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	<title>La Revue Socialiste &#187; Edito</title>
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	<description>Revue de réflexion du Parti Socialiste</description>
	<lastBuildDate>Mon, 12 Dec 2011 13:14:03 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Retour sur un objet démocratique non (encore) identifié</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/12/09/retour-sur-un-objet-democratique-non-encore-identifie/</link>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 14:36:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Bergounioux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 44]]></category>

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		<description><![CDATA[Lorsque ce numéro paraîtra, les élections primaires seront derrière nous et nous serons dans l’âpre campagne présidentielle. Tout laisse à penser que celles-ci auront créé une dynamique politique et un horizon d’attente. Dans la mesure où nombre d’électeurs du premier tour, le 9 octobre, ne sont pas retournés voter, au second tour, le 16 octobre, et qu’un grand nombre d’électeurs n’ont voté qu’à ce dernier, c’est un peu plus de 3 millions de Français au total qui ont participé à ces primaires. Le PS s’était fixé un objectif d’un million et en espérait deux millions ! Le nombre plus important encore de téléspectateurs qui ont suivi les débats, environ 6 millions, pour le dernier de l’entre deux tours, achève de montrer l’intérêt suscité chez les électeurs de gauche.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Alain Bergounioux est directeur de la <em>Revue socialiste</em></p>
<p>Cela est suffisant pour tordre le cou à l’idée règne de la « dépolitisation ». Il y a, dans notre société, à la fois, de la défiance vis-à-vis de la politique mais également une forte attente qui s’exprime lorsqu’elle le peut. Encore faut-il que la politique offre une occasion de l’estimer. Ce fut justement le cas. Car, il s’agissait de faire de vrais choix. Certes, nous vivons dans une démocratie médiatique. Et la personnalisation est une donnée, que l’on peut condamner, quand elle tourne à la « peopolisation », mais qui ne date pas d’hier et qui touche toutes les sociétés démocratiques modernes. Or, <strong>il y avait un contenu politique réel dans ces élections primaires et des points de vue différents se sont confrontés sur des thèmes importants. Jusqu’à présent, pour beaucoup d’électeurs, entendre dire que le Parti socialiste était « un parti de débats » sonnait comme une abstraction. C’est désormais concret.</strong> Et ils ont pu accompagner, à partir d’analyses et de jugements divers, ce qui est une des fonctions majeures d’un parti politique de gouvernement : trouver les voies d’un projet politique qui, à partir d’aspirations et d’intérêts souvent contradictoires, dégage des lignes de force.</p>
<p>Le moment que nous avons vécu apporte aussi une réponse à une question que nous nous sommes posée avant d’adopter ce processus. Quel sera demain le rôle du Parti socialiste ? Sera-ce « la fin du parti militant » comme l’affirment les critiques<a href="#_ftn1">[1]</a>. En fait, la question de la rénovation de notre parti se pose déjà depuis de nombreuses années. Nous avons connu une évolution préoccupante avec la difficulté d’élargir et de diversifier notre assise militante et sociale. Le fait que le Parti socialiste soit un grand parti d’élus, à tous les niveaux de la vie démocratique, est évidemment un atout dans le rapport à la population. Mais cela induit aussi inévitablement une professionnalisation de la politique et ne protège pas de la sclérose.</p>
<p>Dans les dernières années, des adaptations ont été mises en œuvre pour revivifier le parti. Il ne faut pas les sous-estimer. La parité hommes-femmes dans les fonctions partisanes et électives devient une réalité de plus en plus fréquente. Les votes militants s’appliquent également à davantage d’occasions. L’élection du Premier secrétaire et des premiers secrétaires fédéraux ne date que de 1995. Les élections primaires s’inscrivent ainsi dans une tendance générale. Un parti socialiste aujourd’hui qui se veut populaire (et qui ne l’est pas assez…) ne peut pas vivre roulé en boule sur lui-même dans une société qui a été bouleversée par rapport aux conditions de sa naissance. Les élections primaires sont une forme nouvelle de mobilisation politique. Les militants partagent le choix de leur candidat aux élections présidentielles, mais ils sont au cœur de l’organisation de cette consultation, qui permet de tisser des liens politiques multiples, sans doute intermittents, mais nombreux et diversifiés dans chaque commune, grande ou petite.</p>
<p>Bien sûr, de véritables enseignements ne pourront être tirés que dans la durée avec la régularité acquise de cette forme de mobilisation politique. Mais son succès présent traduit une aspiration démocratique réelle. L’individualisation de nos sociétés ne conduit pas au retrait pur et simple dans la vie privée. L’engagement politique est plus irrégulier et se porte davantage sur des causes spécifiques. Cela peut ne pas être un problème pour de petits partis « thématiques ». Mais cela en est un pour les partis « généralistes », comme le nôtre, qui ont une vocation gouvernementale. L’idée qu’ils ne peuvent être que des partis d’électeurs autour d’un petit nombre de « professionnels » de la politique est erronée. <strong>Un parti de gauche doit être dans la société. Les modalités anciennes de présence ne suffisent plus. Les élections primaires ouvertes ne sont pas une panacée, et n’apportent pas de réponses aux défis de la mise en œuvre des projets politiques. Mais elles sont une manière de vivifier notre démocratie. Et, elles nous créent une obligation (quasi) morale de réussir notre campagne pour 2012, les citoyens qui sont venus voter dans nos primaires le comprennent bien ainsi…</strong></p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Pour cette thèse, voir Rémi Lefebvre, « Les primaires socialistes – La fin du parti militant », <em>Raisons d’agir,</em> 2011. Pour une analyse différente, voir  Alain Bergounioux, « Primaires or not Primaires ? », <em>Pouvoirs,</em> n°138, septembre 2011.</p>
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		</item>
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		<title>Edito</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/05/06/edito/</link>
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		<pubDate>Fri, 06 May 2011 09:24:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martine Aubry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 42]]></category>

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		<description><![CDATA[Le 10 mai 1981: les Français, les socialistes se souviennent de cette fervente rencontre attendue au long d’une décennie, entre un peuple, un espoir et  l’homme qui l’incarnait, les trois devenant alors indissociables.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Martine Aubry, Premier secrétaire du Parti socialiste</p>
<p>Le 10 mai 1981: les Français, les socialistes se souviennent de cette fervente rencontre attendue au long d’une décennie, entre un peuple, un espoir et  l’homme qui l’incarnait, les trois devenant alors indissociables.</p>
<p>Ce soir-là, chacun l’imagine -c’est déjà dans notre légende-, sur la route qui le menait de Château-Chinon à Paris, François Mitterrand se savait porteur d’une immense joie populaire, et déjà détenteur d’une responsabilité historique et grave comme aucun avant lui -sauf Blum qui l’éprouva certainement-, et aussi d’un héritage qui lui permettait d’invoquer tous les combats de la République et les luttes du mouvement socialiste.</p>
<p>Bien sûr, il faut se rappeler le rejet Président Giscard d’Estaing et les droites divisées. Mais l’entrée dans la crise avait fait d’ores et déjà tant de victimes. Grande puissance éprise de modernité, la France découvrait –déjà- l’insécurité de l’emploi et l’urgente nécessité de réinventer l’action publique au service de l’économie. Surtout, la construction opiniâtre d’une force politique, entreprise des années plus tôt, permettait de présenter au pays un candidat, mais aussi un projet de changement et une alliance à gauche, entre des partis longtemps concurrents qui avaient compris que seule une maison commune permettrait d’être à la hauteur de l’échéance présidentielle. Tous la redoutaient. La gauche l’avait régulièrement perdue, cette élection. Peu conforme à notre culture démocratique, il avait fallu l’affronter sans répit et sans état d’âme. François Mitterrand avait montré le chemin.</p>
<p>Pour moi, trente ans après, c&#8217;est l&#8217;occasion d&#8217;un témoignage, pas seulement d’un hommage, le moment d&#8217;une inspiration plutôt que d&#8217;une commémoration. C&#8217;est prolonger un chemin. Le chemin du socialisme qui conjugue l&#8217;unité et la diversité.  Le chemin de la gauche qui croit au changement par la démocratie. Le chemin d&#8217;une France qui se vit comme nation et qui se veut dans l&#8217;Europe.</p>
<p>Alors que les Français perdent espoir et que la France des débuts du XXIème siècle perd son rang, alors que nous sommes à l’aube d’une nouvelle bataille présidentielle, il est précieux, il est fortifiant, d&#8217;arpenter ce chemin, car c’est, en vérité, celui du progrès retrouvé. Trouver le chemin, bien sûr, mais aussi trouver la force de suivre le chemin. Malgré l&#8217;adversité, malgré les épreuves, malgré les contraintes, malgré le vertige que donne à la conscience qui la regarde en face, l&#8217;injustice qui dévore notre monde, c’est dans un tel moment, dans une fraternité de mémoire et d&#8217;engagement, que l&#8217;on peut puiser l&#8217;énergie de suivre le chemin du 10 mai et d&#8217;y conduire le peuple tout entier.</p>
<p>Avant le 10 mai, ce fut le temps de la conquête. Il faut, pour ne jamais oublier la méthode, évoquer une mobilisation sans précédent des idées, des talents, des forces sociales qui sans rompre avec leur indépendance, exprimaient les attentes populaires et apportaient des solutions originales, des mouvements associatifs dévoués à l’émancipation par l’éducation et la culture. Ce dimanche de printemps fut leur fête inoubliable, la nôtre, toutes générations confondues. Ils l’avaient tant voulue, tant préparée, dans l’abnégation militante comme dans le fracas des controverses et des congrès.</p>
<p>Pour Mitterrand, quand vint l’exercice du pouvoir, il n&#8217;y eut pas de point zéro, parce qu’il s&#8217;agissait de l&#8217;histoire de France : elle a plus de mille ans. Aussi la paix civile et la concorde doivent-elles primer sur les motifs, réels ou supposés voire fabriqués, de division. Cette obsession de la pacification d&#8217;un pays si longtemps déchiré, indispensable à la réconciliation vraie avec ses voisins, a marqué la présidence de François Mitterrand dès les premiers jours. Elle explique aussi nombre de ses choix, heureux ou contestables. C&#8217;est parce que Mitterrand sait que la France puise loin ses origines que chez lui, la rupture espérée est économique &#8211; avec le système capitaliste , et non pas historique ou idéologique avec le modèle républicain comme c&#8217;est le cas depuis 2007. Chez Mitterrand, la rupture est alternative, elle n’est revanche. Chez Mitterrand, le mandat s&#8217;inaugure au Panthéon…</p>
<p><strong>Le chemin du 10 Mai, c&#8217;est un président socialiste qui l’emprunta.</strong> Le premier de la Ve République. L&#8217;unique, à ce jour, également. On mesure la performance. On mesure aussi la difficulté pour la gauche de gravir la plus haute marche de l&#8217;Etat. Non que le pays dans sa sociologie penche inévitablement à droite. La France est le pays de l&#8217;égalité avant tout, où le haut et le bas déterminent autant les choix que la droite et la gauche. Simplement, la droite est plus à l&#8217;aise avec les institutions actuelles. A droite, on offre des chefs au pays, pas des débats. A gauche, c&#8217;est le contraire. Le caporalisme est étranger et l&#8217;unité n&#8217;est jamais un postulat. Quand on l’atteint, elle est un résultat. Ce fut le grand mérite de Mitterrand, d&#8217;unifier les tribus du socialisme, puis les familles des pensées de la gauche. Ce fut la décennie qui précéda le 10 mai, celle qui commença à Epinay en juin 1971.</p>
<p>Surtout, un socialiste seulement sur les six présidents qui se succédèrent depuis 1958, cette statistique en dit long sur les embûches qui parsèment l&#8217;itinéraire des prétendants de la gauche. La droite dispose de l&#8217;argent, des relais d&#8217;opinion qui en dépendent, de l&#8217;appareil bancaire et financier. Tous les sept ans, tous les cinq ans désormais, il faut voir quelle énergie les conservateurs et les libéraux peuvent déployer pour qu’un des leurs reste à la tête d&#8217;un Etat qu&#8217;ils n&#8217;ont jamais cessé, depuis la Révolution et malgré les alternances, de considérer comme leur propriété. C&#8217;est un torrent de caricatures et parfois de haines, qui se déverse sur celui ou celle qui, portant les couleurs de la gauche, s&#8217;attaque à ce bail que la droite au pouvoir s&#8217;est auto-attribuée. Avant d&#8217;être un président respecté, Mitterrand fut un prétendant empêché. Or, face à l&#8217;exagération de ses adversaires, Mitterrand choisit la démonstration, l&#8217;explication, la réflexion. Il en appela à la conscience des Français, non à leur instinct. Il le fit pour abolir la peine de mort dans la première année de son mandat. Il le fit aussi pour expliquer les difficultés économiques et financières, dont une large part venait des oligarchies de l&#8217;argent, des plus fortunés des fortunés qui spéculaient non pas contre la gauche, mais contre leur pays.</p>
<p><strong>Le chemin du 10 mai fut celui de la liberté, ou plutôt de la libération. </strong>Libération des ondes, avec les premières radios libres, puis la diversité du paysage audiovisuel. Libération des pouvoirs, à travers la révolution tranquille de la décentralisation, cette autonomie financière et de décision accordée aux communes, aux départements, aux régions, bientôt aux intercommunalités qui permit de conjuguer proximité et efficacité. Toutes choses aujourd’hui victimes de la tentation réactionnaire de la recentralisation. Libération des esprits à travers les arts et la création, avec le prix unique du livre, le quota de programmes français à la télévision, la sauvegarde d&#8217;un cinéma français indépendant, le développement du spectacle vivant et des musiques, la modernisation des musées régionaux, le lancement des grands travaux. Libération aussi pour des catégories injustement stigmatisées pour leur couleur ou pour leur orientation sexuelle – qu&#8217;on songe qu&#8217;avant 1981, il existait un fichier des homosexuels à la préfecture de police de Paris ! Libération du droit face à la force et à l&#8217;arbitraire, à travers la disparition de la Cour de sûreté de l&#8217;Etat et des Quartiers de haute sécurité. On s’insurge à l&#8217;idée que, trente ans plus tard, les présidents de l&#8217;audiovisuel public soient de nouveau nommés par le chef de l&#8217;Etat, que le budget de la culture et de l&#8217;éducation fondent comme peau de chagrin, qu&#8217;un ministre de l&#8217;Intérieur demeure en fonction pendant des mois après avoir été condamné par un tribunal pour propos racistes.</p>
<p><strong>Le chemin du 10 mai, c&#8217;est aussi la volonté de réconcilier l&#8217;efficacité économique et la justice sociale. </strong>En 1981, c&#8217;est la question du chômage qui avait rythmé la campagne présidentielle. Aux responsabilités, la gauche a deux préoccupations : relancer l&#8217;activité économique et agir vite. Les précédents de 1924, 1936 et 1944 avaient prouvé que les réformes qui ne sont pas menées sur le champ le sont rarement par la suite. Les « 110 propositions » du candidat Mitterrand devaient se transformer en autant d&#8217;actions, et d&#8217;abord sur le front de l&#8217;emploi, du pouvoir d&#8217;achat, de l&#8217;amélioration des conditions de travail. Le mot d&#8217;ordre était bien la « relance ». Relance de la consommation populaire, avec l’augmentation du Smic horaire, du minimum vieillesse, des allocations familiales et logement. Relance de l’appareil productif, à travers les aides à l&#8217;industrie ou la dotation en capital pour les entreprises nationalisées. Bien sûr il y eu des difficultés, le cours du franc qui avait été maintenu pendant des années surévalué, l’appareil productif Français qui se révéla insuffisamment modernisé pour tirer parti de la relance, le redémarrage des Etats-Unis n’arriva pas à la fin 1981 comme annoncé mais un an plus tard.. Mais, 1981 et les années laissent la trace d’une gauche de gouvernement profondément transformatrice, à l’origine d’avancées auxquelles les Français sont restés profondément attachés : l’amélioration des conditions de travail et renforcement des droits des salariés avec les lois Auroux, les 39 heures, l&#8217;âge légal du départ en retraire à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés, l’impôt sur les grandes fortunes… sans oublier le succès de la lutte contre l’inflation qui minait notre compétitivité et pénalisait les catégories populaires et moyennes.</p>
<p><strong>Le chemin du 10 mai, c’est celui d’une Europe volontaire et solidaire.</strong> C&#8217;est le fil d&#8217;Ariane de l&#8217;itinéraire qu’il partagea avec d’autres, à gauche et au-delà. La guerre et ses atrocités, le fils de Jarnac et ceux de sa génération ne les avaient pas seulement connues dans les livres ou les récits des anciens. Lui-même fut soldat, prisonnier, évadé. <em>« Le nationalisme, c&#8217;est la guerre »</em>, lancera-t-il lors de son ultime discours de chef de l&#8217;Etat, en mai 1995, devant le Parlement européen, résumant d&#8217;une phrase l&#8217;engagement de toute une vie. Sur l&#8217;Europe, sa construction, sa structuration, sa pesée sur la scène mondiale, ses valeurs héritées du christianisme et des Lumières, nul tactique médiocre et nulle équivoque. Quand la gauche arriva au pouvoir en 1981, la machine européenne était au point mort. Chacun se repliait sur son quant à soi et voilà qu&#8217;un socialiste allié aux communistes prenait place à la table du G7 et de l&#8217;Europe des 9 ! Mitterrand faisait figure de gêneur aux yeux des sociaux-démocrates et d&#8217;usurpateur au goût des libéraux. N&#8217;avait-il pas, avec ses amis de la gauche du PS, pris l&#8217;habitude de fustiger les Etats-Unis d&#8217;Europe qui seraient « l&#8217;Europe des Etats-Unis » ? Et pourtant, à Fontainebleau, il fut celui qui, avec le chancelier Kohl, mit l&#8217;Europe sur les rails d&#8217;une décennie historique qui s&#8217;ouvrit sur l&#8217;objectif de faire adhérer l&#8217;Espagne, la Grèce et le Portugal et qui s&#8217;acheva sur la création de la monnaie unique. Comment ne pas concevoir l&#8217;Europe actuelle comme une régression par rapport à ces acquis européens ? Vingt ans bientôt ont passé depuis Maastricht, et la compétition entre Etats adversaires a remplacé la coopération entre nations partenaires.</p>
<p>Justice sociale et efficacité économique, tradition millénaire et modernité républicaine, nation et Europe, François Mitterrand fut le président des réconciliations. Il savait que les déchirures de l&#8217;histoire et les déchirements des hommes risquent à tout moment de ressurgir et que la quête inlassable de l&#8217;esprit de rassemblement doit prévaloir, lorsqu&#8217;on est en charge de l&#8217;essentiel, sur toutes les autres considérations. Se souvenir de François Mitterrand, c&#8217;est trouver un chemin pour 2012. Non pour dupliquer, mais pour s&#8217;inspirer. Et d&#8217;abord de l&#8217;exigence de réconciliation entre les Français, par-delà les territoires, les catégories, les générations, les croyances religieuses ou les options philosophiques.</p>
<p>Comme Jaurès ou Blum, Mitterrand nous parle, à nous, aujourd&#8217;hui. Que l&#8217;on croit, comme lui -âme spirituelle et laïque plus que religieuse et mystique-, ou que l&#8217;on ne croit pas aux forces de l&#8217;esprit, comment ne pas être interpellée par les valeurs qu&#8217;il a portées, l&#8217;œuvre qu&#8217;il a forgée, l&#8217;humanisme qui l&#8217;a habité ? Comment être insensible à son histoire personnelle de la France, de Jarnac à Cluny, de Vézelay à l’antique Bibracte ?</p>
<p>Trente ans se sont écoulé depuis un certain 10 mai, dimanche d&#8217;alternance par les urnes, presque un demi-siècle après 36, un moment dont Barbara chanta l&#8217;intensité : <em>« Quelque chose a changé / C&#8217;est indéfinissable »</em>. Oui, il y a une « actualité » du 10 mai, une somme d&#8217;attitudes, de mots et d&#8217;actes qui perdurent par-delà le temps qui passe, le flux et le reflux des événements, cette part d&#8217;invariant qui donne du sens au dévouement militant de toute une vie. Ce que le philosophe appelle « dialectique », ce que l&#8217;écrivain nomme « ironie du sort », ce que le peintre ou l&#8217;architecte désignent comme « perspective », le président Mitterrand y voyait le ressort même de la vie, cette abolition de la chronologie par l&#8217;Histoire, cette victoire finale de l&#8217;action sur le commentaire, de la décision sur la critique, de la transformation sur la description. Le temps sélectionne, étalonne et rééchelonne. Il rend les jugements moins brûlants et plus sûrs. Les inventaires ont été faits, en leur temps. Le chemin du 10 mai ainsi accompli, la « part de vérité » de François Mitterrand devient une part profonde de notre récit national.</p>
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		<title>Le défi des droites</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/04/07/le-defi-des-droites/</link>
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		<pubDate>Thu, 07 Apr 2011 13:24:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Bergounioux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 41]]></category>

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		<description><![CDATA[La Revue socialiste avait présenté un dossier sur la situation des droites françaises à la fin de l’année 2001. En dix ans, bien des choses ont changé et vont encore plus le faire dans les temps à venir. En 2001, le socialisme européen dominait l’Union européenne ; en 2011 la droite gouverne 21 pays sur les 27 que compte l’Union. Inversion de cycle politique ? Ou tendance plus profonde comme tend à le penser Raffaele Simone dans un essai récent,  Le Monstre Doux  , que nous analysons dans ce numéro, avec le concours de l’auteur ? Pour apporter des réponses convaincantes, il faut prendre en compte la situation européenne et pas uniquement celle de la France - même si nous y consacrons évidemment plusieurs articles.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Alain Bergounioux, directeur de <em>la Revue socialiste</em></p>
<p>Les différences nationales demandent toujours d’éviter les généralisations hâtives &#8211; tout particulièrement entre l’ouest et l’est de l’Europe. Mais quelques tendances communes apparaissent néanmoins dans la dernière décennie. <strong>Les grands partis de la droite gouvernementale</strong>, d’une part,<strong> qui avaient fortement fait leurs les politiques néo-libérales, sont déstabilisés par la crise du capitalisme financier. Ils ont fait preuve d’un grand pragmatisme, n’hésitant pas à « recruter » dans l’urgence des mesures de type social-démocrate qu’ils récusaient auparavant. Mais ils l’ont fait sans cohérence, en apportant les aides des Etats aux secteurs bancaires tout en continuant de mettre en œuvre des politiques affaiblissant les services publics et des politiques fiscales favorables aux catégories sociales les plus aisées.</strong> Et ils pèsent de tout leur poids pour imposer des politiques d’austérité partout en Europe. Les discours sont souvent contradictoires –comme nous l’éprouvons particulièrement chez nous &#8211; mais les politiques menées par delà les circonstances particulières, traduisent des traits semblables, mêlant sans complexe les valeurs du capitalisme libéral et des formes d’intervention étatique.</p>
<p>L’autre point commun est qu’elles s’appuient partout sur un durcissement revendiqué des politiques en matière de sécurité et d’immigration, de plus en plus mêlées. Cela introduit une ambivalence de plus en plus nette vis à vis de l’Union européenne, les droites revendiquant un discours plus étroitement national. Cela explique entre autre l’effacement de l’influence démocrate-chrétienne proprement dite, qui avait structuré plusieurs grands partis dans la période précédente, au profit désormais de formations conservatrices qui tendent à intégrer dans un même ensemble les différentes cultures de la droite.</p>
<p>Ces choix, d’autre part, ne sont pas indépendants de la pression qu’exercent les extrêmes droites en Europe. Certes, huit pays de l’Union européenne seulement connaissent une extrême droite avec un score électoral régulièrement supérieur à 10 % des suffrages exprimés lors des consultations majeures (dont, hélas, la France depuis un quart de siècle). Mais dans huit autres, elle dépasse les 5 %. Dans une période de crise, elles agissent sur des ressorts traditionnels, mais néanmoins efficaces, à savoir les peurs, la défiance vis à vis des élites, le sentiment de déclin dans une mondialisation porteuse de bouleversements et, donc, d’insécurité. La référence à la seule identité nationale, sous toutes ses formes, est le point de l’articulation des discours des extrêmes droites en Europe occidentale – et, plus encore, en Europe orientale, toujours en butte aux problèmes des minorités nationales. La présence de l’Islam en Europe nourrit de plus en plus des réflexes xénophobes – comme on le voit dans l’Europe du Nord, hier présentée comme « la terre de tolérance » par excellence<strong>. Pragmatiquement, les extrêmes droites ont renoncé, plus ou moins aux thèmes néo-libéraux, qui structuraient dans les années 1980-1990 encore leurs discours souvent anti-étatiques, pour prendre de manière privilégiée, les thèmes de la protection des populations nationales. La réalité des inquiétudes dans les populations explique leur influence et la pression, plus ou moins forte, qu’elles exercent sur les grands partis de droite eux-mêmes qui retrouvent ces débats en leur sein.</strong></p>
<p>Les études rassemblées dans ce numéro permettent d’approfondir l’analyse des évolutions des droites. Ils mettent au jour leurs points forts mais également leurs faiblesses. Même si, en effet, il y a dans les réalités structurelles et culturelles de nos sociétés des faits &#8211; l’individualisation et la fragmentation sociales pour aller à l’essentiel &#8211; qui rendent la tâche des gauches plus difficile que par le passé, les contradictions des droites ne sont pas moins notables. Leurs conflits internes demeurent une donnée. La proximité avec les « sommets » de la finance est à double tranchant, tant les inégalités grandissantes ne sont pas tolérables dans des sociétés où l’argent n’est pas, quoiqu’on en dise, le seul maître comme dans d’autres parties du monde. Et, l’idéologie de la seule réussite individuelle se heurte aux faits qui la démentent journellement, et au peu de résultats pratiques des politiques des droites dans la vie quotidienne. <strong>Il n’y a certes pas pour les socialistes européens de baguette magique pour relever le défi que nous posent les droites et les extrêmes droites. Mais il peut être relevé, car nous sommes porteurs de politiques qui correspondent mieux aux exigences de la situation de crise que nous connaissons aujourd’hui. Il y a à cela cependant une condition : celle d’affronter directement les problèmes qui se posent et de bien les nommer. Car, comme l’écrivait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » &#8211; et nous pourrions dire, au malheur de la gauche…</strong></p>
<p>Il s’agit face aux droites et aux extrêmes droites, d’une part, de redéfinir clairement ce que doivent être la position (et les moyens) de la France et de l’Union européenne dans le monde, en donnant les points de repère indispensables dans le temps de transition que nous vivons, d’autre part, de mettre au jour, ce qui est (et doit être explicité fortement) le point de faiblesse des droites, l’écart entre les discours et les réalités concrètes, en prenant pleinement en charge les préoccupations quotidiennes des populations. Dans ces deux registres, ce qui serait une défense du statu quo ne suffirait pas, nous devons innover après avoir pris en compte ce que sont les attentes et les réalités vécues. Cela veut dire que nous ne devons pas nous satisfaire du prêt à penser convenu, mais faire le travail d’inventaire qui s’impose sur nos programmes anciens. L’action politique, comme nous la concevons, doit être toujours inspirée par des valeurs, mais elle comporte pour être efficace une part de pragmatisme. Sur des fonds qui ne changent pas &#8211; la sauvegarde des hiérarchies créées par l’argent, pour les droites, la culture de la xénophobie pour les extrêmes droites -, ces formations ont évolué dans la dernière décennie. Les socialistes doivent relever les défis d’aujourd’hui, et pour cela prendre la mesure de leurs adversaires politiques.</p>
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		<title>La « social-écologie en débat »</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/01/13/la-%c2%ab-social-ecologie-en-debat-%c2%bb-2/</link>
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		<pubDate>Thu, 13 Jan 2011 14:38:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Bergounioux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 40]]></category>

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		<description><![CDATA[Le dossier de ce numéro consacré à la social-écologie n’a guère besoin de justification. Tous les socialistes admettent que le nouveau projet d’ensemble, qui prendra la suite de celui formé dans les années 1960 et 1970 qui voulait mettre en œuvre des équilibres entre capital et le travail, l’Etat et le marché, la compétition et la solidarité - et sur lequel nous avons fait plus ou moins fond jusqu’à une date récente dans des conditions difficiles - ne pourra s’élaborer qu’en référence au développement durable.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Alain Bergounioux est directeur de la <em>Revue socialiste</em></p>
<p><strong>Le nouveau « paradigme » maintiendra les ambitions de l’ancien, fondamentalement la justice sociale, en donnant à chacun « l’espace nécessaire au déploiement de sa vie », comme disait le jeune Marx, et ajoutera les ambitions de modifier les modes de production et de consommation. C’est dire l’ampleur de la tâche !</strong> Mais, il n’y a pas une autre approche susceptible de réaliser la « grande transformation » que l’histoire fait plus que nous proposer… nous imposera peut-être. Il s’agit d’unir différemment que par le passé les trois dimensions que sont l’économie comme moyen, le développement social et individuel comme finalité et le respect des équilibres écologiques comme condition. Cela nous amène à élargir notre vision pour prendre en compte le court terme et le long terme, les générations présentes et les générations futures, les sociétés riches et les sociétés pauvres, le local et le global.</p>
<p>La complexité et l’ampleur des réformes à mener justifient pleinement que l’on mène l’enquête pour savoir comment faire concrètement et comprendre où sont les problèmes. <strong>La prise en compte des équilibres écologiques définit un nouveau rapport à l’économie, qui ne peut être que familier aux socialistes dans la mesure où il s’agit de distinguer trois domaines, le social, l’environnement, l’économie qui ne peuvent pas se réduire à la marchandisation. La régulation est donc nécessaire</strong>. Et il faut préserver des « sphères » non marchandes pour reprendre une expression de Michaël Walzer<a href="#_ftn1">[1]</a>. Mais, en même temps, l’écologie peut conduire à des formes de malthusianisme, comme le revendique par exemple Yves Cochet, qui ne sont pas dans la culture socialiste et qui rendent plus difficile la mise en œuvre des politiques sociales. La conciliation n’est évidemment pas impossible. Mais elle demande du travail. Les débats récents sur une éventuelle « contribution climat-énergie » (la dite « taxe carbone ») montrent qu’il n’est pas simple d’allier l’exigence écologique et la justice sociale. Nous savons, par ailleurs, que l’indispensable évolution des modes de consommation dans la vie quotidienne &#8211; qui est dans le débat public à gauche depuis la fin des années soixante avec la critique de la société de consommation<a href="#_ftn2">[2]</a> pose et posera encore plus des problèmes d’acceptation sociale. Il est facile de dire dans un colloque que la croissance demain devra être « sélective » et la consommation plus « saine ». Il est plus difficile de faire les choix politiques concrets !&#8230;</p>
<p>Raison de plus pour y travailler maintenant. C’est l’objet des études qui suivent. Elles montrent que le socialisme a le potentiel pour assumer les changements nécessaires<a href="#_ftn3">[3]</a>. L’enjeu écologique, en effet, contribue à réactualiser plusieurs des valeurs identitaires du socialisme, la démocratie, d’abord, car l’évolution des formes de production et de consommation demande plus de transparence et de solidarité, et plus de délibération pour les citoyens, entre les citoyens, les générations, les pays. La crise écologique réhabilite également les instruments de l’intervention publique.  Le rôle de l’Etat doit être plus effectif pour réguler et encadrer les marchés. De véritables outils de planification doivent être conçus et mis en œuvre, à toutes les échelles, nationale, européenne et mondiale, en particulier, pour la production et la consommation énergétiques. La protection de « biens publics » mondiaux suppose des formes de gouvernance mondiale plus abouties pour favoriser la coopération entre les Etats, les entreprises, les ONG. Henri Weber<a href="#_ftn4">[4]</a>, dans une tribune récente, a raison de dire que « les solutions à la crise écologique sont les mêmes que les solutions à la crise économique ». Il faut y ajouter – et ce n’est évidemment pas un détail &#8211; que la conciliation des nécessités écologiques et des exigences sociales demande que l’économie puisse favoriser la création d’emplois. Une « économie verte » ne suppose pas moins d’efforts d’investissement pour la recherche scientifique et technologique.</p>
<p>Ce numéro paraît à un moment où les discussions politiques ne se seront pas encore nouées entre le Parti socialiste et le mouvement écologiste. C’est l’occasion de poser les problèmes avec une grande liberté de pensée. L’orientation vers un nouveau paradigme sociétal requiert une vision qui dépasse les seuls intérêts immédiats – aussi importants soient-ils dans une négociation politique. Le défi qui nous est présenté demande, en somme, de répondre, à la fois, aux urgences du présent mais aussi aux grands problèmes de demain. <strong>Définir une « utopie concrète » n’est pas contradictoire avec ce qui a été et est la méthode du socialisme démocratique, la réalisation de « compromis » qui font avancer l’humanité sans déchirer « les sociétés ». Notre tâche aujourd’hui est de définir exactement ce que doivent être les nouveaux objets de ces compromis.</strong></p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref">[1]</a> Michaël Walzer, <em>Sphères de justice</em>, Seuil, Paris, 1997.</p>
<p><a href="#_ftnref">[2]</a> <em>Esprit</em>, septembre-octobre 2010, dossier sur Ivan Illich.</p>
<p><a href="#_ftnref">[3]</a> Géraud Guibert, <em>Tous écolos… et alors. Les enjeux de la nouvelle scène écologique</em>, Editions Ligues de Repères, Paris, 2010.</p>
<p><a href="#_ftnref">[4]</a> Henri Weber, <em>Libération</em>, « Pour un New Deal écologique et continental », 9 février 2010 (www.liberation.fr).</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Débat intellectuel et débat politique</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2010/10/05/debat-intellectuel-et-debat-politique/</link>
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		<pubDate>Tue, 05 Oct 2010 08:41:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Bergounioux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 39]]></category>

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		<description><![CDATA[Les socialistes aiment à penser qu’ils entretiennent une affinité particulière avec les intellectuels. Il est vrai qu’historiquement le Parti socialiste a été dirigé par de grands intellectuels, Jean Jaurès et Léon Blum qui avaient tous les deux une œuvre propre. Mais, il y a eu également des périodes d’éloignement, même de conflits, comme pendant la guerre d’Algérie. De toute manière, même dans des moments de rapprochement, les tensions existent. Car, l’action politique a ses logiques propres et le temps des programmes n’est pas celui de la production des idées – même si elles peuvent souvent être déclinées en mesures concrètes.

]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- p { margin-bottom: 0.21cm; } --></p>
<h4>Alain Bergounioux est directeur de la <em>Revue socialiste.</em></h4>
<p><!-- p { margin-bottom: 0.21cm; } -->Les socialistes aiment à penser qu’ils entretiennent une affinité particulière avec les intellectuels. Il est vrai qu’historiquement le Parti socialiste a été dirigé par de grands intellectuels, Jean Jaurès et Léon Blum qui avaient tous les deux une œuvre propre. Mais, il y a eu également des périodes d’éloignement, même de conflits, comme pendant la guerre d’Algérie. De toute manière, même dans des moments de rapprochement, les tensions existent. Car, l’action politique a ses logiques propres et le temps des programmes n’est pas celui de la production des idées – même si elles peuvent souvent être déclinées en mesures concrètes.</p>
<p><strong>La difficulté aujourd’hui est de définir ce que l’on entend par « débat intellectuel ». Cela était relativement simple au temps de Jaurès, où la notion d’intellectuels au sens actuel apparaît avec l’Affaire Dreyfus : il s’agissait d’hommes et de femmes, forts d’un savoir acquis dans une discipline, dans les lettres ou les sciences, qui interviennent dans le débat politique.</strong> Et, depuis lors, de grandes figures ont incarné des moments clefs de la vie politique et intellectuelle, à gauche avec Jean-Paul Sartre ou Albert Camus dans les années 1950-1960, à droite avec Raymond Aron. Les années 1970 et 1980, elles, ont été dominées plus par les intellectuels qui ont acquis leur autorité dans les « sciences humaines » alors particulièrement importantes dans la vie intellectuelle française. Les disparitions de Michel Foucauld, au début des années 1980 et de Pierre Bourdieu plus récemment, ont laissé place aujourd’hui à un paysage intellectuel moins structuré, plus dispersé sans aucun doute, et plus fragmenté.</p>
<p>Cela tient à plusieurs causes. Il est, d’abord, plus difficile de donner des visions globales des évolutions du monde en cours depuis une vingtaine d’années. Nous vivons un temps de ruptures dans l’ordre de la puissance, dans l’ordre des sciences et des technologies, qui offrent des opportunités vertigineuses, et posent autant de problèmes, dans l’ordre économique et financier. <strong>Cette accumulation de faits, a obscurci l’idée même de progrès, constitutive historiquement de la culture de la gauche.</strong> <strong>Comment ressaisir tout cela dans une pensée globale ? Ce n’est pas évident, compte-tenu de l’inévitable spécialisation des recherches et des travaux universitaires. Cela – et c’est une deuxième raison qui rend compte d’une tendance à l’atomisation du débat intellectuel &#8211;  explique que pour les partis politiques l’ «expertise » l’ait emporté dans leurs élaboration programmatiques.</strong> Les économistes y ont alors – malgré les remises en cause actuelles – la part dominante. Mais, sans que, là non plus, ne se soit dégagée une doctrine qui serait équivalente à ce qu’a été le keynésianisme après la Seconde Guerre Mondiale. Pour compliquer la situation, il faut tenir compte, enfin, de l’influence des médias qui ne créent pas à proprement parler le débat intellectuel, car ils se saisissent le plus souvent de thèmes présents dans l’actualité, mais le simplifient et privilégient quelques figures censées résumer tout le débat intellectuel, sans que les liens avec les travaux qui se mènent effectivement dans  les universités et les laboratoires soient établis.</p>
<p>Nous devons donc prendre en compte ces réalités complexes pour tirer parti des réflexions novatrices qui existent, et s’élargissent sans cesse autour de nouveaux domaines. Les socialistes doivent faire l’effort de se mettre à l’écoute des « intellectuels spécifiques » pour reprendre une expression de Michel Foucault, en passant outre les effets de mode. C’est d’ailleurs le rôle au Parti socialiste et la fonction du « Laboratoire des idées », animé par Christian Paul depuis la fin 2008,  qui s’attache à retisser des liens de travail entre le Parti socialiste et les intellectuels. L’enchevêtrement, en effet, de crises que nous connaissons aujourd’hui, la crise financière, la crise économique, la crise écologique et la crise européenne, qui n’ont certes pas les mêmes temporalités et les mêmes logiques, demande de dégager des voies nouvelles qui soient à la hauteur des transformations profondes qui sont à l’œuvre.</p>
<p>C’est pour cela que ce numéro de la <em>Revue Socialiste</em> consacre ce dossier au contenu  du débat intellectuel en Europe dans la gauche socialiste, social-démocrate ou travailliste. Nous avons, pour ce faire, demander à une dizaine d’intellectuels européens, universitaires pour la plupart, engagés ou non dans les partis, de faire le point pour leur pays respectifs. La comparaison entre leurs articles permet de voir où sont les points communs et les divergences.</p>
<p>Au cours des vingt dernières années, les socialistes européens se sont trouvés en position défensive. Face au cours néo-libéral de la mondialisation porté par les Etats-Unis et l’Angleterre, accepté par les pays émergents et les pays issus de l’éclatement de l’URSS, les socialistes, lorsqu’ils ont été au gouvernement, ont fait évoluer leur politiques, particulièrement leur vision de l’État, tout en maintenant des différences significatives avec les droites, concernant particulièrement la protection sociale. Pendant toute cette période, les réflexions et les débats sur la réalité des contraintes et les choix possibles n’ont pas manqué. Une seule théorisation d’ensemble, cependant, a été faite avec la proposition de « troisième voie » du New Labour, inspirée notamment par les travaux d’Antony Giddens ou de John Gray. Il s’agissait de prendre comme un fait la mondialisation de nos sociétés et l’individualisation sociale, pour mettre l’État et le secteur public au service de l’efficacité du marché, tout en donnant des moyens aux individus, en termes d’éducation, de santé, d’aides financières, pour s’insérer dans une économie compétitive. L’influence de ce nouveau « compromis » avec le libéralisme a été notable sur le socialisme européen, mais avec des différences importantes selon les pays et les partis. Les socialistes français ont, pour leur part, maintenu le principe d’un « rapport critique » avec le capitalisme et la nécessité que les biens fondamentaux ne soient pas distribués selon la logique des marchés.</p>
<p>À la fin des années 2000, l’expérience de la « Troisième voie » a été emportée par la tourmente financière et la crise économique. Les socialistes se retrouvent donc devant le défi d’apporter des réponses, qui peuvent  partir de ce qu’a été leur apport historique, la constitution d’économies mixtes assurant une protection sociale étendue, mais qui doivent produire aussi des idées neuves pour renouveler les dispositifs de correction des injustices et des inefficacités des marchés à différentes échelles, nationale, européenne et mondiale. <strong>Le noyau de l’idéologie social-démocrate est plus solide que nombre de commentateurs l’ont cru. On a confondu souvent les difficultés qu’il rencontre, du fait des développements historiques récents, avec sa valeur, qui constitue une réponse souhaitable aux désordres actuels, en unissant la coopération, la compétition et la solidarité.</strong> Identifier les éléments de valeur dans ce qu’ont été les politiques socialistes depuis la guerre peut aider à choisir ce qui doit être conservé et ce qui doit être réinventé. C’est une tâche qui appelle justement un travail commun, et respectueux des vocations différentes entre les intellectuels et les militants politiques..</p>
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		<title>Un devoir de morale ?</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2010/04/26/un-devoir-de-morale/</link>
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		<pubDate>Mon, 26 Apr 2010 15:35:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Bergounioux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 38]]></category>

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		<description><![CDATA[La notion de morale n’est pas d’un usage aisé chez les socialistes dès que l’on veut dépasser les banalités d’usage. Cela tient bien sûr, à ce que celle-ci a été (est ?) une arme favorite de la droite conservatrice. Tout le monde à gauche se dresse contre la menace d’un « ordre moral », évocateur de celui des conservateurs des années 1870 et plus encore de celui du régime de Vichy, tous les deux fortement cléricaux.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Alain Bergounioux est directeur de la Revue socialiste</h4>
<p>La notion de morale n’est pas d’un usage aisé chez les socialistes dès que l’on veut dépasser les banalités d’usage. Cela tient bien sûr, à ce que celle-ci a été (est ?) une arme favorite de la droite conservatrice. Tout le monde à gauche se dresse contre la menace d’un « ordre moral », évocateur de celui des conservateurs des années 1870 et plus encore de celui du régime de Vichy, tous les deux fortement cléricaux.</p>
<p>Cela vient aussi – ce qui est moins dit – de l’influence, plus ou moins affirmée, du marxisme dans la pensée de la gauche qui n’entendait de vérité morale que prise dans une situation concrète et faisait de la moralité un élément de l’idéologie bourgeoise. <strong>Les partis communistes ont </strong>néanmoins<strong> développé une morale propre, opposée à « la morale bourgeoise » &#8211; « Leur morale et la nôtre », disait le Trotski de la Révolution d’octobre – mais ils l’ont toujours subordonnée aux « intérêts de classe » du prolétariat, donc, aux intérêts de parti, amenant ainsi une redoutable confusion entre les fins et les moyens.</strong> Les socialistes, historiquement, se sont retrouvés dans une position intermédiaire, critiques de la « morale bourgeoise », dans ce qu’elle portait de conservatisme et d’hypocrisie, mais héritiers également de la « morale républicaine », qui n’était évidemment pas sans liens avec la première… La définition et la portée d’une morale humaniste a ainsi souvent prêté à débat entre socialistes.<br />
Les évolutions intervenues depuis les années 1960 &#8211; pour l’essentiel – ont encore compliqué la situation. La force des revendications individualistes, en effet, encouragées par l’amélioration des conditions de vie, a fait de la liberté de choix des individus un principe dominant des sociétés. Les combats pour élargir les libertés individuelles, en matière de sexualité, en matière culturelle, ont été le plus souvent portées par les socialistes et la gauche – beaucoup plus que par la droite qui a mené nombre de batailles d’arrière-garde, comme le débat sur le PACS l’a encore montré en 1998. La liberté d’une société des individus, en même temps, a créé une tendance à séparer, de plus en plus, ce qui est de l’ordre de la morale privée, laissée au libre choix des individus, de ce qui est de l’ordre de la morale collective, entendue comme relevant principalement du domaine de la loi. Les partis politiques « généralistes », donc de gouvernement, délégitimés partiellement pour statuer sur les questions de morale (ou qui se sont ressentis comme tels) ont pris dès lors l’habitude de quitter ce terrain difficile, confortés, qui plus est,  en ce sens, par le primat de l’économie dans les politiques gouvernementales. Cela est vrai pour le Parti socialiste français, mais également pour les autres partis européens socialistes, sociaux-démocrates ou travaillistes. La réflexion sur ce que peut être une vision nouvelle de la vie en société a tendu à céder la place à une invocation aux « valeurs »  - les problèmes (certes difficiles avec l’avancée des sciences), concernant la naissance, la sexualité, la mort étant de manière euphémistique, qualifiés, le plus souvent, de « question de société ».</p>
<p>Il y a de bons arguments pour s’en tenir là. La difficulté, voire l’impossibilité où nous sommes de trancher entre les différentes conceptions que se font les individus et les groupes, de ce que doit être une « société bonne », incite à fixer des limites précises à l’ambition politique. Les déceptions entraînées par les mécomptes des grandes idéologies politique du XIXe siècle et du XXé siècle, la perte d’autorité des religions pour une grande majorité des populations, même pour les croyants dès qu’il est question de morale, pèsent en ce sens. <strong>Devons-nous, </strong>cependant, <strong>nous en tenir à une conception minimale de la morale, juste ce qui nous permet de vivre ensemble dans un pluralisme assumé des valeurs ? Devons-nous nous reposer seulement sur la loi, qui n’a le droit d’interdire que les actions nuisibles à la société ? Le débat n’est pas neuf. Il est même consubstantiel à notre modernité. Parler de « progrès moral » fait toujours courir le risque d’intolérance, de conformisme, voire de bigoterie….<br />
</strong><br />
Mais, avant de statuer, nous devrions également tenir compte du contexte dans lequel nous vivons aujourd’hui. Les progrès continus vers la liberté individuelle de choix de vie  ont aussi un prix, l’incertitude est notre lot quotidien dans nos vies personnelles et professionnelles. Un auteur comme Zygmunt Bauman, qui s’interroge sur les conditions de possibilité d’une éthique dans une société devenue « liquide » <a href="#_ftn1">[1]</a> met l’accent sur l’importance également de la cohésion pour l’équilibre même de nos sociétés. Cette interrogation recoupe le débat clef de la philosophie politique anglo-saxonne entre les « libéraux », qui pensent qu’il ne doit y avoir que des individus libres et égaux en droit, comme John Rawls et les « communautariens », comme Charles Taylor ou Michael Walzer, qui reconnaissent les identités particulières. Notre modernité, en effet, est faite de paradoxes. Plus notre société est complexe, plus la demande de solutions simples est forte, plus la perspective devient globale, plus le local demeure attractif, plus nos vies sont structurées par l’incertitude, plus nous avons besoin de défendre quelque chose… Nous combattons pour des sociétés libres, mais nous voulons aussi des sociétés démocratiques. <strong>Longtemps le socialisme a porté un message culturel et éthique qui légitimait en profondeur ses politiques. Il suffit de relire Jean Jaurès et Léon Blum pour se le rappeler. Ils ont su rejeter ce qu’il y avait de faux dans le matérialisme, qu’il soit d’inspiration libérale ou marxiste… De la crise actuelle du socialisme européen, il y a plusieurs causes, mais l’une d’entre elles est la perte d’un sens moral, historique, culturel pour ses politiques. </strong>Non qu’il ne soit pas présent dans les engagements et les motivations militants. Mais il n’est plus suffisamment explicite. Or, pour créer (recréer ?) des liens de solidarité, il faut clairement exposer ce que doit être le « bien commun ». C’est une condition pour restaurer la vérité, la bienveillance, la réciprocité entre les femmes et les hommes.</p>
<p>C’est le débat que  ce numéro de la <em>Revue Socialiste</em><strong> </strong>veut rouvrir explicitement. Les conclusions ne se laisseront pas résumer simplement dans un texte. Elles sont là seulement pour nous aider à distinguer entre ce qui est et ce qui doit être.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Zygmunt Bauman,<strong> </strong><em>L’éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ? </em>Climats, Paris, 2010</p>
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		<title>Les territoires de la France</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2010/02/16/les-territoires-de-la-france/</link>
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		<pubDate>Tue, 16 Feb 2010 13:32:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Bergounioux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 37]]></category>

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		<description><![CDATA[La décision de consacrer le dossier de ce numéro de la Revue Socialiste à la France et à ses régions avait été prise avant que Nicolas Sarkozy ne décide de s’emparer du débat sur « l’identité nationale » avec le dessein - combien évident ! – de s’en faire le propriétaire…. L’opinion – si l’on en juge par les sondages – n’en est pas dupe. Mais, ce n’est pas une raison pour ne rien dire. Et, l’entrée par les régions fournit, somme toute, une bonne perspective. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Alain Bergounioux est directeur de la <em>Revue socialiste</em></h4>
<p>La nation  française, en effet, est une construction. L’unité historique s’est faite à partir d’une grande diversité de régions, de cultures, de langues même. L’unité, aujourd’hui, vit de cette diversité qui la nourrit. C’est justement lorsqu’on prend en compte la réalité multiple de la France qu’on peut échapper aux simplifications d’un débat, à la fois trop idéologique et trop politicien. Les socialistes ont, dès le XIXe siècle, réfléchi et débattu sur ce que devaient être les liens qui unissent un peuple. Dans leurs réflexions et leurs débats, ils n’ont jamais voulu séparer les différentes dimensions de la nation, ses origines historiques, son contenu culturel, sa réalité sociale. Ils n’en ont jamais fait une donnée figée, suffisante par elle-même. Ils l’ont, le plus souvent, pensée à différentes échelles, avec une attention aux territoires qui font la patrie, et une aspiration internationaliste et européenne.</p>
<p>Pour aller à l’essentiel, il faut suivre Jean Jaurès qui a résumé ce qui a été l’évolution de la plupart des socialistes depuis la fin du XIXe siècle. Dans <em>l’Armée nouvelle</em>, en 1910, il écrivait avec force : « Le socialisme ne se sépare pas de la vie, il ne se sépare pas de la nation. Il ne déserte pas la patrie ; il se sert de la patrie elle-même pour la transformer et pour l’agrandir ». Autrement dit, le socialisme accepte l’héritage de la conception républicaine de la nation, mais il veut en faire une réalité pour toutes et tous, en lui donnant un contenu social – c’est le sens de la volonté de la transformation – et il ne veut pas l’enfermer dans des bornes étroites, la réduire à un pré carré mais l’ouvrir sur le monde pour qu’elle puisse servir au progrès de l’humanité – c’est le sens de la volonté de l’agrandissement. Cette double volonté  donne son sens à une citation plus connue, qui apparaît comme une pétition de principe, mais qui portait (et porte) un projet d’avenir : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène ».</p>
<p>Voyons ces deux réalités. Il faut rappeler, d’abord, que la nation est née à gauche sous la Révolution française lorsque révolutionnaires, « girondins » comme « montagnards » en accord sur ce point, et « patriotes » se confondent exactement. La France, du coup, a été un des rares États dans l’histoire, à se définir de manière politique et non territoriale ou ethnique. Le vieux mot de nation, qui désignait jusque-là une origine, se politise. Le 17 juin 1789, les États généraux ont changé leur nom en Assemblée nationale. <strong>Dans <em>Qu’est ce que le Tiers État</em></strong><strong>, Sieyès a donné d’emblé la définition de la nation moderne : « Un corps d’associés vivant sous une loi commune et représenté par la même législature. » L’idée de contrat est essentielle et s’oppose pour longtemps aux conceptions des contre-révolutionnaires, de toutes les extrêmes droites et longtemps de larges parts de la droite, qui puisent les raisons d’un être ensemble dans l’origine, l’héritage, le sang, la langue maternelle, etc.</strong> Il y a eu évidemment des ambiguïtés, voire des contradictions quand les armées de la Révolution ont voulu exporter la République à la pointe des baïonnettes… La libération peut se transformer alors en oppression. La colonisation républicaine l’a illustré malheureusement – et les socialistes se sont divisés sur cette question. Il a été, est encore difficile, d’être vraiment fidèle au principe que fixait Brissot, l’orateur de la Gironde dès 1792 : « Un patriote français est un patriote universel, car la patrie commence avec la liberté, et la liberté dépasse la France». Mais, c’est ce principe, qui a toujours permis aux socialistes de renaître, et d’être au rendez-vous de la patrie dans les épreuves nationales.</p>
<p>Les luttes politiques de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle entre des droites qui ont voulu redéfinir le patriotisme en un nationalisme exclusiviste, volontiers chauvin, parfois xénophobe, comme à l’occasion de l’Affaire Dreyfus, ont amené les socialistes à mettre en avant, non sans débats entre eux, leur conception de la France constituée principalement par un corps de libertés et de droits qui permettent de limiter ce qu’avait (et a) de potentialités autoritaires le nationalisme. <strong>Jaurès, encore, avec sa lucidité, que la droite méconnaît pour se contenter de quelques citations privées de vie : « Depuis la révolution, démocratie et nationalité se confondent. Leur histoire depuis un siècle n’a de sens que par là». Mais d’ajouter tout aussitôt ; « La nationalité et la démocratie quoique unies en un même foyer ne se sont pas toujours développer d’un mouvement égal ».</strong> En effet, on le voit bien aujourd’hui avec la concentration des pouvoirs que réalise Nicolas Sarkozy que les républicains d’hier auraient vus comme un nouveau « Second Empire » !. Pour que les nations et la démocratie marchent ensemble, les socialistes ont mis l’accent sur la justice sociale. Et l’essentiel de leur action qui prend corps dès la fin du XIXe siècle dans la protestation, et la proposition d’abord, dans l’action gouvernementale ensuite à partir de 1936 et du Front Populaire, a été de contribuer avec d’autres, les radicaux parfois, les communistes selon les moments, le mouvement syndical évidemment, à bâtir les fondements d’un État social, dont les Français jugent aujourd’hui qu’il est constitutif, au même titre que les droits de l’homme et la langue, de l’identité française.</p>
<p>Il ne s’agit pas aujourd’hui de s’en tenir à une commémoration. L’idée de la France comme nation politique, pour laquelle tant de Français se sont battus et beaucoup de non natifs depuis Giuseppe Garibaldi en 1870 jusqu’à Missak Manouchian en 1943, n’est pas notre passé, mais notre avenir. C’est cette idée qui permet de faire face aux défis d’aujourd’hui et de demain, dans lesquels se seraient reconnus Jean Jaurès ou Léon Blum : l’inachèvement de la République sociale, la diversité grandissante de la société, la construction d’une Europe qui soit un facteur de progrès pour le monde. Les ressources pour le faire, nous les trouverons, non dans un ordre exclusif d’une identité nationale, mais dans une identité civique par nature plurielle. « Au lieu de fermer la République », disait le républicain Jules Ferry, qui connaissait le sens de ce mot, « il faut l’ouvrir, l’ouvrir à tous les hommes de bonne volonté ! » Être Français, pour les socialistes d’aujourd’hui et d’hier, ce n’est pas seulement êtres reconnus comme tel, c’est partager des valeurs communes, celles des Droits de l’Homme pour l’essentiel, et être citoyens, avec les droits et les devoirs qui vont avec.</p>
<p><em><br />
</em></p>
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		<title>Du passé ne faisons pas table rase….</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Nov 2009 13:21:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Bergounioux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 36]]></category>

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		<description><![CDATA[1989, la chute du mur offre évidemment l’occasion de revenir sur le sens de l’événement. Ce n’est pas pour se contenter d’une plate commémoration. Vingt ans après, les problèmes du passé sont peut-être soldés, mais la question que l’on avait pu penser partiellement résolue de construire une alternative au libéralisme économique avec l’État social, est remise sur le métier. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Alain Bergounioux est directeur de la Revue socialiste.</h4>
<p>1989, la chute du mur offre évidemment l’occasion de revenir sur le sens de l’événement. Ce n’est pas pour se contenter d’une plate commémoration. Vingt ans après, les problèmes du passé sont peut-être soldés, mais la question que l’on avait pu penser partiellement résolue de construire une alternative au libéralisme économique avec l’État social, est remise sur le métier.</p>
<p>Certes, aujourd’hui les enjeux sont différents et tout le monde s’accorde qu’il faut concevoir et mettre en œuvre en modèle de développement qui réalise un nouvel équilibre entre les exigences économiques, sociales, écologiques. Mais, n’y aurait-il rien à retirer des contradictions du passé et, encore du présent, si on en juge par la Chine qui se dit toujours communiste ? Le Parti communiste et l’extrême gauche ont tendance à se contenter d’une condamnation (intellectuellement paresseuse) du stalinisme pour pouvoir répéter que l’idée communiste a toujours un avenir. Les socialistes se satisfont souvent d’avoir eu raison avec Léon Blum. La volonté de ménager un parti allié l’explique partiellement, mais également le tronc commun, qui a uni historiquement les deux partis, a sa part. Cela ne peut être cependant des raisons suffisantes pour en rester là. L’aspiration au changement est forte aujourd’hui. Comme le soulignait François Furet lui-même, dans son grand livre, Le passé d’une illusion <sup class='footnote'><a href='#fn-494-1' id='fnref-494-1'>1</a></sup>  : « La démocratie fabrique, par sa seule existence, le besoin d’un monde postérieur à la bourgeoisie et au capital où pourrait s’épanouir une véritable communauté humaine ». Alors, gardons à l’esprit ce que peuvent être les enseignements essentiels de ce passé si proche.</p>
<p>Commençons par ce qui est le plus évident. Il est justifié de dire que « Léon Blum avait eu raison » dans son célèbre discours du Congrès de Tours, en décembre 1920. Les socialistes qui ont refusé l’adhésion à la IIIe Internationale et aux partis constitués sur le modèle du parti bolchévique ont bien compris – et sur le moment même – que rien ne pouvait se bâtir de durable sur la violence érigée en principe de gouvernement. La formule de Léon Blum selon laquelle la dictature annoncée du prolétariat se transformera en « dictature sur le prolétariat » résonne encore. C’est toujours l’essentiel. Le refus de sacrifier les libertés individuelles et collectives à ce qui pouvait paraître et était invoquée comme une invincible nécessité historique demandait de l’intelligence et du courage. Ces qualités ont réuni, rappelons-le, la révolutionnaire Rosa Luxembourg, comme le réformiste Léon Blum. C’est à partir de ce moment que les socialistes ont réellement pris conscience que la démocratie ne pouvait être un moyen mais était réellement une fin qui ne pouvait être soumise à aucune argutie, visant, par exemple, à relativiser les libertés formelles. La démocratie devait être comprise non pas seulement comme l’expression du pouvoir du peuple, mais, comme un État de droit, organisant le pluralisme politique et social, acceptant donc l’alternance politique. L’acceptation pleine et entière de la démocratie entraîne par conséquence qu’elle doit être défendue et entre en contradiction avec une vision totalement administrée de l’économie et de la société – que ne partageait pas d’ailleurs la majorité des socialistes d’avant 1914 qui avaient plutôt dans la tête la construction d’une société décentralisée, comme en témoignent les écrits de Jaurès.</p>
<p>Cette question majeure laisse cependant de côté une interrogation clef sur la spécificité du communisme. Car, bien des régimes ont été et sont fondés sur la violence. Et pour les socialistes, longtemps (et pour certains encore aujourd’hui), le désaccord avec le communisme ne porte pas sur les fins mais seulement sur les moyens. La querelle des interprétations emplit une bibliothèque. Elles oscillent entre deux pôles, avec toutes les variations de l’un à l’autre. Le premier fait des circonstances – des États arriérés, avec les pays qui ont suivi la Russie, sans culture démocratique, qui ont connu la guerre civile – l’explication essentielle de la dérive dictatoriale des régimes communistes. Le second met en cause l’idéologie même, le marxisme, voire la philosophie des Lumières, avec la Révolution Française, qui a fait du communisme une idéocratie voulant formater toute la société et refusant tout pluralisme de pensée, cela va de soi, mais également des intérêts – voire le drame de la paysannerie russe et chinoise. Il y a évidemment des éléments de vérité dans ces deux directions. Mais toutes les deux manquent ce qui unit toutes les expériences communistes, sur tous les continents, l’existence d’un parti, qui monopolise tous les pouvoirs, parti-État, construit non par Marx, qui a peu écrit sur ce qui serait la politique après la Révolution et qui avait en vue les réalités de la Commune, qui était tout sauf monolithique, mais par Lénine qui s’est emparé de la doctrine marxiste pour en faire la servante du parti détenteur de la vérité, mêlant, comme l’a montré lumineusement Claude Lefort, le pouvoir, le savoir et la loi. La mythologie de la révolution s’est convertie en mythologie du parti en dehors duquel il n’y a qu’erreur.</p>
<p>Cela rend compte qu’à côté des croyances idéologiques peu à peu se sont constitués les intérêts politiques et sociaux de puissantes bureaucraties. C’est la nature du parti léniniste puis stalinien qui a façonné le totalitarisme communiste. Il a fait sa force, mais il a conduit aussi à sa décomposition progressive, en empêchant, passé le temps de l’industrialisation de base, la société de vivre librement et d’affronter la complexité d’une économie moderne. L’échec du communisme ne condamne donc pas le mouvement ouvrier qui l’a précédé, fortement attaché d’ailleurs à l’idée de l’association, et, encore moins les principes des Lumières, qui ont fondé la démocratie moderne. Il ne doit pas plus inhiber la critique sociale comme la pensée conservatrice tend à le dire en mettant en avant la faillite du communisme pour clore la discussion. En fait, celle-ci libère plutôt ce que peut encore avoir d’utile la pensée marxienne. Faire l’inventaire du communisme doit nous mener par là même à faire un examen des évolutions du socialisme démocratique et à cesser de le penser en opposition pour le ré-ancrer dans un passé amputé par le communisme, riche de grandes potentialités.
<div class='footnotes'>
<div class='footnotedivider'></div>
<ol>
<li id='fn-494-1'>François Furet, Le passé d&#8217;une illusion, Calmann-Lévy/Robert Laffont, Paris, 1995.  <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-494-1'>&#8617;</a></span></li>
</ol>
</div>
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		<title>Des idées, et encore des idées&#8230;</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2009/09/30/des-idees-et-encore-des-idees/</link>
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		<pubDate>Wed, 30 Sep 2009 08:49:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Bergounioux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Au moment où ce numéro paraît, presque trois mois se sont écoulés depuis les résultats des élections européennes. Ils ont suscité nombre d’analyses et supportent plusieurs interprétations. Mais, il y a un point qui s’impose pour nous : ils s’inscrivent dans un contexte marqué par la contre-performance des socialistes européens et les difficultés de l’idéologie socialiste. Il y a bien sûr des exceptions, en Grèce, en Suède, au Danemark. Mais la plupart des partis, quand ils sont au pouvoir, ont reculé, ainsi que plusieurs partis dans l’opposition, particulièrement en France et en Finlande. Il est sûr que des spécificités nationales expliquent ce vote – qu’il ne faut d’ailleurs pas sur-interpréter, compte tenu de l’importance de l’abstention. Mais, il doit servir de signal d’alerte.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Alain Bergounioux est le directeur de la Revue Socialiste.</h3>
<p>Au moment où ce numéro paraît, presque trois mois se sont écoulés depuis les résultats des élections européennes. Ils ont suscité nombre d’analyses et supportent plusieurs interprétations. Mais, il y a un point qui s’impose pour nous : ils s’inscrivent dans un contexte marqué par la contre-performance des socialistes européens et les difficultés de l’idéologie socialiste. Il y a bien sûr des exceptions, en Grèce, en Suède, au Danemark. Mais la plupart des partis, quand ils sont au pouvoir, ont reculé, ainsi que plusieurs partis dans l’opposition, particulièrement en France et en Finlande. Il est sûr que des spécificités nationales expliquent ce vote – qu’il ne faut d’ailleurs pas sur-interpréter, compte tenu de l’importance de l’abstention. Mais, il doit servir de signal d’alerte.</p>
<p>Il a été remarqué à de nombreuses reprises que la crise économique actuelle appelle des solutions et des mesures de nature social-démocrate, pour mettre en oeuvre les moyens d’une régulation financière et de contrôle, pour définir des mesures sociales et environnementales pour intervenir dans les politiques industrielles, etc… C’est si vrai que des gouvernement de droite le revendique aujourd’hui pour eux-mêmes dans leurs discours et, partiellement, dans les actes (au moins à titre provisoire). Si les partis sociaux-démocrates ont été pris à contre-pied, cela tient sans aucun doute, d’abord, à un manque de volonté politique – non pas tant au niveau national qu’au niveau européen. Le texte du « Manifesto » présentait un progrès réel et offrait un cadre programmatique adapté à la situation des économies européennes. La décision de Gordon Brown et de José Luis Zapatero de na pas s’opposer à la reconduction de Barroso  a fait plus que jeter un doute sur la capacité des socialistes européens à porter une politique différente de celles menées jusque-là. Or, la coopération européenne fait partie des solutions novatrices. Les chefs de gouvernement sociaux-démocrates n’ont pas montré qu’ils étaient prêts à dépasser le cadre intergouvernemental dans lequel s’enferment les droites européennes. Désigner un candidat commun à la Présidence de la Commission – même sans possibilité immédiate de l’emporter – aurait été un premier pas indispensable. Cela entraîne une première réflexion pas assez souvent soulignée. Avant de voir les véritables manques du projet social-démocrate, il faut simplement dire que beaucoup dépend des partis eux-mêmes, de leur capacité à surmonter leurs faiblesses et à trouver des idées neuves. Il n’y a pas (encore ?) de force pouvant les remplacer comme les partis de l’alternative avec les partis conservateurs. La vague verte réelle demeure néanmoins limitée (pas plus de 7 % du Parlement européen) et il n’y a pas eu de poussée des partis d’extrême gauche. Le risque majeur aujourd’hui est que les droites gouvernent longtemps…</p>
<p>À côté de toutes les réformes internes concernant les structures et les pratiques partisanes – qui ont montré leur importance dans la mesure où les conditions de la vie politique changent dans des sociétés où les intérêts collectifs sont plus difficiles à représenter et qui ont, avec les technologies de la communication, des moyens nouveaux pour le débat et l’action politique – l’essentiel porte néanmoins sur la vision que peut offrir aujourd’hui le socialisme européen. Il s’est fondé historiquement comme une réponse à la question sociale ouverte avec la révolution industrielle et le développement du capitalisme et au défi de la démocratie. Partis, justement dits sociaux-démocrates, ils ont largement contribué à mettre en œuvre les compromis entre le capital et le travail qui ont permis l’instauration des différents modèles d’État social que nous connaissons aujourd’hui. Ce combat plus que séculaire n’est pas périmé. Cet acquis doit être préservé. Et pour l’être, cela demande de repenser l’architecture même de l’État-social pour socialiser les risques sociaux tout en personnalisant davantage ses services. C’est déjà une tâche importante où des solutions novatrices sont attendues des socialistes pour l’éducation, la santé, les retraites.</p>
<p>Mais elle ne s’arrête pas là. Il y a, en effet, une aspiration désormais, à penser et à mettre en œuvre une transition vers un modèle de développement, à la fois, plus humain et plus respectueux des équilibres écologiques. C’est ce que les partis et les mouvements « Verts » expriment. C’est un véritable enjeu qui peut devenir structurant. Il ne faut donc pas s’y tromper, derrière les aspects conjoncturels d’un vote, il y a une vraie substance. Non que les partis socialistes ne l’aient pas déjà dit et écrit…. Notre « Déclaration de principes » parle d’une « économie sociale et écologique de marché ». Mais les termes d’un nouveau compromis entre le capital, les besoins de la société et la nature ne peuvent pas s’entendre seulement en termes généraux. Ils supposent des choix et des arbitrages courageux pour convaincre de notre détermination. La grave crise mondiale que nous traversons doit être l’occasion de faire ce pas en avant. Il était sorti de celle des  années trente, les idées et les institutions qui ont fait les politiques socialistes des décennies suivantes. C’est notre défi actuel. Mais le temps est compté. Car un grand passé ne suffit pas à fonder un avenir. Notre Revue prendra sa part dans ce travail qui nous concerne tous.</p>
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		<title>Edito de Martine Aubry</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Jun 2009 10:30:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martine Aubry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>

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		<description><![CDATA[Je suis particulièrement heureuse d’introduire le premier numéro de la nouvelle
série de La Revue socialiste. Avec de nouvelles rubriques, une présentation moder-
nisée, une maquette enrichie et une équipe renouvelée, La Revue socialiste a des
ambitions à la hauteur de ses missions.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je suis particulièrement heureuse d’introduire le premier numéro de la nouvelle<br />
série de La Revue socialiste. Avec de nouvelles rubriques, une présentation moder-<br />
nisée, une maquette enrichie et une équipe renouvelée, La Revue socialiste a des<br />
ambitions à la hauteur de ses missions.<br />
Relancer le travail intellectuel au sein du Parti socialiste est un enjeu majeur et une impé-<br />
rieuse nécéssité. C’est, selon moi, indispensable pour la préparation de notre programme<br />
comme pour la reconquête intellectuelle face à la droite.<br />
La crise économique et financière que nous connaissons est le résultat du naufrage<br />
du capitalisme libéral. Elle justifie une approche de gauche et légitime, a posteriori<br />
nos critiques du modèle libéral. Elle rend urgente la construction d’un nouveau<br />
modèle, qui replace la finance au service de l’intérêt général et qui permette de<br />
mieux répartir les richesses. La droite, alors qu’elle est au pouvoir en France et<br />
en Europe, ne fait rien pour changer le système. Elle se contente de discours et de<br />
rustines. La conclusion est dès maintenant implacable : ce nouveau modèle sera de<br />
gauche ou ne sera pas.<br />
Cette grande révolution démocratique est pour la France et l’Europe l’enjeu de<br />
la décennie à venir. Serons-nous capables de la conduire ? Cela ne dépend que de<br />
nous.<br />
Pour que le socialisme redevienne une grande force d’entraînement, nous avons<br />
besoin que nos idées, nos valeurs et nos propositions soient débattues en lien avec la<br />
société et avec les intellectuels. Ce fut le cas par le passé. Cela doit l’être à nouveau<br />
à partir de maintenant.<br />
C’est pour cette raison que nous avons créé le Laboratoire des Idées. C’est aussi pour cela<br />
que j’ai demandé à Alain Bergounioux de donner un nouvel élan à La Revue socialiste. J’ai<br />
souhaité qu’elle soit un lieu de débat, et de rencontre qui permette à des auteurs, spécia-<br />
listes dans leurs domaines, de participer à notre travail d’élaboration.<br />
C’est dans cet esprit que La Revue dispose dorénavant d’un site Internet, qui permettra à<br />
chacun de prendre connaissance des articles publiés.<br />
De nombreux contacts ont déjà été pris avec des universitaires, des intellectuels et des<br />
experts en vue d’une participation régulière à nos travaux et à nos publications. Je tiens<br />
à dire que nous avons toujours été très bien reçus par nos interlocuteurs. Loin de l’image<br />
quelquefois véhiculée d’un divorce entre le Parti socialiste et le monde intellectuel, nous<br />
avons pu constater une attente et une disponibilité fortes. Je veux dès maintenant remer-<br />
cier tous les contributeurs présents, passés et à venir. Ils sont un maillon essentiel de la<br />
chaîne qui va nous conduire à l’alternance au service des Français.<br />
Nous avons choisi de consacrer le dossier de ce numéro au monde ouvrier. Pour le premier<br />
numéro de la nouvelle série de La Revue socialiste, c’est un symbole fort.<br />
Le monde ouvrier représente, au sens strict, un tiers de la population active. C’est<br />
déjà considérable. Il déborde, en fait, ces frontières statistiques. Les employés et de<br />
nombreuses professions intermédiaires en sont très proches. La réalité aujourd’hui,<br />
c’est beaucoup plus celle d’un continuum des conditions de vie et de travail entre<br />
ces différentes « catégories », continuum encore renforcé par la précarisation qui<br />
touche toutes les couches populaires et moyennes.<br />
Mais ce monde ouvrier est aujourd’hui divisé socialement et politiquement. Dans un<br />
environnement de syndicalisation trop faible – en particulier dans le secteur privé –,<br />
d’individualisation accrue des postes de travail et des horaires, de fragmentation des<br />
statuts et de stagnation des salaires, les solidarités collectives sont en crise. La stra-<br />
tégie de la droite consiste à entretenir ces divisions en créant des clivages artificiels.<br />
La nôtre, à l’opposé, consiste à essayer de refaire l’unité de ces couches populaires<br />
et moyennes au sein d’un grand mouvement populaire et progressiste.<br />
Les éclairages apportés par les contributeurs à ce numéro doivent nous permettre<br />
d’approfondir cette réflexion et d’élaborer une stratégie et un projet pour retisser<br />
les liens quelquefois un peu distendus avec eux.<br />
Grâce à notre retour au cœur du mouvement social, dans les manifestations, dans les usi-<br />
nes, dans les entreprises, nous avons déjà fait un grand pas dans la bonne direction. Le 29<br />
janvier, le 19 mars et le 1er mai 2009, beaucoup de salariés, de retraités, de chômeurs, de<br />
jeunes nous ont dit qu’ils étaient heureux de nous voir de retour parmi eux.<br />
À nous maintenant de donner une véritable traduction politique à leurs attentes, qui<br />
sont, face à une crise majeure et une droite dure, fortes. Grâce aux nombreuses passerel-<br />
les que nous rétablissons avec le monde associatif, intellectuel et syndical, ce travail est<br />
aujourd’hui bien entamé.<br />
La Revue socialiste y participera pleinement et vous en rendra compte régulièrement.<br />
Bonne lecture à tous !</p>
<p><strong>Martine Aubry</strong></p>
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