique de l’Afghanistan complique davantage la recherche d’une solution politique qui passe par « la réconciliation et l’intégration » des Talibans dans la vie politique et civile afghane. En dépit d’un bilan insatisfaisant de l’engagement des Etats-Unis en Afghanistan, des progrès, même s’ils restent fragiles, ont été réalisés dans les domaines politique, culturel et social. Les organisations de la société civile, de défense des droits de l’homme, les associations des femmes, les fondations culturelles sont de plus en plus actives dans les grandes villes, notamment à Kaboul, Balkh au Nord et Hérat à l’Ouest. Elles s’opposent au retour des Talibans, dont elles ne constatent aucun changement dans leur approche sur les droits de l’homme et les libertés fondamentales. Si les Talibans gardent leur influence dans les zones de peuplement pachtouns du Sud et de l’Est, le rapport de force politique a tendance à basculer en faveur des ethnies et des forces politiques qui prétendent les représenter. Après la désastreuse élection présidentielle d’août 2009, où Hamed Karzaï a été mis en ballotage par le candidat de l’opposition, l’année 2010 marque un tournant dans la vie politique de l’Afghanistan. Pour la première fois, les députés issus des ethnies minoritaires, tadjike, hazâra, ouzbek et turkmène se trouvent majoritaires à l’Assemblée nationale afghane à la suite des élections législatives du 19 septembre 2010. Même si l’essentiel du pouvoir est concentré dans les mains de Hamid Karzaï, cela marque une étape importante de la vie politique du pays. En outre, la multiplication des conflits entre le président et la majorité parlementaire, tel que celui susmentionné, ne manquera pas de poser problème au volet politique de la stratégie d’Obama consistant à encourager la réconciliation avec les Talibans.</p>
<p>Sur le plan politique, les Etats-Unis auraient proposé deux options aux Talibans, selon les déclarations d’un proche de ces derniers à Kaboul. La première consisterait à obtenir l’entrée des Talibans dans le gouvernement afghan après quelques modifications de la Constitution selon leur souhait, tout en veillant à préserver les acquis en matière politique (organisation d’élections) et sociale (droits des femmes). La seconde impliquerait la mise en place d’une sorte de fédéralisme qui permettrait aux Talibans de gouverner, comme ils l’entendent, les provinces du Sud et de l’Est à majorité pachtoune alors que le reste du pays continuerait à être gouverné par le régime actuel.</p>
<p>Sur le plan militaire et sécuritaire, d’ores et déjà, des négociations sur la mise en place des bases militaires américaines permanentes est l’objet des discussions entre Kaboul et Washington. Un projet inacceptable pour les Talibans et pour les voisins de l’Afghanistan, notamment l’Iran qui a manifesté rigoureusement son opposition.</p>
<p>On mesure le chemin qui reste encore à parcourir pour trouver une issue à l’impasse afghane.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Le nouveau chef d’Al-Qaïda, Aymen Zawahiri, a fait la même chose. Il a renouvelé, début juin 2011, son allégeance au mollah Omar, le chef suprême des Talibans, avant d’être désigné chef d’Al-Qaïda.</p>
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		</item>
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		<title>L’Afrique de l’Ouest deviendra-t-elle à la France ce que l’Amérique centrale est aux Etats-Unis ?</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/09/21/l%e2%80%99afrique-de-l%e2%80%99ouest-deviendra-t-elle-a-la-france-ce-que-l%e2%80%99amerique-centrale-est-aux-etats-unis-2/</link>
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		<pubDate>Wed, 21 Sep 2011 13:16:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-François Bayart</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités internationales]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 43]]></category>

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		<description><![CDATA[L’Afrique est en plein bouleversement, du fait de ses dynamiques propres et des transformations du système international . Et la France a toujours autant de peine à en décrypter le devenir. Elle se réfugie derrière ses poncifs, disant tout et le contraire de tout dans le même discours, à l’instar de Nicolas Sarkozy, dans son allocution lamentable de Dakar, le 26 juillet 2007, au cours de laquelle il reprocha à l’Afrique son immobilité… et aux Africains de trop bouger, par le biais de l’émigration ! ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Jean-François Bayart</strong> est Directeur de recherche au CNRS (SciencesPo-CERI)</p>
<p>Aujourd’hui, les médias, les milieux d’affaires, la classe politique s’émerveillent de la croissance retrouvée au sud du Sahara et sombrent dans un « afrooptimisme » béat qui est d’aussi mauvais aloi que l’ « afropessimisme » d’hier. <strong>Quand parviendrons-nous à penser <em>normalement</em> les sociétés africaines ? Pour ce faire, une condition préalable est sans doute de renoncer à décliner le continent au singulier, d’en admettre la diversité et d’abandonner le mythe d’<em>une</em> politique africaine de la France pour raisonner en termes de sous-régions et de problèmes concrets.</strong> Le « printemps arabe » et la nouvelle donne qu’il provoque au sud du Sahara nous en fournissent l’opportunité et, même, devraient nous l’imposer.</p>
<p>Le décor est assez aisé à planter : ouverture démocratique encore incertaine en Tunisie et au Maroc, guerre civile en Libye, maintien du régime militaire de fait en Algérie, enkystement du foyer djihadiste d’AQMI au Mali et au Niger, crise politique en Côte d’Ivoire et, maintenant, au Sénégal &#8211; mutations complexes auxquelles Nicolas Sarkozy répond en évidant l’aide publique française au développement, en privilégiant la focale de la lutte contre l’immigration et en préférant l’intervention militaire à l’action politique (Tchad en février 2008, Mauritanie et Mali depuis juillet 2010, Côte d’Ivoire et Libye en 2011)<a href="#_ftn1">[1]</a>. Or, les paramètres dans lesquels s’est enfermée la France la conduisent dans une impasse dont nous devons mesurer les dangers. On dit souvent que la politique est l’art du possible. Mieux vaut donc ne pas lui donner des objectifs inatteignables et ne pas la faire reposer sur des prémisses erronées. Plutôt que de nous complaire dans les généralités qui sont de mise dès que l’on parle de « politique africaine de la France », identifions trois problèmes que la prochaine ou le prochain président(e) de la République devra saisir à bras le corps.</p>
<p>La question du « terrorisme » est la plus dramatique car elle se solde par la captivité ou la mort de ressortissants français. Elle n’est pas forcément la plus redoutable. Le « printemps arabe » a démontré l’isolement et la déconnection de la mouvance d’Al-Qaida par rapport aux dynamiques centrales des sociétés musulmanes. AQMI ne fait pas exception. Ce mouvement est divisé en au moins deux factions rivales et n’a pour l’instant pas mordu sur la masse des croyants du Sahel, alors même que la sensibilité salafiste y est très présente, dans sa version apolitique. L’organisation doit de toute façon beaucoup aux ambiguïtés des services secrets algériens et libyens. Certes, les uns et les autres peuvent être tentés de jouer cette carte pour déstabiliser les processus de démocratisation en Tunisie et au Maroc et pour riposter à l’intervention militaire de l’OTAN. Mais la menace est très circonscrite, et <strong>ce fut une grande erreur que d’ériger AQMI en adversaire principal de la France dans la région, comme l’a fait Nicolas Sarkozy en 2010, au risque de lui conférer une aura anti-impérialiste et une audience que ce mouvement armé n’a pas, et de délégitimer les Etats, à commencer par le Mali, en menant des opérations sur leur territoire en leur forçant la main, voire à leur insu<a href="#_ftn2"><strong>[2]</strong></a>.</strong> La priorité, dans le Sahel, devrait donc être le retour au politique que seule rendra crédible une reprise de l’aide publique au développement et de la coopération scientifique et culturelle, dans un plus grand respect de la souveraineté et des intérêts de nos partenaires, y compris lorsqu’ils ont le statut de migrants.</p>
<p>La deuxième priorité doit justement être une révision drastique de notre politique en matière d’immigration. Celle-ci est devenue une machine folle qui produit la clandestinité qu’elle prétend combattre, qui contredit nos intérêts économiques bien compris, qui ruine notre réputation en Afrique, qui suscite une colère croissante à notre encontre et qui accentue l’inégalité sociale au détriment des plus pauvres. Ajoutons que cette machine folle est devenue criminelle et qu’elle a compromis nos dirigeants et nos administrations dans des violations des droits de l’Homme les rendant à terme passibles de la Cour pénale internationale<a href="#_ftn3">[3]</a>. Néanmoins, ces évidences ne doivent pas nous dissimuler un autre danger qu’elles recouvrent. <strong>La prohibition de l’émigration et même de la circulation légales des Africains en Europe créé une formidable rente de situation pour les trafiquants d’êtres humains contre lesquels nous disons lutter mais auxquels nous fournissons en réalité une  opportunité économique.</strong> Un voyage de l’Afrique de l’Ouest en France, qui coûte par avion environ 1 000 euros, se voit renchéri de manière complètement artificielle. Cette appréciation créé des marges de profit colossales au bénéfice des intermédiaires qui assurent ou rendent possible le convoyage des migrants : ceux que l’on appelle les passeurs, mais surtout les vrais entrepreneurs de la migration irrégulière, à savoir la classe politique libyenne et les organisations criminelles de l’Italie du Sud. Il est d’autant plus urgent de dévaluer cette première rente que son exploitation se double d’une autre opportunité, également créée par une politique prohibitionniste.</p>
<p>Le 2 juin, la Commission mondiale sur la politique des drogues, présidée par Fernando Henrique Cardoso, a rendu public le constat d’échec de la guerre contre les narcotiques que les Etats-Unis et les autres pays occidentaux avaient déclenchée dans les années 1980 : entre 1998 et 2008, la consommation d’opiacés a augmenté de 35,5%, celle de cocaïne de 27%, celle de cannabis de 8,5%. Cette politique a coûté la bagatelle de 1 000 milliards de dollars à Washington et a plongé la Colombie et le Mexique dans une violence incontrôlable, sans même parler de la Birmanie et de l’Afghanistan<a href="#_ftn4">[4]</a>. Une fois de plus, la validité du théorème d’Al Capone est vérifiée : la prohibition d’un produit pour lequel il existe une demande sociale ne supprime pas cette dernière et valorise son offre dans une mesure telle que les intermédiaires qui en assurent la commercialisation en tirent des profits disproportionnés, s’organisent en oligopoles et militarisent leur activité pour la sanctuariser. L’exemple du Mexique montre aussi que les opérateurs de la drogue sont susceptibles de s’emparer du convoyage des migrants et de cumuler les deux rentes de situation. Or, <strong>l’Afrique de l’Ouest est devenue depuis quelques années une voie majeure de l’acheminement de la cocaïne vers l’Europe et le Moyen-Orient, en même temps qu’une route de migration. Les narcotrafiquants latino-américains ont noué des partenariats avec des opérateurs africains en Guinée-Bissau, en Guinée et en Mauritanie, qui transportent la précieuse marchandise à travers le Sahara avec l’aide des professionnels touaregs du désert. Derechef, la Libye est un <em>hub</em> de ce négoce.</strong> Contrairement à ce que l’on entend souvent, et pour autant qu’on puisse le savoir, il n’est pas avéré que les combattants d’AQMI jouent un rôle majeur dans celui-ci. C’est essentiellement par la prise d’otages et les rançons qu’ils autofinancent pour le moment leur activité politique. En revanche, différentes péripéties ont prouvé, ces dernières années, que les administrations et les classes politiques de plusieurs Etats de la région se sont associées à l’import-export de la cocaïne latino-américaine. Au moins pour ce qui est de la Guinée-Bissau, il n’est pas exagéré de parler de narco-Etat, même si la pertinence de cette notion laisse à désirer. Quant au Sénégal, il procure de nombreuses possibilités de blanchiment de l’argent sale dans les secteurs de l’immobilier et du tourisme. Par ailleurs, on ne peut abstraire cette évolution de la configuration marocaine, plus ancienne : le Rif est depuis longtemps un producteur et un exportateur de premier ordre de cannabis en direction de l’Europe, qui n’a pas peu contribué à la bulle immobilière en Espagne. Le risque est donc réel de voir se constituer en Afrique de l’Ouest des organisations criminelles plus structurées que celles, très segmentaires, qui se sont imposées, à partir du Nigeria, dans l’intermédiation du commerce de l’héroïne entre le Triangle d’or et le marché nord-américain, dans les années 1980-1990. De tels opérateurs, travaillant de pair avec les cartels latino-américains et la Mafia, la Camorra et la Ndranghetta italiennes ou les milieux criminels rifo-espagnols, pourraient à terme plonger le Sahel et  le Sahara dans une spirale de violence dont le précédent mexicain ou colombien nous donne un avant-goût et qui n’épargnerait pas nos propres villes. Nous n’en sommes pas là, tant s’en faut, nonobstant les alarmes actuelles. Mais l’inanité de notre politique peut nous y conduire avant même que nous le saisissions, faute de lucidité.</p>
<p>En effet, le gouvernement français, et la plupart de ses homologues européens, s’entêtent dans le déni de la réalité et continuent de tenir à ce sujet un langage creux, purement répressif, tournant à vide. Du haut de sa présidence du G 20, Nicolas Sarkozy entend « mobiliser l’Afrique contre la cocaïne » en faisant signer des « accords interétatiques pour assouplir les contraintes de droit » (sic)<a href="#_ftn5">[5]</a>. Et Claude Guéant rabâche les arguments les plus éculés des prohibitionnistes sans répondre à la cruauté des faits. A un policier français de la Brigade des stupéfiants en poste à Istanbul qui m’avait demandé, au milieu des années 1990, ce que je pensais du problème, j’avais prudemment répondu que nous avions perdu une bataille. Il m’avait répliqué : « Nous avons perdu la guerre, Monsieur ». Le contribuable français est-il prêt à débourser, comme son pair américain, 1 000 milliards de dollars dans les prochaines décennies pour la poursuivre ? Il convient donc de définir une autre approche de la question. <strong>Seule leur criminalisation donne quelque valeur marchande aux chiendents que sont le haschich, le pavot et la marijuana. Plutôt que de continuer à engraisser les intermédiaires qui se sont spécialisés dans leur commercialisation, ruinons leur rente en en légalisant le négoce. Ce serait d’ailleurs renouer avec une tradition de la République : il y avait, en Indochine, une Régie de l’opium, dont les Néerlandais avaient copié le modèle.</strong> Resterait alors un problème de santé publique que nous avons assez bien réussi à maîtriser avec l’alcool par l’éducation et la prévention, voire les soins. Resterait aussi la nécessité de la répression de certains comportements spécifiques, comme la conduite en état d’ivresse narcotique, ce que nous savons aussi faire. Ce nouveau cours libérerait nos forces de l’ordre de missions impossibles, viderait nos prisons de toute une population de petits trafiquants qui n’y apprennent que le crime, allégerait plusieurs budgets voués à cette lutte vaine, même s’il supposerait l’injection de quelque 800 millions d’euros dans nos banlieues pour remplacer la manne narcotique qui s’y déverse et fait désormais vivre un nombre non négligeable de leurs habitants<a href="#_ftn6">[6]</a>. Enfin, cette politique étoufferait dans l’œuf le basculement de l’Afrique de l’Ouest dans l’économie narcotique qui est toujours synonyme de violence, sinon de guerre civile. Dans ces conditions, grâce soit rendue à Stéphane Gatignon, maire de Sevran, et au groupe de travail qu’a présidé Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur. Même si leurs propositions semblent parfois timorées par rapport à la véritable révolution copernicienne qu’exige la situation, elles ont l’immense intelligence politique d’ouvrir le débat et de placer les électeurs devant leurs responsabilités.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> <a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-francois-bayart/251010/quelle-politique-africaine-pour-la-france">http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-francois-bayart/251010/quelle-politique-africaine-pour-la-france</a> et « L’hypo-politique africaine d’un hyperprésident », <em>Savoir/Agir</em>, 5, septembre 2008, pp. 161-169.</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-francois-bayart/280710/le-piege-de-la-lutte-anti-terroriste-en-afrique-de-louest</p>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jean-François Bayart, « Assez de collusions avec le régime de Kadhafi : connivence criminelle contre les migrants », <em>Le Monde</em>, 14 avril 2011.</p>
<p><a href="#_ftnref4">[4]</a> <em>Le Monde</em>, 4 juin 2011.</p>
<p><a href="#_ftnref5">[5]</a> <em>Le Monde</em>, 10 mai 2011.</p>
<p><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>Le Monde</em>, 2 avril 2010.</p>
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		<title>« Il n’y aura pas de restauration des régimes tombés »</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Sep 2011 13:12:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Henri Laurens</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités internationales]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 43]]></category>

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		<description><![CDATA[Henri Laurens est professeur du Collège de France La Revue socialiste : plusieurs mois après le début des révoltes arabes, il apparaît qu’une vague de choc a parcouru tout le monde arabe avec des effets très différents. Malgré les différences qu’y-a-t-il de commun entre tous ces mouvements ? Henri Laurens : On a parlé de « contagion » comme si c’était une maladie. L’histoire européenne a connu des phénomènes du même genre en 1830 et surtout en 1848.  Deux ordres d’explications sont à présenter : d’une part, la similitude relative des régimes autoritaires qui constituait la fameuse « exception arabe » ; d’autre part, la renaissance du monde arabe comme espace de communication au milieu des années 1990 grâce aux télévisions satellitaires puis à l’internet. La Tunisie a donné l’exemple : les gens ont cessé d’avoir peur et le pouvoir a perdu sa légitimité. L. R. S. : Dans les explications [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Henri Laurens</strong> est professeur du Collège de France</p>
<p><strong>La Revue socialiste</strong> : plusieurs mois après le début des révoltes arabes, il apparaît qu’une vague de choc a parcouru tout le monde arabe avec des effets très différents. Malgré les différences qu’y-a-t-il de commun entre tous ces mouvements ?</p>
<p><strong>Henri Laurens</strong> : On a parlé de « contagion » comme si c’était une maladie. L’histoire européenne a connu des phénomènes du même genre en 1830 et surtout en 1848.  Deux ordres d’explications sont à présenter : d’une part, la similitude relative des régimes autoritaires qui constituait la fameuse « exception arabe » ; d’autre part, la renaissance du monde arabe comme espace de communication au milieu des années 1990 grâce aux télévisions satellitaires puis à l’internet. La Tunisie a donné l’exemple : les gens ont cessé d’avoir peur et le pouvoir a perdu sa légitimité.</p>
<p><strong>L. R. S. :</strong> Dans les explications données, on met en avant une revendication de libertés démocratiques et un refus des inégalités sociales. Peut-on penser que l’on assiste à une forme d’ « occidentalisation » des sociétés arabes dans une volonté d’établir des régimes démocratiques ? Le « religieux » est-il à ce point secondaire ?</p>
<p><strong>H. L.</strong> : Les motivations des acteurs sont multiples et ne peuvent être résumées en une seule formule. Vous avez d’abord une revendication morale contre la corruption et la tyrannie, c’est le sens du « dégage !». A un moment où se pose la question du chômage des jeunes dû à la dilatation sur la pyramide des âges des classes d’âge arrivés sur le marché du travail, les inégalités fondées sur le favoritisme et le trafic d’influence sont insupportables. Mais les éléments les plus activistes ont une conception politique plus construite que l’on pourrait, faute de mieux, définir comme altermondialiste. C’est le langage de l’autoritarisme et du conflit des civilisations qui définit la démocratie comme une forme d’occidentalisation ou le « religieux » comme contraire à la démocratie. Il s’agit surtout ici de la démocratie sous son aspect de pluralisme et de compétition des forces politiques.  Il est impensable pour le moment et probablement pour un temps très long d’avoir une totale liberté d’expression comme le premier amendement américain. La contestation de l’islam est toujours considérée comme un blasphème avec des sanctions judiciaires. Mais les questions comme celles de la liberté sexuelle ne sont pas à l’ordre du jour des mouvements actuels.</p>
<p><strong>L. R. S.</strong> : Allons-nous déboucher sur des situations radicalement nouvelles ? Les difficultés économiques et sociales ne risquent-elles pas d’amener un « retour à l’ordre».</p>
<p><strong>H. L.</strong> : C’est incontestable. Les difficultés économiques et la peur sociale de la délinquance vont certainement pousser à la constitution de « partis de l’ordre », mais dans le cadre des institutions démocratiques en voie d’émergence. Il n’y aura pas de restauration des régimes tombés, mais les forces sociales qui s’y reconnaissaient n’ont pas disparu.<br />
<strong>L. R. S.</strong> : Chaque pays évolue évidemment en fonction de son histoire nationale, de ses divisions, des rapports de forces politiques etc. ? Pouvez-vous  malgré tout distinguer les grandes évolutions possibles selon les pays qui connaissent une guerre civile, des répressions fortes, des processus de démocratisation etc. ?</p>
<p><strong>H. L.</strong> : La première distinction est celle du rapport à l’Occident. S’il est incontestable que les pays occidentaux se sont accommodés des dictatures pour diverses raisons géopolitiques, <strong>les pays adossés à l’Occident sont ceux qui ont eu une transition moins violente comme la Tunisie et l’Égypte ou qui ont adopté une voie réformatrice comme le Maroc et la Jordanie. Les systèmes politiques étaient malgré tout plus ouverts et plus pluralistes que les régimes anti-impérialistes et plus fermés comme la Libye et la Syrie, qui connaissent en plus de fortes divisions tribales et confessionnelles. </strong>Les deux exceptions sont le Bahreïn où l’Arabie saoudite a joué un rôle dominant dans le choix de la répression et le Yémen où le tribalisme est une réalité puissante. On peut donc dire que le rapport à l’Occident reste un trait fort et plutôt positif des évolutions à venir.</p>
<p><strong>L. R. S.</strong> : Quelle peut-être l’influence du blocage apparent dans le conflit israélo-palestinien sur les situations actuelles ?</p>
<p><strong>H. L.</strong> : Les militants actifs des mouvements de 2011 ont fait leurs premières armes politiques à l’occasion du conflit libanais de 2006. On les a retrouvés ensuite avec l’affaire de Gaza en 2008-2009 puis dans celle de la flottille contre le blocus de Gaza. Les élections prévues à l’automne en Tunisie et en Égypte vont coïncider avec la relance du dossier palestinien à l’ONU. Il est donc clair que l’affaire palestinienne va revenir au premier plan et reposer la question des relations avec l’Occident.</p>
<p><strong>L. R. S.</strong> : Les pays européens oscillent entre la compréhension et parfois l’aide directe comme en Libye, en Égypte ou en Tunisie, et les inquiétudes (migrations, pétrole, sort des minorités chrétiennes). Selon vous, quelle doit être la bonne attitude ? Que pensez-vous de la politique menée par le gouvernement français ?</p>
<p><strong>H. L.</strong> : Traditionnellement les pays arabes étaient définis comme déphasés par rapport à l’évolution générale. Aujourd’hui c’est l’inverse. <strong>L’Europe dans son ensemble est secouée par une vague d’islamophobie et d’hostilité aux mouvements migratoires alors que les pays arabes revendiquent la liberté et la démocratie. La bonne attitude est évidemment de soutenir la cause de la démocratie en particulier par une aide comme celle accordée aux pays de l’Est après la chute du communisme.</strong> La question migratoire est plus délicate à traiter : il faut aller dans le sens d’une plus grande facilité de circulation tout en ménageant les réticences des opinions publiques. C’est le marché mondial qui définit le prix du pétrole qui du fait du retrait de certains producteurs a tendance à rester élevé, ce qui par ailleurs n’a pas que des conséquences négatives du point de vue écologique. La politique du gouvernement français est contrastée. D’un côté, certains jouent la carte de la xénophobie pour des raisons électorales du fait même de la montée de l’islamophobie et au risque d’atteindre à l’unité nationale, d’autres au contraire ont une attitude très compréhensive et très responsable face aux mouvements arabes.</p>
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		<title>L’Afrique de l’Ouest deviendra-t-elle à la France ce que l’Amérique centrale est aux Etats-Unis ?</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Sep 2011 09:16:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-François Bayart</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités internationales]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 43]]></category>

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		<description><![CDATA[L’Afrique est en plein bouleversement, du fait de ses dynamiques propres et des transformations du système international . Et la France a toujours autant de peine à en décrypter le devenir. Elle se réfugie derrière ses poncifs, disant tout et le contraire de tout dans le même discours, à l’instar de Nicolas Sarkozy, dans son allocution lamentable de Dakar, le 26 juillet 2007, au cours de laquelle il reprocha à l’Afrique son immobilité… et aux Africains de trop bouger, par le biais de l’émigration ! ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Jean-François Bayart</strong> est Directeur de recherche au CNRS (SciencesPo-CERI)</p>
<p>L’Afrique est en plein bouleversement, du fait de ses dynamiques propres et des transformations du système international . Et la France a toujours autant de peine à en décrypter le devenir. Elle se réfugie derrière ses poncifs, disant tout et le contraire de tout dans le même discours, à l’instar de Nicolas Sarkozy, dans son allocution lamentable de Dakar, le 26 juillet 2007, au cours de laquelle il reprocha à l’Afrique son immobilité… et aux Africains de trop bouger, par le biais de l’émigration !</p>
<p>Aujourd’hui, les médias, les milieux d’affaires, la classe politique s’émerveillent de la croissance retrouvée au sud du Sahara et sombrent dans un « afrooptimisme » béat qui est d’aussi mauvais aloi que l’ « afropessimisme » d’hier. <strong>Quand parviendrons-nous à penser <em>normalement</em> les sociétés africaines ? Pour ce faire, une condition préalable est sans doute de renoncer à décliner le continent au singulier, d’en admettre la diversité et d’abandonner le mythe d’<em>une</em> politique africaine de la France pour raisonner en termes de sous-régions et de problèmes concrets.</strong> Le « printemps arabe » et la nouvelle donne qu’il provoque au sud du Sahara nous en fournissent l’opportunité et, même, devraient nous l’imposer.</p>
<p>Le décor est assez aisé à planter : ouverture démocratique encore incertaine en Tunisie et au Maroc, guerre civile en Libye, maintien du régime militaire de fait en Algérie, enkystement du foyer djihadiste d’AQMI au Mali et au Niger, crise politique en Côte d’Ivoire et, maintenant, au Sénégal &#8211; mutations complexes auxquelles Nicolas Sarkozy répond en évidant l’aide publique française au développement, en privilégiant la focale de la lutte contre l’immigration et en préférant l’intervention militaire à l’action politique (Tchad en février 2008, Mauritanie et Mali depuis juillet 2010, Côte d’Ivoire et Libye en 2011)<a href="#_ftn1">[1]</a>. Or, les paramètres dans lesquels s’est enfermée la France la conduisent dans une impasse dont nous devons mesurer les dangers. On dit souvent que la politique est l’art du possible. Mieux vaut donc ne pas lui donner des objectifs inatteignables et ne pas la faire reposer sur des prémisses erronées. Plutôt que de nous complaire dans les généralités qui sont de mise dès que l’on parle de « politique africaine de la France », identifions trois problèmes que la prochaine ou le prochain président(e) de la République devra saisir à bras le corps.</p>
<p>La question du « terrorisme » est la plus dramatique car elle se solde par la captivité ou la mort de ressortissants français. Elle n’est pas forcément la plus redoutable. Le « printemps arabe » a démontré l’isolement et la déconnection de la mouvance d’Al-Qaida par rapport aux dynamiques centrales des sociétés musulmanes. AQMI ne fait pas exception. Ce mouvement est divisé en au moins deux factions rivales et n’a pour l’instant pas mordu sur la masse des croyants du Sahel, alors même que la sensibilité salafiste y est très présente, dans sa version apolitique. L’organisation doit de toute façon beaucoup aux ambiguïtés des services secrets algériens et libyens. Certes, les uns et les autres peuvent être tentés de jouer cette carte pour déstabiliser les processus de démocratisation en Tunisie et au Maroc et pour riposter à l’intervention militaire de l’OTAN. Mais la menace est très circonscrite, et <strong>ce fut une grande erreur que d’ériger AQMI en adversaire principal de la France dans la région, comme l’a fait Nicolas Sarkozy en 2010, au risque de lui conférer une aura anti-impérialiste et une audience que ce mouvement armé n’a pas, et de délégitimer les Etats, à commencer par le Mali, en menant des opérations sur leur territoire en leur forçant la main, voire à leur insu<a href="#_ftn2"><strong>[2]</strong></a>.</strong> La priorité, dans le Sahel, devrait donc être le retour au politique que seule rendra crédible une reprise de l’aide publique au développement et de la coopération scientifique et culturelle, dans un plus grand respect de la souveraineté et des intérêts de nos partenaires, y compris lorsqu’ils ont le statut de migrants.</p>
<p>La deuxième priorité doit justement être une révision drastique de notre politique en matière d’immigration. Celle-ci est devenue une machine folle qui produit la clandestinité qu’elle prétend combattre, qui contredit nos intérêts économiques bien compris, qui ruine notre réputation en Afrique, qui suscite une colère croissante à notre encontre et qui accentue l’inégalité sociale au détriment des plus pauvres. Ajoutons que cette machine folle est devenue criminelle et qu’elle a compromis nos dirigeants et nos administrations dans des violations des droits de l’Homme les rendant à terme passibles de la Cour pénale internationale<a href="#_ftn3">[3]</a>. Néanmoins, ces évidences ne doivent pas nous dissimuler un autre danger qu’elles recouvrent. <strong>La prohibition de l’émigration et même de la circulation légales des Africains en Europe créé une formidable rente de situation pour les trafiquants d’êtres humains contre lesquels nous disons lutter mais auxquels nous fournissons en réalité une  opportunité économique.</strong> Un voyage de l’Afrique de l’Ouest en France, qui coûte par avion environ 1 000 euros, se voit renchéri de manière complètement artificielle. Cette appréciation créé des marges de profit colossales au bénéfice des intermédiaires qui assurent ou rendent possible le convoyage des migrants : ceux que l’on appelle les passeurs, mais surtout les vrais entrepreneurs de la migration irrégulière, à savoir la classe politique libyenne et les organisations criminelles de l’Italie du Sud. Il est d’autant plus urgent de dévaluer cette première rente que son exploitation se double d’une autre opportunité, également créée par une politique prohibitionniste.</p>
<p>Le 2 juin, la Commission mondiale sur la politique des drogues, présidée par Fernando Henrique Cardoso, a rendu public le constat d’échec de la guerre contre les narcotiques que les Etats-Unis et les autres pays occidentaux avaient déclenchée dans les années 1980 : entre 1998 et 2008, la consommation d’opiacés a augmenté de 35,5%, celle de cocaïne de 27%, celle de cannabis de 8,5%. Cette politique a coûté la bagatelle de 1 000 milliards de dollars à Washington et a plongé la Colombie et le Mexique dans une violence incontrôlable, sans même parler de la Birmanie et de l’Afghanistan<a href="#_ftn4">[4]</a>. Une fois de plus, la validité du théorème d’Al Capone est vérifiée : la prohibition d’un produit pour lequel il existe une demande sociale ne supprime pas cette dernière et valorise son offre dans une mesure telle que les intermédiaires qui en assurent la commercialisation en tirent des profits disproportionnés, s’organisent en oligopoles et militarisent leur activité pour la sanctuariser. L’exemple du Mexique montre aussi que les opérateurs de la drogue sont susceptibles de s’emparer du convoyage des migrants et de cumuler les deux rentes de situation. Or, <strong>l’Afrique de l’Ouest est devenue depuis quelques années une voie majeure de l’acheminement de la cocaïne vers l’Europe et le Moyen-Orient, en même temps qu’une route de migration. Les narcotrafiquants latino-américains ont noué des partenariats avec des opérateurs africains en Guinée-Bissau, en Guinée et en Mauritanie, qui transportent la précieuse marchandise à travers le Sahara avec l’aide des professionnels touaregs du désert. Derechef, la Libye est un <em>hub</em> de ce négoce.</strong> Contrairement à ce que l’on entend souvent, et pour autant qu’on puisse le savoir, il n’est pas avéré que les combattants d’AQMI jouent un rôle majeur dans celui-ci. C’est essentiellement par la prise d’otages et les rançons qu’ils autofinancent pour le moment leur activité politique. En revanche, différentes péripéties ont prouvé, ces dernières années, que les administrations et les classes politiques de plusieurs Etats de la région se sont associées à l’import-export de la cocaïne latino-américaine. Au moins pour ce qui est de la Guinée-Bissau, il n’est pas exagéré de parler de narco-Etat, même si la pertinence de cette notion laisse à désirer. Quant au Sénégal, il procure de nombreuses possibilités de blanchiment de l’argent sale dans les secteurs de l’immobilier et du tourisme. Par ailleurs, on ne peut abstraire cette évolution de la configuration marocaine, plus ancienne : le Rif est depuis longtemps un producteur et un exportateur de premier ordre de cannabis en direction de l’Europe, qui n’a pas peu contribué à la bulle immobilière en Espagne. Le risque est donc réel de voir se constituer en Afrique de l’Ouest des organisations criminelles plus structurées que celles, très segmentaires, qui se sont imposées, à partir du Nigeria, dans l’intermédiation du commerce de l’héroïne entre le Triangle d’or et le marché nord-américain, dans les années 1980-1990. De tels opérateurs, travaillant de pair avec les cartels latino-américains et la Mafia, la Camorra et la Ndranghetta italiennes ou les milieux criminels rifo-espagnols, pourraient à terme plonger le Sahel et  le Sahara dans une spirale de violence dont le précédent mexicain ou colombien nous donne un avant-goût et qui n’épargnerait pas nos propres villes. Nous n’en sommes pas là, tant s’en faut, nonobstant les alarmes actuelles. Mais l’inanité de notre politique peut nous y conduire avant même que nous le saisissions, faute de lucidité.</p>
<p>En effet, le gouvernement français, et la plupart de ses homologues européens, s’entêtent dans le déni de la réalité et continuent de tenir à ce sujet un langage creux, purement répressif, tournant à vide. Du haut de sa présidence du G 20, Nicolas Sarkozy entend « mobiliser l’Afrique contre la cocaïne » en faisant signer des « accords interétatiques pour assouplir les contraintes de droit » (sic)<a href="#_ftn5">[5]</a>. Et Claude Guéant rabâche les arguments les plus éculés des prohibitionnistes sans répondre à la cruauté des faits. A un policier français de la Brigade des stupéfiants en poste à Istanbul qui m’avait demandé, au milieu des années 1990, ce que je pensais du problème, j’avais prudemment répondu que nous avions perdu une bataille. Il m’avait répliqué : « Nous avons perdu la guerre, Monsieur ». Le contribuable français est-il prêt à débourser, comme son pair américain, 1 000 milliards de dollars dans les prochaines décennies pour la poursuivre ? Il convient donc de définir une autre approche de la question. <strong>Seule leur criminalisation donne quelque valeur marchande aux chiendents que sont le haschich, le pavot et la marijuana. Plutôt que de continuer à engraisser les intermédiaires qui se sont spécialisés dans leur commercialisation, ruinons leur rente en en légalisant le négoce. Ce serait d’ailleurs renouer avec une tradition de la République : il y avait, en Indochine, une Régie de l’opium, dont les Néerlandais avaient copié le modèle.</strong> Resterait alors un problème de santé publique que nous avons assez bien réussi à maîtriser avec l’alcool par l’éducation et la prévention, voire les soins. Resterait aussi la nécessité de la répression de certains comportements spécifiques, comme la conduite en état d’ivresse narcotique, ce que nous savons aussi faire. Ce nouveau cours libérerait nos forces de l’ordre de missions impossibles, viderait nos prisons de toute une population de petits trafiquants qui n’y apprennent que le crime, allégerait plusieurs budgets voués à cette lutte vaine, même s’il supposerait l’injection de quelque 800 millions d’euros dans nos banlieues pour remplacer la manne narcotique qui s’y déverse et fait désormais vivre un nombre non négligeable de leurs habitants<a href="#_ftn6">[6]</a>. Enfin, cette politique étoufferait dans l’œuf le basculement de l’Afrique de l’Ouest dans l’économie narcotique qui est toujours synonyme de violence, sinon de guerre civile. Dans ces conditions, grâce soit rendue à Stéphane Gatignon, maire de Sevran, et au groupe de travail qu’a présidé Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur. Même si leurs propositions semblent parfois timorées par rapport à la véritable révolution copernicienne qu’exige la situation, elles ont l’immense intelligence politique d’ouvrir le débat et de placer les électeurs devant leurs responsabilités.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> <a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-francois-bayart/251010/quelle-politique-africaine-pour-la-france">http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-francois-bayart/251010/quelle-politique-africaine-pour-la-france</a> et « L’hypo-politique africaine d’un hyperprésident », <em>Savoir/Agir</em>, 5, septembre 2008, pp. 161-169.</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-francois-bayart/280710/le-piege-de-la-lutte-anti-terroriste-en-afrique-de-louest</p>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jean-François Bayart, « Assez de collusions avec le régime de Kadhafi : connivence criminelle contre les migrants », <em>Le Monde</em>, 14 avril 2011.</p>
<p><a href="#_ftnref4">[4]</a> <em>Le Monde</em>, 4 juin 2011.</p>
<p><a href="#_ftnref5">[5]</a> <em>Le Monde</em>, 10 mai 2011.</p>
<p><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>Le Monde</em>, 2 avril 2010.</p>
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		<title>Côte d&#8217;Ivoire : l&#8217;urgence d&#8217;un nouveau modèle de développement</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Apr 2011 13:17:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Capucine Edou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités internationales]]></category>
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		<description><![CDATA[Par Capucine Edou, spécialiste de l’Afrique La crise actuelle qui secoue la Côte d’Ivoire constitue un nouveau soubresaut dramatique de la guerre de succession à Houphouët Boigny depuis 1993. Depuis de nombreuses années, les luttes de pouvoir paralysent le pays, provoquent quotidiennement leurs lots de disparitions et attisent les tensions dans la région (réfugiés, menaces d’intervention, coupure des moyens de circulation, etc.). Si l’issue de ce bras de fer n’est pas encore connue à ce jour, les commentateurs insistent depuis le début de la crise sur les manifestations que prend la bataille politique. Mais, plus profondément, ces événements révèlent l’essoufflement puis la faillite du modèle de développement ivoirien. Pour expliquer une situation devenue dramatique, il convient d’analyser en profondeur les changements structurels qui ont bouleversé le pays et affecté les conditions d’existence concrètes des Ivoiriens. Il faut citer la crise de la ruralité, la crise foncière, la crise urbaine et les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par <strong>Capucine Edou, spécialiste de l’Afrique</strong></p>
<p>La crise actuelle qui secoue la Côte d’Ivoire constitue un nouveau soubresaut dramatique de la guerre de succession à Houphouët Boigny depuis 1993. Depuis de nombreuses années, les luttes de pouvoir paralysent le pays, provoquent quotidiennement leurs lots de disparitions et attisent les tensions dans la région (réfugiés, menaces d’intervention, coupure des moyens de circulation, etc.). Si l’issue de ce bras de fer n’est pas encore connue à ce jour, les commentateurs insistent depuis le début de la crise sur les manifestations que prend la bataille politique. Mais, plus profondément, ces événements révèlent l’essoufflement puis la faillite du modèle de développement ivoirien. Pour expliquer une situation devenue dramatique, il convient d’analyser en profondeur les changements structurels qui ont bouleversé le pays et affecté les conditions d’existence concrètes des Ivoiriens. Il faut citer la crise de la ruralité, la crise foncière, la crise urbaine et les difficultés d’emploi des jeunes.</p>
<p>Ce rappel paraît d’autant plus important que la Côte d’Ivoire est un miroir des difficultés auxquelles sont confrontés un certain nombre de pays africains. Dans le cas ivoirien comme dans d’autres, le rôle de la « communauté internationale » n’est pas neutre.</p>
<p><strong>Les politiques de libéralisation modifient les équilibres profonds du pays. </strong></p>
<p>Deux éléments structurent la Côte d’Ivoire post-indépendance : d’une part, la mise en place d’une agriculture fortement exportatrice de cacao, permettant d’assurer le développement économique et d’autre part, la construction de l’Etat à travers la constitution d’une administration, la formation et le recrutement de fonctionnaires. Les années 1990 vont marquer la fin d’une ère et l’épuisement de ce modèle.</p>
<p><strong><em>Du « miracle ivoirien » à la déstructuration de la filière cacao <a href="#_ftn1"><strong>[1]</strong></a></em></strong></p>
<p>A l’instar du modèle économique colonial, le reprenant et l’augmentant, le Gouvernement nouvellement indépendant d’Houphouët Boigny fait de l’agriculture exportatrice la colonne vertébrale de l’économie ivoirienne. Dans les années 1970, on parle même de « miracle ivoirien ». La réussite du système s’appuie sur la Caisse de stabilisation (ou « Caistab ») dont le rôle consiste à réguler le marché, échelonner les ventes, garantir les contrats internationaux d’exportation, mais aussi à procurer aux paysans des revenus réguliers et corrects, fixant à l’avance les prix d’achat.</p>
<p>Les recettes importantes générées par le cacao offrent en outre au pouvoir en place un butin lui servant à assurer l’équilibre politique du pays. Rappelons que le cacao ivoirien représente 40% de la production mondiale. La Côte d’Ivoire est donc pendant toute cette période un pays prospère, un moteur économique en Afrique de l’Ouest ; elle en attire d’autant plus les migrants. Ceux-ci représentent d’ailleurs plus du quart de la population du pays.</p>
<p>Néanmoins, les effets conjugués de la surproduction, d’un système clientéliste dévoyé, de la dégradation des finances publiques notamment après la mort d’Houphouët en 1993, provoquent les assauts répétés du FMI et de la Banque mondiale à l’encontre de la Caistab. La caisse finit par disparaître en 1999. En une récolte, c’est tout le système qui se grippe, et les cours du cacao s’effondrant, les paysans ne disposent plus alors de revenus suffisants.</p>
<p>Rapidement, de nouvelles structures supposées réguler la filière sont recréées. Mais celles-ci se multiplient, chaque acteur du système convoitant une partie des profits, au détriment des intérêts collectifs des paysans. Cet enchevêtrement institutionnel favorise l’émergence d’un nouveau système de prédation.</p>
<p>En 2003, les cours s’effondrent. Face à ce désastre, aucun système n’est plus en mesure de compenser les pertes des producteurs. L’argent du cacao sert en outre à acheter des armes et alimenter des luttes politiques toujours plus féroces.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><em>Les plans d’ajustement entraînent la destruction des emplois publics et accentuent le phénomène de déclassement de la jeunesse éduquée. </em></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>En parallèle des facteurs déjà évoqués, il convient d’évoquer les effets négatifs des plans d’ajustement structurels des années 1990 dont l’une des premières conséquences est la forte décrue de l’emploi public. Deux nouveaux problèmes émergent alors : d’une part, les anciens fonctionnaires ne trouvant plus d’emploi en ville, retournent dans leur village où ils se retrouvent face à la pénurie de terres disponibles. D’autre part, le champ de la fonction publique &#8211; qui représentait l’aboutissement par excellence des études universitaires et par là-même un vecteur d’ascension sociale – se trouve fortement réduit. La jeunesse étudiante perd là un débouché essentiel, tandis que le secteur privé ne peut absorber l’arrivée sur le marché du travail de ces diplômés. Un retour à la ruralité pour tous ces jeunes gens n’est par ailleurs guère envisageable.</p>
<p>Les équilibres sur lesquels la société ivoirienne s’était construite sont ainsi fortement remis en question dans les années 1990. Ces phénomènes provoquent des tensions croissantes avec les populations étrangères installées dans le pays.</p>
<p><strong>Le système est ainsi arrivé à épuisement tandis que le thème de l’ « ivoirité » prend de l’ampleur sur fond d’extrême violence. <a href="#_ftn2"><strong>[2]</strong></a></strong></p>
<p>Le modèle de développement mis en place par Houphouët-Boigny lorsqu’il devient Président en 1960 s’inscrit dans la continuité de la politique coloniale de mise en valeur des terres du Sud ivoirien. La région étant particulièrement riche d’un point de vue agronomique, l’ancien colon y avait favorisé l’installation de populations étrangères (provenant d’autres régions ivoiriennes et d’autres pays). Afin d’asseoir sa domination sur le système de production local, le système colonial avait hiérarchisé les populations selon leur fonctionnalité dans le système. Cette approche structure encore aujourd’hui les « imaginaires du pouvoir »: les Baoulés (tels Houphouët-Boigny) auraient une propension à dominer ; ainsi l’accession au pouvoir de Laurent Gbagbo, un Bété, à la Présidence serait perçue comme une revanche de l’histoire.</p>
<p>L’économie de plantation a produit un développement inégal du territoire et modifié les équilibres démographiques du fait de l’afflux de main d’œuvre étrangère dès les années 1920. Une division du travail s’est instaurée entre les populations : les Ivoiriens occupant les positions administratives et politiques, tandis que les migrants investissaient le petit commerce, les transports, le secteur informel. Ces derniers ont été aussi de plus en plus nombreux à acquérir des terres.</p>
<p>Lorsque les tensions foncières et les difficultés sur le marché du travail se sont accrues, les rancœurs à l’égard du système colonial français mais aussi à l’encontre des migrants se sont transformées en xénophobie, servant la cause de Laurent Gbagbo.</p>
<p><strong>Une nouvelle génération politique légitimée par la violence</strong></p>
<p>La place d’anciens syndicalistes étudiants dans la crise actuelle apparaît particulièrement significative. Guillaume Soro, ancien Secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) en 1997, puis Secrétaire général des Forces nouvelles (rébellion du Nord fidèle à Ouattara), est actuellement premier ministre d’Alassane Ouatara. Charles Blé-Goudé, successeur de Soro à la FESCI en 1998, puis chef des jeunes patriotes (fidèles à Gbagbo), est quant à lui maintenant ministre de la jeunesse de Gbagbo. Ces deux personnages sont des figures emblématiques des luttes politiques de ces quinze dernières années et représentent une nouvelle génération prête à prendre la relève.</p>
<p>Créée en 1990, la FESCI s’inscrit dans les mouvements de jeunesse africains de l’époque, fers de lance de la démocratisation sur le continent. Se posant en alliés des partis d’opposition, et notamment du Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo, les syndicalistes étudiants ont longtemps été pourchassés. Le manque de débouchés professionnels a replié les étudiants sur les campus universitaires. Les militants de la FESCI se sont servis de leur autorité – légitimée par le général GueÏ (1999) – pour vivre de la rente des chambres en résidences étudiantes où ils vont faire régner leurs propres règles. Le mouvement étudiant est ainsi peu à peu tombé dans l’usage de la violence. Les manifestations de cette violence restent d’ailleurs l’un des éléments les plus marquants et dramatiques du déroulement de la crise actuelle.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Quelle politique de long terme avec la Côte d’Ivoire ?</strong></p>
<p>Face à une telle situation, en espérant que la situation politique débouche rapidement et sans usage de la force, les orientations d’une véritable politique de coopération française en direction de la Côte d’Ivoire mériteraient d’être clarifiées.</p>
<p>En aucun cas l’aide internationale ou bilatérale ne peut se substituer à la politique d’un Etat : c’est d’abord en son sein que doivent être érigées les politiques industrielles, économiques et sociales qui assureront son développement – politique sur laquelle nous espérons que le président élu donnera toute son impulsion une fois effectivement en poste. Mais nous avons aussi une part de responsabilité quand par exemple nous exigeons avec l’Union Européenne et l’OMC la signature d’Accords de Partenariat Economiques avec les Etats africains visant à libéraliser leurs marchés : alors nous les fragilisons d’autant plus et empêchons l’émergence d’une structure économique locale solide.</p>
<p>Les Socialistes doivent d’abord dénoncer ces politiques internationales. Ils doivent aussi préconiser une logique partenariale en fonction des besoins les plus urgents de la société ivoirienne. Il convient tout d’abord d’identifier les facteurs qui ont déstabilisé profondément le pays car ce sont ces éléments qui servent aujourd’hui de terreau à la bataille que se livrent les camps en lice. Il y a urgence à raviver la coopération afin de soutenir le développement économique et la création d’emplois, et en particulier d’aider à la restructuration d’une véritable filière d’organisation de la production du cacao mais aussi au développement industriel.</p>
<p>Les facteurs déstabilisants en Côte d’Ivoire, s’ils y prennent des proportions dramatiques, ne sont pas non plus inconnus dans nombre d’autres pays africains : on peut citer le désœuvrement de la jeunesse, y compris ceux ayant reçu une formation universitaire, le manque de terres ou encore les effets politiques de la manipulation autour des concepts d’identités « ethniques ». Il s’agit là d’éléments explosifs pour lesquels des solutions doivent être trouvées dans la plupart des pays.</p>
<p>Au-delà de l’avenir de la Côte d’Ivoire, c’est l’équilibre de l’Afrique de l’Ouest toute entière qui se joue. Cette zone se trouverait durablement affectée en cas d’effondrement définitif de cet Etat, central dans la région. Ces enjeux cruciaux devraient constituer pour la France les priorités d’une politique de coopération renouvelée et ambitieuse, débarrassée des oripeaux de la Françafrique et véritablement orientée dans une logique de solidarité, autour de projets communs concrets.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Jean-Pierre Boris, <em>Commerce Inéquitable, Le roman noir des matières premières</em>, Hachette Littératures, 2005</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> Richard Banégas, « <em>Côte d’Ivoire : les jeunes se lèvent en hommes </em>», étude du CERI n°137, 2007</p>
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		<title>Aux sources du déséquilibre chinois</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Apr 2011 13:14:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Bourgeot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités internationales]]></category>
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		<description><![CDATA[Par Rémi Bourgeot « Economie globalisée », « FMI », « G20 », « Chine émergente » semblent définitivement  faire partie du cahier des charges de toute cérémonie télévisuelle qui se respecte. Pour autant, il reste tout simplement encore difficile, pour l’observateur européen sincère, ne serait-ce que de se représenter un peuple de plus d’un milliard d’individus. 1,3 milliard d’habitants, cela signifie notamment qu’un être humain sur cinq vit aujourd’hui en République Populaire de Chine. Du point de vue économique, il y a encore une trentaine d’années, en 1980, la Chine ne représentait guère que 2%  du PIB mondial[1]. Elle est désormais sur le point d’atteindre une part de 15% de la richesse mondiale et se rapproche ainsi de sa part en termes de population. Au cours de la même période, les Etats-Unis sont passés d’une part de PIB d’environ 25% à 20% aujourd’hui, pour une population actuelle de 310 millions d’individus, soit environ 5% de la population mondiale. On [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Rémi Bourgeot</p>
<p>« Economie globalisée », « FMI », « G20 », « Chine émergente » semblent définitivement  faire partie du cahier des charges de toute cérémonie télévisuelle qui se respecte.</p>
<p>Pour autant, il reste tout simplement encore difficile, pour l’observateur européen sincère, ne serait-ce que de se représenter un peuple de plus d’un milliard d’individus. 1,3 milliard d’habitants, cela signifie notamment qu’un être humain sur cinq vit aujourd’hui en République Populaire de Chine.</p>
<p>Du point de vue économique, il y a encore une trentaine d’années, en 1980, la Chine ne représentait guère que 2%  du PIB mondial<a href="#_edn1">[1]</a>. Elle est désormais sur le point d’atteindre une part de 15% de la richesse mondiale et se rapproche ainsi de sa part en termes de population.</p>
<p>Au cours de la même période, les Etats-Unis sont passés d’une part de PIB d’environ 25% à 20% aujourd’hui, pour une population actuelle de 310 millions d’individus, soit environ 5% de la population mondiale.</p>
<p>On ne peut a priori que se réjouir de la réémergence d’une nation, porteuse d’une civilisation brillante, qui s’est éclipsée de la scène mondiale pendant quelques siècles, après avoir d’abord raté le train de la modernité et subi les méfaits de l’expansionnisme européen au XIXème siècle.</p>
<p>Ce qui pose naturellement problème, à la fois pour le Monde dans son ensemble et, en vérité, pour le peuple chinois lui-même, c’est la façon dont se produit cette réémergence du point de vue économique.</p>
<p>Comme chacun sait, le modèle de développement chinois repose massivement sur les exportations, qui représentaient en 2009 environ 30% de son PIB<a href="#_edn2">[2]</a>, et plus de 40% avant la crise financière et l’affaissement du commerce mondial. Ainsi, non seulement la balance commerciale chinoise est très excédentaire, avec un excédent de compte courant de plus de 5% du PIB l’an passé, et de plus de 10% à la veille de l’éclatement de la crise, mais les volumes eux-mêmes de son commerce sont démesurés par rapport à la taille de son économie.</p>
<p>Ces excédents sont naturellement réalisés grâce à ses coûts de main d’œuvre très bas en comparaison de ceux des pays industrialisés, et une productivité qui, bien qu’encore bien inférieure, ne cesse de croître et connaît désormais des niveaux tout à fait compétitifs.</p>
<p>Cette situation structurellement excédentaire est tout à fait singulière concernant un pays en développement dont le PIB par habitant n’atteint pas encore les 8 000 $ par an (en parité de pouvoir d’achat)<a href="#_edn3">[3]</a>.</p>
<p>La dernière année de déficit commercial remonte pour la Chine à 1993<a href="#_edn4">[4]</a>. Au cours des années 1980 et jusqu’à cette époque alternaient des années d’excédent et de déficit, c&#8217;est-à-dire de relative normalité commerciale.</p>
<p>Parallèlement, il faut noter que les Etats-Unis n’ont pas connu de situation d’équilibre commercial depuis le tout début des années 1990, pour s’enfoncer dès cette époque dans le déficit commercial chronique jusqu’à aujourd’hui, avec des accès spectaculaires avant-crise.</p>
<p>Ainsi, si les Etats-Unis et la Chine forment un couple, il ne s’agit probablement pas du G2 ou du suprême condominium dont rêvent certains commentateurs conscients de l’effacement de l’Europe, mais bien plus de celui, prosaïque, entre consommateur et producteur, débiteur et créancier.</p>
<p>On a ainsi vu se développer, au cours des deux dernières décennies, ce scénario à la fois stupéfiant et fascinant, suivant lequel, la première puissance mondiale s’est spécialisée dans la consommation, reposant sur un endettement privé tout à fait démesuré qui a conduit à la crise financière que nous connaissons depuis 2007, alors qu’un grand pays en développement, la Chine, s’est spécialisé, de son côté dans la production, à bas coût de main d’œuvre et les exportations vers les pays développés.</p>
<p>Cette symétrie dans le déséquilibre est révélatrice de traits fondamentaux en ce qui concerne les deux principales nations qui y ont pris part, mais il convient, ici, de s’attarder sur le cas de la Chine.</p>
<p>Qui dit excédent commercial chronique dit en général sous-consommation et surproduction. Ce sont principalement ces deux maux dont souffrent le modèle chinois et qui pèsent sur la demande et les salaires des travailleurs du monde développé.</p>
<p>En effet, dans un système équilibré, la croissance économique est synonyme d’une augmentation simultanée de la production et de la demande (consommation et investissement) et cette demande est elle-même engendré par les revenus de la production.</p>
<p>C’est ce cycle, qui repose sur la massification à la fois de la production et de la demande (qui non seulement absorbe la production mais est aussi engendrée par ses revenus), qui constitue le fondement du développement économique moderne.</p>
<p>Aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, le développement difficile et progressif de la consommation de masse est venu apporter des débouchés à l’appareil productif né au cours de la Révolution industrielle. La crise de 1929 correspond d’ailleurs à l’aboutissement d’une période de déconnexion au sein de ce cycle de développement production-consommation. L’excès de dettes n’est la plupart du temps que le palliatif de la mise sous-pression de la demande.</p>
<p>En effet, au fondement du capitalisme se trouve cette tension autour de l’augmentation des salaires, qui signifie à la fois développement de la demande et donc des débouchés à la production, mais aussi perte de compétitivité aussi bien à l’échelle d’une entreprise que d’un pays.</p>
<p>On a nommé « fordisme » ce principe d’intelligence collective conduisant à la prise de conscience que, dans un système équilibré, la progression raisonnable et généralisée des salaires assurent les débouchés à la production et, partant, le développement généralisé des entreprises elles –mêmes.</p>
<p>Le développement de la Chine s’est fait dans un système mondialisé et régi par le libre-échange dans le cadre duquel, précisément, il est plus aisé pour un pays en développement de cibler des débouchés dans les pays riches en maintenant une monnaie largement sous-évaluée et des salaires à un niveau bas et, par conséquent, en gonflant ses réserves de devises.</p>
<p>Ainsi, la compétitivité et la faiblesse de sa propre demande constituent le fondement de la stratégie de développement dans le système économique mondial d’aujourd’hui. C&#8217;est-à-dire l’inverse exact du fordisme.</p>
<p>Néanmoins, l’ampleur du déséquilibre en ce qui concerne la Chine, à ce stade de développement, est tout à fait singulier et révèle un trait fondamental de l’identité économique du pays.</p>
<p>Naturellement, la consommation chinoise se développe et s’illustre parfois de façon spectaculaire. La visite d’un centre commercial à Shanghai est certainement une expérience intéressante et les commentateurs, dans toute sorte de médias, ne manquent pas une occasion de proclamer l’avènement du « consommateur chinois ».</p>
<p>Certes, les Chinois s’enrichissent, en tout cas pour une partie d’entre eux, et consomment de plus en plus, mais il est très peu probable que le phénomène prenne suffisamment d’ampleur pour assurer des débouchés à la production chinoise et à une croissance à deux chiffres.</p>
<p>La situation habituelle, à ce stade de développement, est plutôt celle du déficit commercial et c’est d’ailleurs le cas actuellement pour la plupart des autres pays émergents<a href="#_edn5">[5]</a>. En effet, d’un point de vue très schématique, ces pays exportent des biens de valeur relativement faible tout en important pour leur production des biens d’équipement onéreux, machines-outils, des pays développés, nécessaires à leur propre production.</p>
<p>La Chine, naturellement s’efforce de faire monter en gamme sa production mais ce n’est guère cela qui contrebalance le schéma. C’est bel et bien la sous-consommation et son corollaire, l’excès d’épargne.</p>
<p>En effet, la consommation chinoise n’atteint pas les 40% du PIB, contre plus de 70% dans le cas des Etats-Unis.</p>
<p>Il faut peut-être chercher les raison de cette défaillance du consommateur chinois du côté du système politique et de l’organisation de la société, à l’opposé exact du consommateur américain surendetté et excessivement optimiste quant à l’évolution de ses revenus et du prix de sa maison.</p>
<p>Mais la sous-consommation est aussi en grande partie le résultat de la part trop faible des revenus dans le PIB chinois. La part des salaires dans le PIB est passé de 57% en 1983 à seulement 37% en 2005<a href="#_edn6">[6]</a>. L’exode rural continue à fournir les entreprises en main d’œuvre abondante bon marché, et constitue une véritable armée de réserve du capitalisme chinois.</p>
<p>Par ailleurs, l’exemple du Japon est particulièrement instructif, notamment de par l’influence que son modèle de développement a eue sur la Chine.</p>
<p>L’appareil productif et les infrastructures du Japon sont, encore aujourd’hui, certainement les plus efficaces et modernes du monde développé. Néanmoins, ce pays n’est toujours pas parvenu s’extraire de vingt ans de marasme et en particulier de déflation. C’est pourtant un pays ultra-exportateur ; mais frappé du mal de la sous-consommation et de l’excès d’épargne des ménages (ainsi que du vieillissement avancé de la population).</p>
<p>En 1985, les accords du Plaza signés entre les USA, le Japon, l’Allemagne de l’Ouest, la France et le Royaume-Uni visaient à déprécier le cours du dollar en particulier par rapport au yen et au mark. Cette dépréciation s’avéra quasiment ineffective quant aux excédents commerciaux japonais vis-à-vis des Etats-Unis. L’industrie japonaise s’y est simplement adaptée, en conservant ses parts de marché aux Etats-Unis.</p>
<p>Le parallèle est particulièrement intéressant en ce qui concerne la question de la réévaluation de la monnaie chinoise, le yuan (ou renminbi). Cette réévaluation est désormais assez largement vue en Europe et aux Etats-Unis comme le nec plus ultra des solutions aux déséquilibres commerciaux entre la Chine et les pays développés, de façon à éviter l’option des quotas douaniers. Pourtant, dans le cas des Etats-Unis, le niveau qu’a atteint la désindustrialisation laisse assez peu d’espoir quant aux effets d’un tel remède utilisé dans des proportions modérées.</p>
<p>Dans le cas de l’Europe, qui est par ailleurs devenue la première cible d’exportation de la Chine, l’effet serait plus marqué mais insuffisant avec une réévaluation modérée (de l’ordre de 10%). Par ailleurs, le taux du yuan étant fixé par rapport au dollar, l’Union européenne pourrait ne pas même avoir l’occasion d’en profiter en cas dépréciation du dollar par rapport aux monnaies européennes.</p>
<p>Les dirigeants chinois ont eu l’occasion de parfaitement prendre conscience de la gravité du déséquilibre commercial à l’occasion de la crise mondiale.</p>
<p>En effet, la crise a entraîné un effondrement du commerce mondial et, partant, des débouchés de l’industrie chinoise.</p>
<p>L’économie chinoise a pu se maintenir à un niveau de croissance élevé grâce un plan de relance qui a consisté en des investissements publics massifs et une politique de taux adaptée.</p>
<p>Bien qu’efficace pour maintenir un niveau de croissance indispensable à la paix sociale, cette politique a aggravé le problème de surcapacité chronique qui affecte l’industrie chinoise.</p>
<p>En 2009, la Chine a produit environ 530 millions de tonnes d’acier (contre 280 en 2004), soit la production combinée du Japon, des Etats-Unis, de la Russie et de l’Inde<a href="#_edn7">[7]</a> !</p>
<p>On a assisté dans de nombreux secteurs à une véritable bulle d’investissements venant combler, en termes de demande, l’insuffisance de la consommation nationale et des débouchés extérieurs.</p>
<p>Mais cette solution, efficace à court terme, est naturellement une cause d’instabilité en ce qu’elle consiste à ajouter de la capacité de production à une production déjà en manque de débouchés.</p>
<p>Ainsi, bien que l’économie chinoise connaisse un décollage impressionnant, la question de la sous-consommation demeure un péril majeur, du fait de la situation particulièrement incertaine du côté de ses débouchés internationaux. Comme en ont pris conscience les dirigeants chinois, il en va de la stabilité de l’itinéraire de croissance chinois.</p>
<p>Néanmoins, ils ne semblent nullement avoir l’intention, pour réorienter leur croissance vers la demande intérieure, de renoncer aux débouchés internationaux. Du fait de la sous-consommation chronique, ces débouchés restent au cœur des perspectives de développement chinois.</p>
<p>Naturellement, la consommation chinoise va continuer de se développer, en offrant également, dans certains cas, des opportunités intéressantes à certaines entreprises occidentales, mais à un rythme probablement déconnecté de la croissance de la production.</p>
<p>Il est donc assez peu probable que la Chine orchestre une réévaluation massive de sa monnaie. Par ailleurs, les dispositions qu’elle prend notamment en achetant de la dette des pays européens en difficulté semblent plutôt aller dans le sens du bouclage du statu quo concernant la question des protections commerciales.</p>
<p>De façon assez surprenante, de nombreux commentateurs, en Europe et aux Etats-Unis, tiennent désormais pour acquise cette réorientation sans en préciser les modalités, mais au nom de ce qui semble être une croyance totale dans les capacités du gouvernement chinois. Il semble ainsi qu’à l’idée d’avant-crise selon laquelle les marchés financiers étaient omniscients se soient désormais substituée celle selon laquelle le Parti communiste chinois est omnipotent.</p>
<p>Pour aller au bout d’une véritable logique de réorientation vers la demande intérieure, il faudrait avant tout une réorientation du rapport de force salarial chinois, pour que les responsables d’entreprise s’orientent collectivement vers une revalorisation des salaires, dans l’idée de s’assurer des débouchés stables, en Chine. Cela irait par ailleurs dans le sens de l’harmonie sociale affichée comme objectif du gouvernement central, ainsi que des revendications montantes des travailleurs chinois.</p>
<p>L’incitation à cette réorientation du monde économique chinois pourrait être mise en place par des taxes ou des quotas chinois sur les exportations qui iraient par exemple contribuer au financement d’un système généralisé de protection sociale.</p>
<p>Naturellement, il est peu probable que les responsables politiques chinois empruntent cette voie, qui conduirait pourtant réellement au rééquilibrage. Il est aussi assez peu probable que les Etats-Unis s’engagent sur la voie des protections commerciales car, étant donné leur niveau de désindustrialisation, cela risquerait d’accélérer la chute du niveau de vie de façon importante. Quant à l’Europe qui pourrait réellement peser sur les modalités de cette réorientation, du fait qu’elle constitue la première cible commerciale de la Chine et qu’elle conserve, pour l’instant, une base industrielle plus solide que les Etats-Unis, elle se laisse malheureusement paralysée par les tensions économiques et politiques en son sein.</p>
<p>Il faudra pourtant que l’une de ces trois grandes puissances économiques se résolve à inaugurer la voie du rééquilibrage commerciale et du redéploiement de la demande globale. Alors, il pourra enfin être question de sortie de la crise mondiale.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ednref1">[1]</a> En parité de pouvoir d’achat, source : <em>IMF World Economic Outlook Database</em>, octobre 2010, http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2010/02/weodata/index.aspx</p>
<p><a href="#_ednref2">[2]</a> Source : <em>WTO Trade Profiles</em>, octobre 2010,</p>
<p>http://stat.wto.org/CountryProfile/WSDBCountryPFHome.aspx?</p>
<p><a href="#_ednref3"></a></p>
<p>[3] Contre, par exemple, environ 34 000 $ en France (en PPA) et 46 000 $ aux USA, source : statistiques du FMI</p>
<p><a href="#_ednref4">[4]</a> Avec un déficit de compte courant d’environ 3% du PIB, source : statistiques du FMI</p>
<p><a href="#_ednref5"></a></p>
<p>[5] C’était, par exemple, le cas en 2009, avec un déficit de compte courant pour l’Inde de -2.9% du PIB, pour le Brésil de -1.5% du PIB, pour la Turquie de -2.3% du PIB, source : statistiques du FMI</p>
<p><a href="#_ednref6"></a></p>
<p>[6] <em>Chinese Workers Are Now In Revolt</em>, Financial Times, 3 juin 2010</p>
<p><a href="#_ednref7"></a></p>
<p>[7] <em>Overcapacity in China – Causes, impacts and recommendations</em>, Roland Berger Consulting &amp; European Chamber of Commerce in China, 2009</p>
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		<title>« Les relations entre l’Inde et le Pakistan sont structurellement tendues »</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/01/27/%c2%ab-les-relations-entre-l%e2%80%99inde-et-le-pakistan-sont-structurellement-tendues-%c2%bb/</link>
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		<pubDate>Thu, 27 Jan 2011 17:15:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Jaffrelot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités internationales]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 40]]></category>

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		<description><![CDATA[Christophe Jaffrelot est directeur de recherches au CNRS (CERI-Sciences Po). Il a notamment écrit Le Pakistan, Fayard, Paris, 2000. La Revue socialiste : Quels ont été les effets des dramatiques inondations sur la société pakistanaise ? Qu&#8217;ont-elles révélé sur la société pakistanaise ? Christophe Jaffrelot : Ces inondations ont fait peu de victimes &#8211; par comparaison à des catastrophes naturelles comme le séisme de 2005 &#8211; mais leurs effets économiques et sociaux se feront sentir encore longtemps. Des millions de personnes doivent reconstruire leur maison, ont perdu leur bétail, mort noyé, et ne pourront pas cultiver leur terre avant longtemps. La récolte de coton &#8211; première ressource du pays à l&#8217;exportation &#8211; est fort compromise et il faudra puiser dans les stocks alimentaires pour compenser le manque à gagner &#8211; en espérant que cela suffira. Cet épisode a révélé l&#8217;ampleur du ressentiment des provinces minoritaires vis-à-vis du Punjab, la seule province [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Christophe Jaffrelot est directeur de recherches au CNRS (CERI-Sciences Po). Il a notamment écrit <em>Le Pakistan</em>, Fayard, Paris, 2000.</p>
<p><strong><em>La Revue socialiste</em></strong> : Quels ont été les effets des dramatiques inondations sur la société pakistanaise ? Qu&#8217;ont-elles révélé sur la société pakistanaise ?</p>
<p><strong>Christophe Jaffrelot </strong>: Ces inondations ont fait peu de victimes &#8211; par comparaison à des catastrophes naturelles comme le séisme de 2005 &#8211; mais leurs effets économiques et sociaux se feront sentir encore longtemps. Des millions de personnes doivent reconstruire leur maison, ont perdu leur bétail, mort noyé, et ne pourront pas cultiver leur terre avant longtemps. La récolte de coton &#8211; première ressource du pays à l&#8217;exportation &#8211; est fort compromise et il faudra puiser dans les stocks alimentaires pour compenser le manque à gagner &#8211; en espérant que cela suffira. Cet épisode a révélé l&#8217;ampleur du ressentiment des provinces minoritaires vis-à-vis du Punjab, la seule province à avoir été plus ou moins épargnée. Il a surtout révélé l&#8217;incurie des politiques. Non seulement le Président Zardari a maintenu sa tournée européenne alors que le pays sombrait sous les flots, mais les cas de ministres ou de députés refusant de briser les digues en amont des villes pour protéger leurs terres ne sont pas rares. L&#8217;armée, elle, sort grandie de l&#8217;épreuve car elle était sur le terrain et a fait preuve d&#8217;un sens de l&#8217;organisation dont l&#8217;administration est aujourd&#8217;hui dépourvue. Quant aux islamistes, ils se sont adonnés à une stratégie de la bienfaisance dans laquelle ils excellent mais dont les bénéfices politiques sont encore difficiles à mesurer.</p>
<p><strong><em>L. R. S.</em></strong> : Comment caractériser le système politique pakistanais ? Quels sont les atouts et les faiblesses de la démocratie pakistanaise ? Comment analyser le système de pouvoir, entre le pouvoir politique, le pouvoir militaire, le pouvoir économique, le pouvoir religieux, le pouvoir tribal ?</p>
<p><strong>C. J.</strong> : <strong>Le système politique pakistanais se caractérise par une instabilité institutionnelle. La formule, paradoxale, reflète à la fois l’incapacité du pays à se doter d’un régime durable - en 63 ans le pays a connu trois Constitutions et trois coups d’Etat militaires &#8211; et le caractère prévisible (presque routinisé) de l’alternance entre phases de démocratisation et épisodes militaires. Cette oscillation a même des allures de métronome puisque le pendule repart dans l’autre sens tous les 10 ans en moyenne</strong> : de 1947 à 1958, le pays cherche sa voie vers la démocratie, le Général Ayub Khan prend le pouvoir pour la même durée entre 1958 et 1969 ; s’ensuit une phase de démocratisation marquée par la personnalité de Zulfikar Ali Bhutto (1970-1977) qui s’achève par le coup d’Etat du général Zia ; celui-ci gardera aussi le pouvoir pendant 11 ans, après quoi la phase de démocratisation durera&#8230; 11 ans. En 1999 le général Musharraf prend le pouvoir et le garde jusqu’en 2008, date à laquelle la démocratisation s’est remise en marche.</p>
<p>Non seulement la durée des phases de dictature militaire et celles de démocratisation est à peu près identique, mais en outre les acteurs de ce petit manège sont souvent les mêmes. Du côté des hommes en uniforme, c’est chaque fois le chef d’Etat-Major qui prend les commandes, généralement sans avoir à tirer un coup de feu – nous n’avons pas affaires à une « armée de colonels » amateurs de putsch. Du côté des civils, les deux forces politiques qui peuvent prétendre au pouvoir – seules ou en coalition &#8211; sont presque toujours les mêmes. Il s’agit d’une part du Pakistan People’s Party créé par Z.A. Bhutto, dont sa fille, Bénazir a repris le flambeau et qui est aujourd’hui aux mains de son veuf, Zardari et de son fils, et d’autre part de partis aux noms changeants mais incarnant toujours une droite nationaliste portée à l’islamisation et bénéficiant du soutien des milieux d’affaires (voire de l’armée). Qu’aucun des deux pôles du jeu politique – l’armée et les partis politiques – ne parvienne à l’emporter durablement s’explique par l’héritage britannique qui a légué au pays un goût pour la démocratie, un appareil judiciaire gardien de l’Etat de droit (sauf quand les juges sont acquis à l’ordre militaire) et une intelligentsia éprise de liberté. En outre, l’armée pakistanaise ne souhaite pas gérer le pays de façon continue. D’un côté, elle perd son sens des priorités – le combat contre l’Inde – et érode sa popularité en s’adonnant au micro-management des affaires intérieures. D’un autre côté, elle n’éprouve pas le besoin d’intervenir dans l’espace public dès lors qu’elle garde la haute main sur les dossiers qui relèvent de sa chasse gardée : le Cachemire, l’Afghanistan et le nucléaire, trois domaines où l’Inter Service Intelligence, l’agence du renseignement militaire joue un rôle clé. L’ISI est un Etat dans l’Etat dont les gouvernements civils n’ont jamais réussi à réduire l’influence de façon significative. C’est pourquoi on ne peut jamais parler de démocratie, mais seulement de phase de démocratisation, l’ombre portée des militaires empêchant  les élus du peuple de disposer de toutes les mannettes du pouvoir.</p>
<p><strong><em>L. R. S.</em></strong> : Comment comprendre les politiques pakistanaises par rapport à l&#8217;Afghanistan ? Le Pakistan peut-il jouer un rôle efficace pour une solution négociée (et durable) du conflit ?</p>
<p><strong>C. J. </strong>: <strong>La clé de compréhension de toute la politique étrangère pakistanaise est à chercher dans sa relation à l’Inde. Le Pakistan se perçoit comme menacé par un voisin trop grand pour lui. C’est pourquoi il a conclu tant d’alliances à travers l’histoire – notamment avec les Etats-Unis et la Chine – et c’est pourquoi il recherche en Afghanistan ce que ses généraux appellent « une profondeur stratégique ».</strong> Idéalement, ils souhaiteraient établir dans ce pays un protectorat leur permettant à la fois d’empêcher New Delhi de nouer une alliance de revers avec Kaboul et d’installer une base arrière face à l’Inde dont une attaque pourrait très vite atteindre le coeur du pays, le Punjab. C’est pourquoi le Pakistan a soutenu les Talibans dans les années 1990 et ont été – avec l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis – un des seuls Etats à reconnaître leur régime, sûr que le Mollah Omar serait un partenaire fiable. Aujourd’hui, les militaires pakistanais s’inquiètent de la chaleur des relations qu’Hamid Karzai entretient avec New Delhi et cultivent donc les liens qu’ils ont tissés avec les Talibans afghans en espérant les remettre en selle. Islamabad pourrait, de ce fait, servir d’intermédiaire entre leurs alliés officiels – les Etats-Unis, les Occidentaux en général – et leurs alliés officieux, les Talibans afghans. L’armée pakistanaise non seulement ne souhaite rien d’autre, mais pourrait bien saboter les pourparlers dont elle serait exclue.</p>
<p>La stratégie américaine, pour l’instant, ne permet pas de faire aux Pakistanais toute la place qu’ils aimeraient avoir. Washington intensifie ses opérations militaires – y compris les attaques de drones du côté pakistanais exaspèrent Islamabad &#8211; et laisse à Karzai le soin d’engager les négociations. Les Américains pensent ainsi pousser les Talibans vers la table des négociations. Mais cette démarche ne saurait durer bien longtemps, les pertes américaines étant de plus en plus lourdes, pour un résultat hypothétique. Il y a fort à parier qu’à terme les Américains se tournent vers les Pakistanais pour qu’ils s’entremettent – comme ils l’avaient fait dans les années 1990 – afin de trouver une sortie à cette guerre dont l’Occident n’a ni le goût ni les moyens. Seule l’Inde trouvera alors à y redire – arguant du fait qu’un tel retour à la case départ se traduira par la résurrection d’un sanctuaire pour terroristes islamistes &#8211; mais qui voudra bien l’écouter ? De fait, le retour des Talibans au pouvoir, avec la bénédiction du Pakistan et sous une forme bien sûr déguisée pour faire avaler à l’Occident une pilule des plus amères, risque de ne pas être une solution très durable. Le premier attentat venu aux Etats-Unis ou en Europe dont la préparation aurait eu lieu en Afghanistan se traduira par des tentatives de déstabilisation du nouveau régime. Or l’hypothèse est d’autant plus crédible que l’armée pakistanaise s’illusionne sans doute sur sa capacité de contrôle des Talibans, elle qui s’est aliénée nombre de groupes islamistes – à commencer par les Talibans pakistanais – qui lui reprochent de travailler pour Washington.</p>
<p><strong><em>L. R. S.</em></strong> : Les relations avec l&#8217;Inde sont-elle condamnées à une tension permanente, entrecoupées de quelques rémissions ? Le conflit du Cachemire résume-t-il tout le contentieux ?</p>
<p><strong>C. J.</strong> : Les relations entre l’Inde et le Pakistan sont structurellement tendues. Le Pakistan perçoit l’Inde comme une menace &#8211; surtout depuis la partition de 1971 ayant donné naissance au Bangladesh, un traumatisme dont Islamabad tient New Delhi pour responsable alors que c’est bien sa politique de colonialisme intérieur qui avait exacerbé le séparatisme bengali. L’armée pakistanaise considérant que la meilleure des défenses était l’attaque, elle est passée à l’offensive en 1965 puis a préféré avancer masquer en sous-traitant cette guère à des groupes islamistes. Ceux-ci sont surtout passés à l’action dans les années 1990. D’une part ils avaient remporté la première guerre d’Afghanistan et étaient disponibles pour une nouveau Jihad, en Inde. D’autre part, l’insurrection des cachemiris indiens avait pris une forme plus violente et plus islamiste à partir de 1989. Dix ans plus tard, la stratégie pakistanaise visant à « saigner l’Inde » s’est traduite par l’infiltration de troupes régulières et de paramilitaires islamistes sur les hauteurs de Kargil – une ville du Cachemire indien. Il s’est ensuivi une guerre éclair de quelques jours mettant aux prises deux puissances nucléaires.</p>
<p>Entre les phases de tension les plus aiguës, les gouvernements des deux pays se parlent – en général sous la pression des Etats-Unis, l’Europe étant absente de ce dossier comme de tant d’autres. C’est ainsi que les années 2000 ont été le cadre d’un « dialogue composite » à éclipse qui se déclinait en une demi-douzaine de points allant des litiges frontaliers à la hauteur du Sind et du Gujarat aux problèmes d’eau, le Pakistan et l’Inde souffrant d’un stress hydrique qui les rend très sensibles à la gestion du glacier du Siachen et des rivières venues de l’Himalaya. Mais <strong>c’est naturellement la question du Cachemire qui focalise le maximum d’attention. En 1947, lorsque l’Inde et le Pakistan ont vu le jour, le Maharadjah hindou qui régnait sur l’Etat princier (donc autonome) du Jammu et Cachemire a décider de rejoindre l’Inde. Les autorités pakistanaises ont aussitôt objecté que cette province étant majoritairement musulmane, elle avait vocation à rejoindre le « Pays des purs ».</strong> Et joignant le geste à la parole, elles ont laissé (sic) partir à l’assaut des troupes para-militaires qui ont conquis une partie du territoire de l’Etat. L’Inde a envoyé l’armée à son tour et la ligne de front est devenue une ligne de cessez-le-feu lorsqu’un armistice a été conclu sous l’égide de l’ONU. Cette ligne est ensuite devenue une Ligne de Contrôle aux termes du Traité de Simla que le Pakistan a dû signer après sa défaite de 1971. Mais aucun des deux pays n’a officiellement renoncé à la totalité de la province, empêchant l’instauration d’une frontière internationale. La question n’aurait pas été si sensible si les Cachemiris indiens avaient fini par s’intégrer à l’Union indienne dont Nehru – d’origine cachemirie lui-même – voulait faire une fédération multiculturelle. Mais la méfiance de New Delhi vis-à-vis de cachemiris dans lesquels bien des leaders indiens voyaient des séparatistes en puissance, voire une cinquième colonne pakistanaise, a gêné le jeu des institutions. Les citoyens indiens du Jammu et Cachemire n’ont pu voter librement que dans les années 1960, le scrutin de 1977 étant sans doute la première élection démocratique digne de ce nom. En outre, les gouvernements soupçonnables – à tort ou à raison – de sympathies pakistanaises ont été démis et l’Etat mis sous tutelle plus d’une fois dans son histoire. L’insurrection de 1989 a justifié un déploiement militaire donnant aux cachemiris le sentiment d’être soumis à une armée d’occupation, les « check points » ayant fait leur apparition dans toute la province. Le ressentiment qui en a résulté dans la jeunesse explique le mouvement actuel qui s’apparente à une « intifada ».</p>
<p><strong><em>L. R. S.</em></strong> : Peut-on se risquer à dessiner les évolutions prochaines à l&#8217;oeuvre tant dans le pays que dans la région ?</p>
<p><strong>C. J.</strong> : <strong>L’évolution du Pakistan suscite bien des interrogations. Jamais encore le monde n’avait abrité une puissance nucléaire dont la société était à ce point travaillée par l’islamisme et dont la classe politique  était à ce point discréditée et impuissante</strong>. L’armée est certes en mesure de tenir le pays, mais l’usage qu’elle fait du pouvoir, tant en Afghanistan qu’au Cachemire indien présente les symptômes d’une fuite en avant – sans compter son implication probable quoi qu’indirecte dans les attentats de Mumbai en 2008. Le pays ne va pas seulement devoir survivre à une crise économique et sociale très longue, son unité sera mise à rude épreuve, notamment au Baluchistan où une guérilla séparatiste est entrée dans une phase active. Faire un pronostic est des plus délicats car jamais sans doute le Pakistan n’a été soumis à ce genre de défis. L’hypothèse que l’on peut faire, néanmoins, c’est qu’il trouvera à l’extérieur des soutiens – notamment financiers – comme cela a déjà été le cas dans le passé : nul ne peut pendre le risque de voir un pays de 160 millions d’habitants doté de l’arme nucléaire devenir un « failed state » &#8211; ni les Etats-Unis, ni la Chine.</p>
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		<title>Socialisme et protectionnisme</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/01/13/socialisme-et-protectionnisme/</link>
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		<pubDate>Thu, 13 Jan 2011 16:46:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Henri Weber</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités internationales]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 40]]></category>

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		<description><![CDATA[Face au décollage spectaculaire des "grands émergents", faut-il revenir au protectionnisme ? Faut-il élever de hautes barrières douanières et imposer de stricts quotas d''importation pour protéger nos industries et nos marchés ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Rarissimes sont ceux qui préconisent aujourd&#8217;hui ces médecines de cheval car les politiques et les économistes se souviennent des ravages provoqués par ce type de mesures après la crise de 1929.</p>
<p>En riposte à la loi protectionniste américaine du 17 juin 1930 dite <em>&laquo;&nbsp;Smoot-Hawley&nbsp;&raquo;</em>, 25 pays ont augmenté leurs tarifs douaniers et mis en place des quotas, sous les vivats de leurs populations. Il s&#8217;ensuivit une forte contraction du commerce mondial &#8211; moins 60% en valeur entre 1929 et 1932- et une aggravation tragique  de la crise économique. C&#8217;est pourquoi les gouvernements  ont pris le contrepied de cette politique face à la crise systémique de 2008-2009.</p>
<p>Le retour au protectionnisme traditionnel, fut-il continental, se heurterait de surcroît  aujourd&#8217;hui  à  cinq  réalités nouvelles, qui le rendraient encore plus contre productif.</p>
<p><strong>1.</strong> <strong>L&#8217;augmentation des taxes douanières pénaliserait les entreprises et les consommateurs occidentaux.</strong> C&#8217;est la conséquence de l&#8217;internationalisation et de la fragmentation de la chaine de  production, induite par la mondialisation : les multinationales occidentales et japonaises ont délocalisé la production de nombreux biens intermédiaires et composants de leurs produits finaux dans les pays à bas salaires. 60% des exportations chinoises vers les USA, par exemple,  proviennent de filiales américaines implantées en Chine ou de sous-traitants divers produisant pour les firmes occidentales. Voilà pourquoi les I-Pad, I-Phone, ordinateurs portables, etc. peuvent être vendus bon marché aux consommateurs des pays développés. Augmenter les tarifs douaniers sur ces importations, c&#8217;est renchérir ces biens de consommation de masse et donc appauvrir les consommateurs occidentaux.</p>
<p>A quoi s&#8217;ajoute le fait que beaucoup de ces produits ne sont plus fabriqués dans le pays développés où ils sont consommés. Taxer ces importations c&#8217;est, là aussi, renchérir le coût de la vie.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>2. De combien faudrait-il augmenter ces barrières tarifaires : 100%, 200%?</strong> La différence du coût du travail entre les pays émergents et les pays développés oscille dans un rapport de 1 à 10, voire dans certains cas de 1 à  40. Les 300.000 ouvriers de FoxConn de Shenzhen étaient payés 107 € par mois pour 12 heures de travail par jour, 6 jours par semaine, avant que la vague de suicide de mai 2010 ait amené leur patron, le taïwanais  Terry Gou, à augmenter leur salaire de 70% sous la pression de ses donneurs d&#8217;ordre occidentaux. Pour effacer cette différence, il faudrait instaurer des droits de douane très élevés, au risque de déclencher une guerre commerciale.</p>
<p><strong>3.</strong> <strong>Les risques de rétorsion des pays émergents sont dissuasifs</strong></p>
<p>Toutes les entreprises occidentales tiennent à se développer sur les marchés des pays émergents car ceux-ci sont massifs et en forte croissance.</p>
<p>Pour l&#8217;automobile, par exemple, le marché chinois, déjà le premier du monde,  doublera dans les dix prochaines années, pour atteindre 30 millions de véhicules par an en 2020. <em>&laquo;&nbsp;Aujourd&#8217;hui Peugeot représente 8% de ce marché</em>, dit Frédéric Saint Géours, directeur financier et du développement stratégique de PSA. <em>Si nous conservons cette part de marché, les ventes de PSA en Chine s&#8217;élèveraient à 1,3 millions de voitures chaque année.&nbsp;&raquo;</em> En revanche, le marché européen de l&#8217;automobile ne représentera à cette date  que la moitié du marché chinois.<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p>Les dirigeants des entreprises occidentales se plaignent des pratiques protectionnistes multiformes existant dans les grands pays  émergents et revendiquent un accès plus facile à leurs marchés. Ils attendent de leurs gouvernements et de l&#8217;OMC qu&#8217;ils obtiennent la réciprocité, non qu&#8217;ils ferment les marchés occidentaux aux produits &laquo;&nbsp;made in China&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Des mesures protectionnistes traditionnelles provoqueraient en effet  des rétorsions économiques de la part des grands émergents, sauf si tous les pays développés les mettaient en œuvre collectivement et simultanément. Si la concurrence entre eux prévaut, comme c&#8217;est aujourd&#8217;hui le cas, les Chinois, les Indiens, etc. passeront commande aux libre-échangistes et sanctionneront les protectionnistes&#8230;</p>
<p><strong>4.</strong> <strong>Quid des PMA ? </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Il faut favoriser l&#8217;accès à nos marchés aux produits des Pays en voie de développement et, en premier lieu, à ceux des PMA (Pays les moins avancés), afin de soutenir leur décollage. C&#8217;est le sens de l&#8217;accord <em>&laquo;&nbsp;Tout, sauf les armes&nbsp;&raquo;</em>, que nous nous proposons, par ailleurs, d&#8217;élargir.</p>
<p><strong>5. Avec qui mènerions-nous une telle politique ?</strong></p>
<p>Plusieurs de nos partenaires -et non des moindres- affirment que nos pays ont plus à gagner qu&#8217;à perdre dans la nouvelle division internationale du travail, car les émergents et les PED sont des fabuleux marchés en même temps que de redoutables concurrents. Avec un coût du travail égal au coût français, nous disent les Allemands, les Scandinaves, les Autrichiens, il est possible d&#8217;avoir une balance commerciale équilibrée ou excédentaire. C&#8217;est affaire de bonne spécialisation (sectorielle et géographique), de productivité  du travail, de capacité d&#8217;innovation, de compétitivité globale. Au demeurant, nos principaux concurrents sont les pays industrialisés plus que les pays émergents, l&#8217;Allemagne plus que la Chine. Les exportations allemandes en Europe sont neuf fois supérieures à ses exportations vers la Chine. Il faut réussir notre transition vers l&#8217;économie de la connaissance et de l&#8217;excellence, au lieu de rêver à d&#8217;illusoires Lignes Maginot.</p>
<p>*        *</p>
<p>*</p>
<p>Mais si le protectionnisme de repli n&#8217;est pas acceptable, le libre échange intégral, pratiqué depuis trente ans n&#8217;est pas tenable non plus.</p>
<p>Pour les néolibéraux, la clé du développement optimal réside dans la levée universelle et aussi rapide que possible de tous les obstacles à la libre circulation, des marchandises, des services et des capitaux.</p>
<p>Les ayatollahs du libre échange privilégient la libération du commerce et de l&#8217;investissement sur toute autre considération.  Ils ont foi dans l&#8217;efficience et dans la capacité autorégulatrice des marchés. Ils sont convaincus que la liberté des échanges et des investissements entrainera la meilleure allocation mondiale des ressources, la meilleure spécialisation de chaque nation, la meilleure division internationale du travail, la croissance mondiale la plus forte et la plus régulière. A l&#8217;inverse, ils sont persuadés de la perversité des interventions publiques.</p>
<p>Cette idéologie qui a imprégné et imprègne encore une grande partie des décideurs économiques internationaux a été codifiée en dix commandements dans ce qu’on a appelé, « le consensus de Washington », véritable évangile du FMI et de la Banque mondiale.</p>
<p>Ces tables de la Loi des institutions de Washington préconisent, outre l’abaissement des barrières tarifaires sur les biens et les services et l’abrogation de toutes les autres entraves au libre commerce, la <strong>privatisation des entreprises</strong> (car il n’est d’entreprise bien gérée que privée) ; la <strong>déréglementation de l’économie</strong> (car l’excès de règlement inhibe l’initiative) ; <strong>l’équilibre budgétaire</strong>, en coupant dans les « dépenses improductives » : éducation, santé, dépenses sociales (car les déficits budgétaires sont sources d’inflation et d’évasion des capitaux) ; <strong>la réduction des taux supérieurs d’imposition</strong> (car les taux élevés découragent les investisseurs, donc l’activité&#8230;), etc. <a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p>Cette conception ne tient aucun compte de l’histoire : les « tigres » et les « dragons » de l’Asie du Sud-Est, comme avant eux le Japon, ne se sont pas développés en respectant, de près ou de loin, ces préceptes libéraux, bien au contraire. Ils se sont développés en protégeant farouchement leur marché intérieur, par une action conjointe de tous les acteurs sociaux – entrepreneurs, États, syndicats –, et en se lançant, à partir de cette base arrière surprotégée, à l’assaut des marchés occidentaux. De même, la forte croissance des pays européens, et singulièrement de la France, au cours des « trente glorieuses », s’est réalisée grâce à l’intervention économique et sociale de l’État et à la mobilisation des partenaires sociaux, dans le cadre de « l’économie concertée ».</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, le décollage prodigieux de la Chine reproduit à grande échelle le modèle japonais, l&#8217;Etat de droit et la démocratie parlementaire en moins. Il incarne un nouveau modèle de développement, appelé par antiphrase: &laquo;&nbsp;l&#8217;économie socialiste de marché&nbsp;&raquo;. En réalité, il s&#8217;agit d&#8217;une économie mixte, en transition du collectivisme bureaucratique à l&#8217;économie de marché; un capitalisme d&#8217;Etat dans lequel les entreprises publiques demeurent dominantes et où la régulation de l&#8217;économie  reste l&#8217;apanage du Parti-Etat.</p>
<p>L&#8217;idéologie du libre-échange ne tient pas davantage compte de ce qu’enseigne la théorie : elle plaque sur des sociétés pré-démocratiques et/ou préindustrielles, des recettes qu’elle a vu fonctionner, en Amérique du Nord ou en Europe occidentale, dans des démocraties capitalistes pleinement développées. Or, dans la plupart des pays en voie de développement, l’économie de marché est à construire, ses pré-conditions de fonctionnement sont dans les limbes : on n’y trouve ni État de droit consolidé, ni une classe d’entrepreneurs un peu étoffée, ni une administration efficace, honnête et impartiale. L’application de cette médecine, qui peut être efficiente, dans l’Occident développé, écrit J. Stiglitz, conduit alors à des désastres. Il en fut ainsi en URSS et dans une bonne partie des ex démocraties populaires, mais aussi, selon l’ancien n° 2 de la Banque mondiale, dans de nombreux pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie.</p>
<p>La théorie des &laquo;&nbsp;avantages comparatifs&nbsp;&raquo; d&#8217;Adam Smith s&#8217;appliquait à des sociétés  inégales, certes, mais comparables quand à leurs niveaux de développement. Elle ne s&#8217;applique pas à des sociétés aussi hétérogènes que celles de l&#8217;Occident développé et de l&#8217;Asie du Sud-est.</p>
<p>Au demeurant, la Chine, forte de son milliard trois cent millions d&#8217;habitants, ne cherche pas  à se spécialiser selon &laquo;&nbsp;ses avantages comparatifs&nbsp;&raquo;, mais à accéder au premier rang dans tous les secteurs d&#8217;activité, sans exception.</p>
<p>Le bilan d&#8217;un demi siècle de libre échangisme croissant est contrasté : la libéralisation et l&#8217;accélération spectaculaire des échanges internationaux, depuis 1945 (et singulièrement depuis 1990) ont, certes, favorisé la croissance mondiale et permis le décollage des pays émergents -la Chine, l&#8217;Inde,  le Brésil, &#8230;Elles ont facilité l&#8217;avènement de la troisième révolution industrielle, celle de l&#8217;Internet et des biotechnologies. Entre 1990 et 2007, la croissance des Etats-Unis a dépassé 3% par an, en moyenne; 250 millions de Chinois et autant d&#8217;Indiens ont accédé à la relative aisance des classes moyennes; le nombre de misérables, ceux qui doivent vivre avec moins d&#8217;un dollar par jour s&#8217;est réduit de 1,3 milliards à 980 millions (avant de rebondir, à nouveau, avec la crise de 2008). Il serait stupide de nier ou d&#8217;ignorer ces réalités.</p>
<p>Mais cette mondialisation sauvage a débouché aussi sur des déséquilibres majeurs et périlleux : le surendettement massif et la désindustrialisation au Nord; la déstabilisation explosive de nombreuses sociétés au Sud, soumises à une ouverture économique trop rapide et trop brutale. La dilapidation de ressources rares, aussi, et des atteintes, bientôt irréversibles, portées à notre écosystème.</p>
<p>Trente années de libéralisation, de déréglementation, de privatisation des services publics, de retrait croissant de la puissance publique de la vie économique et sociale, ont finalement débouché sur la crise la plus grave que le capitalisme ait connue depuis 1929. C&#8217;est cet aboutissement désastreux qui donne son sens ultime à toute la séquence.</p>
<p><strong>Pour le Juste échange</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Ente libre échange intégral et protectionnisme autarcique -fût-il continental- il y a place pour une voie efficace que les socialistes français ont installée au cœur de leur projet. : celle du Juste échange.</p>
<p>Dans le monde où nous vivons, aucune économie n&#8217;est totalement ouverte ou fermée, à l&#8217;exception peut-être de celle de la Corée du nord ! Les Etats-Unis, la Chine, L&#8217;Allemagne, le Japon,&#8230;combinent à la fois ouverture et protection. Le débat porte sur les règles, l&#8217;encadrement, l&#8217;organisation du commerce international.</p>
<p>Le juste échange, c&#8217;est celui qui respecte les normes non marchandes &#8211; sanitaires, environnementales, sociales, culturelles &#8211; défendues par les agences spécialisées de l&#8217;ONU (OMS, OIT, PNUE, FAO, Unesco,&#8230;) et les ONG, et s&#8217;efforce d&#8217;intégrer ces normes dans les traités commerciaux internationaux. C&#8217;est celui qui ménage des périodes de transition suffisantes, au Nord comme au Sud, pour permettre les adaptations nécessaires des systèmes productifs et des emplois, induites par l&#8217;ouverture à la concurrence, et enrayer, dans nos pays, le processus de désindustrialisation. C&#8217;est celui qui n&#8217;hésite pas à protéger les industries naissantes au nom de la préparation de l&#8217;avenir et les activités stratégiques au nom de la défense de la souveraineté.<br />
Le juste échange poursuit trois objectifs : maintenir les pays de l&#8217;Union européenne dans le peloton de tête des nations les plus développées ; favoriser le développement des pays du Sud (et en particulier celui des pays les moins avancés) ; sauvegarder nos équilibres écologiques. Il peut et doit être le moteur privilégié pour l&#8217;avènement d&#8217;un monde dans lequel les droits à la santé, à un environnement préservé, au travail décent, à l&#8217;identité culturelle compteront autant et davantage que ceux du libre commerce.<br />
Pour substituer le juste échange au libre-échange, la bataille des normes est un instrument puissant. Forte de ses 500 millions de consommateurs, l&#8217;UE dispose d&#8217;une force de négociation considérable pour faire prévaloir les normes qu&#8217;elle aura définies comme condition d&#8217;accès à son marché. Elle doit en user pour promouvoir des normes mondiales conformes à ses valeurs, ses préférences collectives, mais aussi à ses intérêts légitimes.<br />
L&#8217;UE doit obtenir que les normes non marchandes &#8211; sanitaires, environnementales, sociales, culturelles &#8211; soient aussi contraignantes que les normes commerciales défendues par l&#8217;OMC. Et qu&#8217;un organisme de règlement des différends soit habilité à trancher en cas de conflit. Les ONG, les syndicats, les partis et gouvernement progressistes sont les forces motrices de ce combat.<br />
En cas d&#8217;échec des négociations sur les normes, l&#8217;UE doit mettre en place des écluses tarifaires. S&#8217;agissant de la lutte contre le réchauffement climatique, par exemple, si l&#8217;échec du sommet de Copenhague se répète à Cancun, l&#8217;Union doit appliquer unilatéralement la stratégie pour laquelle elle s&#8217;est engagée : réduire de 20 % en 2020 ses émissions de gaz à effet de serre, augmenter de 20 % ses énergies renouvelables et de 20 % ses économies d&#8217;énergie. Mais elle serait en droit, alors, de prélever une contribution énergie-climat à ses frontières (écluse carbone) à l&#8217;encontre des grands pollueurs qui ne consentiraient pas le même effort. La lutte contre le réchauffement climatique n&#8217;est pas du protectionnisme, elle n&#8217;est pas un prétexte pour défendre nos entreprises, elle correspond à l&#8217;intérêt général de l&#8217;humanité.<br />
De même, nous devons défendre notre modèle social et ne pas hésiter à suspendre le régime des préférences commerciales à l&#8217;encontre des Etats qui ne respectent pas les normes de l&#8217;Organisation internationale du travail : interdiction du travail des enfants ; non-recours au travail forcé ; droit reconnu aux salariés de s&#8217;organiser pour négocier collectivement leur contrat de travail. En temps de crise, l&#8217;histoire s&#8217;accélère.<br />
Le numéro un de la City, Alex Adair, chef de l&#8217;Autorité britannique des services financiers (FSA), défend désormais la taxe Tobin ; José Manuel Barroso revendique le droit d&#8217;émettre des obligations européennes &#8211; les Eurobonds &#8211; pour financer les grands travaux transcontinentaux d&#8217;infrastructures et les grands programmes d&#8217;investissement ; Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, achète de la dette souveraine sur le second marché. Qui l&#8217;aurait cru il y a seulement un an ?<br />
Etre réaliste, pour la gauche, ce n&#8217;est pas se prosterner devant la réalité telle qu&#8217;elle est aujourd&#8217;hui. C&#8217;est anticiper la réalité telle qu&#8217;elle devrait et pourrait être demain et se mobiliser pour la faire advenir. Ne craignons pas d&#8217;être ambitieux.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref">[1]</a> Audition de la Commission mondialisation, 7 octobre 2010, texte intégral sur le lien suivant : http://www.henri-weber.fr/partisocialiste.php?parti_id=14</p>
<p><a href="#_ftnref">[2]</a> Sur la critique de cette doctrine, voir Élie Cohen, <em>L’ordre économique mondial</em>, Paris, Fayard, 2001 et Joseph Stiglitz, <em>La grande illusion</em>, Paris, Fayard, 2002.</p>
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		<title>Ce qui est vivant et ce qui est mort</title>
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		<pubDate>Thu, 13 Jan 2011 16:44:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bo Rothstein</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités internationales]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 40]]></category>

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		<description><![CDATA[La social-démocratie peut naturellement être comprise comme le propre des partis politiques ainsi dénommés et de leurs politiques. Je voudrais cependant ne pas m’en tenir à l’appellation des partis et dans le contexte actuel utiliser le terme de social-démocratie dans le but de décrire un certain type de politiques qui trouvent leurs racines dans l’idéologie de la social-démocratie mais qui sont aujourd’hui également mises en œuvre par des partis d’appellations différentes. Car il y a aussi des partis qui utilisent le terme social-démocrate pour se définir, mais qui ne pratiquent pas ce type de politique ! ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Bo Rothstein est professeur de sciences politiques à l’Université de Göteborg en Suède. Il est notamment l’auteur <em>de Just Institutions Matters : The Moral and political logic of the Universal Welfare State,</em> Cambridge University Press, 2002.<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p><strong>Qu’est ce que la social-démocratie ?</strong></p>
<p>La politique social-démocrate comme je l’ai définie, contient deux éléments principaux. Le premier est une volonté de proposer une forme de bien-être social, visant à doter toutes les personnes dans la société, sans tenir compte de leurs appartenances, d’un ensemble de droits généraux en matière de service et de soutien économique. Un exemple typique consiste dans des programmes universels pour des biens tels que la santé, l’éducation, les soins aux personnes âgées, ainsi que pour un système d’assurance sociale qui gère les situations qui surviennent lorsque les moyens de subsistance fournis par son propre travail ne suffisent pas. La caractéristique de la social-démocratie, comme je l’ai ici définie, c’est que ces programmes, pour l’essentie, ne sont pas orientés vers des groupes particulièrement vulnérables mais concernent l’ensemble de la population (comme pour la santé) ou une partie considérable de la population (comme pour l’aide aux personnes âgées).</p>
<p><strong>La deuxième composante de la politique social-démocrate peut être décrite comme l’ambition « d’apprivoiser », mais non pas d’abolir l’économie de marché. Cela se manifeste, d’une part, par une attitude longtemps positive à l’égard du libre-échange, de la compétition économique, combinée, d’autre part, avec une conscience qu’une économie de marché réelle exige un grand nombre de réglementations publiques pour fonctionner correctement sur le plan économique et évidemment de la justice sociale.</strong> Pour les politiques sociales-démocrates, cela s’est traduit par des règles protégeant les droits des salariés et des syndicats, des règlements contre le monopole, des règles pour la protection de l’environnement et pour bien d’autres choses encore. Contrairement à la croyance du néo-libéralisme en des marchés auto-régulés, les politiques sociales-démocrates considèrent le marché à la fois dans une dimension constructive (innovation, liberté, efficacité) et destructrice (monopole, corruption, exploitation de l’homme ainsi que des ressources naturelles). Le besoin de réglementation est donc grand. Dans les pays d’Europe du nord, les gouvernements, pendant de longues périodes au cours des trois ou quatre décennies, ont été sociaux-démocrates ou de centre droit, dans leur politique quotidienne ; ils ont mené des politiques qui respectaient plus ou moins ces équilibres.</p>
<p><strong>La recherche sociale et le projet social-démocrate.</strong></p>
<p>Ma thèse principale est qu’à la lumière de ce qui se passe dans le domaine de la recherche en science sociale, le pessimisme qui règne aujourd’hui lorsqu’on parle de la social-démocratie est assez difficile à expliquer. Permettez-moi de développer quatre points. Tout d’abord le principal adversaire idéologique de la social-démocratie depuis trois décennies, à savoir le fondamentalisme néo-libéral est aujourd’hui en ruine. En octobre 2008, l’effondrement des marchés financiers a tout simplement rendu l’idée que les marchés ne devaient pas être réglementés, entièrement obsolète. Pour citer seulement George Soros : « il y a deux faits qui méritent d’être soulignés. Le premier est que le système financier que nous connaissons s’est aujourd’hui effondré… l’autre fait est que le système financier s’est effondré sous son propre poids. Cela contredit l’opinion dominante sur les marchés financiers à savoir qu’ils tendent naturellement vers l’équilibre et que cet équilibre est perturbé seulement par des forces extérieures. Ces perturbations devraient se traduire de façon aléatoire. Les marchés étaient essentiellement vus comme auto-correcteurs. Ce paradigme s’est révélé être faux. Donc nous ne faisons pas seulement face à un effondrement du système financier, mais aussi un effondrement d’une vision du monde. »<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p><strong>La doctrine d’Alain Greenspan qui déclarait que les marchés laissés à eux-mêmes prendraient soin de toutes les imperfections qui surviennent, n’est plus une vue dominante. Lorsque des économistes de premier plan comme Joseph Stiglitz et Paul Krugman, Prix Nobel, concluent que la pensée de l’école de Chicago doit être mise aux poubelles de l’Histoire, on se dit que quelque chose s’est passé</strong>. Un autre exemple peut être trouvé avec un lauréat du Prix Nobel, l’historien de l’économie Douglass North qui dans son dernier livre attaque fortement l’idée selon laquelle une économie de marché efficace exige une diminution du secteur public et de faibles dépenses publiques.<a href="#_ftn2">[2]</a> Au contraire North fait valoir dans les pays dont le PIB par habitant dépasse 20 000 dollars par année, que la proportion des comptes des dépenses publiques tourne autour d’une moyenne de 50 % du PIB. Dans les pays dont le PIB annuel par habitant se situe entre 5 000 dollars et 10 000 dollars, le niveau moyen est de 33 %, et dans les pays les plus pauvres, dont le PIB par habitant est inférieur à 5000 dollars par année, les dépenses publiques ne représentent que 27 % du PIB. Comparativement aux pays pauvres, les pays riches ont tout simplement un large secteur public. Cela montre clairement que la richesse économique nécessite un vaste secteur public. On peut noter que Douglass North ne se limite pas à des postes tels que les infrastructures, la défense, le système juridique et la recherche et le développement, mais souligne également l’importance d’un système d’assurance sociale global. En ce qui concerne l’assurance sociale, la recherche aujourd’hui montre que nombre de biens sociaux sont plus coûteux s’ils doivent être produits par le marché que s’ils sont gérés par l’Etat. Cela semble assez évident lorsque l’on compare les coûts des soins de santé aux Etats-Unis avec les pays qui dont les soins de santé sont financés sur fonds publics.</p>
<p>En ce qui concerne la perspective globale, je voudrais faire référence aux succès des politiques sociales-démocrates dans les pays en développement, récemment présentés dans le livre sur « La social-démocratie dans la périphérie mondiale ». L’ex-soi-disant « consensus de Washington » qui a souligné la nécessité pour les pays en développement de déréglementer et de créer des marchés libres, a fini par être remplacé par un accent mis sur « une bonne gouvernance », qui souligne précisément l’importance de la réglementation publique et d’un système politique qui stimule le développement économique et le développement social.<a href="#_ftn3">[3]</a> Celui qui a tenté d&#8217;expliquer pourquoi le fondamentalisme du marché a échoué lamentablement dans les pays en développement est l&#8217;économiste de Harvard, Dani Rodrik. Il écrit : « La rencontre entre l&#8217;économie néo-classique et les sociétés en développement a servi à révéler les fondements institutionnels de l&#8217;économie de marché. Un système clairement défini de droits de propriété, un appareil réglementaire limitant les pires formes de fraude, les comportements anti-concurrentiels, et l&#8217;aléa moral, une société modérément cohérente reposant sur la confiance et la coopération sociale, des institutions sociales et politiques qui atténuent les risques et gèrent les conflits sociaux, la primauté du droit et d’un gouvernement honnête &#8211; ce sont des arrangements sociaux que les économistes prennent habituellement pour acquis, mais qui brillent par leur absence dans les pays pauvres &#8230; C&#8217;est pourquoi il est devenu clair que les économies ne peuvent pas être efficaces en l&#8217;absence d&#8217;institutions adéquates. »<a href="#_ftn4">[4]</a> Mon premier point est donc que nous vivons actuellement un moment où l&#8217;idéologie de la social-démocratie &#8211; qui met l&#8217;accent sur la nécessité de réglementer les marchés à la manière de Rodrick (et maintenant de nombreux autres économistes) – devrait nous amener à retrouver une réelle confiance en soi. Pourtant, ce n&#8217;est pas le cas. Par ailleurs deux résultats découlant de la recherche expérimentale en sciences sociales, sont sans ambiguïté.<strong> </strong>Le premier est que les gens agissent rarement de la manière égoïste que le néo-libéralisme décrit. Le second est que, s&#8217;ils agissent selon cette théorie, ils vont détruire les conditions de leur propre efficacité économique, en affaiblissant les institutions formelles et informelles qui maintiennent la confiance entre les acteurs concernés.<br />
Mon deuxième point concerne les nombreuses mesures et les indices, couramment produits par les chercheurs qui tentent de comparer les conditions dans les différents pays. Des choses telles que la santé de la population (mortalité infantile, espérance de vie), la satisfaction individuelle, différentes mesures de  « progrès humain », l&#8217;égalité, l&#8217;absence de corruption, et le niveau économique, sont mesurées. Les pays, avec des politiques sociales-démocrates, comme les pays nordiques, obtiennent des résultats particulièrement bons et, mis ensemble, surclassent les pays caractérisés par la mise en œuvre de politiques néo-libérales. En outre, lorsque des forums patronaux, tel que le Forum économique mondial, établissent leur classement annuel de la compétitivité économique des pays, les pays sociaux-démocrates se classent bien et il n&#8217;est pas rare qu’ils soient supérieurs aux pays conduits par les politiques néo-libérales. On peut certes dire que ces différentes mesures possèdent naturellement leurs problèmes de validité, mais pris ensemble, on peut avec un certain degré de certitude dire que ces résultats se confortent. L&#8217;image qui ressort est sans équivoque, à savoir que si l&#8217;on utilise le titre d&#8217;un ouvrage publié récemment, en mesurant ce qui doit être compté, les sociétés avec des politiques sociales-démocrates se retrouvent parmi les mieux classées, en ce qui concerne les mesures de développement social en général ainsi que l&#8217;efficience économique. On pourrait ajouter que <strong>parmi les pays de l&#8217;OCDE qui ont aujourd&#8217;hui les déficits les plus importants de leurs finances publiques (Grèce, Espagne, Portugal, Royaume-Uni, Irlande et Etats-Unis), se trouvent généralement des pays aux dépenses publiques relativement peu élevées, tandis que ceux qui mènent avec un type de politique sociale-démocrate (le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède, l’Autriche) avec des dépenses publiques fortes, ont leurs finances publiques en meilleur état.</strong> En d&#8217;autres termes, le credo néolibéral qui affirme que l &#8216;«équité» et l’«efficacité» sont incompatibles, et que des dépenses publiques importantes sont dommageables pour l&#8217;économie, s&#8217;avère erroné. Voilà qui devrait susciter la confiance et l&#8217;optimisme pour l&#8217;avenir du projet social-démocrate, mais il semble en être tout autrement.<br />
La troisième question renvoie aux relations entre santé et égalité. Les résultats peuvent être contestés, mais ils m&#8217;ont convaincu que l&#8217;égalité des chances dans la vie est clairement associée à la politique sociale-démocrate. De nombreux types d&#8217;inégalités semblent créer des difficultés, non seulement évidemment pour la partie de la population manquant de ressources, mais aussi pour les classes moyennes. La recherche que j&#8217;ai moi-même menée sur l&#8217;importance du capital social et la confiance interpersonnelle fournissent essentiellement les mêmes résultats, à savoir que de nombreux types d&#8217;inégalité sont destructrices pour la cohésion d’une société. Ici aussi, la recherche comparative internationale montre que les pays sociaux-démocrates se classent le mieux, c&#8217;est à dire qu&#8217;ils ont le plus haut degré de confiance interpersonnelle et de capital social, tandis que ce sont des biens qui ont diminué considérablement aux Etats-Unis, pays où les inégalités ont augmenté de façon spectaculaire depuis les années 1970.</p>
<p>Enfin, permettez-moi d&#8217;ajouter un dernier point, celui où je fais, il faut l’admettre, des remarques plus impressionnistes. Pendant quatre ans, j&#8217;ai été membre du Conseil scientifique de l&#8217;Office national des assurances sociales en Suède. À ce titre, j&#8217;ai été, avec quatre collègues, amené à me prononcer sur une grande quantité de demandes de subventions pour des projets qui concernaient les personnes qui avaient pris une pension de retraite anticipée, ou des congés de maladie pendant de longues périodes de temps, avec des diagnostics psychosomatiques (burn-out, dépression, etc.). La conclusion qui ressort de mes expériences est que la cause profonde de ce problème se trouve essentiellement dans la situation de ces personnes au travail. C’est comme si celles-ci devenaient malades à force de ne pas être vues, ne pas avoir d&#8217;influence, et ne pas être écoutés sur leur lieu de travail. Des problèmes tels que ceux-ci sont courants dans de nombreux pays de l&#8217;OCDE, et l’Organisation Mondiale de la santé (OMS) craint la généralisation de ce type de maladie. Mon point de vue ici est que cela donne aux politiques sociales-démocrates classiques une grande actualité. Même si toutes les tentatives pour créer quelque chose de ressemblant à la «démocratie économique» ont échoué (par ex. ce qu&#8217;on appelle «les fonds salariaux» dans mon pays), un élément central de la politique social-démocrate devrait consister précisément à renforcer la position des salariés dans leur travail pour qu’ils aient une influence sur leur propre situation professionnelle et personnelle.<br />
<strong>Alors quel est le problème?</strong><strong> </strong></p>
<p><strong>Ces quatre conditions &#8211; l&#8217;effondrement de l&#8217;idéologie néo-libérale, les résultats dans les pays à politique social-démocrate, les enseignements de la recherche qui montrent que les diverses formes d&#8217;inégalité se révèlent aussi mauvaises pour la classe moyenne, et l&#8217;idée que derrière le manque d&#8217;influence sur sa propre situation professionnelle se cache une grande partie de l&#8217;augmentation des troubles mentaux &#8211; devraient conduire à une forte adhésion aujourd&#8217;hui au «projet de société démocrate». Pourtant, ce n&#8217;est, à quelques exceptions près, en aucune façon le cas, en particulier en Europe</strong>. Pourquoi ? La plupart des explications fournies s&#8217;articulent autour de l’idée que l&#8217;on est mal compris ou maltraité par les médias, et que les politiques sociales-démocrates se heurtent à des forces hostiles qui ont la puissance économique et ont les moyens d’influencer l’opinion. Permettez-moi de dire que ces types d&#8217;explications ne me convainquent pas. Si la social-démocratie, il y a cent ans, avait pensé ainsi, le projet aurait été annulé immédiatement ! Ce type de raisonnement de la « gauche pleurnicheuse », où l&#8217;on rejette ses carences politiques sur une variété de facteurs structurels, sert principalement à couvrir les défauts ses propres capacités intellectuelles et stratégiques. Pour beaucoup, il semble exister une certaine satisfaction à se complaire dans une situation de subordination. Comme je le vois, les problèmes ne résident pas dans des tendances structurelles qui seraient invincibles, mais dans l&#8217;incapacité de la gauche à établir une pensée pertinente et hégémonique.</p>
<p><strong>La nécessité d&#8217;une nouvelle théorie sociale</strong></p>
<p>L&#8217;incapacité d&#8217;abord de la gauche aujourd&#8217;hui intellectuelle apparait quand il s’agit de créer une théorie cohérente et compréhensible de la société. Maintenant que les théories sociales du marxisme et du néo-libéralisme se sont révélées inadéquates, il aurait dû être possible de créer une alternative au néo-libéralisme. Une telle théorie sociale-démocrate de la société ne peut pas être fondée sur l&#8217;obscurantisme anti-intellectuel « post-moderne » qui, pour les dernières décennies semble avoir séduit plus d&#8217;un intellectuel de gauche. Au contraire, il faut partir d&#8217;une représentation fondée de ce que nous pouvons appeler un peu solennellement la «vraie nature humaine». Ici, comme je l&#8217;ai mentionné ci-dessus, la recherche expérimentale en sciences sociales a montré que la notion néo-libérale de la «nature humaine véritable » manque de vérité. Les résultats sont concluants – le rapport des hommes à leurs semblables ne peut pas être réduit à une recherche de la maximisation de leur propre intérêt. Cependant, il ne peut également pas être compris comme se fondant uniquement sur l&#8217;altruisme… Au lieu de cela, une autre image se dégage de ce qui est maintenant solidement établi dans la recherche, à savoir que nous avons besoin de considérer l&#8217;être humain comme un être essentiellement « réciproque », c’est-à-dire capables d’être solidaires, éprouvant de la bienveillance à l’égard des autres êtres humains, du moment que l&#8217;on peut leur faire confiance pour qu’ils soient prêts à faire de même.<br />
Dans d&#8217;autres contextes, où j&#8217;ai tenté de présenter des éléments de construction d&#8217;une théorie de la société du genre de celle que je propose ici, j&#8217;ai avancé l’idée que le consentement des peuples à agir en solidarité est conditionnelle. Trois conditions ressortent. La première condition est que ce qui est à atteindre est une norme du bien (comme une assurance santé étendue). La seconde est que les gens doivent avoir confiance les uns dans les autres pour agir dans la société loyalement, ainsi, par exemple en payant leurs impôts et en s&#8217;abstenant d’abuser des systèmes communs. La troisième est que l&#8217;on doit convaincre les gens que les institutions destinées à corriger les problèmes du « passager clandestin» (en d&#8217;autres termes ceux qui trichent sur leurs impôts ou profitent du système d&#8217;assurance sociale) sont raisonnablement efficaces. Si ces conditions sont remplies, la grande majorité sera d&#8217;accord pour un type social-démocrate de politique, même si eux-mêmes n’en profitent pas toujours. Je soutiens qu&#8217;il devrait être possible de construire et de transmettre une vision cohérente et globale de la société fondée sur ces idées, aujourd&#8217;hui renforcée par une multitude de résultats de la recherche en science sociale, et de la présenter comme une alternative au néo-libéralisme qui a échoué. Ce point tient à l&#8217;idée que la création de la confiance sociale, qui est nécessaire pour éviter un vaste «free-riding», n&#8217;est pas nécessairement générée uniquement par le « bas » de la manière organique décrite par exemple par Robert Putnam, mais qu&#8217;elle peut également être générée &laquo;&nbsp;par le haut &laquo;&nbsp;par l&#8217;introduction de régulations, promouvant l’égalité par des politiques de type social-démocrate.<br />
Le deuxième enseignement nécessaire pour un tel projet, c&#8217;est que nous sommes maintenant, au moins dans l&#8217;Occident développé, face à un ensemble diversifié des valeurs dans des parties significatives de la population, ce qui ce n&#8217;était le cas dans les débuts de la social-démocratie. Ce changement dans les valeurs et dans les cultures peut être considéré comme un mouvement qui s&#8217;éloigne des valeurs collectives vers des principes néo-libéraux. Ce changement est, comme on peut l’observer dans les différentes études sur les valeurs des populations, est important et constitue un problème pour les politiques social-démocrates, qui ont été construites sur ce que nous pouvons appeler des normes collectives. Le temps où il était possible d’avoir des normes uniformes, déterminées au niveau central est fini. Les personnes, aujourd&#8217;hui et de demain, demanderont des protections dans le strict respect de leurs penchants individuels, avec une plus grande liberté de choix- et, en outre, elles sont beaucoup mieux informées que ce qui était le cas auparavant.</p>
<p><strong>L&#8217;individualisme n&#8217;est pas l&#8217;intérêt égoïste</strong><strong> </strong><br />
Mais, en même temps, les études sur les valeurs culturelles et sociales montrent qu’il n&#8217;y a pas pourtant pas un basculement de la solidarité vers l&#8217;égoïsme. Au contraire, il semble que l&#8217;individualisme et le collectif et la solidarité et l’égoïsme, sont deux dimensions qui se mêlent. En d&#8217;autres termes, les « individualistes » d&#8217;aujourd&#8217;hui n’ont pas moins le sens de la solidarité que les « collectivistes » d&#8217;hier &#8211; la « réciprocité » est encore une motivation forte, mais elle doit être adaptée aux demandes des personnes pour des solutions plus individuelles. Pour les politiques social-démocrates, ceci nécessitera de rompre avec les normes collectives d’hier, et demandera de trouver des systèmes pour combiner la liberté de choix et la solidarité dans les politiques publiques. Il sera également nécessaire de prévoir un espace beaucoup plus grand pour la créativité et l&#8217;esprit d&#8217;entreprise, même dans la production des services sociaux. Des modèles sur la façon dont ces systèmes peuvent fonctionner ont été testés pour certains domaines dans les pays nordiques, et ont montré qu’ils fonctionnent raisonnablement bien.<br />
De mon point de vue, il est essentiel de conserver et de maintenir les systèmes de bien-être général, et de ne pas mener de politiques visant seulement «les plus vulnérables». Les raisons en sont triples. Tout d&#8217;abord, les systèmes de bien-être général doivent englober la classe moyenne, sans laquelle il est impossible de parvenir à une majorité en faveur d&#8217;une telle politique, ou de générer une quantité suffisamment importante de recettes fiscales, afin de mener à bien la politique du bien-être général. Cela conduira à réduire la place des différents « programmes d&#8217;action positive » qui ciblent des groupes spécifiques, car l&#8217;idée est que ces groupes devraient être intégrés dans les programmes universels.<br />
Comme le politologue américain Hugh Heclo l’a une fois déclaré : «La meilleure façon d&#8217;aider les pauvres est de ne pas en parler&nbsp;&raquo;. Deuxièmement, les systèmes généraux se révèlent plus efficaces dans la réalisation et la redistribution à des groupes aux ressources faibles, par rapport aux politiques ciblées exclusivement sur ces groupes. Cela peut sembler également contre-intuitif, mais taxer les riches pour donner aux pauvres pour accomplir une plus grande redistribution n’a pas l’efficacité que l’on pense, les recherches empiriques montrent que ce n&#8217;est pas le cas. C&#8217;est lorsque vous imposez «tout le monde» afin de donner à «tous» que l’on peut atteindre une plus grande redistribution. L&#8217;explication est que les impôts sont le plus souvent proportionnels ou un peu progressifs, mais les services de nombreuses prestations sociales sont nominaux. Cela fait des systèmes généraux d&#8217;assurance sociale de formidables machines de redistribution sociale. La troisième raison est que les programmes dirigés vers des groupes particulièrement vulnérables ont tendance à stigmatiser ces groupes, -ce qui rend en partie ces programmes contre-productifs.</p>
<p><strong>La &laquo;&nbsp;politique de l&#8217;identité » est une erreur</strong><br />
Enfin, si vous voulez répondre à la question de «ce qui est à faire», raisonnablement, il faut aussi répondre à la question de ce que l&#8217;on ne doit pas faire. Ma recommandation serait de ne pas se conduire avec ce qui pendant une longue période, a été la « chanson » préférée de la gauche intellectuelle, qui tient, dans des politiques visant à renforcer l&#8217;identité des minorités spécifiques. Il y a trois raisons pour cela. Tout d&#8217;abord, une telle politique est, par définition, anti-majoritaire &#8211; on pourrait même dire que, par sa logique propre, cela crée une majorité contre la politique de gauche. Il est tout simplement impossible de construire des coalitions politiquement efficaces à partir d’une diversité disparates de groupes minoritaires, car ils ont souvent des intérêts contradictoires. Une sociale-démocratie qui tenterait d’aller dans ce sens, se réduirait à un « supermarché » pour des intérêts particuliers et des groupes minoritaires. Ceci s&#8217;applique particulièrement dans de nombreux pays européens aujourd’hui troublés par des déficits d&#8217;intégration des immigrés, et des minorités ethniques. Aider les minorités vulnérables est plus efficace lorsque l&#8217;on conçoit des programmes généraux afin que leurs besoins soient inclus dans ces programmes. Cela demande une bonne dose de créativité politique et administrative. Deuxièmement, la politique identitaire a tendance à stigmatiser le groupe même qu’elle veut soutenir et crée en outre ce que le psychosociologue Claude Steele, dans un certain nombre d&#8217;expériences ingénieusement construites, a nommé la création de stéréotypes négatifs dans les images de soi au sein de groupes vulnérables<a href="#_ftn5">[5]</a>. La troisième raison est que les politiques particularistes engendrent souvent une bureaucratie lourde, qui décide qui et combien d’individus doivent être soutenus. Ceci, à son tour, alimente les critiques contre la politique social-démocrate, accusée d’un excès de confiance dans les politiques administratives autoritaires.<br />
En conclusion, il y a actuellement un montant élevé de résultats issus de la recherche en sciences sociales à l&#8217;appui du projet social-démocrate, tel que défini ici. Les difficultés que ce projet apparait rencontrer dans de nombreux pays, je le soutiens, ne peuventt pas être imputées principalement aux conditions structurelles régissant nos sociétés. Au lieu de cela, le problème réside dans une gauche intellectuelle trop influencée par le post-moderniste, le relativisme, l’influence des politiques identitaires, qui a été amenée à abandonner l’idée centrale des politiques social-démocrates fondées sur les principes d’un progrès rationnel.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref">[1]</a> Georges Soros, <em>New York Reviews of Books</em>, 11 Juin 2009.</p>
<p><a href="#_ftnref">[2]</a> North Douglass, John J Wallis et Barrey R. Weingast<em>. Violence and social orders : a conceptual framework for interpreting recorded human history. </em>Cambridge University Press 2009</p>
<p><a href="#_ftnref">[3]</a> Sandbrook Richard<em>. Social democracy in the global periphery : origins, challenges, prospects.</em> Cambridge University Press.2007</p>
<p><a href="#_ftnref">[4]</a> Rodrik, Dani. <em>One Economics, Many Recipes : Globalisation, Institutions and Economic Growth</em>, Princeton University Press.2007</p>
<p><a href="#_ftnref">[5]</a> Stelle, Claude. <em>Whistling Vivaldi and other clues : to how stereotypes affect us</em>. New York. Norton and Compagny.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref">[1]</a> Bo Rothstein nous a adressé ces réflexions d’un intellectuel social-démocrate après les résultats des élections suédoises du 19 septembre 2010.</p>
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		<title>Les leçons d’une défaite</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Oct 2010 08:57:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martin McIvor</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités internationales]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 39]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis l'arrivée au pouvoir de Tony Blair en 1997 sur fond d'optimisme et d'enthousiasme pour une “Nouvelle Grande Bretagne”, le parti travailliste a connu la plus longue période de son histoire aux affaires. Cette époque s'achève aujourd'hui dans la douleur. Le 6 mai dernier, les électeurs ont donné au parti travailliste son deuxième pire résultat en 80 ans en le rejetant dans l'opposition.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4><span>Martin McIvor est le rédacteur en chef de </span><span><em>Renewal: a journal of social democracy</em></span><span>: </span><span style="color: #0000ff;"><span style="text-decoration: underline;"><a href="http://www.renewal.org.uk/"><span>www.renewal.org.uk</span></a></span></span></h4>
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<p lang="fr-FR"><span>Depuis l&#8217;arrivée au pouvoir de Tony Blair en 1997 sur fond d&#8217;optimisme et d&#8217;enthousiasme pour une “Nouvelle Grande Bretagne”, le parti travailliste a connu la plus longue période de son histoire aux affaires. Cette époque s&#8217;achève aujourd&#8217;hui dans la douleur. Le 6 mai dernier, les électeurs ont donné au parti travailliste son deuxième pire résultat en 80 ans en le rejetant dans l&#8217;opposition.</span></p>
<p><!-- p { margin-bottom: 0.21cm; }a.sdfootnoteanc { font-size: 57%; } --></p>
<p lang="fr-FR"><span>La plupart des adhérents du parti s&#8217;attendaient depuis un moment à perdre ces élections, cependant cela ne rend pas pour autant cette réalité moins étourdissante ou moins désamparante. Certains s&#8217;inquiètent du fait que le parti ne puisse jamais retrouver son sens de l&#8217;orientation ou sa capacité à gagner le pouvoir. Toutefois, des signes montrent que la nature de la défaite a fait voler en éclats les certitudes et les postures du New Labour, bouleversé les termes du débat interne, et conduit à un état d&#8217;esprit tourné vers un droit d&#8217;inventaire ouvert et un questionnement constructif au sein duquel personne ne prétend avoir toutes les réponses. Là réside l&#8217;espoir. </span></p>
<p lang="fr-FR"><span> </span></p>
<p><span><strong>« </strong></span><span><strong>Le peuple a parlé, mais qu&#8217;a-t-il dit? »</strong></span></p>
<p><span>Cette élection est sans doute l&#8217;une des plus étranges de l&#8217;histoire </span><span>politique britannique récente. Mené sur fond de crise financière et de colère profonde envers les abus des membres du Parlement en termes de notes de frais, ce scrutin a mis des responsables politiques face à un électorat semblant exiger un changement politique radical et une protection des pires effets de la crise économique, mais ne faisant confiance ni aux travaillistes ni aux conservateurs pour le mettre en oeuvre. Il y eut bien un bref sursaut du côté des centristes du parti libéral démocrate, incarné par l&#8217;apparence d&#8217;efficacité de Nick Clegg dans les débats télévisés et ce qui a semblé à beaucoup d&#8217;électeurs être un engagement sincère pour la réforme du système politique et la justice économique. Mais </span><span><strong>la Cleggmania a fait long feu, alors qu&#8217;un nombre croissant d&#8217;électeurs suspectaient une manoeuvre supplémentaire de pur marketing politique, et le jour de l&#8217;élection venu, ce soutien s&#8217;effondra et l&#8217;électorat retourna vers les valeurs sûres, même décrédibilisées: 36 pour cent votèrent pour les conservateurs, 29 pour les travaillistes, pendant que les libéraux démocrates retombaient à 23 pour cent.</strong></span></p>
<p lang="fr-FR">
<p><span>Néanmoins, </span><span>les anomalies et les inégalités d&#8217;un système électoral britannique archaïque donnèrent le rôle de faiseurs de roi à Nick Clegg et aux libéraux démocrates dans le “parlement suspendu”- un évènement exceptionnel dans le système politique britannique, qui habituellement donne de solides majorités gouvernementales à l&#8217;un des deux principaux parti même si, comme c&#8217;est presque toujours le cas, aucun d&#8217;eux ne remporte plus de 50% des voix.</span><span><strong> </strong></span><span>L&#8217;espoir d&#8217;une “alliance progressiste” des travaillistes avec les libéraux démocrates, avec le soutien des nationalistes gallois et écossais et de Caroline Lucas, l&#8217;unique députée verte (et la première de l&#8217;histoire du Royaume-Uni) se fit jour</span><span style="color: #ff0000;"><span>.</span></span><span> Cela aurait probablement mieux convenu aux libéraux démocrates et aurait suscité un enthousiasme authentique chez beaucoup au parti travailliste, particulièrement au sein de la frange importante et croissante qui partage l&#8217;envie des libéraux démocrates de bâtir un système électoral plus proportionnel. Mais les chiffres étaient favorables aux conservateurs – tant en termes de sièges parlementaires que de victoire morale en raison de leur première place au scrutin. Ceci, combiné à l&#8217;impératif apparent de former un gouvernement “fort et stable” apte à faire passer en force des mesures impopulaires pour s&#8217;attaquer au déficit public béant, jeta Clegg dans les bras du parti conservateur “modernisé” et  ravalé de David Cameron. A la surprise de certains, cela ne conduisit pas seulement à un simple soutien parlementaire au gouvernement, mais à une vraie coalition, avec Clegg comme vice premier ministre et pas moins de 20 députés libéraux démocrates (près de la moitié de leur groupe parlementaire) nommés au sein du gouvernement à des postes divers. Cela donne certainement la meilleure chance à cette coalition de tenir ensemble et de rester au pouvoir les 5 ans du mandat, conformément à ce que souhaitent Cameron et Clegg. Certains soupçonnent de plus Cameron de vouloir saisir cette opportunité pour achever le repositionnement de son parti au centre-droit et se libérer ainsi de sa propre aile droite (qui reste une force importante au sein du Parti Conservateur, et qui n&#8217;a jamais été complètement convaincue par la thèse de Cameron qui affirme que pour élargir leur base électorale, les conservateurs doivent calmer leurs obsessions de baisses d&#8217;impôt, de dérégulation et de privatisation, et  d&#8217;hostilité envers l&#8217;immigration et l&#8217;Union Européenne). </span></p>
<p lang="fr-FR">
<p><span><strong>Les </strong></span><span><strong>positions personnelles et les vraies ambitions de Cameron demeurent énigmatiques. Mais quelles que soient ses intentions, le résultat consiste en une coalition gouvernementale engagée à réduire rapidement le déficit (surtout en coupant dans les dépenses), peut-être un peu plus libérale sur les questions sociales et les libertés publiques que ne l&#8217;aurait été un gouvernement purement conservateur, mais classiquement thatchérienne dans sa volonté de soutenir la politique étrangère américaine </strong></span><span>(y compris à travers la conservation d&#8217;armes nucléaires) </span><span><strong>et dans la paranoïa vis-à-vis du fédéralisme européen</strong></span><span> (ces dernières positions, en conflit direct avec celles des libéraux démocrates, ont été déclarées intouchables dans les négociations de la coalition, et le nouveau ministre des affaires étrangères William Hague autant que le ministre de la défense Liam Fox, sont des personnalités dirigeantes de la droite conservatrice).</span></p>
<p lang="fr-FR">
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<p lang="fr-FR"><span><strong>Le jugement dernier du “New Labour”</strong></span></p>
<p><span>Le parti travailliste est désormais entré dans une période d&#8217;introspection, reflétée en partie par la course à la succession de Gordon Brown à la tête du parti (au moment où l&#8217;article est rédigé, les principaux candidats sont l&#8217;ancien ministre des affaires étrangères David Miliband, le plus proche de Blair; Ed Balls, l&#8217;ancien proche conseiller de Brown, comme lui plus porté vers un Etat actif et la dépense publique; John Cruddas, un partisan réfléchi d&#8217;une économie plus égalitaire et d&#8217;une politique décentralisée, populaire chez les intellectuels de gauche et les militants de base; Ed Miliband, petit frère de David, qui pourrait représenter la meilleure chance de  faire la synthèse entre ces différents courants et d&#8217;une manière attractive intellectuellement).</span><span> </span><span><strong>La question centrale de ces débats est l&#8217;inventaire final du New Labour, ou, pour reprendre l&#8217;expression la plus ambitieuse de Blair, de la “Troisième voie” entre le travaillisme traditionnel et le néo-libéralisme contemporain. Si elle a pu apparaître un temps comme la formule gagnante pour le parti travailliste, personne ne l&#8217;a jamais vraiment portée dans son coeur, hormis une minorité dévouée de politiciens et de conseillers blairistes, convaincus que le réalisme électoral imposait une adaptation aux “aspirations” individualistes et consuméristes de la classe moyenne post-thatchérienne. </strong></span><span>Certes, elle a conduit a de réels succès, desquels tous les travaillistes sont fiers: des réformes constitutionnelles, dont la décentralisation au Pays de Galles et en Ecosse, la suppression des pairs héréditaires à la chambre des lords, une liberté d&#8217;information plus large; une réelle redistribution des revenus vers les ménages les plus modestes et un Etat social plus développé en matière de santé, d&#8217;éducation, et de logement qui a réduit le niveau de pauvreté et réparé les dégâts laissés par la négligence du secteur public des gouvernement conservateurs successifs. </span></p>
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<p><span>Mais, à mesure que les années ont passé, un malaise et une contestation grandissants sont apparus en interne du parti sur des éléments perturbants du bilan du gouvernement. Le pouvoir croissant de l&#8217;Etat en matière pénale, sécuritaire et de surveillance, nourri par un alarmisme sur la délinquance, l&#8217;immigration et le terrorisme </span><span>a fait grincer des dents. Les doutes de l&#8217;opinion à propos des allocations et de l&#8217;efficacité des dépenses sociales ont été avivés de manière contreproductive par la mise en scène d&#8217;une attitude dure vis-à-vis des prétendus “assistés” et par un affrontement avec les soi-disant pesanteurs de l&#8217;administration en imposant des réformes de marché au sein du service public et les partenariats publics privés.</span><sup><span><a name="sdfootnote1anc" href="#sdfootnote1sym"><sup>1</sup></a></span></sup><span> Surtout, le New Labour a laissé en place l&#8217;économie financiarisée et dérégulée léguée par Margaret Thatcher : mise à part l&#8217;introduction d&#8217;un salaire minimum qui, en dépit de son niveau modeste, demeure une réforme institutionnelle très populaire et très emblématique, le marché du travail est resté très “flexible”, la capacité des syndicats à s&#8217;organiser et à disposer d&#8217;un réel pouvoir de négociation n&#8217;a pas été favorisée, et le secteur manufacturier britannique poursuit son déclin. Par conséquent, le bilan économique est mitigé. Les taux de croissance ont donné l&#8217;apparence d&#8217;une économie en bonne santé, mais cette croissance fut plutôt tirée par la hausse des valeurs boursières et la bulle financière que par de réels progrès en termes de productivité et de compétitivité. Le taux d&#8217;emploi a été maintenu grâce à l&#8217;expansion du service public et à la croissance du secteur des services employant une main d&#8217;oeuvre peu qualifiée et mal payée; mais les emplois à haute qualification stables et bien payés ont été rares en dehors de la city où les bonus astronomiques, les stock-options et les profits des privatisations ont été recyclés dans des activités spéculatives aujourd&#8217;hui de triste notoriété.</span></p>
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<p><span><strong>Au fil</strong></span><span><strong> des ans, le malaise s&#8217;est accru à propos de l&#8217;enthousiasme béat de Blair et de Brown envers le modèle économique américain et ses priorités de politique étrangère. Le projet du New Labour a reçu un double coup de grâce incarné par les désastres qu&#8217;ont représenté l&#8217;alliance militaire de Blair avec George W. Bush et l&#8217;auto-destruction de la sphère financière sur laquelle Brown avait appuyé sa politique économique et sociale</strong></span><span>. Il est facile de dénoncer ces erreurs et ces mauvais choix, et peu de travaillistes essaieraient de les défendre  aujourd&#8217;hui, mais la plupart d&#8217;entre eux sont également conscients que le parti travailliste post-mortem doit vite dépasser la dénonciation simpliste des excès du New Labour. La véritable tâche à mettre en oeuvre est plutôt la construction d&#8217;une alternative crédible, d&#8217;une organisation et d&#8217;un programme viable de centre-gauche, à même de répondre aux tensions, insécurités et conflits du 21ème siècle, et ce alors que les partis socialistes et sociaux-démocrates en Europe éprouvent des difficultés à s&#8217;y employer.</span></p>
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<p lang="fr-FR"><span><strong>Des pistes pour l&#8217;avenir</strong></span></p>
<p><span>Paradoxalement, les adhérents du parti travailliste peuvent tirer des encouragements et des leçons de ce scrutin. La raison, si terrible soit-elle, en est que les résultats ne furent pas si catastrophiques que beaucoup de personnes le craignaient</span><span> &#8211; six mois avant, la plupart d&#8217;entre eux envisageaient malheureusement que le parti ne finisse troisième derrière les libéraux démocrates et qu&#8217;il n&#8217;entame un déclin final le conduisant à être éclipsé de manière permanente en tant que parti de gouvernement ou de première force de l&#8217;opposition. Ces dangers étaient à l&#8217;époque aggravés par la situation de quasi-banqueroute du parti &#8211; la plupart des riches donateurs retournant vers les conservateurs, les syndicats éprouvant les pires peines à convaincre leurs adhérents de soutenir un parti semblant plus embarrassé que stratège vis-à-vis de son alliance historique avec les organisations de salariés. Face aux travaillistes, les conservateurs ont bénéficié de montants d&#8217;argent jamais vus pour leur campagne &#8211;  venant notoirement du milliardaire de la finance Lord Aschroft, exilé fiscal au Belize &#8211; ainsi que du soutien quasi unanime des médias privés, comprenant bien sûr le réseau de chaînes d&#8217;information, de journaux et de sites internet de Rupert Murdoch…</span></p>
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<p><span>Malgré tout cela, le résultat de l&#8217;élection ne fut “pas si mal”. Les travaillistes ont obtenu plus de voix que les conservateurs à Londres et dans toutes les régions de la moitié nord du pays, de même qu&#8217;au pays de Galles et en Ecosse. Beaucoup de députés travaillistes qui s&#8217;atte</span><span>ndaient à perdre leur siège l’ont sauvé, parfois même en améliorant leur score. De même, le parti travailliste a fait de réels progrès dans les élections locales qui se tenaient le même jour, retournant la tendance d&#8217;une décennie de déclin &#8211; il a reconquis douze conseils et, de manière plus encourageante, a détruit les fiefs que l&#8217;extrémiste Parti national britannique avait construit dans l&#8217;est londonien et au nord-ouest. </span><span><strong>Les derniers mois avant l&#8217;élection, des signes d&#8217;une renaissance de ce qui restait de la base militante travailliste sont apparus, celle-ci se lançant dans une campagne de bouche à oreille dans les rues et sur internet, s&#8217;employant à mobiliser le coeur électoral du parti fait d&#8217;ouvriers, de minorités ethniques, des catégories progressistes des professions intellectuelles. </strong></span><span>Il semble que cette tendance a trouvé sa source dans la crainte d&#8217;un gouvernement conservateur et la volonté de refuser de donner à Cameron la majorité qu&#8217;il voulait, mais aussi partiellement dans le soutien à la réponse travailliste à la crise financière et à la récession, qui amorçait un modeste retour vers le travaillisme traditionnel keynésien et redistributeur. Gordon Brown s&#8217;est en effet opposé à l&#8217;engagement des Conservateurs de faire des coupes sombres et rapides dans les dépenses publiques au nom du fait que cela constituait des mesures déflationnistes qui risquaient de replonger l&#8217;économie dans la récession, et, par contraste, s&#8217;engageait à protéger l&#8217;Etat social et les services publics de la volonté des Conservateurs de revenir sur les hausses d&#8217;impôts des plus riches et d&#8217;offrir des rabais fiscaux supplémentaires sur les successions.</span></p>
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<p lang="fr-FR"><span>Le danger est certainement de tirer de mauvaises leçons de cette expérience. Il est tentant de penser que, une fois apparues les conséquences sévères du plan de réduction du déficit du nouveau gouvernement, ce dernier deviendra très impopulaire et que le parti travailliste n&#8217;aura qu&#8217;à dénoncer cette politique, attendre que la coalition ne se divise, et récolter les dividendes électoraux. Cette hypothèse est réaliste, mais Cameron et Clegg en sont parfaitement conscients, et il ne faudrait pas sous-estimer leur détermination et leur talent à utiliser les avantages du pouvoir pour renforcer leur position de direction sur la scène politique britannique. Les élections législatives laissent apparaître une tendance à la polarisation de la politique britannique jamais vue jusque là, ceci conduisant même certains à établir des comparaisons avec les Etats-Unis. Mais le parti travailliste s&#8217;est au final trouvé du mauvais côté de cette polarisation, en partie à cause des succès rencontrés par les libéraux démocrates et les conservateurs de Cameron dans leur remise en cause du Labour comme représentant de l&#8217;opinion progressiste au Royaume-Uni. La consolidation de ce réalignement, à travers la formation d&#8217;une coalition de centre-droit bien placée pour asséner un discours hégémonique consistant à affirmer un gouvernement consensuel “dans l&#8217;intérêt national”, fait courir au Parti travailliste le grave danger d&#8217;une marginalisation permanente en tant que représentant d&#8217;intérêts minoritaires inconciliables. </span></p>
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<p><span>Bien que beaucoup d&#8217;adhérents et d&#8217;électeurs du parti libéral démocrate soient horrifiés </span><span>par le fait que leur formation collabore désormais avec les conservateurs, un nombre important de citoyens gravitant autour du centre du spectre politique seront ravis de voir que les libéraux démocrates ont contraint les conservateurs a mener une politique plus progressiste en matière de libertés publiques et de réforme constitutionnelle, et trouveront même peut-être le résultat préférable à celui d’une alliance avec un gouvernement travailliste. Le gouvernement annonce déjà la nomination d&#8217;hommes politiques et d&#8217;experts classés jusqu&#8217;ici à gauche à des postes de conseillers, comme le député travailliste Frank Field et le journaliste économique Will Hutton (une tactique peut-être empruntée à Sarkozy). Le fait est que bon nombre de leaders d&#8217;opinion modérés et d&#8217;électeurs de la classe moyenne sont moins sensibles (ou simplement moins attentifs) aux questions de pauvreté et d&#8217;injustice économique que nous à gauche ne le pensons ou souhaiterions qu&#8217;ils le soient. Ce trait sera renforcé par l&#8217;inclination des médias à “donner sa chance au nouveau gouvernement” et particulièrement par la tendance déjà écrasante à présenter les coupes sombres dans la dépense publique comme un “remède nécessaire” &#8211; pouvant paraitre impopulaires à certains -, comme d&#8217;inévitables concessions à la “réalité “ économique et fiscale.</span></p>
<p><span>Cela pose deux défis clés aux travaillistes dans l&#8217;opposition. Premièrement, ils doivent développer une critique cohérente et crédible des politiques économiques de la coalition au pouvoir. </span><span><strong>Il ne suffira pas de simplement s&#8217;opposer aux “coupes”, aussi impopulaires soient elles, parce qu&#8217;une opposition de la sorte sera perçue par bon nombre comme opportuniste et malhonnête, à moins qu&#8217;elle ne puisse convaincre que de telles coupes ne sont pas simplement inévitables, qu&#8217;il y a des choix politiques à faire et qu&#8217;il existe de réelles alternatives au cours que le gouvernement emprunte.</strong></span><span> Il faut admettre que le parti travailliste ne l&#8217;a pas fait de manière convaincante pendant la campagne électorale, au cours de laquelle il a suscité des peurs quant aux réductions de dépenses voulues par les conservateurs et les libéraux démocrates, sans appuyer cette stratégie sur la démonstration que les travaillistes au pouvoir auraient pu les éviter par le biais de politiques fiscales et économiques. Pour ces raisons, la position des travaillistes a été présentée dans les médias, et probablement perçue par nombre d&#8217;électeurs, comme tout simplement malhonnête. Certes, les chiffres du Trésor démontraient clairement que des coupes sombres dans les services publics et les aides sociales ne pourraient être évitées à moins que les travaillistes ne se préparent à augmenter les impôts bien plus qu&#8217;ils n&#8217;étaient prêts à l&#8217;affirmer, probablement sur les banques, les grandes entreprises et les très riches, mais aussi de manière importante sur les ménages aux revenus situés dans la moyenne. Bien sûr, cela allait de pair avec des politiques rigoureuses de régulation du système financier et de contrôle de la création du crédit afin d’accroître l’investissement dans l’innovation de l’économie réelle et la création d’emploi, et de manière évidente, dans les technologies environnementales ainsi que dans les conversions promues par les défenseurs d’une « Nouvelle donne verte ». </span></p>
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<p><span>Le paradoxe de cette élection – et le drame pour la gauche</span><span> – a résidé dans le fait que, malgré les discours des principaux partis sur la convalescence économique et une rénovation centrée sur la justice, la compassion pour les pauvres et un soutien plus appuyé aux travailleurs de base, un serrage de vis face aux méfaits des banques et la création de nouveaux emplois dans le secteur vert, personne ne proposait de politique permettant de donner un semblant de réalité à tout cela. Sans aucun doute, le parti travailliste a compris ces enjeux mieux que les autres partis, toutefois ses politiques se sont montrées en totale inadéquation face à l’ampleur des problèmes auxquels il cherchait à s’attaquer. Dans les prochains mois, les travaillistes devront pointer du doigt l’échec du gouvernement de coalition à tenir ses promesses quant à un changement réel par rapport au classique « les affaires sont les affaires ».</span></p>
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<p><span>Ceci s’applique aussi à des débats qui dépasse la simple question économique et concernent plus largement la qualité de vie et le modèle de société. Sur ces sujets, la gauche s’est faite doubler par Cameron – </span><span><strong>après des années au cours desquelles le New Labour a essayé de faire la démonstration qu’il était en phase avec les valeurs de l’entreprise, la compétitivité et la performance économique, Cameron et Clegg ont réussi à se placer comme des personnes soucieuses de questions comme le temps libre et la vie de famille, la responsabilité sociale des entreprises et la cohésion sociale, les droits individuels et la démocratie participative, la protection de l’environnement</strong></span><span> (Cameron a remplacé l’iconographie patriotique traditionnelle du Parti conservateur par un nouveau logo représentant un grand arbre vert ; le concept clé de son programme étant selon lui de passer d’un « grand Etat » à une « grande société »). Ces questions auraient dû constituer un terrain favorable à la gauche; il est facile de percevoir combien le programme économique néo-libéral du gouvernement de coalition va complètement à l’encontre de cette rhétorique « post-matérialiste » de surface. Il y a là aussi une autre occasion pour les travaillistes de faire la preuve aux britanniques qu’ils ont réellement l’intention de mettre en oeuvre ces interventions publiques, régulations et réformes pour donner une réalité à cette vision de la société dont Cameron et Clegg se contentent de parler. Cette élection a démontré qu’au Royaume-Uni, comme ailleurs, que les problèmes qui se posent en ce début de 21</span><sup><span>ème</span></sup><span> siècles – la stabilité économique, le creusement des inégalités, la fragmentation des sociétés, la perte de pouvoir du politique, la durabilité écologique &#8211; sont des problèmes auxquels seule la gauche peut répondre. Mais nous devons pour cela avoir le courage de nous organiser et de mener la bataille politique, avec cohérence et détermination, si nous voulons que le peuple croit que nos valeurs et nos idéaux peuvent prendre forme dans la réalité.</span></p>
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<div id="sdfootnote1">
<p><a name="sdfootnote1sym" href="#sdfootnote1anc">1</a><span><span style="font-size: x-small;"> Certains membres du parti ont déjà commencé à suggérer que la 	raison essentielle de la défaite réside dans l&#8217;échec du 	gouvernement travailliste à conduire des “réformes” plus 	radicales dans les services publics et dans l&#8217;échec à répondre au 	ressentiment de “l&#8217;Angleterre qui se lève tôt” vis-à-vis de 	ceux qui reçoivent plus qu&#8217;elle de la part de l&#8217;Etat &#8211; les 	allocataires sociaux et les immigrants particulièrement, qu&#8217;ils 	soient demandeurs d&#8217;asile ou migrants économiques. Certes, un 	faisceau d&#8217;indices – issus des sondages et des anecdotes remontées 	des scrutateurs du parti &#8211; démontre que les électeurs n&#8217;ont pas 	été convaincus par le fait que l&#8217;investissement supplémentaire 	dans les services publics ait été utilisé efficacement et que 	l&#8217;angoisse quant à l&#8217;immigration et le ressentiment vis-à-vis des 	chômeurs ait effrité le soutien populaire pour les politiques 	sociales et l&#8217;idée d&#8217;une société multiculturelle. Cependant, le 	problème réside dans le fait que depuis 1997 le parti a tenu une 	ligne très dure sur ces questions – tant dans le discours que 	dans les politiques menées -, et il est aujourd&#8217;hui évident que 	cela a renforcé les avis négatifs, sur lesquels les conservateurs 	sont plus à même de capitaliser. De toute façon, à moins que le 	parti travailliste ne soit capable de s&#8217;attaquer frontalement à ces 	mystifications et ne se force à défendre pied à pied un Etat 	social compassionnel et tolérant, y compris envers les migrants, il 	ne gagnera jamais cette bataille politique.</span></span></p>
</div>
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