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	<title>La Revue Socialiste &#187; Le dossier</title>
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	<description>Revue de réflexion du Parti Socialiste</description>
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		<title>&#171;&#160;Le bilan du libre-échange est calamiteux&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Dec 2011 10:15:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>arnaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le dossier]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 44]]></category>

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		<description><![CDATA[Jacques Sapir est économiste à l’EHESS. Il a notamment écrit La démondialisation, Le Seuil, 2011. La revue socialiste : Quel bilan peut-on faire aujourd&#8217;hui du libre échange dans les évolutions de l&#8217;économie mondiale? Est-ce un handicap pour les économies des pays développés, un avantage pour les pays émergents? Comment expliquer qu&#8217;en Europe, certains pays paraissent en pâtir, comme la France, bien qu&#8217;elle soit la cinquième économie exportatrice du monde, et d&#8217;autres, non, comme l&#8217;Allemagne? Jacques Sapir : Le bilan du libre-échange au sens strict est assez calamiteux. Rien ne prouve (et c’est un euphémisme) que la libéralisation des échanges ait favorisé la croissance. En fait, le seul cas où l’on peut démontrer que la libéralisation a bien induit une croissance est celui de la Chine. Mais il faudrait alors calculer ce qui a été détruit dans les autres pays. Les conséquences environnementales ont aussi été très sensibles avec une dégradation [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Jacques Sapir est économiste à l’EHESS. Il a notamment écrit <em>La démondialisation,</em> Le Seuil, 2011.</p>
<p><em>La revue socialiste</em> : Quel bilan peut-on faire aujourd&#8217;hui du libre échange dans les évolutions de l&#8217;économie mondiale? Est-ce un handicap pour les économies des pays développés, un avantage pour les pays émergents? Comment expliquer qu&#8217;en Europe, certains pays paraissent en pâtir, comme la France, bien qu&#8217;elle soit la cinquième économie exportatrice du monde, et d&#8217;autres, non, comme l&#8217;Allemagne?</p>
<p><strong>Jacques Sapir </strong>: Le<strong> </strong>bilan du libre-échange au sens strict est assez calamiteux.<strong> Rien ne prouve (et c’est un euphémisme) que la libéralisation des échanges ait favorisé la croissance. En fait, le seul cas où l’on peut démontrer que la libéralisation a bien induit une croissance est celui de la Chine.</strong> <strong>Mais il faudrait alors calculer ce qui a été détruit dans les autres pays. </strong>Les conséquences environnementales ont aussi été très sensibles avec une dégradation importante de la situation dans les pays dits « émergents » et dans les pays dits « sous-développés » par des transferts d’activités fortement polluantes qui n’ont pas été accompagnés de transferts de technologie (le cas du démantèlement des navires en Inde et au Bengladesh en est un exemple, du recyclage des téléphones portables aussi). Ceci explique pourquoi dans un certain nombre de pays en développement la richesse (calculée par le PIB par habitant) s’accroît, mais l’espérance de vie diminue ! Au-delà du discours traditionnel sur les limites de la notion de PIB (limites bien réelles), le véritable problème est que l’on voit se développer une couche de « super-riches » et un embryon de classes moyennes dans les pays en voie de développement. Cela explique pourquoi le PIB par habitant <em>moyen</em> s’accroît. Mais le PIB par habitant <em>médian</em> en règle générale ne s’accroît pas. La polarisation des revenus augmente de manière rapide avec le libre-échange.</p>
<p>En fait TOUS les pays connaissent, à un niveau ou à un autre, des problèmes du fait du libre-échange. Les Etats-Unis ont un déficit commercial qui a atteint 5% du PIB. <strong>L’Allemagne, que l’on présente comme l’un des « vainqueurs » de la mondialisation, a vu ces dernières années son excédent commercial hors de la zone Euro (et de l’Europe) s’effondrer. Aujourd’hui, l’Allemagne ne réalise que 20% de ses excédents hors de l’Europe, dont environ 13% aux Etats-Unis. Le commerce est déficitaire avec trois des BRIC (Chine, Inde et Russie). Ce sont les excédents réalisés sur l’Europe et la zone Euro (60% du total) qui permettent à ce pays de donner l’illusion d’une bonne performance à l’échelle mondiale.</strong> En fait, si l’on regarde hors de la zone Euro, la France réalise une performance peu différente de celle de l’Allemagne. On le voit, le libre-échange est un problème général, mais certains pays ont trouvé des systèmes qui leur permettent d’en masquer les effets en les reportant sur d’autres pays (comme l’Allemagne).</p>
<p><strong><em>L. R. S.</em></strong> : <strong>Peut on réguler efficacement le commerce international? Est-il possible de faire entrer en compte les normes sociétales, concernant l&#8217;environnement, la santé, le droit des travailleurs, sans un consensus large entre les grands Etats? Est-il possible, alors, d&#8217;établir un &laquo;&nbsp;juste échange&nbsp;&raquo; comme le propose le projet du Parti socialiste? Peut-on le faire sans un équilibre entre les taux de change?</strong></p>
<p><strong>Jacques Sapir</strong> : La question n’est pas technique. Bien entendu on « peut » toujours imaginer une régulation internationale… C’est une question essentiellement politique. Croit-on qu’il soit possible de faire entrer les normes environnementales, sociétales et de droit du travail dans le commerce international par une négociation sans conditions ou au contraire par une négociation à partir de points de force, dont des mesures unilatérales ? En acceptant le principe de libre-échange comme base, nous nous sommes privés des points de force nécessaires pour faire aboutir une telle négociation. Il faut au contraire établir les bases de ce que pourraient être des droits compensatoires, en tenant compte de la productivité par branche et non par pays, mais aussi des caractéristiques de consommation d’énergie des différentes branches, qui sont loin d’être les mêmes. On aboutirait alors à un spectre général de droits de douanes différenciés par pays et par type de produits. Ce calcul n’est d’ailleurs pas difficile à faire et ne prendrait pas plus de deux semaines à une équipe travaillant au Ministère de l’Économie et des Finances. Il conviendrait alors d’entamer une négociation mais en précisant bien que si aucun accord n’est trouvé en 3 ou 6 mois, nous nous réservons de mettre en place de manière unilatérale ces droits de douane.</p>
<p>En fait, les mesures de rétorsion possibles sont assez limitées. Le commerce international combine largement les dimensions économiques et politiques. Aucun pays ne souhaite être confronté à un monopole. Quand vous n’avez que deux constructeurs mondiaux (dans l’aéronautique lourde, Airbus et Boeing), vous n’allez pas acheter des Boeing parce que l’un des pays du groupe Airbus vous taxe. Vous ne prendrez jamais le risque d’aboutir à un monopole. De plus, il est évident que les bases de la possible taxation sont établies de manière transparente et ne correspondent pas à une volonté de dégager un avantage économique particulier. Tout ceci m’amène à penser que des accords, soit avec des groupes de pays soit avec certains pays, seraient trouvés assez rapidement. Mais il faudra pour cela accepter un certain niveau d’affrontement verbal dans une période transitoire. Bien entendu, la question des taux de change interfère avec celle de la protection. Si le taux de change de l’Euro était de 1 pour 1,10 collars, le niveau des droits de douane serait plus faible. Ceci pose la question du rôle des marchés financiers dans la détermination des taux de change et du fait que l’équilibre technique que l’on peut constater pour certaines périodes sur ces marchés ne correspond en rien aux besoins structurels des économies.</p>
<p><strong><em>L. R. S.</em></strong><strong> :</strong> <strong>Quelles seraient les conditions pour établir un protectionnisme au niveau européen? Peut-on le faire autrement que de manière ciblée, compte tenu de la dispersion planétaire des chaînes de production? Une politique protectionniste nationale est-elle envisageable? Quels seraient ses effets?</strong></p>
<p><strong><em>Jacques Sapir</em></strong> : Un protectionnisme européen serait une des solutions idéales, mais à la condition de recréer des montants compensatoires entre pays de l’Union européenne. En effet, les phénomènes que l’on a décrits dans le commerce hors-Union européenne existent aussi dans le commerce intra-UE. Les investissements directs des grandes firmes transnationales ont permis à la productivité de ces pays de rattraper celle des pays du « cœur » historique de l’Europe, du moins dans certaines branches. Mais les salaires n’ont pas suivi. En Roumanie et en Slovaquie, ils sont le tiers des niveaux en France et en Allemagne. Comme nous ne pouvons pas forcer les gouvernements et les industriels de ces pays à augmenter les salaires, il faudrait instaurer une taxe, sur le modèle des montants compensatoires qui ont existé dans le marché commun dans les années soixante, pour compenser le surcroît de compétitivité engendré par la combinaison haute productivité et bas salaire.</p>
<p>Dans ces conditions, et si l’on se mettait d’accord sur des règles communes, effectivement un protectionnisme européen serait une solution élégante au problème que pose les hausses importantes de productivité que n’accompagnent pas des hausses équivalentes de salaires ou des mesures de protection sociale et environnementale. Mais, il convient d’éviter des discussions à n’en point finir. C’est là qu’un protectionnisme national a son rôle à jouer. Il ferait basculer le paradigme d’une logique « libre-échange, mais… » à une logique « protectionnisme, mais… ». <strong>Un protectionnisme à l’échelle nationale serait moins efficace qu’un protectionnisme européen (ou du moins mis en œuvre par certains pays du cœur historique de l’Europe). Mais, il serait infiniment plus efficace que le statu quo actuel. Dans mon esprit c’est un mécanisme pour déclencher une négociation, tout d’abord au sein de l’Union, puis de manière plus large. Avec des mesures protectionnistes prises unilatéralement vous plaidez saisi !</strong> Mais, il faudrait que ces mesures soient prises de manière transparente pour que nos partenaires comprennent que ce que nous cherchons n’est pas une position d’avantage mais à combattre des déséquilibres existants. Des mesures protectionnistes auraient bien entendu pour effet de relocaliser sur le territoire national certaines activités. L’expérience montre que l’effet de relocalisation est très rapide. Mais, je le redis, c’est à une combinaison de mesures protectionnistes <em>et</em> de mesures concernant le taux de change qu’il faudrait procéder si nous voulons éviter de voir l’industrie française, et européennes, détruites par des pratiques de concurrence malsaines.</p>
<p><strong><em>L. R. S.</em></strong><strong> :</strong> <strong>Peut-on penser qu&#8217;il y a des liens entre la crise actuelle des dettes souveraines et les problèmes du libre-échange?</strong></p>
<p><strong>Jacques Sapir</strong> : C’est évident. Le libre-échange conduit à une pression directe et indirecte sur les revenus, réduisant (de manière relative ou absolue) la demande solvable dans nos pays. Comme l’Euro nous empêche de dévaluer, certains pays ont laissé augmenter l’endettement pour maintenir cette demande solvable. En Espagne et au Portugal, ce fut l’endettement des ménages et des entreprises, bien plus que l’endettement public. En Grèce, on a eu une politique fiscale laxiste du côté des recettes pour redonner de la demande solvable, mais au détriment de l’endettement public. En France, nous avons maintenu des dépenses publiques à un niveau élevé et dans le même temps nous avons cherché à compenser les pertes de compétitivité par des cadeaux fiscaux aux entreprises, conduisant là aussi à un endettement public qui augmente depuis de nombreuses années. <strong>La crise de la dette, dont la crise de la dette souveraine n’est que l’un des aspects, est en Europe comme aux Etats-Unis la réponse que l’on a historiquement trouvée à la rupture du compromis social qui s’était établi dans les années cinquante et soixante sur le partage de la valeur ajoutée entre profits et salaires. Et cette rupture est liée de manière décisive et indiscutable au processus d’ouverture des économies qui a commencé dès le début des années soixante-dix.</strong></p>
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		<title>Consolider l’endettement public et renforcer l’euro pour promouvoir la croissance durable en Europe</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/12/09/consolider-l%e2%80%99endettement-public-et-renforcer-l%e2%80%99euro-pour-promouvoir-la-croissance-durable-en-europe/</link>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 15:49:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Aglietta</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le dossier]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 44]]></category>

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		<description><![CDATA[La détérioration fulgurante des dettes publiques en Europe à partir de 2009 n’a rien à voir, hormis la Grèce, avec une dégradation progressive de la gestion des finances publiques. Elle résulte d’un événement systémique qui a contraint les États à prendre en charge les dettes privées et à soutenir des économies qui s’effondraient. Il s’agit d’un surgissement de l’endettement public comparable à ceux qui ont été provoqués par des guerres ou par la crise financière globale des années 1930. A son tour, le problème posé par la consolidation de ces dettes est similaire à celui qui a confronté les pouvoirs publics dans le passé à la suite de ces événements.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Michel Aglietta est Professeur à l’université de Paris Nanterre. Il est notamment l’auteur de <em>La crise. Les voies de sortie,</em> Michalon, Paris, 2010.</p>
<p>La détérioration fulgurante des dettes publiques en Europe à partir de 2009 n’a rien à voir, hormis la Grèce, avec une dégradation progressive de la gestion des finances publiques. Elle résulte d’un événement systémique qui a contraint les États à prendre en charge les dettes privées et à soutenir des économies qui s’effondraient. Il s’agit d’un surgissement de l’endettement public comparable à ceux qui ont été provoqués par des guerres ou par la crise financière globale des années 1930. A son tour, le problème posé par la consolidation de ces dettes est similaire à celui qui a confronté les pouvoirs publics dans le passé à la suite de ces événements.</p>
<p>Les expériences du passé, notamment celles qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, montrent que les dettes se résorbent sur des périodes longues sans traumatisme majeur si l’on adopte les bonnes politiques. Il existe, en effet, plusieurs canaux possibles de réduction des dettes. L’art se trouve dans leur combinaison. La croissance économique maintenue sur le moyen terme est la voie royale. Mais elle ne se décrète pas et implique des politiques très volontaristes qui ont totalement disparu d’Europe et qu’il importe de retrouver. <strong>La voie japonaise est le piège dans lequel les errements actuels des gouvernements européens risquent de nous faire tomber. Elle se traduit par des ajustements budgétaires et des plans d’austérité qui n’en finissent pas, parce qu’ils entretiennent la croissance basse. La raison est  la force d’attrition sur l’économie résultant de la détérioration des facteurs de croissance qui dépendent des dépenses publiques.</strong> Mentionnons comme repoussoir la voie de l’entre-deux guerres : les défauts massifs et les restructurations forcées qui détruisent le capital et plongent les économies dans une spirale dépressive, jusqu’à ce que le désendettement ait atteint son terme et que le manque de capital crée une nouvelle demande. Si l’on oublie l’euthanasie instantanée des créanciers domestiques de l’État par un surgissement de l’hyperinflation type république de Weimar, il reste une voie qui a fait merveille aux États-Unis après la seconde guerre mondiale : un cocktail d’inflation chronique et stable (autour de 3%) et d’une politique monétaire visant des taux d’intérêt réels négatifs. Cette dernière voie est tout à fait rationnelle. C’est une taxation implicite de l’épargne qui se substitue à l’augmentation de la pression fiscale (taxation explicite des revenus) lorsque celle-ci est entravée par la collusion d’intérêts économiques et politiques produite par la globalisation financière. C’est la politique actuellement suivie par Ben Bernanke devant la paralysie du Congrès. Comment l’Europe peut-elle tenir compte de ces enseignements ?</p>
<p><strong>Pas de résolution des dettes souveraines sans stabilité financière</strong></p>
<p>La focalisation sur la crise des dettes publiques tend à faire oublier l’essentiel : c’est par le comportement des banques engagées dans le financement de la spéculation immobilière que la crise s’est diffusée. Toute réforme qui ne voit pas que les dettes publiques sont contaminées par les pertes cachées des bilans bancaires est vouée à l’échec. Parce que les pertes latentes dorment dans leurs bilans, les banques sont vulnérables à la détérioration des finances publiques et rendent la relance du crédit pour la croissance très problématique. Il faut donc reconnaître la nécessité de restructurer les dettes publiques dans les pays où c’est nécessaire et recapitaliser les banques mises en péril par ce processus. Corrélativement la politique macro prudentielle doit surveiller la dynamique de la dette privée et du prix des actifs. L’idée majeure est que la dette totale des nations sera d’autant mieux contrôlée qu’une régulation financière contra cyclique sera mise en œuvre et que la politique monétaire se préoccupera du niveau des taux longs. Ensuite pour retrouver le lien entre finance et croissance, il faut surtout sortir de l’ornière des règles automatiques de contrôle des finances publiques, du type pacte de stabilité et encore pire règle constitutionnelle. La première réforme est de réguler la concurrence fiscale pour éviter qu’elle déclenche des processus pervers. La deuxième est d’instituer une agence européenne indépendante d’évaluation des finances publiques, capable d’analyser les liens entre structure du budget et croissance de long terme. Sur cette base, une telle agence pourrait remplacer les agences de notation actuelles vis-à-vis des marchés en fournissant des notes fondées sur des évaluations de grande qualité. Elle rendrait ainsi possible rationnellement l’émission d’<em>eurobonds</em>.</p>
<p><strong>Un marché d’<em>eurobonds</em> serait un atout majeur pour la zone euro. Elle créerait un marché unifié de titres publics de grande taille et profondeur, directement concurrent du marché financier américain. Ce serait un attracteur de capitaux en provenance du reste du monde pour financer les investissements d’innovation qui relèveraient la croissance potentielle. </strong>L’émission d<em>’eurobonds</em> requiert deux conditions fondamentales qui font partie du renouvellement de la gouvernance : d’une part le processus d’évaluation que nous avons évoqué, d’autre part une forte coordination des politiques budgétaires selon la procédure dite des semestres européens. L’évaluation définirait une gamme de bonus/malus pour l’émission des titres publics des pays membres, en fonction des critères utilisés par l’agence d’évaluation, qui modulerait le coût de leurs émissions par rapport au taux d’intérêt moyen des <em>eurobonds</em>.  En fondant un marché des <em>eurobonds</em> sur une évaluation objective incontestable parce qu’approfondie et indépendante, tous les pays, y compris l’Allemagne, pourraient bénéficier de la liquidité supérieure à celle des marchés nationaux de dettes publiques séparés. Bénéficiant de notations fondées sur la reconnaissance de la production de valeur due aux investissements publics, donc des flux de recettes futures, les États auraient un intérêt majeur à réorganiser leur politique financière vers une programmation à moyen terme comportant un montant élevé de dépenses publiques productives et une structure fiscale plus efficace.</p>
<p>La coordination de la politique budgétaire ne peut être efficace que dans la cadre d’une concertation des politiques macroéconomiques. En effet, une leçon essentielle de la crise financière pour la gouvernance de la zone euro  est qu’un dispositif de surveillance et de contrôle est voué à l’échec s’il n’englobe pas la dynamique de la dette privée. Cela veut dire que le dispositif doit être de l’ordre de la supervision active plutôt que des règles automatiques et qu’il doit englober les dérapages du crédit privé, les prix des actifs et les évolutions des taux de change réels, c’est-à-dire de la compétitivité. L’idée majeure est que la dette publique sera d’autant mieux contrôlée qu’une régulation financière contra cyclique sera mise en œuvre et que la politique monétaire se préoccupera du niveau des taux longs. Concernant la procédure budgétaire proprement dite, il s’agit d’impliquer les parlements nationaux dans une programmation budgétaire pluri annuelle constituant un cadre contraignant dans lequel les lois de finances devront s’inscrire. La coordination devrait se faire dans le cadre d’une procédure agréée par tous les gouvernements de l’examen en commun préalable des choix budgétaires de chaque pays. Des pré programmations budgétaires pour la loi de finances à venir seraient préparés par les gouvernements et envoyées à Bruxelles pour examen par la Commission, puis débat européen au conseil des chefs d’Etat et au Parlement Européen. Des décisions mutuellement contraignantes en résulteraient pour le budget de l’année à venir qui devraient être validées dans les lois de finance nationales.</p>
<p><strong>Le pacte pour l’euro et l’enjeu de la croissance soutenable</strong></p>
<p>Les innovations de gouvernance ne seront efficaces que si les pays européens se redonnent un projet de croissance. La seule manière de sortir du piège de la croissance molle est de promouvoir des investissements de long terme en capital physique, capital naturel et capital humain. La réduction des coûts de la santé par des politiques de prévention à grande échelle et par le développement des biotechnologies, l’énergie propre et ses réseaux de distribution auto régulés, l’adaptation des villes au changement climatique doivent être les objectifs d’une programmation budgétaire à long terme. Il en est de même des infrastructures de transport transeuropéen à basse intensité carbone, c’est-à-dire une priorité au rail par un réseau dense à grande vitesse couvrant l’Europe. L’investissement en capital humain, pour élever massivement les qualifications de la population jeune et pour renouveler les compétences tout au long de la vie active, devrait faire partie d’une politique à long terme de l’emploi qui est la seule manière d’avoir raison du chômage structurel. <strong>A l’heure actuelle, les gouvernements sont engagés dans des politiques exclusivement court-termistes, susceptibles de provoquer des résultats opposés à ceux que l’on recherche. Sans perspectives de long terme, l’austérité budgétaire conduit inexorablement à un régime permanent de croissance molle, tandis que les marchés financiers imposent des taux d’intérêt trop hauts pour la croissance entravée.</strong> Seule une politique de croissance de l’ensemble de l’Europe, donc un relèvement du taux d’investissement, peut éviter l’insolvabilité des pays qui sont pris dans le cercle vicieux.</p>
<p>Pour élever l’investissement et l’orienter vers les priorités de long terme, il faut modifier profondément la structure des rendements et des risques par rapport aux errements des années précédant la crise. Pendant près de vingt ans la finance a prospéré sur la surconsommation financée à crédit dans le mépris de la conservation de l’environnement. La politique budgétaire n’a eu qu’une orientation persistante : abaisser les impôts sur le capital. L’incidence de ces dispositions sur l’allocation du capital a été fort claire : favoriser autant que faire se peut l’amplification des rendements à court terme. Une régulation financière plus exigeante que ne le propose Bâle III est nécessaire pour mettre de l’ordre dans la structure des rendements et des risques qui rende possible une intermédiation financière de long terme. Les investisseurs dont la nature du passif devrait conduire à des allocations d’actifs prenant en charge le long terme, doivent pouvoir trouver avantage à gérer les risques extra financiers inhérents aux investissements de la croissance soutenable, plutôt qu’à surfer sur la volatilité des marchés financiers. Pour infléchir la structure des rendements des actifs dans un sens favorable aux<strong> </strong>investissements durables, la manière la plus efficace est de faire évoluer les prix relatifs par la fiscalité. La consolidation budgétaire en Europe ne doit donc pas se contenter d’augmenter les impôts ou de diminuer les dépenses, elle doit saisir l’opportunité de faire évoluer la structure de la fiscalité et celle des dépenses.</p>
<p>En outre, parce que les pays européens ont des contraintes budgétaires prégnantes, ils ne vont pas s’engager dans des politiques ambitieuses d’investissement. La seule solution est une politique d’ampleur européenne, financée par un dispositif qui implique une avancée dans l’utilisation du budget européen, dédiée au financement du relèvement de la croissance potentielle. C’est en même temps par cette voie que les populations des pays européens reconnaîtront le bien fondé de la construction européenne. <strong>Il faut </strong>donc <strong>créer deux impôts levés au niveau européen par décision du parlement européen : une taxe sur les transactions financières largement justifiée par le caractère transfrontière des entités financières et par la  légitimité de capter une partie de la rente prélevée par ces institutions sur l’économie d’une part, une taxe carbone avec prélèvements aux frontières, justifiée par l’incitation indispensable aux investissements bas carbone d’autre part.</strong> Le produit de ces taxes doit servir de capital pour garantir une intermédiation financière destinée à financer les innovations qui nous engageront sur un sentier de croissance durable.</p>
<p>Sur la base du capital de garantie provenant du produit de la nouvelle fiscalité européenne, la Communauté peut soit utiliser la banque européenne d’investissement pour accroître sensiblement sa capacité d’emprunt, soit créer un Fonds Vert Européen (FVE). Ce serait un intermédiaire financier non bancaire qui attirerait l’épargne longue des investisseurs institutionnels à son passif et fournirait des crédits et des apports en capital à des organismes financiers divers et spécialisés dans le financement des investissements environnementaux à son actif. Le FVE deviendrait un formidable vecteur du financement de l’innovation pour l’Europe qui pourrait ainsi garder le leadership technologique dans le domaine le plus décisif du régime de croissance de l’actuel demi-siècle. Ce serait un outil permettant à l’Europe de réaliser la cohérence entre la politique climatique, celle de l’environnement en général et la politique macroéconomique. Le FVE opérerait comme un intermédiaire financier de long terme amenant un apport décisif dans ce rôle au système bancaire défaillant. Il offrirait une large gamme de crédits à des organismes financiers spécialisés dans le financement de projets (banques de développement et d’investissement, organismes de crédit spécialisés dans les financements sectoriels, etc…).  Il pourrait intervenir en capital dans des partenariats publics privés pour mener à bien des projets structurants d’un nouveau modèle de croissance.  Certes les critères de distribution des financements du Fonds sont à préciser, sachant que le principe de diversification des risques pour conserver en permanence la note maximale des obligations qu’il émet serait une contrainte financière qui limite les dérives vers des allocations « politiques ». L’essentiel est fondamentalement de modifier la rentabilité du capital en y incorporant le prix des externalités négatives liées au CO2. Une avancée de l’Europe dans ce domaine, sachant que la Chine est déjà engagée dans le redéploiement des investissements pour la production d’énergie propre et pour la réduction de l’intensité énergétique, donnerait une impulsion à la négociation internationale. Elle rendrait l’hostilité américaine à la définition d’une politique climatique au niveau fédéral difficile à poursuivre.</p>
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		<title>Pourquoi l’Europe n’a pas de politique industrielle</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/12/09/pourquoi-l%e2%80%99europe-n%e2%80%99a-pas-de-politique-industrielle/</link>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 15:47:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Guillaume Duval</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le dossier]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 44]]></category>

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		<description><![CDATA[La crise actuelle traduit la faillite des dogmes économiques qui prévalaient depuis trente ans. Et en particulier l’idée qu’il serait forcément bon d’aller vers toujours plus de liberté dans les échanges commerciaux et les investissements internationaux. D’où la multiplication d’appels en faveur d’un protectionnisme européen. L’Europe est en effet une des zones les plus ouvertes aux flux commerciaux et financiers. C’est l’une de ses faiblesses importantes vis-à-vis de puissances comme la Chine et les États-Unis, qui protègent plus activement leurs producteurs et leurs marchés intérieurs. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Guillaume Duval est rédacteur en chef du mensuel <em>Alternatives économiques</em> et auteur de <em>La France d’après, rebondir après la crise</em>, Les Petits matins, Paris, 2011.</p>
<p>La crise actuelle traduit la faillite des dogmes économiques qui prévalaient depuis trente ans. Et en particulier l’idée qu’il serait forcément bon d’aller vers toujours plus de liberté dans les échanges commerciaux et les investissements internationaux. D’où la multiplication d’appels en faveur d’un protectionnisme européen. L’Europe est en effet une des zones les plus ouvertes aux flux commerciaux et financiers. C’est l’une de ses faiblesses importantes vis-à-vis de puissances comme la Chine et les États-Unis, qui protègent plus activement leurs producteurs et leurs marchés intérieurs.</p>
<p>On aurait tort cependant de considérer que c’est la domination &#8211; indéniable &#8211; des idées libérales à Bruxelles qui est le principal obstacle à la mise en œuvre de politiques commerciale ou industrielle plus actives en Europe. Ce sont surtout le refus des Etats, et notamment des plus grands d’entre eux comme la France, de transférer à l’Union des moyens significatifs et leur volonté de continuer à traiter chacun pour son compte avec les principaux partenaires extérieurs, et en particulier la Chine et les Etats Unis, qui empêchent l’Europe de protéger davantage son marché intérieur. Ce frein structurel est encore renforcé par la dynamique de l’internationalisation des entreprises : la plupart des multinationales d’origine européenne n’ont plus intérêt à une protection plus poussée du marché intérieur européen. Pourrait-on malgré cela envisager des politiques industrielles et commerciales plus actives en Europe ? L’ampleur des déséquilibres vis-à-vis de la Chine pourrait y inciter. Mais c’est surtout autour de la conversion écologique de nos économies qu’on peut espérer construire une Europe plus intégrée sur ce plan.</p>
<p><strong>En Europe, beaucoup de problèmes sont internes </strong></p>
<p>Il convient tout d’abord de relativiser l’ampleur des déséquilibres qu’impose le reste du monde à l’économie européenne. Sur ce plan, elle est en effet dans une situation très différente de celle des États-Unis : même en 2008, quand il a fallu acheter beaucoup de pétrole et de gaz à des prix très élevés en dehors de l’Union à 27, ses échanges extérieurs ont été quasiment équilibrés. Bien sûr, lorsque cet équilibre extérieur est obtenu en exportant des biens produit par des salariés payés 100 contre des biens produits par des salariés payés 10, cela consiste en fait à importer beaucoup plus de travail qu’on en exporte. Malgré l’équilibre des comptes extérieurs, ces échanges peuvent donc être associés à des difficultés internes en termes d’emploi. Nous y reviendrons en particulier à propos des relations de l’Union avec la Chine.</p>
<p>Il n’en reste pas moins qu’<strong>une part importante des phénomènes de délocalisation qui affectent négativement les salariés de pays comme la France est interne à l’Union. L’élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale, politiquement indispensable après la chute du mur de Berlin, a notamment considérablement creusé les écarts de salaires au sein de l’Union. </strong>Le PIB par habitant d’un Luxembourgeois est 20 fois plus élevé que celui d’un Bulgare, et le coût du travail d’un Polonais était en 2007 en moyenne 4,9 fois plus faible que celui d’un Français : il était équivalent à celui d’un ouvrier de Hong Kong ou de Taïwan. L’élargissement à l’Est s’est effectué à budget de l’Union constant, contrairement à ce qui s’était passé avec l’élargissement au sud vers l’Espagne, le Portugal et la Grèce. Cette stratégie n’a laissé aux Peco que le choix du dumping social et fiscal comme moteur de leur intégration à l’Union. Cet élargissement a eu un impact particulièrement négatif sur la France parce que nous avions adopté dans les années 1990, via en particulier les politiques d’allègement de charge à proximité du SMIC, une stratégie d’insertion bas de gamme dans la division internationale du travail au sein de l’Europe des 15. Un positionnement qui se trouve directement concurrencé désormais par la Pologne ou la Roumanie. La capacité à limiter le dumping social et fiscal interne à l’Union compte donc autant pour limiter les délocalisations et la désindustrialisation en France que la protection du marché intérieur européen à l’égard du reste du monde.</p>
<p><strong>L’Europe n’est pas simplement une victime du libre-échange </strong></p>
<p><strong>On aurait tort</strong>, également,<strong> de considérer l’Union européenne comme une simple victime de l’ouverture excessive des frontières aux flux de marchandises et de capitaux. Elle a été aussi – et surtout – un moteur de cette évolution. En effet, l’Union a promu de manière très active la recherche d’accords de libre-échange avec de nombreux pays du Sud sur tous les continents.</strong> Elle dispose aujourd’hui d’accords de ce type avec le Maroc, l’Égypte et la Tunisie ; un accord a été signé avec le Pérou et la Colombie mais n’est pas encore en vigueur ; et l’Union s’efforce de conclure avec les pays d’Afrique, sans succès pour l’instant, des Accords de partenariat économique (APE) centrés eux aussi sur une ouverture accrue des frontières de ces pays aux marchandises et aux entreprises européennes.</p>
<p>Cette marche vers le libre-échange a le plus souvent des effets négatifs sur les pays en développement qui n’ont pas voulu ou pas pu s’en protéger. Le problème est particulièrement dramatique sur le plan agricole. On connaît la situation absurde des éleveurs de poulets africains ruinés par l’afflux de poulets européens congelés, des producteurs de lait poussés à la faillite par les arrivages de lait en poudre (qui rendaient les enfants malades du fait de la mauvaise qualité de l’eau), des producteurs de mil ou de sorgho réduits à la misère par les tombereaux de blé déversés par l’aide alimentaire occidentale… Le problème sur ce plan n’est pas tant que l’Europe, les États-Unis ou encore le Japon disposent de politiques pour stabiliser l’activité de leurs propres agriculteurs, mais surtout que les pays du Sud avec lesquels ils commercent n’en aient pas. A contrario, le protectionnisme serait-il la clé du développement des pays du Sud ? Au cours des dernières décennies, la Corée et la Chine ont pu sortir du sous-développement parce qu’elles ont su protéger leurs marchés, mettre en oeuvre des politiques publiques volontaristes, tout en pouvant accéder de manière relativement aisée aux marchés des pays riches. Si l’Europe doit rééquilibrer ses rapports avec la Chine et les États-Unis en protégeant mieux son marché intérieur, elle doit a contrario laisser davantage de liberté à ses partenaires du Sud pour protéger les leurs, notamment en matière agricole. Cela en favorisant surtout la constitution d’ensembles régionaux.</p>
<p><strong>Les Etats ne veulent pas de politique industrielle européenne</strong></p>
<p>De plus, la faiblesse structurelle des politiques industrielles et commerciales européennes est profondément liée à l’histoire de la construction européenne. Prévue d’abord pour les marchés de biens, la logique du marché commun s’est ensuite étendue à la fourniture de services et aux investissements étrangers avec l’Acte unique, adopté en 1986. Outre les droits de douane, ce processus a &#8211; logiquement &#8211; conduit à démanteler l’ensemble des outils utilisés traditionnellement par les États pour favoriser « leurs » acteurs économiques : subventions, préférences dans l’attribution des marchés publics, contrôle des fusions et acquisitions… De ce fait, les États européens ne pouvaient plus agir que sur la fourniture d’un environnement favorable aux entreprises en termes de qualité des infrastructures, de qualification de la main-d’oeuvre, etc. Tout en leur offrant parallèlement une fiscalité et un coût du travail plus faibles qu’ailleurs. La contradiction entre ces deux impératifs entretient évidemment un rapport étroit avec l’accroissement structurel des déficits et des dettes publics au sein de l’Union, et ce avant même la crise.</p>
<p><strong>Le marché européen a une histoire très différente de celle du marché américain </strong></p>
<p><strong>Ce démantèlement des barrières internes et des politiques industrielles nationales ne s’est cependant pas accompagné de la construction de protections équivalentes aux frontières de l’Europe, en dehors du cas très particulier de la Politique agricole commune. On n’a pas assisté non plus à la mise en place d’une politique industrielle à l’échelle de l’Union. Le poids de l’idéologie libérale au niveau des instances européennes a naturellement joué.</strong> On aurait tort cependant de surestimer ce facteur. Le fait de doter l’Union d’une politique industrielle digne de ce nom obligerait à renforcer les instances européennes, ce dont ne veulent pas les gouvernements des États membres. Cela entraînerait aussi une spécialisation accrue des différents territoires sur un type de production donné, à l’instar de ce qu’on observe au sein des États-Unis. Cette perspective ne pose pas de grosses difficultés aux petits pays : la Finlande a depuis longtemps intégré qu’en dehors des produits dérivés du bois et de la téléphonie mobile, il lui fallait importer le reste. Mais cette idée est beaucoup plus difficile à accepter, pour des raisons tout à fait compréhensibles, par des grands pays comme la France, qui avaient l’habitude de produire à peu près tout sur leur territoire. Enfin, une politique industrielle commune nécessiterait une augmentation significative du budget européen. Mais, même après la crise, il n’en est pas question : David Cameron, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont au contraire adressé ensemble début 2011 une lettre au président de la Commission européenne pour exiger le gel du budget européen jusqu’en… 2020.</p>
<p><strong>Il n’existe pas d’entreprises européennes </strong></p>
<p>De plus, dans l’histoire, les politiques de protection du marché intérieur ont toujours résulté d’un lobbying intense de la part des industriels. Or, aujourd’hui, les grandes entreprises d’origine européenne ne sont pas demandeuses. Pourquoi ? Parce que le processus d’intégration européenne a été largement concomitant de l’essor de la mondialisation et que, pour cette raison, il n’a pas abouti à la création de véritables entreprises « européennes ». Les champions nationaux allemands, italiens, anglais, français et autres ont très peu fusionné entre eux pour former des géants dont les marchés principaux soient situés sur le Vieux Continent. D’abord parce que ce type de fusion restait politiquement sensible : le fait qu’un leader industriel allemand (ou anglais) rachète son homologue français (ou réciproquement) passe toujours mal, malgré plus de cinquante ans d’intégration européenne. Il y a bien eu la formation d’Aventis en 19991 (aujourd’hui Sanofi-Aventis), à partir de Rhône-Poulenc et de Hoechst, mais c’est plutôt l’exception qui confirme la règle. Ces difficultés politiques ont été renforcées par l’intégrisme de la Commission européenne en matière de concurrence. En effet, le risque était grand de voir une fusion refusée par Bruxelles et cette attitude de la Commission a découragé la plupart des velléités de consolidation industrielle intra-européenne.</p>
<p><strong>Les multinationales européennes ne veulent pas entendre parler de protectionnisme </strong></p>
<p>Du coup, <strong>les champions nationaux ont </strong>surtout <strong>cherché leur salut hors de l’Union, en investissant dans un premier temps massivement aux États-Unis dans les années 1990, puis plus récemment en Asie et dans les autres pays émergents en forte croissance. Mais, de ce fait, ces acteurs multinationaux n’ont aucun intérêt à ce que l’Union se dote de protections accrues à ses frontières </strong>: ils redoutent que des mesures de protection du marché de l’Union ne compliquent leur déploiement à l’extérieur de l’Europe, largement prioritaire à leurs yeux vis-à-vis de la défense de leurs parts de marché dans un espace en faible croissance comme le Vieux Continent. C’est la raison pour laquelle les lobbies patronaux n’exercent, en dehors de quelques secteurs particuliers, aucune pression en faveur d’un protectionnisme européen.</p>
<p><strong>Le trou noir de la politique de change </strong></p>
<p>Par ailleurs, de nos jours, les politiques commerciales ne se jouent plus que très marginalement autour des droits de douane imposés aux frontières : le taux de change des monnaies est devenu le moyen principal dont se servent les États pour protéger leurs marchés et favoriser leurs producteurs. En Europe, la gestion du taux de change de l’euro est théoriquement une prérogative du Conseil des ministres de l’Union. Mais les États européens ont des intérêts divergents sur ce plan. Les Allemands, qui s’en sortent actuellement à l’export mais importent beaucoup de gaz et de pétrole et envoient beaucoup de touristes hors de la zone euro, trouvent avantage à ce que l’euro soit une monnaie chère, tandis que les pays d’Europe du Sud, qui exportent peu et reçoivent par contre beaucoup de touristes, plaideraient plutôt pour un euro moins fort. Moyennant quoi les Européens n’ont jamais été capables jusqu’ici de définir explicitement la politique de change qu’ils souhaitent. C’est la raison pour laquelle l’euro sert de simple variable d’ajustement à la concurrence à laquelle se livrent Chinois et Américains sur ce terrain, à travers une gestion politique très active de leurs taux de change réciproques. Avec comme résultat une dévaluation du yuan chinois de 17 % par rapport à l’euro entre avril 2005 et février 2011, compensant une part non négligeable des hausses de salaires intervenues en Chine.</p>
<p><strong>La question chinoise est centrale </strong></p>
<p>La question des déséquilibres des échanges extérieurs européens se pose en effet essentiellement vis-à-vis de la Chine : ce pays constitue aujourd’hui, et de très loin, le principal déficit commercial de l’Union, avec un trou de 167 milliards d’euros en 2010, soit 1,4 % du PIB européen. Le problème européen n’est pas vraiment celui d’un protectionnisme classique comme au 19<sup>ème</sup> siècle : vis-à-vis de la plupart des pays du Sud non producteurs de pétrole ou de gaz, l’Europe dégage au contraire des excédents importants, et ce qu’il faudrait pour rééquilibrer les échanges serait plutôt, nous l’avons dit, une plus grande ouverture du marché européen à leurs exportations. Par contre, <strong>l’Europe a, comme les États-Unis, un problème bilatéral – de plus en plus massif – vis-à-vis de la Chine. Mais, là non plus, l’Union n’arrive pas à parler d’une seule voix, parce que chacun des gouvernements des grands États membres souhaite continuer à traiter directement avec les autorités chinoises pour leur vendre « ses » trains à grande vitesse, « ses » centrales nucléaires…</strong> Et, pour cela, il faut bien sûr éviter de leur faire trop de peine. Moyennant quoi l’Europe en tant que telle n’a pas de politique commerciale à l’égard de la Chine et ne se donne aucun moyen pour rééquilibrer ses relations avec elle. Au contraire, la Chine profite actuellement des difficultés résultant de la crise des dettes publiques en Europe pour accentuer sa pression et diviser pour mieux régner. Les autorités chinoises disent en gros aux pays en difficultés : si l’Union européenne et le Fonds monétaire international vous font trop de misère, nous sommes prêts à vous aider. À condition, bien sûr, que vous acceptiez que nous fassions de vos pays des têtes de pont pour nos investissements en Europe. Et cela fonctionne : une société chinoise gère le port du Pirée, naguère principal port européen, et les armateurs grecs ont accepté de commander leurs bateaux en Chine. L’ampleur des déséquilibres commerciaux qui se sont creusés vis-à-vis de la Chine, l’agressivité croissante des multinationales chinoises sur les marchés européens et les problèmes importants que posent leurs pratiques en matière de propriété intellectuelle pourraient cependant servir de catalyseur à un sursaut européen. Et cela d’autant plus que, malgré ses succès actuels, l’industrie allemande n’est pas la moins menacée par le déploiement des multinationales chinoises, comme on commence à l’observer notamment sur le terrain des énergies renouvelables.</p>
<p><strong>Un espoir : la conversion écologique de nos économies</strong></p>
<p>Mais c’est probablement surtout autour du défi central du 21ème siècle &#8211; la conversion écologique des économies &#8211; qu’il est possible – et de toute façon nécessaire &#8211; de construire une politique industrielle plus intégrée en Europe. L’Europe, qui ne possède quasiment plus sur son territoire de ressources en énergie fossile ou en matières premières non renouvelables, a un besoin vital de réduire sa dépendance à l’égard de ces ressources. C’est probablement un des seuls domaines sur lequel les opinions européennes seraient prêtes à accepter un effort commun supplémentaire. L’Europe a pris déjà – et devrait continuer à prendre dans le futur – des positions plus avancées en matière écologique que celles que la communauté internationale est prête à adopter. Concernant en particulier la lutte contre le changement climatique, il paraît improbable qu’on parvienne à définir des politiques ambitieuses pour succéder, après 2012, au protocole de Kyoto, tout en associant au processus les États-Unis, la Chine et l’Inde, ce qui est indispensable. Si accord international il y a, il risque d’être très en retrait par rapport au type d’engagements pris antérieurement dans le cadre du protocole de Kyoto, et aux politiques que l’Union a d’ores et déjà arrêtées jusqu’en 2020 avec son objectif de « trois fois vingt » (20 % d’efficacité énergétique en plus, 20 % d’émissions de gaz à effet de serre en moins et 20 % d’énergies renouvelables dans le « mix » énergétique). Le risque existe que les acteurs économiques européens subissent des contrecoups importants en termes de délocalisation et de concurrence déloyale de la part d’acteurs qui subiront des contraintes environnementales moins fortes. Le fait d’être soumis à des normes plus strictes que les voisins peut toutefois aussi constituer un avantage concurrentiel : cela oblige en effet à développer de nouveaux produits et procédés qui donnent de l’avance aux industriels du pays ou de la zone concernée au moment où les autres doivent s’y mettre à leur tour. Il n’empêche : le relatif isolement européen dans ces matières devrait nous conduire à envisager une « taxe carbone aux frontières », c’est-à-dire un dispositif qui permette de s’assurer que les produits qui entrent dans l’Union ont eux aussi acquitté leur écot à la lutte contre le changement climatique. Une mesure défendue notamment de manière convaincante par l’économiste Olivier Godard. Faute de quoi les mesures prises en Europe risquent non seulement de nuire à la production européenne, mais aussi d’être sans effet sur le climat puisqu’elles se traduiraient par davantage d’importations en provenance de pays qui ne font rien pour limiter les émissions. Si nous ne prenons pas ce type de mesures, l’autre risque, qui a déjà commencé à se concrétiser, serait que l’Union abaisse notablement ses ambitions en matière environnementale pour protéger ses industries. Il ne s’agit pas cependant de mesures « protectionnistes » au sens où il s’agirait d’avantager les productions européennes, mais simplement d’assurer aux producteurs européens des conditions comparables vis-à-vis des contraintes environnementales que leur fabrication entraîne.</p>
<p>Bref, <strong>même s’il n’est pas question à mon sens de s’inscrire dans une perspective de « démondialisation » et de repli sur soi, il est urgent, tant sur le plan strictement industriel que sur le plan écologique, de doter l’Europe de politiques plus actives vis-à-vis de ses partenaires commerciaux et plus protectrices de son marché intérieur.</strong> <strong>Tout en arrêtant, a contrario, de chercher à imposer une ouverture forcenée à nos partenaires du Sud.</strong> Une évolution en ce sens implique cependant de surmonter à la fois l’opposition des États membres, et en particulier de la France, qui ne veulent pas céder de prérogatives à l’Union en la matière et l’inertie des multinationales européennes, pour lesquelles le marché européen ne constitue plus un enjeu majeur. L’ampleur des déséquilibres qui se sont creusés entre l’Europe et la Chine pourrait finir par faire céder ces barrières. Ainsi que les contraintes imposées par la crise écologique.</p>
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		<title>Pour une politique commerciale européenne plus ambitieuse et plus juste</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 15:21:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kader Arif</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le dossier]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 44]]></category>

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		<description><![CDATA[Le monde change à toute vitesse, la crise financière et ses répercussions sur l'économie ont montré les limites de l'idéologie libérale, et pourtant les pays émergents ne semblent pas affectés par les bouleversements qui touchent si durement les sociétés occidentales. Dans ce contexte qui interroge et effraie souvent, on le voit notamment par la montée des nationalismes partout en Europe, les citoyens expriment un intérêt croissant pour les thématiques de la mondialisation et du commerce, des thèmes dont ils ressentent l'impact croissant sur leur quotidien, sans pour autant en maîtriser les tenants et les aboutissants. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Kader Arif est député européen. Au sein du Parlement européen, il est porte-parole et coordinateur pour le groupe des Socialistes et Démocrates de la commission du commerce international.</p>
<p>La mondialisation s&#8217;insinue partout, qu&#8217;il s&#8217;agisse de l&#8217;accès à une information mondiale et immédiate, de la pratique des réseaux sociaux qui bouleverse les organisations sociales comme on a pu l&#8217;observer lors des révolutions dites du printemps arabe, ou encore des nouvelles habitudes de consommation qui reposent de plus en plus sur l&#8217;accès à des produits à bas coût produits à l&#8217;étranger. Ces nouveaux comportements sont profondément ancrés dans nos sociétés, et à mesure qu&#8217;ils se renforcent, les demandes pour davantage de régulation trouvent elles aussi un écho croissant. Les crises financière, économique, sociale, environnementale et alimentaire que nous traversons, et qui marquent dramatiquement cette actualité quotidienne, ont validé les critiques récurrentes, portées par les socialistes, des dérèglements et des instabilités intrinsèques au modèle du capitalisme de marché. C&#8217;est pourquoi nous devons conceptualiser un nouveau modèle de croissance et de développement, qui soit soutenable pour la planète, tout en offrant des perspectives à cette moitié de l&#8217;humanité qui demeure l&#8217;oubliée permanente du développement. Ainsi, toute une réflexion, tant idéologique que stratégique, est devant nous.</p>
<p>Dans un domaine qui relève désormais des compétences exclusives de l&#8217;Union européenne, le cœur de cette réflexion doit s&#8217;engager au niveau européen, dans le respect des traditions nationales et en prenant pleinement en compte les évolutions récentes du monde, notamment l&#8217;émergence de la Chine qui a basé sa stratégie de développement sur ses exportations plutôt que sur sa consommation intérieure, l&#8217;inflexion de la politique américaine qui prend des accents protectionnistes, la modification de la politique étrangère des dits BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui sont passés des porte-voix des pays en développement aux nouveaux champions commerciaux de la planète, ou encore l&#8217;accélération de la guerre économique à travers notamment le dumping monétaire symbolisé par le faible cours du yuan.</p>
<p><strong>Jusqu&#8217;à présent, face aux demandes de régulations et de solidarités nouvelles qui s&#8217;exprimaient, les députés européens étaient dépourvus du pouvoir législatif leur permettant de peser directement sur les politiques menées. Avec le traité de Lisbonne, nous disposons désormais du pouvoir de ratifier ou non l&#8217;ensemble des accords commerciaux, ainsi que celui de réviser, en codécision avec le Conseil, l&#8217;ensemble du cadre de la politique commerciale commune. </strong>En tant que porte-parole du Groupe Socialiste et Démocrate pour le commerce international, j&#8217;ai ainsi engagé une réflexion en nous fixant un objectif commun, celui de redéfinir une nouvelle doctrine pour une politique commerciale européenne ambitieuse et juste, au service d&#8217;un développement soutenable et partagé au niveau international. Si l&#8217;Europe ne défend pas un commerce plus humain, fondé sur des valeurs et créateur d&#8217;emplois de qualité en Europe comme dans le reste du monde, qui le fera ? Nous nous battons d&#8217;ores et déjà dans notre quotidien parlementaire pour que cette vision socialiste et solidaire prenne le pas sur la vision libérale à l&#8217;œuvre aujourd&#8217;hui tant au sein du la Commission, du Conseil,  que dans de nombreuses familles politiques au Parlement.</p>
<p>En effet, nous savons que face à une Commission faible et à des Etats membres empêtrés dans leurs intérêts nationaux, c&#8217;est le Parlement et ses députés qui restent les véritables garants de l&#8217;esprit communautaire et les seuls à défendre encore l&#8217;aspiration légitime de nos concitoyens à une Europe plus protectrice mais également plus solidaire des pays en développement et de leurs populations. C&#8217;est dans cet esprit que nous nous sommes attachés à définir les bases d&#8217;une politique commerciale réorientée sur sa fonction première, à la savoir la création d&#8217;emplois de qualité par le soutien aux secteurs productifs, tout en défendant ceux qui sont les plus exposés à une mondialisation croissante et de plus en plus agressive.</p>
<p>En ce sens la priorité est de rendre nos politiques plus cohérentes entre elles. Il est par exemple inacceptable de voir la politique commerciale européenne saper les efforts de développement de nos partenaires du Sud, nuire à nos propres industries en Europe, ou avoir un impact négatif sur l&#8217;environnement. En effet, la libéralisation des marchés peut par exemple déstabiliser certains secteurs, porter atteinte à la santé publique, déstabiliser les écosystèmes, mettre en danger les services publics, voire même l&#8217;identité culturelle. <strong>Alors que nous insistons depuis longtemps sur le besoin de maintenir en Europe une industrie et une agriculture fortes, à travers une politique industrielle européenne qui reste encore à définir et une PAC renouvelée, la Commission a fait le choix de mener une politique commerciale axée prioritairement sur la promotion des services.</strong> Cette stratégie n&#8217;a pas su favoriser l&#8217;emploi en Europe, et nous en payons le prix aujourd&#8217;hui. Les socialistes ont été à l&#8217;avant-garde du combat contre cette politique, et grâce à notre travail, de nombreux filets de sécurité ont pu être créés. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;un protectionnisme qui viserait à organiser une fermeture à l&#8217;égard du monde extérieur, stratégie qui aurait des répercussions très négatives sur le commerce mondial, mais de la nécessaire protection pour nos entreprises et nos emplois face à une concurrence accrue, parfois déloyale, où les autres acteurs mondiaux refusent de suivre les règles du jeu.</p>
<p>Pour définir des règles qui s&#8217;appliquent à tous, sans discrimination, la priorité a toujours été de mettre en place des régulations multilatérales négociées au sein de l&#8217;Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Il est vrai que les négociations y sont aujourd&#8217;hui dans l&#8217;impasse, mais je ne ferai pas le procès de cette organisation, car il faut rappeler que le blocage actuel est essentiellement dû à l&#8217;administration américaine qui défend des intérêts nationaux au détriment en particulier des pays en développement. Il faut rappeler que l&#8217;OMC est la seule instance mondiale qui rassemble tous les pays du monde sur un pied d&#8217;égalité, y compris les pays en développement. Les négociations qui y ont été menées ont permis de protéger pendant des années des secteurs essentiels dans les pays les plus pauvres, et en particulier les services publics. Or c&#8217;est justement parce que le multilatéral est en panne, que se multiplient aujourd&#8217;hui les accords de libre échange bilatéraux, où c&#8217;est toujours le plus fort qui gagne face au plus faible. <strong>Si nous souhaitons une société plus juste à l&#8217;échelle de la planète et un développement équitable de tous, et en particulier des plus pauvres, nous ne pouvons pas tirer le trait sur la nécessité de solutions globales, au sein d&#8217;une OMC réformée, travaillant en étroite relation avec les organismes des Nations Unies, et en particulier l&#8217;Organisation Internationale du Travail. </strong>Je continuerai donc à défendre cette priorité.</p>
<p>Mais parce qu&#8217;il n&#8217;y a pas aujourd&#8217;hui de volonté politique suffisante pour faire progresser ces négociations au niveau multilatéral, il est également nécessaire de mettre en place des instruments contraignants, européens, dont l&#8217;objectif est d&#8217;amener nos partenaires commerciaux à respecter les règles du jeu. Voici quelques exemples de propositions concrètes, portées au niveau européen par les députés socialistes.  L&#8217;une de nos priorités est ainsi de revoir profondément nos relations avec nos principaux concurrents industrialisés ou émergents, non seulement pour introduire une véritable réciprocité dans les échanges, mais aussi pour sortir d&#8217;une certaine naïveté dans nos rapports commerciaux à ces pays. Dans cette guerre commerciale de plus en plus violente, l&#8217;Union européenne reste ainsi étonnamment ouverte et insensible aux nouvelles stratégies de ses partenaires. La multiplication des prises de contrôle de nos entreprises par des capitaux étrangers, qui constitue un problème majeur tant sur le plan économique que d&#8217;un point de vue de sécurité nationale, requiert ainsi la création d&#8217;un instrument  européen de surveillance de tous les investissements étrangers, en particulier lorsqu&#8217;ils sont faits par des fonds souverains. Il s&#8217;agit d&#8217;une solution déjà mise en œuvre aux Etats-Unis, par la commission CFIUS, et dont nous souhaitons que l&#8217;Europe s&#8217;inspire. Dans le même ordre d&#8217;idées, et la Commission européenne y travaille déjà, le Parlement européen s&#8217;est exprimé en faveur d&#8217;un instrument pour imposer la réciprocité sur les marchés publics au niveau international, car aujourd&#8217;hui l&#8217;Europe est l&#8217;espace le plus ouvert au monde, alors que les principaux pays industrialisés ou émergents bloquent l&#8217;accès aux entreprises européennes.  Il ne s&#8217;agit là que d&#8217;un moyen parmi d&#8217;autres pour permettre le respect des réglementations et traités internationaux, qui intègrent des dispositions sur la réciprocité mais ne proposent pas les instruments nécessaires pour la rendre effective.</p>
<p>Autre domaine d&#8217;action essentiel, celui des instruments de défense commerciale (antidumping, antisubventions et mesures de sauvegarde), dont l&#8217;objectif est d&#8217;aider les secteurs européens à se prémunir des pratiques déloyales des pays tiers. Ces mécanismes existent, mais ils sont trop peu utilisés, pas assez réactifs, et surtout difficilement mobilisables par les PME qui sont les premières à souffrir de la concurrence internationale. Leur réforme est donc indispensable. Mais <strong>c&#8217;est aussi par le biais des accords commerciaux qu&#8217;elle conclut avec des pays tiers que l&#8217;Union européenne dispose du maximum de leviers pour encourager un commerce plus juste. Ainsi, à la demande des socialistes, le Parlement européen s&#8217;est officiellement prononcé en faveur de l&#8217;inclusion, dans tous ces accords, de normes sociales, environnementales et relatives aux droits de l&#8217;Homme. </strong>Des comités de suivi de l&#8217;accord, composés de représentants des deux parties ainsi que de représentants de la société civile, doivent par la suite évaluer le respect de ces normes juridiquement contraignantes et le cas échéant demander la suspension de l&#8217;accord en cas de non respect. Toujours dans le cadre de la négociation de ces accords, il est également possible non seulement d&#8217;assurer l&#8217;exclusion de certains secteurs du champ des négociations, comme par exemple les services publics, l&#8217;éducation, la culture ou l&#8217;eau comme bien public mondial, mais aussi d&#8217;obtenir l&#8217;inclusion de clauses de sauvegarde afin de protéger les secteurs agricole ou industriel par des relèvements de droits de douanes ou des baisses de quotas en cas d&#8217;afflux massif de marchandises étrangères qui menaceraient nos secteurs économiques. Ainsi, lorsque la Commission a conclu un accord de libre échange avec la Corée du Sud, nous avons mené un long combat pour que des mesures spécifiques accompagnent le secteur automobile européen et le protègent de l&#8217;arrivée massive de voitures coréennes en Europe. De la même manière, il y a quelques mois, lorsque la Commission a relancé sans nous consulter et sur la base d&#8217;un mandat obsolète datant de 1999, les négociations avec le Mercosur, nous avons condamné tant la méthode que le fond de cette initiative, qui si elle aboutissait pourrait bien signifier de graves difficultés pour l&#8217;agriculture européenne.</p>
<p>Enfin, au-delà de ces instruments de protection, c&#8217;est avant tout une nouvelle stratégie, cohérente et ambitieuse, qu&#8217;il est indispensable de mettre en place. Contrairement aux idées reçues, qui ont guidé les décisions libérales mises en œuvre au niveau européen depuis des décennies, ce ne sont pas les services qui fournissent le plus d&#8217;emplois en Europe mais bien l&#8217;industrie. Celle-ci doit donc revenir au cœur de nos priorités, en portant une attention particulière sur les PME qui peinent à exporter alors que le savoir-faire européen mérite toute sa place dans le commerce mondial. <strong>Une politique industrielle, soutenue par un budget renforcé, orientée à la fois sur des grands projets européens et sur le soutien aux PME, et portée par un effort massif sur l&#8217;innovation et la recherche et développement, doit être le moteur d&#8217;une nouvelle approche du commerce et de la mondialisation. </strong>Ce mouvement doit par ailleurs s&#8217;accompagner de mesures incitatives sectorielles, comme la protection des droits de propriété intellectuelle et notamment des brevets, la reconnaissance de nos indications géographiques à l&#8217;étranger, ou encore la meilleure information en Europe sur l&#8217;origine des produits afin d&#8217;éclairer les choix des consommateurs et de mettre en avant les entreprises qui ont fait le choix de maintenir une production préservant le savoir-faire et l&#8217;emploi en Europe.</p>
<p>Grâce à ce panel de propositions, dont beaucoup commencent déjà à être mises en œuvre, la famille socialiste européenne joue un rôle capital dans la définition d&#8217;une nouvelle politique commerciale, plus respectueuse des droits humains, qui tienne compte de la spécificité de certains secteurs de production et qui ait pour objectif premier la création d&#8217;emplois. En effet, la libéralisation accrue des échanges et la confiance aveugle des dirigeants européens dans la capacité de cette mondialisation à produire mécaniquement un équilibre sur la planète ayant prouvé leurs limites, la nécessité de revoir en profondeur le fonctionnement du système commercial mondial fait peu à peu son chemin, et dans le contexte actuel de crise et de baisse du pouvoir d&#8217;achat il apparaît désormais clairement que la solution ne peut venir que d&#8217;une régulation accrue non seulement en Europe mais à l&#8217;échelle de la planète. C&#8217;est pourquoi nous continuons à défendre comme socialistes, face à l&#8217;ensemble des droites européennes, que le commerce n&#8217;est pas une fin en soi. Notre groupe est ainsi à la pointe de la réflexion entre ouverture commerciale, espace d&#8217;intervention publique, protection légitime et développement des différents secteurs économiques, tant chez nous que chez nos partenaires. Un commerce juste pour un juste échange.</p>
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		<title>Comment se protéger ?</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 15:18:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Henri Weber</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le dossier]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 44]]></category>

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		<description><![CDATA[Henri Weber est député européen En 2007, j&#8217;ai entamé par la Suède, avec d&#8217;autres députés, une tournée des capitales européennes pour étudier les réponses que nos partis frères apportaient aux mutations du capitalisme et de nos sociétés. Il en est résulté, entre autre, un livre : &#171;&#160;La Nouvelle frontière. Pour une social-démocratie du XXIème siècle&#160;&#187;[1]. Grâce à l&#8217;entremise de notre ambassadeur Denis Delbourg, j&#8217;ai été reçu par de nombreux dirigeants du Sveriges Socialdemokratiska Arbetareparti (SAP) et du syndicat LO (Landsorganisationen i Sverige- Confédération syndicale de Suède). A tous, j&#8217;ai posé la question : &#171;&#160;Comment votre fameux modèle social démocrate nordique peut-il survivre à l&#8217;accélération de la mondialisation ?. Ce modèle combine un taux d&#8217;activité élevé, de hauts salaires, une protection sociale diversifiée et de qualité, des prélèvements obligatoires et une redistribution sociale parmi les plus élevés du monde. N&#8217;est-il pas condamné par l&#8217;exacerbation de la concurrence internationale ? Par quoi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Henri Weber est député européen</p>
<p>En 2007, j&#8217;ai entamé par la Suède, avec d&#8217;autres députés, une tournée des capitales européennes pour étudier les réponses que nos partis frères apportaient aux mutations du capitalisme et de nos sociétés. Il en est résulté, entre autre, un livre : &laquo;&nbsp;<em>La Nouvelle frontière. Pour une social-démocratie du XXIème siècle&nbsp;&raquo;<a href="#_ftn1"><strong>[1]</strong></a>.</em> Grâce à l&#8217;entremise de notre ambassadeur Denis Delbourg, j&#8217;ai été reçu par de nombreux dirigeants du Sveriges Socialdemokratiska Arbetareparti (SAP) et du syndicat LO (Landsorganisationen i Sverige- Confédération syndicale de Suède).</p>
<p>A tous, j&#8217;ai posé la question : <em>&laquo;&nbsp;Comment votre fameux modèle social démocrate nordique peut-il survivre à l&#8217;accélération de la mondialisation ?. Ce modèle combine un taux d&#8217;activité élevé, de hauts salaires, une protection sociale diversifiée et de qualité, des prélèvements obligatoires et une redistribution sociale parmi les plus élevés du monde. N&#8217;est-il pas condamné par l&#8217;exacerbation de la concurrence internationale ? Par quoi comptez-vous le remplacer ?&nbsp;&raquo;. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Dans ta question, il y a un présupposé que nous ne partageons pas&nbsp;&raquo;, </em>m&#8217;a répondu Par Nüder, Vice président de la Commission des finances du Riksdag  et ex-ministre des finances de 2004 à 2006 dans le gouvernement de Göran Persson. <em>&laquo;&nbsp;Tu postules que la mondialisation constitue un péril, nous  pensons au contraire, que sous certaines conditions,  elle représente aussi  une grande chance. La Suède compte dix millions d&#8217;habitants, son  marché intérieur est exigu, ses entreprises et ses salariés travaillent, depuis des décennies déjà, pour le marché mondial</em>.<em> L&#8217;ouverture des marchés en forte et rapide expansion des pays émergents peut nourrir notre croissance. Ces pays sont de redoutables concurrents, mais aussi de fabuleux clients. C&#8217;est affaire de bonne spécialisation économique, d&#8217;investissement dans la matière grise, d&#8217;innovation&#8230;&nbsp;&raquo;</em></p>
<p><em> </em></p>
<p>Des réponses similaires m&#8217;ont été  apportées aux Pays-Bas, en Finlande, en Autriche, au Danemark, en Allemagne&#8230;</p>
<p><strong>Se protéger avec qui, comment ?</strong><br />
Arnaud Montebourg préconise un protectionnisme à l&#8217;échelle européenne. En cela, il diffère heureusement des souverainistes de droite ou de gauche qui prônent, quant à eux, un protectionnisme national et même nationaliste.</p>
<p>Mais pour promouvoir un &laquo;&nbsp;protectionnisme européen&nbsp;&raquo;, nous avons besoin des  socialistes Allemands, Scandinaves, Britanniques&#8230;Bref, du PSE et de toutes les forces progressistes de notre continent.</p>
<p>Nous ne les convaincrons pas en leur proposant la &laquo;&nbsp;démondialisation&nbsp;&raquo;, à l&#8217;heure du décollage des pays émergents, mais  une autre mondialisation, maitrisée et solidaire, distincte de la mondialisation libérale, à l&#8217;œuvre depuis trente ans sous l&#8217;égide des Etats-Unis et des institutions financières internationales. Les socialistes ne sont pas antimondialistes, ils sont altermondialistes.</p>
<p>Il n&#8217;y a aucune chance de gagner la social-démocratie européenne à un protectionnisme de repli, lumineusement défini par Arnaud Montebourg lui-même dans une interview à Libération : <em>&laquo;&nbsp;plus les autres nous achèterons des produits, mieux cela vaudra&nbsp;&raquo;</em>, déclare-t-il; <em>&laquo;&nbsp;moins nous achèterons des produits aux autres, mieux cela vaudra&nbsp;&raquo;</em>.<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p>Ce protectionnisme autarcique est une impasse : qu&#8217;adviendrait-il si chaque continent décidait de vendre le plus possible aux autres et de leur acheter  le moins possible ?</p>
<p>La réponse des socialistes français et européens à la demande légitime de protection qu&#8217;expriment les citoyens face aux dégâts de la mondialisation libérale est différente. Nous l&#8217;avons appelée  le &laquo;&nbsp;Juste échange&nbsp;&raquo;, et le PSE l&#8217;a adoptée à notre instigation  à son Congrès de Varsovie, le 3 décembre 2010,  sous le nom de &laquo;&nbsp;<em>fair exchange</em>&laquo;&nbsp;.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Il ne s&#8217;agit pas de se fermer au commerce international, mais de le réguler.</p>
<p>D&#8217;après l&#8217;OCDE, d&#8217;ici à 2015, 90% de la croissance mondiale se fera hors d&#8217;Europe, dans les pays émergents. Là se situe désormais les 4/5èmes de la population mondiale et les marchés en forte expansion.</p>
<p>Première puissance économique et commerciale du monde, l&#8217;Union européenne doit être présente et conquérante sur ces marchés. 36 millions de salariés européens travaillent aujourd&#8217;hui pour l&#8217;exportation, ils seront le double demain.</p>
<p>L&#8217;Union européenne doit combiner ouverture et protection, comme le font ses partenaires et concurrents,  les Etats-Unis, la Chine, l&#8217;Inde, le Japon&#8230;Elle doit être ouverte, mais non offerte.</p>
<p>Le juste échange poursuit trois objectifs : maintenir les pays européens dans le peloton de tête des pays les plus avancés -et pour cela assurer leur ré-industrialisation en chevauchant la nouvelle révolution technologique : -celle du numérique, des biotechnologies, de l&#8217;économie verte-, favoriser l&#8217;essor des  pays en voie de développement; préserver notre écosystème.</p>
<p>Pour atteindre ces objectifs, les socialistes européens préconisent à la fois des <strong>politiques défensives et offensives</strong>.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Une Europe qui protège</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Au nom du juste échange, les socialistes exigent que soient respectés les principes de <strong>réciprocité</strong> et d&#8217;<strong>équilibre</strong> dans le commerce  avec les pays développés et les &laquo;&nbsp;grands émergents&nbsp;&raquo;. Si la Chine peut construire un tronçon de l&#8217;autoroute Berlin-Varsovie, il faut que les entreprises européennes puissent avoir accès de  la même façon aux marchés publics chinois. Si la Chine exporte pour 282 milliards d&#8217;euros de marchandises en Europe, en 2010, il faut que les exportations de biens et de services des pays européens atteignent à peu près la même valeur, et non 130 milliards, comme c&#8217;est aujourd&#8217;hui le cas. Si les géants de l&#8217;automobile chinois Geely et SAIC peuvent acheter Volvo et Rover, il faut que les entreprises européennes du secteur puissent devenir majoritaires dans le capital de leurs implantations en Chine<em> </em>et non limités à n&#8217;en détenir, au maximum,  que 49%.</p>
<p>Ces principes nous autorisent à <strong>défendre nos industries naissantes</strong>, au nom de la préservation de l&#8217;avenir; et nos <strong>activités stratégiques,</strong> au nom de la défense de notre souveraineté, comme le font sans complexe nos grands partenaires commerciaux.</p>
<p>Le traité de Lisbonne de 2007 étend le champ de la co-décision à la politique commerciale de l&#8217;Union (Article 207 du TFUE)<a href="#_ftn3">[3]</a>. Le Parlement européen doit donner son accord aux traités commerciaux, initiés par le Conseil et négociés par la Commission, pour permettre leur ratification. Il a acquis un &laquo;&nbsp;&#8216;droit de veto&nbsp;&raquo; qu&#8217;il utilise pour peser sur les négociations.</p>
<p>Aussi la Commission commence à prendre en compte les revendications des députés européens en matière de réciprocité, dans les accords bilatéraux de libre-échange (ALE).</p>
<p>En matière de marchés publics, par exemple, deux pistes sont envisagées : la première permettrait aux Etats européens de fermer leurs marchés publics aux entreprises des Etats tiers non signataires de l&#8217;Accord sur les marchés publics (AMP) de l&#8217;OMC. La seconde mettrait en place des restrictions ciblées à l&#8217;encontre d&#8217;un partenaire commercial qui refuserait de manière répétée les offres des entreprises européennes.</p>
<p>Dans le même esprit, l&#8217;accord de  libre échange avec la Corée du sud, ratifié en février 2011 et entré en vigueur en juillet, prévoit des mesures de sauvegarde et de surveillance  qui permettent d&#8217;augmenter les droits de douane applicables à une liste de &laquo;&nbsp;produits sensibles&nbsp;&raquo; (textiles et vêtements, électronique grand public, automobiles,&#8230;), en cas de doute sur la réciprocité des conditions commerciales. Des mesures de protection provisoires peuvent être déclenchées, dès lors qu&#8217;une augmentation importante et anormale des importations est constatée.</p>
<p>Avec les pays en voie de développement et en particulier avec les pays les moins avancés (PMA), nous devons au contraire accepter des rapports commerciaux asymétriques, en leur ouvrant largement nos marchés. Ce sont les systèmes de préférences généralisées (SPG et SPG +).</p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0" width="428">
<tbody>
<tr>
<td width="428" valign="top"><em>Créé en 1971, le <strong>Système de Préférences Généralisées</strong> est un outil important de la politique commerciale de l’Union européenne. Il   permet l&#8217;accès des  produits des pays   en voie de développement au marché de l’UE à des conditions préférentielles   (droits tarifaires réduits).</em></p>
<p><strong><em>Le SPG comprend 3 régimes : </em></strong></p>
<p><strong><em>Le régime général</em></strong><em> concerne 176 pays et couvre plus de 6000 lignes tarifaires qui bénéficient,   lors de leur importation sur le territoire de l’UE, soit de droits de douane   réduits, soit même d’une franchise de droits.</em></p>
<p><strong><em>Le régime “SPG+”</em></strong><em> vise les pays les plus vulnérables  ayant ratifié et effectivement mis en œuvre   des conventions internationales dans le domaine des droits du travail, des   droits de l’homme, de l’environnement et de &nbsp;&raquo; bonne gouvernance&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p><strong><em>Le régime “PMA” </em></strong><em>qui  prévoit l’accès au marché de l&#8217;UE en   franchise de droits pour tous les produits émanant des 50 pays les moins   développés, à l&#8217;exception des armes. </em></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><strong>Amplifier la bataille des normes</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Les socialistes proposent, en second lieu, de poursuivre et d&#8217;amplifier la bataille des normes. L&#8217;Union européenne est une grande puissance normative : elle représente 33% du PIB mondial et 500 millions de consommateurs. Elle dispose d&#8217;une puissance de négociation considérable pour imposer ses normes, comme condition d&#8217;accès à son marché : normes techniques et sanitaires, bien sûr; le Parlement européen en vote des centaines chaque année dans le cadre de la législation sur la protection des consommateurs.  Mais aussi normes sociales, environnementales, humanitaires, démocratiques&#8230;établies par les conventions internationales et défendues par les agences spécialisées de l&#8217;ONU (OIT, OMS, FAO, UNESCO, PNUE)<a href="#_ftn4">[4]</a> et les Organisations non gouvernementales (ONG).</p>
<p>Au Parlement de Strasbourg, nous agissons pour que ces normes non marchandes soient intégrées aux traités commerciaux et conditionnent l&#8217;accès aux systèmes de préférences généralisées.</p>
<p>S&#8217;appuyant sur trois rapports d&#8217;initiatives votés le 5 novembre 2010<a href="#_ftn5">[5]</a>, le <strong>rapport Caspary</strong>, adopté le 27 septembre 2011 à une large majorité demande à la Commission européenne d&#8217;inclure de manière systématique, dans tous les accords de libre-échange qu&#8217;elle négocie avec des Etats tiers, une série de normes sociales et environnementales.</p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td width="426" valign="top"><strong>Les normes non-marchandes contenues dans le   rapport Caspary<a href="#_ftn6"><strong>[6]</strong></a></p>
<p></strong></p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Une liste de normes minimales [doivent]   être respectées par l&#8217;ensemble des partenaires commerciaux de l&#8217;UE&nbsp;&raquo;:</em></p>
<p>-       en matière sociale, ces normes doivent   correspondre aux huit conventions fondamentales de l&#8217;OIT (<em>Core Labour Standards</em>) telles   qu&#8217;énumérées dans la déclaration de l&#8217;OIT relative aux principes et droits   fondamentaux au travail (1998); à ces huit conventions s&#8217;ajoutent, pour les   pays industrialisés, les quatre conventions prioritaires de l&#8217;OIT (<em>ILO Priority Conventions</em>);</p>
<p>-       en matière environnementale et de respect   des droits de l&#8217;homme, la norme minimale doit correspondre à la liste de   conventions relatives à l&#8217;environnement et aux principes de bonne   gouvernance, telle que prévue par le règlement européen sur le schéma de   préférences tarifaires généralisées (SPG).</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Une liste de   conventions additionnelles doit être mise en    œuvre, de manière graduelle et flexible, en tenant compte de   l&#8217;évolution de la situation économique, sociale et environnementale du   partenaire concerné&nbsp;&raquo;: </em></p>
<p>-         en   matière sociale, l&#8217;objectif ultime doit correspondre à la mise en œuvre   pleine et entière de l&#8217;<em>Agenda pour le   travail décent </em>de l&#8217;OIT.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><strong>Les écluses tarifaires<em> </em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p>En cas d’échec des négociations sur les normes, l’UE ne doit pas se résigner au statu quo. Elle doit mettre en place des écluses tarifaires. S’agissant de la lutte contre le réchauffement climatique, par exemple, si l’échec du sommet de Copenhague se répète à Rio, en juin 2012, l’Union devra appliquer unilatéralement la &laquo;&nbsp;Stratégie 4X20&#8243; à laquelle elle s’est engagée : réduire de 20 %, en 2020, ses émissions de gaz à effet de serre; augmenter de 20 % ses énergies renouvelables et de 20 % encore ses économies d’énergie. Mais elle sera en droit, alors, de prélever une contribution énergie-climat à ses frontières (écluse carbone) à l’encontre des grands pollueurs qui ne consentiraient pas le même effort. La lutte contre le réchauffement climatique n’est pas du protectionnisme, elle n’est pas un prétexte pour défendre nos entreprises, elle correspond à l’intérêt général de l’humanité.</p>
<p><em> </em></p>
<p>Le futur accord de libre échange (ALE) avec l&#8217;Inde, par exemple, devra intégrer l&#8217;interdiction du travail des enfants, conformément aux Convention 138 et 182 de l&#8217;OIT. L&#8217;aide apportée à la Tunisie et à l&#8217;Egypte, en mai 2011 est conditionnée au renforcement de l&#8217;Etat de droit et des libertés fondamentales dans ces deux pays&#8230;</p>
<p>Les socialistes demandent par ailleurs un recours accru à l&#8217;arsenal de l&#8217;OMC contre toutes les formes de concurrence déloyale : clauses anti-dumping et anti-subvention, clauses de sauvegarde, répression des contrefaçons&#8230;l&#8217;accès des PME à ces procédures doit être facilité et soutenu. L&#8217;application du principe &laquo;&nbsp;pollueur-payeur&nbsp;&raquo; doit se traduire par une écotaxe sur les transports maritimes, aériens et routiers.</p>
<p>Ils exigent qu&#8217;en cas de délocalisation, les multinationales soient astreintes à rembourser les aides qu&#8217;elles ont reçues et à réindustrialiser le site qu&#8217;elles ont abandonné.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Une Europe qui innove</strong></p>
<p>Au chapitre des <strong>réponses offensives</strong>, les socialistes proposent :</p>
<p>- D&#8217;améliorer l&#8217;offre des biens et des services des pays européens face à la demande mondiale, et, en particulier de celle des pays émergents. La compétitivité de nos économies ne sera pas assurée par la baisse du coût du travail, mais par la qualité des produits et des services qu&#8217;ils seront capables de proposer  sur les marchés.</p>
<p>- D&#8217;amplifier à cette fin l&#8217;effort de Recherche, d&#8217;Innovation, de formation, de qualification. 4,5% du PIB sont consacrés à la Recherche dans les pays scandinaves et les élèves nordiques arrivent invariablement en tête dans les classements PISA sur le niveau scolaire.</p>
<p>- De favoriser le développement de grands groupes, &laquo;&nbsp;champions européens&nbsp;&raquo;, mais aussi d&#8217;un dense tissu de PME, et notamment de grosses PME, capables d&#8217;innover et d&#8217;exporter.</p>
<p>- De mettre en œuvre une stratégie de croissance véritablement européenne : un New deal, écologique et continental : Europe de l&#8217;énergie; Communauté européenne de l&#8217;Innovation et de la recherche (CERI); transition vers une économie sobre en carbone et en matières premières; grands travaux d&#8217;infrastructure transcontinentaux&#8230;</p>
<p>L&#8217;Union européenne doit se donner les moyens de ce volontarisme économique retrouvé :</p>
<p>- <strong>Moyens financiers</strong> : les grands programmes d&#8217;investissement doivent être financés par des obligations européennes dédiées, les Eurobonds pour projets; et par une partie du produit de la future taxe sur les transactions financières.  Le fonds européen de stabilisation financière (FESF) doit être transformé en véritable banque européenne, dotée de 200 milliards d&#8217;euros et capable  de  lever 2000 milliards d&#8217;euros sur les marchés financiers.<a href="#_ftn7">[7]</a> Si Angela Merkel s&#8217;y refuse &#8211; comme pour le moment elle s&#8217;est opposée initialement à tous les autres pas en avant effectués par l&#8217;UE depuis 18 mois- le SPD y consent.</p>
<p>-<strong>Moyens institutionnels</strong> : au &laquo;&nbsp;mécanisme européen de stabilisation&nbsp;&raquo; (MES), et aux agences de supervision mises en place en 2010; à l&#8217;élargissement des missions de la BCE, qui doit se préoccuper (comme la FED américaine), de la croissance économique et de l&#8217;emploi autant que de la stabilité des prix;  il faut ajouter un <strong>gouvernement économique européen</strong>. Le cadre institutionnel de ce gouvernement doit être la Commission européenne, responsable devant le Parlement. Animé par un ministre de l&#8217;Economie et des Finances, qui serait simultanément vice-président de la Commission européenne, Commissaire aux affaires économiques et monétaires et président de l&#8217;Ecofin, ce gouvernement aurait pour charge de coordonner effectivement les politiques budgétaires et macro-économiques des Etats membres; de conduire, en coopération avec la BCE, une politique active des changes; de veiller à l&#8217;application de la &laquo;&nbsp;Stratégie UE 2020 pour une croissance forte, durable et solidaire&nbsp;&raquo;, adoptée en février 2010 par le Parlement européen.</p>
<p>Si les mesures défensives sont nécessaires, les mesures offensives sont décisives : si les Allemands, les Scandinaves, les Hollandais, les Autrichiens bénéficient de balances commerciales excédentaires malgré la concurrence internationale, l&#8217;euro fort, la crise des dettes souveraines, c&#8217;est en raison de la bonne spécialisation -sectorielle et géographique- de leur économie (biens d&#8217;équipement, produits haut-de-gamme); l&#8217;ampleur de leurs efforts de recherche et d&#8217;innovation; la qualité de leur main d&#8217;œuvre; la densité de leur tissu de PME&#8230;et least but not last, le haut niveau de leur démocratie sociale.</p>
<p><strong>Pour une mondialisation maitrisée et solidaire</strong></p>
<p>Arnaud Montebourg propose d&#8217;appeler &laquo;&nbsp;démondialisation&nbsp;&raquo;, ce que nous avons appelé &laquo;&nbsp;Juste échange&nbsp;&raquo;. Il reprend, pour l&#8217;essentiel les propositions adoptées par nos Conventions nationales<a href="#_ftn8">[8]</a>, en vue de réguler, maitriser, humaniser le commerce international. Mais il  change l&#8217;intitulé, pour mieux traduire, pense-il, l&#8217;hostilité d&#8217;une majorité de Français  à la mondialisation libérale et  la demande de protection qu&#8217;ils adressent à l&#8217;Etat. Selon l&#8217;institut de sondage CSA<a href="#_ftn9">[9]</a>, 54% des Français se prononcent en faveur du protectionnisme. Pourquoi ne pas donner une réponse &laquo;&nbsp;cash&nbsp;&raquo;, nous dit Arnaud, mais différente de celle de Marine Le Pen? 17% des électeurs à la primaire socialiste lui ont donné raison. Je préfère pour ma part m&#8217;en tenir à notre ligne du &laquo;&nbsp;juste échange&nbsp;&raquo; qui n&#8217;est, n&#8217;en déplaise à Arnaud, ni naïve, ni floue.</p>
<p>La &laquo;&nbsp;démondialisation&nbsp;&raquo; est un mot-valise, (comme la &laquo;&nbsp;décroissance&nbsp;&raquo;),  qui peut recouvrir les contenus les plus divers : le nationalisme économique -acheter le moins possible aux autres et leur vendre le plus possible-, comme le projet d&#8217;une organisation continentale de la société internationale (dont l&#8217;Union européenne constitue, jusqu&#8217;à présent, le modèle le plus avancé). Ce qui fait la force de ce slogan, c&#8217;est précisément son ambigüité. S&#8217;y reconnaissent aussi bien ceux, nombreux, qui prônent un repli sur le pré carré national ou continental en réponse à la globalisation, que ceux qui considèrent qu&#8217;on a été trop loin dans l&#8217;ouverture et la déréglementation de nos économies, et qui aspirent à de nouvelles régulations.</p>
<p>La gauche doit se garder de semer des illusions, elles lui reviennent toujours en boomerang. La &laquo;&nbsp;seconde mondialisation&nbsp;&raquo; que nous vivons depuis les années 1990, ne régressera pas, elle n&#8217;en est, au contraire,  qu&#8217;à ses débuts. Les forces qui la propulsent &#8211; l&#8217;explosion démographique et l&#8217;industrialisation des pays du sud, la révolution de l&#8217;Internet et des transports, la fragmentation internationale de la chaine de production-&#8230;n&#8217;ont pas fini de produire leurs effets.</p>
<p>Aux &laquo;&nbsp;démondialisateurs&nbsp;&raquo;  d&#8217;aujourd&#8217;hui, nous devons dire ce que nous disions aux &laquo;&nbsp;anti-mondialistes&nbsp;&raquo;  des années 1990 (avant qu&#8217;ils ne se transforment eux-mêmes en &laquo;&nbsp;altermondialistes&nbsp;&raquo;) : la mondialisation n&#8217;est pas un choix, c&#8217;est une donnée. Elle n&#8217;est ni &laquo;&nbsp;heureuse&nbsp;&raquo;, comme le prétendait Alain Minc, ni &laquo;&nbsp;calamiteuse&nbsp;&raquo;, comme lui répondait invariablement Bernard Cassen, le fondateur d&#8217;ATTAC. Elle est fondamentalement ambivalente et  conflictuelle : la mondialisation est un combat qui oppose des conceptions différentes du développement économique et qui renvoie à des intérêts antagonistes.  A la mondialisation libérale conduite par les Etats-Unis et les multinationales, s&#8217;oppose  la mondialisation maitrisée et équitable, voulue par les ONG progressistes, les syndicats de salariés, les partis et les gouvernements de gauche. Tous ceux qui se retrouvent dans les forums sociaux mondiaux, à Porto Alegre, Bombay, Nairobi face aux sommets de Davos.</p>
<p>Cette lutte pour une mondialisation solidaire définit le contenu concret de l&#8217;internationalisme du XXIème siècle. Nous pouvons y rallier la majorité des forces socialistes et progressistes en Europe et dans le monde. Nous ne les rallierons pas au protectionnisme de repli, fût-il continental.</p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td width="426" valign="top"><strong>pour en savoir plus, du meme auteur *</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>● </strong><strong>Septembre 2009 </strong>- <strong>Cahier   de Formation N°16 : &nbsp;&raquo; Les socialistes face à la Mondialisation&nbsp;&raquo;. </strong></p>
<p><strong>● </strong><strong>18/03/2010 &#8211; </strong><strong>Rapport   de l&#8217;Atelier 4 de la Convention pour un Nouveau modèle de Développement  &#8211; &laquo;&nbsp;</strong><strong><em>Commerce   International : Quelles politiques pour un juste échange ?&nbsp;&raquo;.</em></strong><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong>● </strong><strong>28/06/2010   &#8211; </strong><strong>Convention internationale du Parti socialiste </strong><strong> &#8211; </strong>Note préparatoire: &nbsp;&raquo; <strong><em>Treize propositions pour un Juste   échange&nbsp;&raquo;.</em></strong></p>
<p><strong>● </strong><strong>13/07/2010 &#8211; </strong><strong>Convention internationale du   Parti socialiste &#8211; </strong>Contribution <strong><em>Pour le &laquo;&nbsp;Juste échange&nbsp;&raquo;</em></strong><strong><em> : </em></strong><strong><em>Propositions sélectives </em></strong><strong><em> pour un &laquo;&nbsp;Juste échange&nbsp;&raquo;.</em></strong></p>
<p><strong>● </strong><strong>06/10/2010 &#8211; </strong><strong><em>Le Monde</em></strong><strong> &#8211;   &laquo;&nbsp;Entre laisser-faire et protectionnisme, inventons le juste   échange&nbsp;&raquo;</strong> .<strong> </strong></p>
<p><strong>● </strong><strong>13/01/2011 &#8211; </strong><strong><em>La Revue Socialiste</em></strong><strong> N°40 &#8211; </strong><strong>&laquo;&nbsp;</strong><strong>Socialisme   et protectionnisme &laquo;&nbsp;</strong><strong> .</strong></p>
<p><strong>● </strong><strong>18/07/2011<em> &#8211; </em></strong><strong><em>Libération</em></strong> -&nbsp;&raquo;<strong>Juste   échange plutôt que démondialisation&nbsp;&raquo;</strong> .</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Principales   Auditions de la Commission Mondialisation*</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Nicolas Blache</strong> &#8211;   Responsable d’un grand groupe industriel français</p>
<p><strong>Elie   Cohen -</strong> Directeur de recherche au CNRS, Professeur à l’IEP Paris   et Membre du Conseil d’analyse économique (CAE).</p>
<p><strong>Thomas   Coutrot</strong> &#8211; Economiste, Co-président d’ATTAC France</p>
<p><strong>Xavier   Fontanet</strong><strong> -</strong> PDG du groupe   Essilor</p>
<p><strong>Paul Hermelin</strong>- Directeur   général de Capgemini <strong> </strong></p>
<p><strong>Pascal   Lamy &#8211; Directeur général de l&#8217;OMC</strong><strong> </strong></p>
<p><strong>Thierry   Mayer &#8211; Economiste,</strong> professeur d’économie à Sciences Po et   conseiller scientifique au CEPII.</p>
<p><strong>Frédéric Saint-Géours</strong> &#8211;  Président de l’UIMM Directeur Financier et   du développement stratégique de PSA – Peugeot-Citroën</p>
<p><strong>Jacques   Sapir</strong> &#8211; Economiste, Directeur d’Etudes à l’EHESS</p>
<p><strong>Pierre   Schapira</strong> &#8211; Adjoint au Maire de Paris, chargé des relations   internationales et de la francophonie<strong><em> </em></strong><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong>Robert Sebbag</strong> &#8211;  Vice-président de Sanofi Aventis</p>
<p><strong>Jean-Michel   Sévérino</strong> &#8211; Président de l&#8217;Agence française de Développement</p>
<p><strong>Christian   Streiff </strong><strong> -</strong><strong> </strong>Ancien directeur-général délégué de Saint&#8211; Gobain, Président d&#8217;Airbus, et   PDG de PSA Peugeot Citroën</p>
<p><strong>Hubert   Védrine</strong> &#8211;  Ancien Ministre des   Affaires Etrangères<strong> </strong></p>
<p><strong>Lionel   Zinsou</strong> -Banquier   d’affaires, PDG de PAI Partners<strong> </strong></p>
<p><strong><em>*</em></strong><strong><em>Textes disponibles sur : <a href="http://www.henri-weber.fr/">http://www.henri-weber.fr</a> &#8211; Onglet   &laquo;&nbsp;Parti socialiste&nbsp;&raquo; &#8211; Section&nbsp;&raquo; Mondialisation&nbsp;&raquo;.</em></strong><strong><em> </em></strong></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Ed. du Seuil, Paris, août 2011. Voir aussi  le rapport Mission Suède sur le lien :  http://www.henri-weber.fr/europe.php?europe_article_id=83&amp;europe_articleoffset=18&amp;photo=o&amp;europe_id=5</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> Libération, le 30 septembre 2011</p>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a> TFUE : Traité sur le fonctionnement de l&#8217;Union européenne</p>
<p><a href="#_ftnref4">[4]</a> OMS : Organisation mondiale de la santé ; OIT : Organisation internationale du travail ; UNESCO : Organisation des Nations unies pour l&#8217;éducation, la science et la culture ; FAO : Organisation des Nations unies pour l&#8217;alimentation et l&#8217;agriculture ; PNUE : Programme des Nations unies pour l&#8217;environnement.</p>
<p><a href="#_ftnref5">[5]</a> &#8211; Rapport de Tokia Saïfi (PPE), sur les droits de l&#8217;Homme et les normes sociales et environnementales dans les accords commerciaux internationaux.</p>
<p>- Rapport d&#8217;Harlem Désir (S&amp;D) sur la responsabilité sociale des entreprises.</p>
<p>-  Rapport de Yannick Jadot (Vert-ALE), sur la politique commerciale internationale dans le contexte des impératifs du changement climatique.</p>
<p><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>&laquo;&nbsp;</em><em>Une nouvelle politique commerciale pour l&#8217;Europe dans le cadre de la stratégie Europe 2020&#8243;</em> &#8211; A7-255/2011</p>
<p><a href="#_ftnref7">[7]</a> cf. Martine Aubry, Les Echos du 13 septembre 2011</p>
<p><a href="#_ftnref8">[8]</a> Convention nationale &laquo;&nbsp;Pour un nouveau modèle de développement&nbsp;&raquo; &#8211; 29 mai 2010 &#8211; Convention &laquo;&nbsp;Nouvelle donne internationale et européenne&nbsp;&raquo; &#8211; 9 octobre2010</p>
<p><a href="#_ftnref9">[9]</a> Sondage CSA pour les Echos &#8211; Octobre 2011</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Mondialisation, crise économique, et crise sociale.  Le protectionnisme n’est pas la solution</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 15:13:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Henri Rouilleault</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le dossier]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 44]]></category>

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		<description><![CDATA[Henri Rouilleault[1] Une crise multidimensionnelle Le monde est confronté depuis 2007 à la plus grave crise financière et économique de l’après-guerre. À l’origine de cette crise, des exigences insoutenables de rentabilité, la montée des inégalités, les errements de la finance en matière d’endettement privé, de sous-évaluation et de transfert de risques, ont cumulé leurs effets. La croissance a simplement ralenti dans les pays émergents, notamment en Chine devenue première pour les exportations devant l’Allemagne en 2009 et seconde pour le PIB devant le Japon en 2010. Les pays développés sont sortis de la récession de 2008/2009, au prix d’une montée du chômage sauf en Allemagne et d’un accroissement de la dette publique pour soutenir les banques et relancer l’économie. Les politiques d’austérité aux Etats-Unis et en Europe qui visent depuis lors à retrouver un niveau d’endettement public soutenable à moyen terme tout en refusant d’augmenter les impôts font courir le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Henri Rouilleault<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p><strong>Une crise multidimensionnelle </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Le monde est confronté depuis 2007 à la plus grave crise financière et économique de l’après-guerre. À l’origine de cette crise, des exigences insoutenables de rentabilité, la montée des inégalités, les errements de la finance en matière d’endettement privé, de sous-évaluation et de transfert de risques, ont cumulé leurs effets. La croissance a simplement ralenti dans les pays émergents, notamment en Chine devenue première pour les exportations devant l’Allemagne en 2009 et seconde pour le PIB devant le Japon en 2010. Les pays développés sont sortis de la récession de 2008/2009, au prix d’une montée du chômage sauf en Allemagne et d’un accroissement de la dette publique pour soutenir les banques et relancer l’économie. Les politiques d’austérité aux Etats-Unis et en Europe qui visent depuis lors à retrouver un niveau d’endettement public soutenable à moyen terme tout en refusant d’augmenter les impôts font courir le risque d’une seconde récession, avec moins de marges de manœuvre pour en sortir. La crise est multidimensionnelle, un lien étroit unissant la mondialisation du commerce international et celle de la finance : les exigences de rentabilité accélèrent les transferts de production, le déficit des paiements américains nourrit l’abondance de liquidités et la montée des fonds souverains des pays émergents. Elle est systémique, avec le basculement du rapport de force géopolitique en faveur des pays émergents, et une crise écologique, climatique, et énergétique, sans précédent.</p>
<p>À l’ère de la communication instantanée, le capitalisme financier et les échanges commerciaux internationaux inquiètent la population des pays développés<a href="#_ftn1">[1]</a>, particulièrement en France, sensiblement moins celle des pays émergents. Pour la Confédération Européenne des Syndicats, les travailleurs ont l’impression d’être des jetons dans un « capitalisme de casino », que les puissances financières qui ont créé la crise leur font payer l’accroissement de la dette publique qui en résulte, avec le blocage des salaires, les suppressions d’emplois. Pour beaucoup d’observateurs, au plan macroéconomique, « le pire est à venir<a href="#_ftn2">[2]</a> ». Les gouvernements et le vote des citoyens paraissent peser moins que les marchés financiers et les agences de notation, ce qui fragilise la démocratie représentative. Les représentants républicains bloquent l’indispensable remise en cause des réductions d’impôt pour les plus riches aux Etats-Unis. L’Union Européenne n’avance qu’au bord du gouffre pour sortir de la pression des marchés financiers sur la dette souveraine. Une monnaie unique ne peut tenir durablement quand certains Etats membres empruntent à 3 %, d’autres à 6 %, voire à 10-15 %. Des crises sociales apparaissent sous des formes variables selon les pays (mobilisations syndicales, mouvements des indignés, tensions urbaines) qui appellent chacune des réponses appropriées.</p>
<p>Dans ce contexte, des propositions radicales sont faites : un universitaire<a href="#_ftn3">[3]</a> envisage un « monde sans Wall Street » ; d’autres, de différentes sensibilités<a href="#_ftn4">[4]</a><a href="#_ftn5">[5]</a>, prônent la « démondialisation » et la fin de la monnaie unique européenne. Ces thèmes sont repris au plan politique par l’extrême droite et par la gauche de la gauche, avec des contenus distincts entre ces deux courants et un désaccord radical entre eux sur les droits de l’homme et les mouvements migratoires. On plaidera à l’inverse, au vu des leçons de l’histoire et de la théorie économique, que si l’inquiétude des salariés est légitime, pour autant le protectionnisme n’est pas une solution. Pour sortir de la crise, il revient en revanche aux progressistes de pousser à des avancées concrètes et rapides, dans le monde, en Europe, et en France, en matière de régulation financière et commerciale, et de responsabilité sociale et environnementale des entreprises et des Etats.</p>
<p><strong>Quelques leçons de l’histoire et de la théorie économique </strong></p>
<p>La crise en cours depuis 2007 confirme une nouvelle fois les impasses de la théorie économique standard : l’économie de marché ne produit pas spontanément un équilibre, les marchés financiers ne sont pas ‘efficients’ mais de comportement moutonnier, le développement du commerce international n’est pas toujours favorable à l’ensemble des pays et des acteurs. On se concentrera sur ce dernier point.</p>
<p>Depuis David Ricardo en 1817, les économistes savent que le commerce international n’est pas un jeu à somme nulle où tout ce qui est gagné par les uns serait perdu par les autres, mais sous certaines conditions un jeu à somme positive, mutuellement gagnant. Pour autant, le modèle des avantages comparatifs est théorique, a-historique. La réalité est plus complexe que ses hypothèses : elle est faite de concurrence imparfaite, de mobilité des facteurs de production, capital et travail, de discontinuités dans l’évolution des prix, de la croissance et de la productivité, et dans l’ouverture des échanges.</p>
<p>Comme le montre Paul Bairoch<a href="#_ftn6">[6]</a>, dans l’histoire, le protectionnisme est la règle, et le libre-échange l’exception. Entre libre-échange et croissance, il n’y a pas de loi absolue, indépendante des périodes et des pays. Il faut se garder des équations manichéennes protectionnisme = stagnation et libre-échange = développement sans leur substituer les équations inverses. Au XIXème siècle, le Royaume-Uni, alors économie dominante, est le champion du libre-échange ; les Etats-Unis sont la patrie du protectionnisme et protégent leur industrie naissante dans ce cadre ; en Europe continentale, les phases d’expansion, d’ouverture des échanges, et de crise sociale ne sont pas corrélées ; l’Inde et la Chine stagnent.</p>
<p>Entre les deux guerres mondiales, c’est la crise financière de 1929 et pas le protectionnisme qui engendre la récession, mais la montée des mesures protectionnistes conduit alors à l’effondrement du commerce mondial et accentue le recul de l’activité et la montée du chômage. C’est l’époque de la montée des totalitarismes, contexte qui conduit John Maynard Keynes<a href="#_ftn7">[7]</a>, changeant d’avis sur ce point, à préconiser d’expérimenter progressivement davantage d’autosuffisance nationale de façon à produire au Royaume-Uni « chaque fois que c’est raisonnablement et pratiquement possible ». Comme le souligne Robert Skidelsky dans sa biographie<a href="#_ftn8">[8]</a>, il s’agit d’un ‘second choix’, l’article n’étant volontairement publié après l’échec de la Conférence Economique Internationale de Londres en juin – juillet 1933.</p>
<p>Après la seconde guerre mondiale, l’Europe continentale jusque 1973 et le Japon jusque 1990 connaissent une forte croissance, dans un contexte de rattrapage du niveau de productivité américain et de libéralisation des échanges, avec les accords du GATT et la mise en place de l’Union Européenne. Il faut cependant attendre 1970 pour retrouver le niveau d’intégration du commerce international qui prévalait en 1913, à la veille de la première guerre mondiale. C’est l’époque de l’extension du modèle fordiste, analysé par Michel Aglietta et Robert Boyer. Économies d’échelle, gains de productivité, progression des salaires et de la protection sociale, forment un cercle vertueux. La demande interne et externe s’alimentent mutuellement. Productivité, salaires et prix convergent entre les USA, le Japon et l’Europe, et au sein de celle-ci. Le commerce international, contrairement à la théorie et à ce qui se passait avant la première guerre mondiale, se développe prioritairement au sein des mêmes branches et entre des pays développés aux dotations de facteurs similaires. Le développement des firmes multinationales joue en ce sens.</p>
<p>Paul Krugman<a href="#_ftn9">[9]</a>, avec d’autres, explique ce paradoxe par une « nouvelle théorie du commerce international » qui complète le modèle de Ricardo, centré sur les écarts de productivité, et celui d’Hecksher-Ohlin-Samuelson, centré sur les différences de dotations de travail et de capital. Plus réaliste, son modèle fait place à côté des avantages comparatifs, aux économies d’échelle, à la diversité des produits au sein d’une branche, à la taille des marchés, aux coûts de transport, et à la concurrence oligopolistique. Ceci étant, la prise en compte des économies d’échelle maintient et renforce l’idée que le commerce international est un jeu à somme positive. Ces modèles rendent aussi compte de la localisation géographique des productions par les firmes nationales ou multinationales. Les rendements d’échelle sont là aussi essentiels, complétés par le jeu des externalités, proximité des universités, centres de recherche et de formation, réseaux d’entreprises&#8230;</p>
<p>Comme le souligne Paul Krugman<a href="#_ftn10">[10]</a>, au moment où ces outils de compréhension de la réalité étaient élaborés, le monde redevenait plus ‘classique’. Le coût salarial horaire relatif des partenaires commerciaux américains, après avoir cru de 76 en 1975 à 81 en 1990 est retombé à 65 en 2005 traduisant la forte progression du commerce avec la Chine et le Mexique. Pour la première fois en 2006, les Etats-Unis échangent davantage de produits manufacturés avec les pays en développement qu’avec les autres pays développés. Une part importante des importations de ces pays provient des filiales, joint-ventures, et sous-traitants des firmes américaines. En France et chez nos partenaires européens, le commerce intraeuropéen reste majoritaire, mais le mouvement est en cours<a href="#_ftn11">[11]</a>. Dans le même temps, les nouvelles technologies de l’information et de la communication permettent de segmenter la chaîne de valeur, d’externaliser et/ou de délocaliser facilement des segments de production. Alors que les constructeurs automobiles américains étaient concentrés autour des grands lacs, Apple conçoit en Californie, produit en Chine, et commercialise dans le monde entier. Le succès des firmes allemandes à l’exportation est dû non seulement à la qualité de leur spécialisation dans les biens d’équipement mais aussi aux délocalisations de segments de production dans les nouveaux membres de l’Union Européenne. Le choix pour l’affectation des nouveaux produits et investissements entre les établissements au sein des groupes multinationaux est désormais une des formes essentielles de la mondialisation, qui explique notamment la dégradation très rapide de la balance commerciale de l’industrie automobile en France, qui passe d’un excédent de 12 Md€ en 2004 à un déficit de 5 Md€ en 2009. Les craintes dépassent cependant parfois la réalité, les délocalisations au sens du transfert à l’étranger pour réimporter ne concerneraient ainsi qu’au plus 0,4 % par an des emplois industriels en France<a href="#_ftn12">[12]</a>, dont moitié au bénéfice des pays émergents. Mais, plus que jamais avantages comparatifs, économies d’échelle, et externalités combinent leurs effets dans la localisation des emplois. D’où, en termes de stratégie, l’importance croissante des investissements porteurs d’avenir, des pôles de compétitivité et de l’accompagnement des transitions professionnelles. À l’importance désormais reconnue des économies d’échelle et des externalités, il faut en effet ajouter celle des coûts d’ajustement, du redéploiement des activités, de la transition pour les salariés et les territoires.</p>
<p>Ce changement des conditions de production et d’échange dans le monde suit de peu le tournant néolibéral des années Reagan et Thatcher, et combine ses effets avec lui. La pression sur les salariés et les organisations syndicales s’accroît avec la montée des exigences de rentabilité des actionnaires, le développement des fonds de pension et de private equity, et la nouvelle division internationale du travail. La part de la rémunération du travail  dans la valeur ajoutée des sociétés non financières décroît, notamment aux Etats-Unis depuis 2001 et en Allemagne depuis 1995. En France, le rapport de Jean-Philippe Cotis<a href="#_ftn13">[13]</a> montre que la part de la rémunération du travail (salaires, cotisations, intéressement et participation) dans la valeur ajoutée des sociétés non financières est globalement stable depuis les années 1990, à un niveau de trois points inférieur à celui des trente glorieuses<a href="#_ftn14">[14]</a>. En revanche, au sein des profits, la part des bénéfices distribués s’accroît fortement par rapport aux bénéfices non distribués depuis 1990. Par ailleurs, comme le montrent Thomas Piketty et Camille Landais, les inégalités salariales sont considérablement renforcées au bénéfice des 1 % et 0,1 % des salariés les mieux rémunérés et à l’encontre des précaires. Enfin, si le coût salarial total évolue comme la productivité depuis 20 ans, la progression du salaire net par tête est plus faible (1% par an entre 1983 et 2007), une part des gains de productivité, qui ralentissent, étant absorbée par les charges croissantes de la protection sociale.</p>
<p>La crise en cours depuis 2007<a href="#_ftn15">[15]</a> est d’abord, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Espagne, celle du modèle de croissance néolibéral basé sur la compression des salaires, l’endettement privé dans l’immobilier, et le transfert des risques financiers. Elle montre aussi les limites du modèle de croissance de l’Allemagne, fondé sur les exportations au détriment de la demande interne : modèle certes résilient aux variations de la conjoncture, mais pas généralisable, les excédents et déficits commerciaux se compensant. Elle confirme l’efficacité contracyclique de la dépense publique, et l’insoutenabilité d’une croissance trop élevée de la dette publique. En définitive, le seul modèle de croissance soutenable est fondé sur l’innovation, la croissance verte, l’investissement dans les compétences et les transitions professionnelles, le partenariat public &#8211; privé, et la négociation collective. La capacité des entreprises, des organisations syndicales, et des pouvoirs publics allemands à gérer un recul de l’activité en 2008/2009 plus fort qu’en France sans baisse d’emploi et montée du chômage est éloquent sur ce dernier point.</p>
<p><strong> La perspective : plus de régulation, mais pas plus de protectionnisme</strong></p>
<p>La crise financière est entrée en 2010/2011 dans une seconde phase, la crise de la dette publique des Etats-Unis et des pays de la zone euro, les écarts de taux prohibitifs imposés par les marchés financiers par rapport au taux allemand, le besoin de restaurer les comptes publics et d’éviter de casser une croissance molle. Comme toujours, une fois reconnues les contraintes très réelles, il n’y a pas qu’une seule politique possible, mais plusieurs. Des marges de manœuvre existent, au niveau mondial, au niveau européen, et au niveau français, en vue d’une économie de marchée régulée, socialement et écologiquement responsable, d’une démocratie approfondie et de la coopération internationale.</p>
<p>Au niveau mondial, c’est la ‘bataille pour l’organisation de la planète<a href="#_ftn16">[16]</a>’, pour de réels engagements en matière d’émissions de gaz à effet de serre, de régulation financière, et de résorption des importants excédents et déficits de balance des paiements par des politiques macroéconomiques coordonnées, pour une remise en ordre du système monétaire international.</p>
<p>Au niveau européen, c’est plus d’Europe. C’est un nouveau compromis franco-allemand, dépassant par des concessions mutuelles le fait que l’Allemagne a moins besoin de croissance que nous du fait d’une démographie en baisse, et plus de facilité à l’obtenir du fait d’une spécialisation industrielle favorable. C’est la mutualisation partielle de la dette des Etats de la zone euro<a href="#_ftn17">[17]</a>, la coopération économique renforcée, l’émission d’euro-obligations pour financer les projets d’avenir, la mise en place d’une taxe sur les transactions financières, et d’une taxe carbone dans et aux frontières de l’Europe. Ces taxes pèseraient sur les comportements, leur produit servirait à financer des investissements européens dans les secteurs d’avenir. La taxe carbone freinerait par ailleurs les délocalisations en accroissant le coût du transport.</p>
<p>Au niveau français, c’est réduire la contrainte budgétaire en fusionnant impôt sur le revenu et CSG, en supprimant les niches fiscales, en taxant davantage les plus hauts revenus et les bénéfices distribués. C’est relancer la négociation salariale. C’est apporter des réponses au recul de la balance commerciale depuis 2002 et de la compétitivité vis-à-vis de nos partenaires de la zone euro. C’est transférer progressivement vers l’impôt les charges, pesant sur le travail, qui financent une politique universelle comme la politique familiale. C’est une politique industrielle privilégiant les investissements dans les secteurs d’avenir, sans maintenir artificiellement les industries en déclin, mais en revitalisant les territoires. C’est l’investissement dans les compétences et la sécurisation des parcours professionnels<a href="#_ftn18">[18]</a>. C’est une démocratie sociale plus vivante, avec l’extension du champ de la négociation collective à l’accompagnement des parcours professionnels et à la gestion des restructurations ; ce sont des représentants des salariés dans les conseils d’administration<a href="#_ftn19">[19]</a>.</p>
<p>Aux trois niveaux, il s’agit de bâtir des alliances mettant en cause la logique du néolibéralisme, et infléchissant le cours de la globalisation financière et marchande, en réduisant la pression sur les salariés et les Etats. La déclaration commune du PS français et du SPD allemand de juin 2011 va dans ce sens.</p>
<p>Faut-il ajouter à ces perspectives concrètes, comme le proposent certains, un ‘protectionnisme sélectif<a href="#_ftn20">[20]</a>’ avec des taxes par pays et par produits pour compenser les écarts de coûts salariaux unitaires, ou le coût du non respect des normes sociales et environnementales ? Non, parce que ‘le protectionnisme coopératif<a href="#_ftn21">[21]</a>’ n’existe pas : l’histoire montre qu’il engendre toujours des mesures de rétorsion. Celles-ci seraient immédiates sur les ventes d’Airbus et de TGV et sur l’emploi si la France, ou l’Europe, taxait les importations de la Chine qui n’a pas ratifié la convention de l’OIT sur la liberté syndicale, ou de l’Inde qui n’a pas ratifié celle sur le travail des enfants. Au niveau de l’Union Européenne, la question de la ratification des normes environnementales et sociales doit être posée, mais nous ne pourrons exiger les libertés que les travailleurs chinois finiront par gagner. Au niveau français, le ‘splendide isolement’, outre qu’il contredirait nos engagements européens, serait peu réaliste pour un pays qui exporte 25 % du PIB, où un emploi sur sept hors administrations et un sur quatre dans l’industrie dépend d’un groupe étranger<a href="#_ftn22">[22]</a>. Il conduirait à couper nos entreprises de possibilités d’économies d’échelle et d’externalités positives dont on a vu l’importance comme sources d’innovation, de compétitivité et de croissance. Mieux vaut préparer l’avenir, favoriser l’émergence d’un nouveau modèle de développement, prendre des mesures qui responsabilisent les décideurs et donnent du temps pour des transitions négociées.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Le développement des échanges commerciaux internationaux est jugé positif pour leur pays par 90 % des chinois, 53 % des français, 50 % des allemands et 39 % des américains ; 77 % des allemands, 69 % des chinois, 40 % des américains et 34 % des français jugent leur pays bien placé dans la compétition économique mondiale. Une nouvelle crise apparaît probable dans les 10 pays interrogés. Le remboursement des aides publiques par les entreprises qui délocalisent, la taxation du dumping social et environnemental, et la lutte contre les OPA par des entreprises étrangères, sont plébiscitées, particulièrement en France (sondage IFOP, en décembre 2010)</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> Patrick Artus, Marie-Paule Girard (2008), ‘Globalisation, le pire est à venir’, La Découverte, paru à la veille de la chute de Lehmann Brothers, et dont le cœur de l’analyse reste d’actualité</p>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a> François Morin (2011), ‘un monde sans Wall Street ?’, Seuil, souligne notamment que les Bourses ne remplissent plus leur rôle : les émissions nettes d’action des sociétés non financières (entrées en Bourse et augmentations de capital moins dividendes versés, rachats d’action et retraits de la cote) sont  depuis 2005 aux Etats-Unis négatives de façon croissante et voisines de zéro dans les autres pays développés</p>
<p><a href="#_ftnref4">[4]</a> le prix Nobel conservateur Maurice Allais (1999), ‘La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique’, Clément Juglar, dans une analyse très contestable au plan technique comme au plan politique</p>
<p><a href="#_ftnref5">[5]</a> Jacques Sapir (2011), ‘La démondialisation’, Seuil, et dans ce numéro</p>
<p><a href="#_ftnref6">[6]</a> Paul Bairoch (1993), ‘Mythes et paradoxes de l’histoire économique’, La Découverte. On s’appuie aussi ici sur la postface de Jean-Charles Asselain</p>
<p><a href="#_ftnref7">[7]</a> John Maynard Keynes (1933), ‘National self-sufficiency’, The Yale Review n°4, 1933</p>
<p><a href="#_ftnref8">[8]</a> Robert Skidelsky (1992), ‘John Maynard Keynes, 1920-1937, the economist as savior’, Macmillan, second tome de la biographie</p>
<p><a href="#_ftnref9">[9]</a> Elhanan Helpman, Paul Krugman (1985), MIT press ; ‘Market structure and foreign trade’ ; Pop internationalism (1996), traduction française (1998), ‘La mondialisation n’est pas coupable’ ; ‘the conscience of a liberal’ (2007), traduction française ‘l’Amérique que nous voulons’</p>
<p><a href="#_ftnref10">[10]</a> Paul Krugman, ‘the increasing returns revolution in trade and geography’ Nobel prize lecture 2008</p>
<p><a href="#_ftnref11">[11]</a> 61 % des exportations en juin 2011 en glissement annuel sont à destination de l’Union Européenne et 69 % de l’ensemble de l’Europe (respectivement 58 % et 67 % des importations en proviennent). La Chine est notre second partenaire pour les importations, le huitième pour les exportations, et le principal déficit commercial</p>
<p><a href="#_ftnref12">[12]</a> INSEE, L’économie française 2005-2006, données sur la période 1995-2001</p>
<p><a href="#_ftnref13">[13]</a> ‘Partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunération’ (2009), rapport de la mission présidée par Jean-Philippe Cotis, Directeur Général de l’INSEE</p>
<p><a href="#_ftnref14">[14]</a> La référence aux débuts des années 80 n’est en revanche pas relevante, la part des salaires dans la valeur ajoutée s’étant accrue à la suite des deux chocs pétroliers, la baisse des profits entraînant une baisse de l’investissement, puis augmentant après 1983 avec la désinflation</p>
<p><a href="#_ftnref15">[15]</a> Henri Rouilleault (2011), ‘L’emploi au sortir de la récession&#8230; renforcer l’accompagnement des transitions professionnelles’, www.travail-emploi-sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapportHR19-11-2010.pdf</p>
<p><a href="#_ftnref16">[16]</a> L’expression est de Michel Rocard au début des années 1990</p>
<p><a href="#_ftnref17">[17]</a> ‘mutualisation dont Angela Merkel ne veut pas et que Nicolas Sarkozy n’ose pas demander’ (Jacques Delors, le Temps 18 août 2011), au risque d’approfondir la crise de la zone euro et à terme de menacer non seulement l’Italie et l’Espagne mais aussi la France, et de coûter plus cher à l’Allemagne</p>
<p><a href="#_ftnref18">[18]</a> ‘Sécurité sociale professionnelle, de quoi parle &#8211; t’on ? comment y parvenir ?’ (2011), Laboratoire des Idées</p>
<p><a href="#_ftnref19">[19]</a> ‘2012-2017 : renforcer les droits des salariés’ (2011) Terranova</p>
<p><a href="#_ftnref20">[20]</a> Jacques Sapir, op cit, qui en attend une baisse de 4 points du taux de chômage</p>
<p><a href="#_ftnref21">[21]</a> Arnaud Montebourg (2011), ‘Votez pour la démondialisation’, Flammarion, qui préconise ‘un protectionnisme européen à dimension écologique’</p>
<p><a href="#_ftnref22">[22]</a> INSEE Première n° 1069, mars 2006, données à fin 2003</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Économiste, ancien Directeur Général de l’ANACT</p>
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		<title>Un protectionnisme &#171;&#160;intelligent&#160;&#187; pour l&#8217;Europe</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 15:09:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Daniel Vasseur</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le dossier]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 44]]></category>

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		<description><![CDATA[Un spectre hante l’Europe : le spectre du protectionnisme. Même si on l’évoque encore principalement pour en dénoncer les « dangers », même s’il a bien plus de contempteurs que d’avocats dans les media, il n’est plus un sujet « tabou ». Des observateurs, des acteurs économiques et politiques s’y rallient même de manière inattendue, en reniant d’anciennes convictions libre-échangistes, tels Valéry Giscard d’Estaing  ou Michel Rocard . ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Daniel Vasseur est économiste</p>
<p><em>« Si les libre-échangistes ne peuvent pas comprendre comment un pays peut s’enrichir aux dépens des autres, nous ne devons pas en être étonnés, puisque ces mêmes messieurs ne veulent pas non plus comprendre comment, à l’intérieur d’un pays, une classe peut s’enrichir aux dépens d’une autre classe. »</em></p>
<p><em>« Pour nous résumer : dans l’état actuel de la société, qu’est-ce donc que le libre-échange : C’est la liberté du capital ». </em></p>
<p><em>K. Marx, discours sur la question du libre-échange, publié en annexe de </em>Misère de la philosophie</p>
<p>Un spectre hante l’Europe : le spectre du protectionnisme. Même si on l’évoque encore principalement pour en dénoncer les « dangers », même s’il a bien plus de contempteurs que d’avocats dans les media, il n’est plus un sujet « tabou ». Des observateurs, des acteurs économiques et politiques s’y rallient même de manière inattendue, en reniant d’anciennes convictions libre-échangistes, tels Valéry Giscard d’Estaing<a href="#_ftn1">[1]</a> ou Michel Rocard<a href="#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p>A contrario, le temps des prophètes de la mondialisation heureuse semble passé, et les partisans du libre-échange se trouvent de facto conduits à mettre davantage l’accent sur les risques du protectionnisme que sur les bienfaits constatés du commerce international. Dans l’opinion, cette nouvelle offre idéologique et politique fait son chemin. Selon un sondage réalisé par l’IFOP et publié en juin 2011, 72% des Français estiment que l’ouverture des frontières de la France a été une mauvaise chose pour les salariés et 65% considèrent qu’il faudrait augmenter les taxes sur les produits importés en provenance des pays émergents.</p>
<p><strong>Le protectionnisme et ses ennemis ; positionnement d’un débat politique </strong></p>
<p><strong><em>Un thème qui s’est imposé dans le débat public… </em></strong></p>
<p>La question du protectionnisme s’invite désormais régulièrement dans les discussions programmatiques qui précèdent les grandes échéances électorales. Alors qu’elles semblent aujourd’hui achopper sur le constat largement partagé de l’absence de « marges de manœuvre », du fait des contraintes budgétaires et de la globalisation, le protectionnisme peut apparaître comme le préalable de l’action publique, qu’il s’agisse de lancer une politique de réindustrialisation, de préserver les services publics, de consolider la protection sociale ou de rendre la fiscalité plus équitable. En effet, tout effort fait dans ces différentes directions, sans se prémunir de la concurrence livrée par des systèmes économiques, politiques et sociaux qui ne respectent pas les mêmes principes, ne risque-t-il pas d’être consenti en pure perte ? Les moyens de les financer ne viendraient-ils pas bientôt à manquer ? Dans ces conditions, une forme de protectionnisme n’est-il pas la condition de la reprise en main de notre destin, c’est-à-dire de la mise en œuvre d’un projet socialiste ? En particulier, la redistribution fiscale et sociale, qui occupe traditionnellement une place privilégiée dans les programmes socialistes et sociaux-démocrates, peuvent devenir suspects de n’être plus que des solutions palliatives, et en définitive inefficaces, à des maux qui se situent en amont, au cœur du système productif et au stade de la répartition de la valeur ajoutée. Quant à l’autre composante habituelle de ces programmes socialistes, à savoir le renforcement de la régulation internationale, notamment la primauté à instaurer des normes sociales et environnementales sur les règles de l’OMC etc… elle apparaît de plus en plus dérisoire, au vu de la réalité des négociations et de l’échec répété de toute velléité à cet égard. L’actualité peut fournir des illustrations à l’appui de nouvelles interrogations sur le modèle de développement de nos économies. <strong>Ainsi, les peuples grecs, espagnols et portugais viennent-ils de se réveiller après le long rêve d’une croissance fondée sur le tourisme et le bâtiment, d’une consommation entretenue non par la production et la distribution de revenus salariaux mais par l’endettement public ou privé, par la hausse supposée sans fin de la valeur des actifs financiers ou immobiliers …La France, lestée de lourds déficits publics et commerciaux, qui semble errer dans ses propres ruines industrielles ne commence-t-elle pas à leur ressembler ? </strong></p>
<p><strong><em>… mais un débat souvent caricatural </em></strong></p>
<p>Comme le libre-échange, le protectionnisme a eu ses penseurs et compte des réussites incontestables. Le protectionnisme a des racines anciennes dans la pensée économique européenne, des mercantilistes à Friedrich List ou même dans une certaine mesure J.M. Keynes ainsi que dans la politique des Etats. En France, depuis Colbert, dont la stratégie a été indéniablement un succès (bien que le terme de « colbertisme » soit paradoxalement devenu un repoussoir), mais aussi en Allemagne, aux Etats-Unis et dans tous les pays émergents aujourd’hui. En vérité, il n’y a pas d’exemple de grande puissance industrielle qui ne se soit bâtie sans un certain protectionnisme. Toutefois, l’hégémonie d’une certaine doxa libérale, dans l’enseignement et l’analyse économique, fait qu’il constitue encore à l’heure actuelle un programme de recherche. Il existe une asymétrie entre, d’une part, les calculs savants des « gains à l’échange » liés aux différences de structure entre consommation et production dans chaque pays, qui sont monnaie commune (quoique purement théoriques), d’autre part, l’ignorance des pertes réelles dues à <em>certains</em> échanges commerciaux, du fait de conséquences durables sur le chômage, la qualité de l’emploi et du fait de la désagrégation de filières porteuses de gains de productivité comme d’une bonne spécialisation internationale à long terme. Il faudrait en particulier pouvoir mobiliser les abondantes ressources intellectuelles investies aujourd’hui dans le domaine de l’ « économie industrielle » et des structures de marché, au service d’une évaluation précise des effets de tarifs douaniers et d’écluses commerciales. Des ressources aujourd’hui entièrement utilisées au service de « modèles théoriques » fondés sur l’hypothèse d’équilibre de marché, dont découlent des raisonnements de plus en plus subtils mais aussi toujours plus éloignés de la réalité de l’économie et toujours plus prisonnières d’un cadre de pensée bien particulier.</p>
<p><strong>Le manque de substrat scientifique à la querelle du protectionnisme favorise des approches extrêmement idéologiques, pour ne pas dire caricaturales. « L’économie est mondialisée ; on ne peut rien y faire. Le protectionnisme priverait nos entreprises de produits importés dont elles ont besoin pour produire et exporter. Il nous attirerait des mesures de rétorsion. On ne peut remplacer ce qui a disparu et il faut plutôt privilégier la montée en gamme de notre production etc.»</strong>. S’ensuit en général un parallèle avec l’URSS, l’Albanie, ou encore la Corée du Nord, ainsi qu’une dénonciation de tendances mortifères au repli sur soi par temps de difficultés. Comme souvent, la bataille pour l’interprétation du passé constitue un enjeu essentiel du présent et le protectionnisme se trouve accusé, en particulier, d’avoir aggravé la crise des années 1930.</p>
<p>A cette caricature, on peut opposer une autre, celle qui fait des partisans du libre-échange les docteurs Pangloss de la mondialisation libérale ou les idiots utiles des concurrents de l’Europe. Déficits commerciaux, désindustrialisation, chômage, multiplication des petits boulots précaires et mal payés, désespérance sociale, accroissement des inégalités, montée inéluctable du populisme…tout va mal, mais il n’y aurait rien à faire. Pire, il faudrait surtout ne rien faire. En effet, ces difficultés seraient secondaires et temporaires ; elles ne constitueraient qu’un moment d’un grand plan de l’univers, un moment pénible mais nécessaire au service d’un objectif supérieur : le développement des pays émergents, une nouvelle répartition internationale du travail plus efficace, tout cela dans l’intérêt de tous à long terme etc&#8230; Pourtant, on ne voit point de montée en gamme de nos économies ; à l’inverse, nos pays se trouvent de plus en plus concurrencés dans les secteurs à forte valeur ajoutée et certains Etats parmi les plus avancés, comme les Etats-Unis accusent maintenant un déficit commercial sur ces segments.</p>
<p>L’impopularité croissante de l’ouverture des marchés dans l’opinion publique, bien au-delà de la France désormais, agace une partie des classes dirigeantes. Elle l’attribue à un manque de compréhension des mécanismes économiques par les hommes et les femmes du commun, ce qui paraît parfois la conforter dans son sentiment supériorité. Mais jamais l’enseignement de l’économie n’abolira la misère sociale. On pourrait se demander s’il ne faudrait pas davantage écouter le « peuple » qui, subissant de plein fouet les conséquences de la mondialisation perçoit certains phénomènes, perçoit certaines réalités pouvant échapper à des observateurs plus lointains ? D’ailleurs, quand bien même la vision du monde libérale était avérée, pourrait-on pour autant demander aux plus défavorisés de se sacrifier pour plus malheureux qu’eux à l’autre bout de monde ? On peut difficilement fonder un mouvement social progressiste sur un tel universalisme abstrait. Dans un tel cas de figure, les forces de gauche se trouveraient dans une impasse politique.</p>
<p><strong>Un protectionnisme « intelligent »</strong></p>
<p><strong>Un protectionnisme lucide et moderne ne consisterait naturellement pas à construire des « murailles de Chine », ni à prendre des mesures qui deviendraient des handicaps pour l’économie européenne ou nationale. Il ne s’agit pas de se priver de composants ou de matières premières indispensables. Ce protectionnisme ne serait pas aveugle mais s’appuierait sur une vision précise de nos intérêts et de la concurrence déloyale à laquelle nous sommes soumis.</strong> Il s’agit de lutter contre le dumping commercial, monétaire, financier social et écologique, d’accompagner le renouveau de politiques industrielles en prenant à chaque fois les dispositions appropriées <em>selon les pays d’origine, selon les secteurs et selon les moments</em>. L’expertise économique, à laquelle il a été fait allusion plus haut, devra jouer tout son rôle car la méthode ne consiste pas à « fermer les frontières » mais à corriger et à canaliser un mouvement devenu fou. D’ailleurs, si des mesures unilatérales seront à l’évidence nécessaires, le moyen d’agir pourra consister aussi souvent que possible à négocier ou renégocier des accords commerciaux avec d’autres grands ensembles économiques, de manière à garantir qu’ils soient bel et bien mutuellement avantageux.</p>
<p>D’aucuns veulent opposer le protectionnisme « bête » (contre-productif) et « méchant » (nationaliste) à la régulation internationale. Cependant, ce protectionnisme intelligent constitue en définitive une forme de régulation, sans doute la seule possible aujourd’hui. Eriger des barrières tarifaires <em>au niveau adapté</em> permettrait de recréer les conditions dans lesquelles la liberté du commerce produit les effets favorables prévus par certaines théories. Pense-t-on avoir atteint un « optimum », une division internationale du travail pleinement satisfaisante, quand un pays accumule des excédents en réduisant une grande partie de sa main d’œuvre en esclavage, en étouffant toute liberté syndicale ou d’expression, en manipulant le taux de change de sa monnaie, en finançant ses exportations à perte, en pillant les droits de propriété intellectuels des entreprises étrangères, en détruisant son environnement et celui de toute la planète etc.? On taxerait les émissions de CO2 en Europe pour accélérer, en définitive, le remplacement de la production européenne par des importations non-taxées qui se traduisent par des émissions bien supérieures ? De manière apparemment paradoxale, on peut souvent conclure que le protectionnisme remédierait à des distorsions qui perturbent le bon fonctionnement des marchés.</p>
<p><strong>Les effets d’une compétition internationale non-régulée.</strong></p>
<p><strong><em>Les ravages de la concurrence des pays à bas coûts</em></strong></p>
<p>Alors qu’on a longtemps voulu relativiser la responsabilité des échanges avec les pays émergents dans la désindustrialisation de nos économies<a href="#_ftn1">[1]</a>, de nouvelles études démontrent qu’ils ont joué un rôle important. Notamment, un document de travail de la DG Trésor l’évalue, sur la base d’une analyse économétrique, à 39% des emplois industriels détruits entre 1980 et 2007 (soit 740 000 sur 1,9 million), alors que l’effet des échanges avec les autres pays développés peut être considéré comme nul<a href="#_ftn2">[2]</a>. Elles tendent également à indiquer que ce phénomène s’aggrave, concomitamment à la forte croissance des importations en provenance de ces Etats. Important à l’échelle de tout un pays, ce qui veut dire catastrophique dans plus d’un bassin d’emplois considéré en particulier. Encore n’appréhende-t-on pas, par cette approche, la pression exercée sur les salaires et les conditions de travail des salariés les moins qualifiés, dans l’industrie et par contrecoup dans toute l’économie. Pour sauver son emploi, ou en trouver un, il faut accepter de plus en plus souvent des rémunérations dégradées, des horaires atypiques, un statut plus précaire etc…</p>
<p>Il faut nécessairement se concentrer sur le cas de la Chine dont les méthodes radicales et le potentiel démographique bouleversent la donne mondiale pour les décennies à venir. Une politique « mercantiliste » c’est-à-dire toute entière tournée vers l’accumulation d’excédents extérieurs, s’avérait déjà nocive pour nos économies quand elle était le fait de quelques « dragons asiatiques ». Pratiquée à l’échelle d’un Etat dictatorial d’1,3 milliard d’habitants comme la Chine, elle peut devenir mortelle. Entre le début des années 2000 et aujourd’hui, le déficit commercial de l’Union européenne vis-à-vis de la Chine a bondi d’une quarantaine de milliard d’euros à plus de 150. Elle est son premier fournisseur mais seulement son troisième client. Dans le cas de la France, alors que nos échanges étaient presqu’à l’équilibre avec la Chine au début de la décennie, nos importations en provenance de ce pays excèdent en 2010, nos exportations vers celui-ci de 20 Md d’euros, soit plus de 40% de notre déficit extérieur. <strong>En une décennie, la part du marché mondial détenue par les exportateurs chinois est passée de 3% à 12% tandis que celle de la zone euro reculait de 3 points et celle de la France de 2 points (de 6,5% à 4,5%) : notre pays est un des principaux perdants, en Europe, de la montée en puissance de la Chine. </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><em>Un modèle de développement fondé sur l’oppression </em></strong></p>
<p>Ces tendances ne doivent rien à une « logique de marché » mais tout à une politique volontariste menée avec constance, voire avec acharnement par les hiérarques chinois, de substitution de la production nationale aux importations (s’accompagnant de nombreuses mesures protectionnistes) et de promotion des exportations (la Chine n’étant, par exemple, tenue par aucune limitation en matière de crédits à l’exportation, contrairement à nous). C’est que la Chine, à rebours de l’image que l’on s’en fait parfois, reste une économie centralisée, fondée sur la symbiose entre Etat, collectivité locales, banques et grandes entreprises publiques qui bénéficient d’un accès privilégié au crédit et aux ressources nationales. De leur côté, les « joint-ventures » créées avec des investisseurs étrangers demeurent étroitement contrôlées par le pouvoir. Tous les moyens sont bons pour assurer la compétitivité de l’industrie chinoise. Les salaires augmentent moins vite que la productivité, de sorte que leur part dans la valeur ajoutée n’est que de 40%, contre 60 à 70% dans nos pays, et qu’elle diminue, puisqu’elle dépassait 50% il y a dix ans ! Dans ces conditions, l’épargne des entreprises, des nouveaux riches et même des ménages les plus modestes, privés d’une protection sociale décente, atteint des proportions sans commune mesure dans le monde : la part de la consommation dans le PIB a reculé de 45% à 35% en 10 ans ! Cette situation a quelque chose d’absurde ; en bonne théorie, un pays émergent en croissance rapide devrait consommer et investir davantage qu’il n’épargne, c’est-à-dire accumuler temporairement des déficits extérieurs, parce qu’il a d’énormes besoins à court terme et tous les moyens de rembourser ses emprunts à long terme…</p>
<p>Ces caractéristiques aberrantes de l’économie chinoise s’expliquent par une exploitation forcenée de la main d’œuvre. La Chine applique des méthodes comparables à celle de l’Europe à l’époque de la révolution industrielle au XIXème siècle. Ainsi le système du « hukou » ou passeport intérieur, qui rappelle les livrets ouvriers d’autrefois, a pour fonction de réduire les travailleurs migrants,  venus chercher du travail dans les zones côtières, à la condition de citoyens de seconde zone, bien obligés d’accepter les emplois qu’on leur offre. Le développement d’une « classe moyenne », au mode de vie et de pensée « occidental » ne doit pas faire illusion. Certes, il faut des cadres motivés et ouverts sur le monde pour promouvoir une croissance fondée sur les exportations, mais la grande majorité des salariés chinois ne profite guère de la croissance de leur pays. Si l’augmentation des prix alimentaires et des logements a provoqué, à la fin de 2010, des émeutes de salariés, c’est bien la preuve qu’ils se maintiennent à peine au-dessus du minimum vital…</p>
<p><strong>Après le dumping salarial, le dumping environnemental. Non seulement la Chine ne taxe pas comme nous la consommation d’énergie, mais bien elle… la subventionne ou maintient son prix à un niveau artificiellement bas. Dumping monétaire bien sûr : le congrès américain estime à 27% la sous-évaluation du yuan. Au moins les Etats-Unis ont-ils tapé du poing sur la table de sorte que la parité yuan-dollar s’est quelque peu rééquilibrée &#8211; mais aux dépens de l’euro</strong>. Celui-ci n’ayant pas suivi le mouvement, est resté stable vis-à-vis du yuan et s’est donc apprécié vis-à-vis du dollar ! Il semble pour le moins hasardeux de miser sur une réorientation de la croissance chinoise, au profit de la consommation intérieure et de vouloir se rassurer en se disant qu’on n’en voit encore aucun signe mais il s’agit d’un processus long, ne faisant que commencer etc. Les déséquilibres intérieurs comme extérieurs ne se résorbent pas (excédent commercial supérieur à 10% du PIB, investissement continuant à croître plus fortement que la consommation, déséquilibre croissant entre industrie et services…). Les autorités, confrontées à la menace d’un ralentissement de la croissance et aux tensions sociales, réagissent spontanément en faisant tout leur possible pour renforcer encore la compétitivité de l’économie chinoise et le secteur exportateur – tout en ajoutant quelques bonnes paroles sur son nécessaire « rééquilibrage ». Pourquoi la classe dirigeante de ce pays renoncerait-elle à un modèle de développement qui marche si bien – pour elle ?  Elle a une vision claire de ses intérêts et elle les défend, contrairement à l’Europe qui fait confiance aux « marchés » (c’est plus confortable intellectuellement et politiquement) et veut se persuader que la Chine va devenir un Etat « normal » avant tout soucieux du bien-être de ses habitants, singulièrement des plus faibles&#8230; <strong>L’idée que le Chine va se « normaliser » et que la hausse des salaires changera bientôt la donne internationale repose sur une foi bien naïve dans la logique du développement capitaliste, minorant le rôle des luttes sociales et politiques, alors que le contexte chinois apparaît bien particulier et n’est guère comparable à la France des « trente glorieuses », par exemple. </strong>Les réserves de main d’œuvre font que cette « période de transition », s’il ne s’agissait que de cela (c’est-à-dire dans le meilleur des cas), risque d’être assez longue pour créer des dégâts profonds et irréversibles dans un Etat de taille modeste comme le nôtre…</p>
<p><strong><em>La crise mondiale actuelle comme crise de surproduction due à la stratégie de développement de certains pays émergents</em></strong></p>
<p>Au final, on pourrait résumer la situation de l’économie mondiale en disant le mode de développement actuel des pays émergents se traduit par un déséquilibre dans le rapport de force entre travail et capital à l’échelle planétaire. Partout, la part de la valeur ajoutée revenant aux salariés régresse, <em>au Nord</em> sous l’effet de la concurrence d’une main d’oeuvre à bon marché au Sud, <em>au Sud</em>, parce que la rémunération des travailleurs ne progresse pas du même pas que leur productivité. Ces surprofits prennent la forme de marges colossales pour les entrepreneurs du Sud, les multinationales du Nord qui délocalisent et le secteur de la distribution de nos pays qui ne répercute au consommateur qu’une partie de la baisse de ses coûts d’approvisionnement. Il s’ensuit un accroissement des inégalités internes à chaque Etat dont l’histoire a peu d’exemple, se manifestant par exemple par le développement d’une consommation ostentatoire et une grande prospérité de l’industrie du luxe, au Nord comme au Sud. Surtout, cette situation se traduit par un « surplomb d’épargne » et une accumulation de capital à valoriser qui circule à grande vitesse dans la planète financière, en quête de placements, et crée une grande instabilité financière. Globalement, il trouve à s’investir dans la dette publique et privée qui augmente fortement au Nord, pour suppléer au manque de revenus salariaux. On soutient la consommation à crédit.</p>
<p>Comme on le voit, le déséquilibre né dans les rapports entre capital et travail entraîne des déséquilibres macro-économiques, entre épargne et consommation, entre Etats structurellement importateurs et exportateurs, puis des déséquilibres financiers, ces différents déséquilibres « faisant système » d’où une forme de cohérence et une certaine durabilité mais ils devaient tôt ou tard se solder par une crise. Ceci aura pris une dizaine d’années. A cet égard, la crise des « subprimes » n’a constitué qu’un facteur déclenchant, ce qui explique l’impuissance des économies développées à redémarrer, alors qu’elles avaient su surmonter et effacer rapidement les récessions du début des années 1990 et du tournant des années 2000. En fin de compte, le monde est confronté à une crise globale de surproduction ou de sous-consommation en tout point comparable à celle des années 1930 mais cette fois-ci, le commerce international en a été un rouage essentiel.</p>
<p>Dans ce contexte, le protectionnisme s’attaque à la racine des difficultés. Au Nord, il permettrait d’enclencher un processus de réindustrialisation et favoriserait le travail au détriment du capital, les salariés aux dépens des employeurs, d’où un accroissement de la production et de la part qui revient aux classes moyennes et populaires. Production, revenus et consommation formeraient à nouveau le cercle vertueux d’une croissance équilibrée et auto-entretenue. Au Sud, la remise en cause du modèle exportateur ne peut que conduire la Chine, notamment, à privilégier le développement de son marché intérieur, pour le plus grand bénéfice de ses salariés, éventuellement après une crise économique et sociale car on conçoit difficilement un tel changement sans de violentes secousses. En ce sens, il s’agit d’un « protectionnisme altruiste ». Au final, <strong>on peut </strong>aussi<strong> parler d’une « solution protectionniste », et non plus d’une « tentation protectionniste », comme il est de coutume, puisqu’il s’agit non d’un réflexe national mais d’une stratégie de croissance à l’échelle de planète. Une solution non-négociée, certes, mais parce qu’il n’y a rien à négocier.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Un protectionnisme souhaitable et <em>réalisable</em>.</strong></p>
<p><strong><em>Les différentes formes que pourrait prendre ce protectionnisme raisonné : </em></strong></p>
<p>-                     la possibilité de prendre des mesures ciblées de protection commerciale, pour préserver nos industries et permettre le développement de secteurs d’avenir, de préférence à l’échelle de l’Union, par le biais du tarif extérieur commun et des normes techniques ;</p>
<p>-                     la faculté d’imposer des sanctions économiques aux entreprises qui délocalisent leur production et leur emploi tout en voulant continuer à profiter de nos marchés à fort pouvoir d’achat ;</p>
<p>-                     une défense de la valeur ajoutée européenne par le biais d’un « Buy European act », similaire au « Buy American act », réservant les marchés publics du continent aux entreprises européennes ou à des joint-ventures qui fabriquent leurs produits sur notre sol ;<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p>-                     la mise en œuvre d’une véritable politique de change au service des économies européennes, l’euro étant le bien commun de tous les pays de la zone et non l’héritier du deutsche mark. Cela signifie la fin de (au mieux) la « non-politique de change » actuelle, ou (au pire) de l’ « euro fort », la BCE ayant une préférence évidente pour un taux de change élevé qui limite le prix des importations et l’inflation ;</p>
<p>-                     une défense des fleurons industriels et des jeunes pousses les plus prometteuses de l’Union, au moyen d’un contrôle des prises de participation capitalistiques par des acteurs extra-communautaires (protectionnisme financier). L’objectif est de protéger nos savoir-faire, nos centres de décision et de recherche, nos emplois les plus qualifiés – et plus généralement la cohérence de nos filières et l’efficacité de nos politiques industrielles, la qualité de notre insertion de notre économie dans le commerce mondial et notre avenir en tant que Nation. Il ne faut pas laisser les « hedge fund » et les « fonds souverains » du monde entier venir faire leur marché en Europe, dépecer nos entreprises les plus compétitives, racheter nos « start ups », désarticuler nos filières industrielles et s’approprier le fruit des efforts collectifs consentis pour les développer (subventions publiques, recherche universitaire, système de formation…). C’est d’autant plus nécessaire que les Européens n’ont généralement pas droit à la réciprocité en la matière. Pourquoi pas une « golden share européenne »?;</p>
<p>-                     une réorientation de la politique de la concurrence européenne, qui permette la constitution de champions européens aptes à faire face à la concurrence mondiale. Au lieu de cela, certaines décisions de la Commission ont fait un tort considérable à l’industrie européenne en interdisant des rapprochements et donc en facilitant le rachat des entreprises européennes concernées par des groupes extra-européens. Tel fut le cas de Péchiney après le rejet en 2003 de la fusion Alcan-Algroup-Péchiney, qui devait se faire dans les meilleurs conditions pour Péchiney, en raison du risque d’atteinte à la concurrence sur le marché intérieur…Aujourd’hui, Pechiney n’existe plus vraiment et ce qui en reste dépend d’un fond d’investissement américain (Appolo)…De même, le contrôle étroit et même restrictif que la Commission européenne exerce sur les aides d’Etat devrait être revu car elles constituent un des principaux vecteurs d’une politique de réindustrialisation.</p>
<p><strong>Contrairement à ce que beaucoup croient, les Etats disposent de nombreux moyens d’action. Les grandes entreprises, même internationalisées &#8211; voire parce qu’elles le sont &#8211; ont besoin d’une forme de « parrainage politique », de pouvoir compter sur un Etat d’origine, pour nouer des partenariats en matière de recherche et d’innovation, pour défendre ses intérêts dans les enceintes multilatérales et sur les marchés les plus « exotiques », comme ultime recours en cas de crise etc. </strong>Contrairement à ce que beaucoup croient aussi, le commerce mondial n’est pas un « mouvement brownien » d’atomes économiques qu’il apparaîtrait vain de vouloir suivre et contrôler. Le commerce intra-firme représente ainsi la moitié des échanges mondiaux ; ce dernier résulte donc largement de décisions de localisation des activités prises au sein de grandes entreprises. Il s’agit donc de bien se faire entendre d’elles. De même, la complexité et l’intrication des échanges ne rendent pas impossibles de tels dispositifs protectionnistes ou dangereux pour nos propres entreprises (dans la mesure où certaines sont étroitement dépendantes de certaines importations)<em>.</em> Il suffit de renverser la charge de la preuve : à l’exportateur de démontrer que ses articles n’ont pas été entièrement produits dans un Etat concernés par nos droits de douane ou qu’ils l’ont été dans des conditions garantissant une bonne couverture des coûts sociaux et environnementaux. Par ailleurs, une fois les paramètres convenablement fixés, il n’y a pas de risque de défavoriser les entreprises françaises ou européennes<em> </em>sur notre marché puisqu’on taxerait aussi bien les intrants importés dont ils ont besoin que les produits finaux importés qui viennent les concurrencer<em>.</em><strong> </strong></p>
<p>Enfin, certains contre-arguments confinent à la théorisation de l’impuissance. A quoi bon se protéger si nous sommes désormais incapables remplacer les importations par de la production nationale ou européenne ? entend-on parfois. C’est partir perdant d’avance. Les mêmes iront-ils jusqu’à suggérer de prendre un peu de poison pour mourir plus confortablement ? Cet argument, à caractère purement statique, est significatif d’un certain épuisement du paradigme néo-libéral : espère-t-on sérieusement que les emplois de demain naîtront du seul fonctionnement des marchés ou d’inoffensives « politiques d’environnement » ? <strong>Une politique de réindustrialisation est nécessaire et elle appelle une protection de nos marchés sans laquelle on ne ferait que labourer la mer. Ainsi, grâce à une politique volontariste et protectionniste, l’Argentine a réussi à recréer de toutes pièces une industrie du jouet national, la part de marché de la production locale y passant de 5% à 30% en quelques années. </strong></p>
<p><strong><em>Ce protectionnisme pourrait avoir une dimension défensive ou offensive. </em></strong></p>
<p><em>Une dimension défensive</em>, en particulier dans le secteur automobile, qui a longtemps constitué un des points forts de la valeur ajoutée nationale. On sait bien qu’une partie importante de la dégradation de notre  commerce extérieur dans les années 2000 tient aux délocalisations décidées par Renault et Peugeot. Ils ont même souvent obligé leurs sous-traitants à les suivre à l’étranger ! Entre la fin des années 1990 et la fin des années 2000, la production des constructeurs automobile français sur notre sol s’est réduite d’un tiers, alors qu’ils maintenaient leurs parts du marché national (au-dessus de 50%) et que le nombre d’immatriculations s’y stabilisait<a href="#_ftn4">[4]</a>. Le solde des échanges dans ce secteur, encore largement excédentaire en 2004 (+13,1 Md d’euros) est devenu déficitaire (-4,4 Md en 2009). Cette évolution a contribué pour près de la moitié à la dégradation de notre balance commerciale en produits manufacturés. Dans le même temps, les constructeurs français ont obtenu un soutien d’une ampleur exceptionnelle de la part des pouvoirs publics nationaux. Ils leur ont sauvé la vie au plus fort de la crise, en 2008/2009, en leur consentant un prêt de 6 Md d’euros et en mettant en œuvre une prime à la casse dont ils devaient être et ont bien été les principaux bénéficiaires.</p>
<p>L’heure n’est plus aux demi-mesures, à l’image des convocations des chefs d’entreprises concernés dans le bureau du Président de la République, à chaque rumeur de fermeture de site de production. On ne peut pas appeler cela une « politique industrielle »&#8230; L’Etat actionnaire ou apporteur de subventions et autres crédits d’impôt doit imposer aux firmes une stratégie et des engagements précis de redéveloppement de la production sur le territoire national. Dans le même temps, on doit compenser par des droits de douane adaptés le dumping fiscal et/ou social pratiqué par certains de nos concurrents, c’est-à-dire les différences de coûts que ne justifient pas les écarts de développement entre pays. Il faut agir vite ; une fois la base productive disparue, il deviendra difficile de la reconstituer. Il ne s’agit en l’occurrence que de faire la même chose qu’un autre pays développé, le Japon, qui interdit <em>de facto</em> les importations d’automobiles sur son territoire. Manifestement, son industrie ne s’en porte que mieux et n’en est pas moins internationalisée…</p>
<p><em>Une dimension offensive</em>, par exemple, dans le secteur des énergies vertes, où la France, malgré son potentiel scientifique et industriel, a pris un retard qui risque de devenir définitif si on laisse les importations tuer au berceau nos industries naissantes. <strong>Allons-nous « verdir » nos modes de vie et de production en recourant massivement  à des produits <em>made in China </em>? Il y aurait là, en particulier, les bases d’un grand projet industriel franco-allemand, la mutualisation des moyens de nos deux pays, en grande partie complémentaires, permettant de viser un leadership mondial, à l’image de ce qui a été accompli avec Airbus. </strong></p>
<p><strong><em>Des politiques dont il existe déjà des exemples de réussite </em></strong></p>
<p>Le monde actuel offre de nombreux exemples d’une combinaison réussie d’une politique de (ré-)industrialisation et d’une protection des marchés nationaux. On peut prendre celui de l’Afrique du Sud. Autrefois, dotée d’une industrie puissante (l’isolement diplomatique contraignant ce pays à une forme d’autosuffisance), elle a traversé une grave crise après avoir libéralisé l’accès à son marché et privatisé ses entreprises stratégiques. Aussi a-t-elle élaboré un nouveau cadre de politique industriel qui articule tout à la fois, de manière très intéressante : 1) l’identification de secteurs économiques prioritaires, notamment dans une optique de spécialisation (un pays de taille moyenne ne peut tout faire) mais aussi de diversification et de renforcement à long terme du tissu productif (on ne peut se contenter de défendre ses points forts traditionnels). Ainsi un<em> </em>programme de développement de la production automobile, a-t-il fixé l’objectif d’1,2 million de véhicules à l’horizon de 2020 et d’un accroissement du taux d’intégration local de 35 % à plus de 70 % sur la même période. 2) l’ajustement des tarifs douaniers en fonction de ces politiques sectorielles, en veillant à la cohérence entre droits applicables aux biens intermédiaires et aux produits finis, 3) la poursuite de l’intégration régionale avec les Etats voisins, politiques commerciale et industrielle prenant tout leur sens à l’échelle d’un ensemble économique suffisamment important.</p>
<p>Le Brésil s’est donné les moyens récemment de faire face à une forte augmentation des importations, détruisant tissu industriel et emplois dans le secteur de l’automobile, en décidant unilatéralement de taxer les véhicules dont le contenu national et régional (Mercosur), reste en-deçà de 65%. Cette mesure est ciblée sectoriellement mais aussi, en pratique, géographiquement. De manière plus large, un grand projet de développement économique, comme l’Europe en aurait besoin, « Brasil maior » (« Brésil plus grand ») combine, d’une part, la promotion de l’investissement, de la R&amp;D et de l’innovation, assortie d’objectifs précis d’augmentation de leur part dans le PIB, d’autre part, une certaine préférence économique nationale, fondée sur des mesures anti-dumping, la règlementation des marchés publics et la politique de crédit des banques publiques. On a là un bon exemple de ce que peut être un « protectionnisme intelligent ».</p>
<p><strong>Conclusion : quel compromis proposer aux Allemands ?</strong></p>
<p>Car tout est là. Pour que l’Europe adopte ce projet, il faut d’abord convaincre nos partenaires allemands. Leurs excédents commerciaux signifient-ils que leurs intérêts diffèrent diamétralement des nôtres, ce qui rendrait tout espoir d’accord illusoire en la matière ? Deux observations à cet égard. D’abord, l’Allemagne devra se rendre compte tôt ou tard les limites de sa stratégie actuelle, qui en fait un peu la « Chine de l’Europe ». Sa performance économique apparaît en réalité médiocre : +1,1% de croissance annuelle entre 1996 et 2009, contre +1,7% pour l’ensemble de la zone euro. <strong>Certes, le rebond allemand en 2009 et 2010 a été impressionnant mais seulement à la hauteur de la chute constatée en 2008, plus forte qu’ailleurs. Son modèle social se délite. Le taux de pauvreté s’est remis à augmenter en Allemagne et se situe désormais au-dessus de la moyenne de l’OCDE. </strong><em>In fine</em>, cette stratégie non-coopérative de désinflation compétitive fondée sur la déflation salariale (le salaire réel moyen a diminué de 2,5% entre 2000 et 2009) et la sous-consommation contraint ses concurrents à s’aligner sur ce modèle, ce qui la privera à terme de son efficacité. Ce scénario a déjà commencé à se réaliser. L’Allemagne devra donc s’interroger sur le maintien de cette stratégie et sur l’opportunité pour elle d’une meilleure prise en compte de l’intérêt de ses partenaires, en particulier dans la mise en œuvre d’une véritable politique commerciale européenne. Et ce d’autant plus qu’elle accuse, elle aussi, un déficit vis-à-vis de la Chine qui ne cesse de se creuser (près de 23 milliards d’euros en 2010).</p>
<p>Ensuite, il convient de mettre en balance le pré-requis non-négociable que constitue pour nous cette véritable politique commerciale européenne avec un certain nombre d’enjeux fondamentaux aux yeux des Allemands. A savoir : premièrement, la préservation de l’euro, celui-ci présentant d’énormes avantages pour l’Allemagne qui réalise 56% de ses excédents au sein de notre zone monétaire, secondement, le renoncement de notre part (à nous Français), à des mesures nationales de sauvegarde commerciale au sein de l’UE. Notre déficit bilatéral le plus important n’est-il pas avec l’Allemagne : 30 Md d’euros sur 50 Md en 2010, alors qu’il était presque nul en 2000 ?</p>
<p>En définitive, un argument pourrait emporter l’adhésion de nos partenaires. Il s’agit en effet, au travers de ce nouveau pacte fondateur de l’Union, de promouvoir un « patriotisme économique européen », pour le plus grand bien des peuples et des économies de l’Union mais aussi de l’idée européenne, qu’il faut revitaliser et réenchanter en lui redonnant son sens initial : une union sans cesse plus étroite fondée sur des solidarités de fait, alors que l’Europe d’aujourd’hui, un espace commercial sans identité ouvert à tous les vents, ne cesse d’éloigner les Européens les uns des autres. D’ailleurs, l’intégration commerciale de l’Union ne progresse plus depuis une vingtaine d’années…comme si les Européens n’avaient pas grand’chose à faire de plus ensemble ni à tirer d’eux-mêmes. Comme si, vieillis et fatigués, sans projet, ils devaient chercher à l’autre bout du monde la source de la croissance, chez les économies « jeunes et dynamiques ». A rebours, le retour à la régionalisation des échanges, qui s’amorce partout dans le monde, constitue la condition de l’approfondissement politique et social de la construction européenne. Revenir à l’esprit du traité de Rome de 1957 ne conduit pas à moins d’Europe mais à plus d’Europe, à une Europe plus unie, plus forte et plus consciente d’elle-même.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> En pointant d’autres facteurs comme les gains de productivité et la proportion croissante des services dans la consommation des ménages.</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> Cf « La désindustrialisation en France », document de travail de la DG Trésor, juin 2010 – pages 30 et suivantes.</p>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a> A contrario, signalons que la Commission européenne n’a rien trouvé à redire lorsque une entreprise chinoise, Covec, a remporté en 2009 l’appel d’offres lancé par le gouvernement polonais pour la construction de l’autoroute Varsovie-Lodz, et ce, grâce à des subventions massives du ministère chinois de la construction…</p>
<p><a href="#_ftnref4">[4]</a> Voire, dans les deux cas, progressait temporairement grâce à des mesures comme la prime à la casse</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Les Echos du 29 mai 2011</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> « Le libre-échange intégral est fini. Il a fait trop de dégâts ». <em>Le Parisien</em> du 6 avril 2011</p>
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		</item>
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		<title>Nouvelle division internationale du travail et protectionnisme européen</title>
		<link>http://www.revuesocialiste.fr/2011/12/09/nouvelle-division-internationale-de-travail-et-protectionnisme-europeen/</link>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 14:54:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Siroën</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le dossier]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 44]]></category>

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		<description><![CDATA[Décrire le commerce international aujourd’hui est une gageure. Au-delà même des effets controversés de la mondialisation commerciale sur le chômage, les inégalités et le pouvoir d’achat des salariés, d’autres ruptures commencent seulement à être perçues : pénurie chronique des matières premières, notamment alimentaires, externalisation de la production industrielle et des services (offshoring), imprévisibilité des taux de change, sur-réaction du commerce international aux crises économiques, bonne santé insolente des pays émergents et fragilisation humiliante des anciens pays industriels. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Jean-Marc Siroën est Professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine</p>
<p>Notre manière de voir le commerce international est devenue obsolète et les statistiques en donnent une image erronée, moins par malignité, que par inadéquation des concepts. Derrière les clichés, approximations et fausses évidences, les données qui permettraient d’évaluer l’ampleur et la nature de la mondialisation commerciale et d’apprécier ses effets ne sont plus pertinentes.</p>
<p>*</p>
<p><strong>Une division internationale « verticale »</strong></p>
<p>Il est depuis peu largement reconnu que les données commerciales dont nous disposons ne permettent d’appréhender ni l’ampleur, ni la nature de la mondialisation commerciale. <strong>Économistes, organisations internationales, administrations nationales et élite politique ont longtemps enfoui leur tête dans la terre pour se cacher des erreurs patentes.</strong> <strong>Les théories du commerce international, les indicateurs d’ouverture ou de spécialisation diffusés par les manuels se sont évertués à comparer ce qui n’était pas comparable, à relativiser des choux par des carottes, le commerce par les revenus nationaux (généralement, le PIB)</strong><a href="#_ftn1">[1]</a>. Il est fréquent d’entendre qu’en exportant (environ) 20% de sa production (le PIB), la France consacrerait grosso modo un emploi sur cinq aux exportations. Mais quand Hong Kong exporte 1,5 fois son PIB doit-on aussi conclure que ce territoire y consacre … 150% des emplois? Cette démonstration par l’absurde des erreurs d’interprétation tient au fait que les exportations sont valorisées en termes de prix et intègrent toute la chaine de valeur du bien exporté, quel qu’ait été son lieu de production, alors que le PIB agrège la valeur ajoutée de la seule production nationale. Au niveau macro-économique, cette différence serait sans conséquence si toute la valeur du bien exporté était produite dans le même pays depuis l’extraction des matières premières jusqu’à l’exportation. Mais la plupart des biens exportés exige des importations préalables de matières premières, de biens intermédiaires, de composants. La valeur d’un bien exporté se partage donc entre une valeur ajoutée nationale et une valeur ajoutée étrangère. Or, ce qui importe pour analyser la relation entre le commerce international, la croissance et l’emploi dans un pays, c’est bien la valeur ajoutée nationale, pas la valeur des ventes à l’étranger. Il y a certes des emplois français dans les exportations françaises mais aussi beaucoup d’emplois à l’étranger. On sait que seule une faible partie de valeur ajoutée d’un Airbus A320 exporté par la France se situe en France, le reste se localisant dans les pays partenaires (Allemagne, Angleterre, Espagne) mais aussi ailleurs. Inversement, des firmes françaises, participent à la fabrication des Boeing<a href="#_ftn2">[2]</a>. Exporter 10 milliards d’Airbus n’augmente donc pas la production française (le PIB) de 10 milliards, loin de là. A noter, d’ailleurs que lorsqu’Airbus exporte un appareil à <em>Singapore Airlines</em>, il exporte aussi un peu de valeur ajoutée américaine et, inversement quand Air France achète un Boeing, elle crée aussi des emplois auprès des sous-traitants industriels français.</p>
<p>La division internationale du travail « classique », sur laquelle s’était fondée la théorie des avantages comparés, concernait des produits finals supposés intégralement produits dans le pays – l’exemple fameux de Ricardo du vin portugais et des draps anglais. La dynamique du commerce mondial de l’après-seconde guerre mondiale, notamment théorisée par Krugman, reposait davantage sur une décomposition fine de la demande rendant possible l’échange de biens similaires mais différenciés entre pays aux avantages comparatifs peu marqués – automobiles françaises contre automobiles allemandes. Mais, cette « nouvelle » théorie continuait à raisonner en termes de biens finals, alors même qu’augmentait la part des produits intermédiaires dans le commerce international. <strong>Aujourd’hui, les automobiles françaises exportées en Allemagne ne sont qu’un assemblage de pièces et composants en grande partie fabriqués ailleurs dans une division internationale du travail (DIT) « verticale »où les pays se spécialisent par « tâches ». Pour un nombre croissant de produits industriels, une multitude de pays peut, tout au long de la chaîne de valeur (<em>chain value</em>)  participer à la production d’un bien final qui ne sera finalement exporté que par un seul. </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Aucun pays ne peut prétendre aujourd’hui être spécialisé dans l’industrie des <em>smartphones</em> mais les États-Unis le sont certainement dans la conception, la fabrication de certains composants ou la distribution, alors que la Chine l’est dans l’assemblage et la finalisation. Avec le concept proposé de <em>Made in the World</em>, l’OMC a (enfin !) pris conscience de la monumentale insuffisance de l’appareil statistique et de la nécessité d’évaluer le commerce non plus en terme de prix à la production, mais en terme de valeur ajoutée. La Chine, parce qu’elle exporte des <em>notebooks</em> ou des <em>smartphones</em> « <em>Made in China</em> » ne doit pas, pour autant, être considérée comme spécialisée dans les produits de haute technologie, car son avantage comparatif reste largement concentré aux étapes les moins qualifiées et à faible valeur ajoutée. La part de la Chine dans la valeur ajoutée de ses <em>iPod</em> exportés au prix de 150$ est ridiculement basse et limitée à l’assemblage qui ne compte que pour 4 $, avec un prix de vente aux États-Unis de  300 $ ! Malgré la « délocalisation » apparente de la production de <em>iPod</em>, l’essentiel de la valeur ajoutée reste donc localisée dans le pays importateur et donneur d’ordre – les États-Unis &#8211; à la fois en amont (conception, certains composants,….) et en aval (distribution, marge) et, dans une moindre mesure, au Japon (disque dur), Taiwan et quelques autres pays asiatiques<a href="#_ftn3"><sup><sup>[3]</sup></sup></a>.</p>
<p>On peut considérer comme raisonnable un chiffre qui situerait la part moyenne du contenu en importations  des exportations françaises entre un tiers et la moitié, part évidemment très variable selon les secteurs<a href="#_ftn4"><sup><sup>[4]</sup></sup></a>. Pour un pays comme la Chine, on se situerait plutôt entre la moitié et les deux tiers (plus de 80% dans certaines industries, comme celle des ordinateurs). En 2008, ce pays a ainsi pu voir chuter la moitié de ses exportations dont la valeur représentait environ un tiers de son PIB, sans grandes conséquences sur son taux de croissance &#8211; 2 ou 3 points au maximum pour un taux à deux chiffres &#8211; et, en tout cas, beaucoup moins que les 17 points « mécaniques » d’une situation où la totalité de la valeur ajoutée des exportations chinoises aurait été …chinoise.</p>
<p><strong>Causes et conséquences de la nouvelle DIT</strong></p>
<p>Les causes de cette « verticalisation » croissante de la division internationale du travail sont multiples. La plus intuitive est la persistance de coûts de main d’œuvre faibles dans les pays en développement favorisant ainsi la délocalisation, non de la chaine de production dans son ensemble, mais les activités les plus intensives en main d’œuvre peu qualifiée, comme l’assemblage. Mais l’innovation technique, notamment l’expansion de l’industrie électronique, a également contribué à allonger et à complexifier les processus de production tout en permettant leur segmentation. La fabrication de la coque d’un ordinateur est « séparable » de la fabrication du microprocesseur, composants par ailleurs peu pondéreux et relativement peu coûteux à transporter. Cette DIT verticale a évidemment été accélérée par l’ouverture commerciale des pays émergents souvent complétée par la création de zones attractives pour les investissements étrangers et bénéficiant d’avantages douaniers pour l’importation de matières premières et de composants transformés(les <em>Maquiladoras</em> mexicaines ou les <em>Export Processing Zones</em> chinoises).</p>
<p>Les carences statistiques, aussi bien que conceptuelles, empêchent d’évaluer correctement les conséquences de cette nouvelle DIT. Néanmoins, on peut affirmer que la mesure du commerce international – exportations et importations mondiales &#8211; conduit à surestimer la mondialisation commerciale. Ce qui importe pour l’emploi, et la croissance, n’est pas la valeur des exportations mais leur contenu en valeur ajoutée nationale…. Dès lors que différents pays se spécialisent à une étape du processus de production, le même produit sera comptabilisé plusieurs fois. Avant de se retrouver dans un des milliers de composants électroniques qui équipe un avion de ligne, le minerai de silicium aura franchi dix, quinze, vingt frontières et aura donné lieu à autant d’enregistrements douaniers<a href="#_ftn5">[5]</a>. <strong>La nature des spécialisations, souvent associée aux perspectives de croissance et de développement, est </strong>également <strong>devenue indéchiffrable et se prête à des erreurs d’analyse. On surestime ainsi le rôle du commerce extérieur dans la croissance du PIB de la Chine, en oubliant le rôle de la modernisation de l’agriculture, de la croissance démographique, des investissements publics et d’infrastructures, de la construction immobilière et… de la demande intérieure.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Le sens à donner aux soldes commerciaux bilatéraux s’est également appauvri. Lorsque les États-Unis importent un <em>iPod</em> de Chine, ils réimportent surtout une partie de leur propre valeur ajoutée plus un disque dur japonais et quelques composants taïwanais. Le déficit des États-Unis avec la Chine est alors surestimé (et celui avec le Japon, sous-estimé). Ces faux déséquilibres sont pourtant avancés comme une preuve de non  réciprocité. Le déficit bilatéral des États-Unis avec la Chine pour les <em>iPhones </em>apparait ainsi dans les statistiques pour 1,9 milliard de dollars. Mais si on considère que derrière le <em>iPhone</em> se dissimule une multitude de composants venant d’autres pays ce déficit est réduit à …73 millions. Il passe à 685 millions avec le Japon et …341 millions avec l’Allemagne<a href="#_ftn6">[6]</a>!</p>
<p>Mais si cette nouvelle DIT a favorisé les profits plutôt que les travailleurs les moins qualifiés, la « désindustrialisation » des « vieux » pays industriels ne doit pas être surestimée non plus. Les grandes firmes multinationales « occidentales » ont conservé le contrôle de l’ensemble de la « <em>chain value</em>» industrielle et des profits. Ce qui pose problème est sans doute moins la délocalisation de l’assemblage du <em>iPod</em> que les marges colossale d’Apple. La nouvelle DIT n’a pas, pour l’instant, remis pas en cause l’ancien schéma « hétérodoxe », actualisée par la théorie de la croissance endogène, d’une spécialisation qui localiserait les activités à haute valeur ajoutée dans les pays industriels et cantonnerait les pays en développement dans les activités à faible valeur ajoutée. La nouvelle division internationale du travail a bien favorisé la délocalisation des activités intensives en main d’œuvre non ou moins qualifiée sans que, parallèlement, tous les ajustements aient pu se réaliser, notamment la reconversion des emplois vers des activités exportatrices ou non délocalisables. Elle a donc pesé sur la main d’œuvre moins qualifiée, en termes d’emplois et de salaires.</p>
<p><strong>Le protectionnisme européen : remède pertinent ?</strong></p>
<p><strong>La carence du système d’information sur la mondialisation commerciale a des effets dévastateurs sur les débats et laisse la porte ouverte à des querelles idéologiques dont les termes ont été peu renouvelés depuis trois siècles, lorsque la critique libérale du mercantilisme par Hume, Montesquieu ou Adam Smith se confrontait à la résistance des courants « mercantilistes ».</strong> Ce débat a d’ailleurs plus souvent opposé la droite libérale à une droite « souverainiste » (mercantiliste, nationaliste) et auquel la gauche, héritière de Marx ou de Rosa Luxembourg, a souvent refusé de participer au nom d’un internationalisme qui voyait dans le protectionnisme le reflet des contradictions mêmes du capitalisme et de la rivalité entre puissances impérialistes. Il n’avait d’autre effet que mettre en opposition les classes ouvrières de chaque pays.</p>
<p>Les partisans d’un protectionnisme européen ont certes raison de chercher à lever le tabou, même si, en France, le débat sur l’opportunité du protectionnisme n’a jamais été fermé, loin de là (on pourrait citer depuis 40 ans une multitude de débats ouverts par des personnalités aussi éminentes que, par exemple, Jean-Marcel Jeanneney ou Maurice Allais). Mais ils ont tort d’y voir une solution au chômage, aux inégalités et à la baisse du pouvoir d’achat. <strong>L’Union européenne ne correspond pas à cette caricature de territoire naïvement ouvert à tous les vents de la concurrence internationale. L’Union Européenne a un système de normes sévères et couteuses à respecter (ce qui ne signifie pas quelques failles). Derrière l’Inde et à peu près au même niveau que les États-Unis, l’union Européenne est la troisième utilisatrice de droits antidumping, instrument de base pour se protéger des pratiques déloyales.</strong> L’agriculture européenne conserve une hyper-protection dans ses grandes productions et des tarifs élevés dans le secteur du textile-habillement. L’UE est parfois condamnée par l’OMC pour ne pas respecter ses règles.</p>
<p>Mais on remarquera que ces actions, qui marquent les limites du libre-échangisme européen, se heurtent elles-mêmes aux contradictions de la nouvelle DIT. L’Union européenne a certes imposé un droit antidumping sur les bicyclettes chinoises importées. Mais elle a dû exonérer les firmes européennes qui importaient les pièces détachées incorporées à leur production… Il existe dans les produits français importés de Chine une part de valeur ajoutée, et donc d’emploi, japonaise, allemande et, … française. Se protéger contre la Chine, s’est aussi se protéger contre ces pays et, parfois, contre soi-même. Pour certains produits importés, le protectionnisme pourrait davantage atteindre la valeur ajoutée – et donc l’emploi &#8211; du pays importateur que celle du pays exportateur : imagine-t-on les États-Unis taxer les importations d’<em>iPod</em> en provenance de Chine ou d’automobiles <em>Ford</em> assemblées dans les <em>Maquiladoras</em> mexicaines alors que l’essentiel de la valeur ajoutée du bien importé, donc de l’emploi, reste américain ? Même si on peut toujours déceler, ici ou là, quelques tentations protectionnistes, celles-ci sont restées très éloignées des réactions aux crises précédentes au premier rang desquelles la crise de 1929.</p>
<p>La part de la valeur ajoutée française, et donc d’emploi, qui pourrait être protégée (ce qui ne signifie pas « sauvée » comme le montre l’exemple de l’industrie textile) des pays à bas salaires est faible et doit être mise en balance avec les effets contre-productifs de ce protectionnisme. Les importations françaises représentent environ 20% du PIB dont une partie, d’ailleurs, « contient » de la valeur ajoutée française réimportée. Environ les deux tiers de notre commerce sont réalisés avec nos partenaires européens pour lesquels personne ne propose de mesures protectionnistes. Nos importations extra-européennes représentent donc environ 7% du PIB. <strong>Si on exclut les produits agricoles surprotégés, les produits « fatals » sans substituts dont les matières premières énergétiques et minières, les produits industriels qui ne sont pas ou plus produits en France et qui ne menacent plus l’emploi ou des biens d’équipement indispensables à la compétitivité de notre industrie, on se situe maintenant à un maximum de 2 ou 3 % de notre PIB, dont une partie en provenance de pays ayant des coûts salariaux aussi ou plus élevés que les nôtres.</strong> Au final, la protection à destination des pays ciblés, n’agirait sans doute que pour moins de 1% de notre PIB … en se souvenant qu’importer un <em>iPhone</em> « made in China », c’est d’abord importer des biens et services américains, japonais et…allemands. Pour que la protection procure alors un gain net positif, il faudrait qu’elle compense les pertes associées: baisse de nos exportations dues aux mesures de rétorsion des autres pays, à la chute des exportations de produits et services intermédiaires que nous réimportons sous forme de produits finals. A ces effets sectoriels négatifs sur le PIB doit s’ajouter la baisse du pouvoir d’achat dû au renchérissement des produits importés et qui pèsera sur la demande, avec une éventuelle compensation par des hausses salariales qui, à leur tour pèseront sur la compétitivité sans améliorer pour autant la situation des travailleurs. On voit donc, qu’indépendamment même des questions politiques qui seraient soulevées, le bilan économique final du protectionnisme risque fort d’être négatif, y compris relativement aux buts légitimes recherchés de sauvegarde de l’emploi et du pouvoir d’achat. Si la mondialisation commerciale doit être mieux maitrisée, le protectionnisme n’est pas, aujourd’hui, le bon instrument.</p>
<p>La mondialisation commerciale a certes bouleversé la DIT, mais il n’est pas clair qu’elle ait rendu les économies plus dépendantes du commerce international. Ce doute ne signifie pas que la mondialisation commerciale n’ait  pas impliqué des ajustements négatifs en termes d’emploi ou de salaires. Le caractère contre-productif d’un protectionnisme européen ne signifie pas l’absence de marge de main d’œuvre. Un des problèmes de la France a sans doute été sa difficulté à dégager un nombre suffisant de PME« compétitives », bien intégrées dans la <em>chain-value</em> et bénéficiant d’une position forte sur leur « niche ». La mondialisation de l’industrie française s’est davantage réalisée par les plus grandes firmes conquises par <em>l’offshoring</em> et beaucoup moins par la consolidation des PME dans un processus de production globalisé. Cette meilleure insertion des firmes françaises, et notamment des firmes de taille moyenne, dans la nouvelle DIT, passe par le levier de l’innovation, de la formation, de la fiscalité. On peut regretter aussi la relative timidité de l’Union européenne dans la régulation du commerce internationale. Dans ses accords commerciaux, elle est ainsi moins exigeante que les États-Unis ou le Canada dans le respect des droits des travailleurs, pas toujours bien respectés, notamment dans les « Export Processing Zones » qui se trouvent des acteurs majeurs de la nouvelle division internationale « verticale » du travail.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Pour une critique des indicateurs d’ouverture commerciale voir Jean-Marc Siroën, 2004, «  L’international n’est pas le global. Pour un usage raisonné du concept de globalisation », <em>Revue d’Économie Politique</em>, 114 (6), novembre-décembre, p. 681-698</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a>Pour le Boeing 787 Dreamliner, voir WTO et IDE Jetro (2011), <em>Trade Patterns and global value chains in East Asia: From trade in goods to trade in tasks</em>.</p>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a>Voir par exemple pour l’<em>iPod</em>, Jason Dedrick, Kenneth L. Kraemer and Greg Linden, 2009, “Who Profits from Innovation in Global Value Chains? A Study of the iPod and notebook PCs”et “Who Captures Value in a Global Innovation System? The case of Apple&#8217;s iPod”</p>
<p><a href="#_ftnref4">[4]</a> Certains économistes estiment que le contenu en importations des exportations françaises était d’environ 25% en 2004. Non seulement, il a dû augmenter depuis, mais la méthode sous-estime cette part en supposant que le contenu en importations est de même nature pour les produits exportés que pour les produits destinés au marché intérieur. Voir G. Daudin, Ch. Rifflart et D.Schweisguth, 2009. &laquo;&nbsp;Who produces for whom in the world economy?,&nbsp;&raquo; Documents de Travail de l&#8217;OFCE 2009-18.</p>
<p><a href="#_ftnref5">[5]</a>Voir par exemple la synthèse de Andreas Maurer et Christophe Degain, 2010, “Globalization and trade flows: what you see is not what you get!”, WTO, ERSD-2010-12, June 2010. Consulter également le site de l’OMC.</p>
<p><a href="#_ftnref6">[6]</a>Voir WTO et IDE Jetro (2011),<em>op.cit</em>.</p>
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		<title>La séduction trompeuse du protectionnisme et de la démondialisation</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 14:51:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacques Mistral</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le dossier]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 44]]></category>

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		<description><![CDATA[Jacques Mistral est économiste. Il a notamment écrit La troisième révolution américaine, Perrin, Paris, 2008. « Une politique tarifaire est une politique qui organise la rareté. C’est évidemment avantageux pour ceux qui produisent ces biens rares. Mais cela cause par ailleurs une somme de dégâts  bien supérieure aux avantages des bénéficiaires. La Nation dans son ensemble ne peut espérer être gagnante en rendant artificiellement rare ce dont le pays a besoin ». John Maynard Keynes, Cité par Robert Skidelsky, « John Maynard Keynes, vol 1, Hopes betrayed » &#8211; Penguin, 1983 Texte La France est, en ce début du XXIème siècle, le seul pays industrialisé dans lequel la tentation protectionniste – éventuellement présentée sous une tenue camouflée- soit aussi présente dans les débats politiques. C’est un thème rhétorique auquel de nombreux politiciens de gauche comme de droite, surtout aux extrêmes, n’hésitent pas à faire appel pour résumer l’idée qu’une « alternative » est possible, sans qu’il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Jacques Mistral est économiste. Il a notamment écrit La troisième révolution américaine, Perrin, Paris, 2008.</h3>
<p><em>« Une politique tarifaire est une politique qui organise la rareté. </em></p>
<p><em>C’est évidemment avantageux pour ceux qui produisent ces biens rares.</em></p>
<p><em>Mais cela cause par ailleurs une somme de dégâts  bien supérieure </em></p>
<p><em>aux avantages des bénéficiaires.</em></p>
<p><em>La Nation dans son ensemble ne peut espérer être gagnante </em></p>
<p><em>en rendant artificiellement rare ce dont le pays a besoin ». </em></p>
<p>John Maynard Keynes,</p>
<p><em>Cité par Robert Skidelsky, </em></p>
<p><em>« John Maynard Keynes, vol 1, Hopes betrayed » &#8211; Penguin, 1983</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><strong>Texte</strong></p>
<p>La France est, en ce début du XXIème siècle, le seul pays industrialisé dans lequel la tentation protectionniste – éventuellement présentée sous une tenue camouflée- soit aussi présente dans les débats politiques. C’est un thème rhétorique auquel de nombreux politiciens de gauche comme de droite, surtout aux extrêmes, n’hésitent pas à faire appel pour résumer l’idée qu’une « alternative » est possible, sans qu’il soit jamais nécessaire d’en expliciter le contenu. Après tout, <strong>le protectionnisme a réellement existé dans l’histoire, il est donc possible, et il est facile de le peindre sous des couleurs attrayantes puisqu’il constitue une rupture avec tout ce qu’une fraction de l’électorat est avide d’entendre dénoncé : la mondialisation, l’euro, le libéralisme ou les puissances d’argent.</strong> Le protectionnisme, c’est un thème politique à succès parce qu’il se nourrit de toutes les indignations et tranche les nœuds gordiens dans lesquels s’emmêlent les débats démocratiques sur les politiques à mener en période de grandes difficultés. Et puisqu’il ne s’agit que de donner un peu plus de moyens à l’Etat-protecteur, qui finalement peut être contre ? Malheureusement, cette séduction est infondée, elle est paradoxale, elle est dangereuse. C’est du moins ce que suggèrent les enseignements de l’histoire aussi bien sur le plan économique que politique.</p>
<h4>Le protectionnisme et la première industrialisation</h4>
<p>Il est facile de comprendre la séduction qu’exerce le protectionnisme en se référant aux situations où il a produit des résultats à première vue positifs. Contrairement à ce qu’affirment les tenants du libre-échange, ce dernier n’a en effet pas toujours été la règle, loin de là, en particulier pendant la période d’industrialisation rapide du XIXème siècle. On cite alors les exemples de l’Allemagne et des Etats-Unis, exemples ô combien probants puisque ces deux pays ont construit leur puissance industrielle à l’abri de fortes protections douanières. L’expérience japonaise, amorcée et poursuivie plus tard, présente les mêmes caractéristiques. En effet très parlants, ces exemples sont ils suffisants pour en déduire une loi générale ? Ce serait aller vite en besogne. Notons d’abord que les théoriciens de l’époque sont peu nombreux et l’histoire de la pensée ne leur réserve qu’une place marginale tant leur apport manque de substance ; de Carey aux Etats-Unis, il ne reste rien ; de Frédéric List, en Allemagne, subsiste un argument en faveur d’un rejet (temporaire) de la concurrence extérieure fondé sur l’idée forte mais courte « d’économie complexe » ; et c’est tout. Aujourd’hui, il est possible d’élaborer un modèle théorique qui explique la logique économique des processus à l’œuvre : en atténuant la pression de la concurrence extérieure, la protection a en effet permis, dans les cas cités, de capter des externalités intertemporelles qui requièrent pour se concrétiser une longue période d’investissements et d’augmentation de la capacité de production . C’est pourquoi la théorie économique a reconnu dès John Stuart Mill le bien-fondé, sous certaines conditions, de l’argument dit « de l’industrie naissante ». En termes simples et contemporains, on peut faire référence au succès d’Airbus qui a été rendu possible par les subventions accordées au départ pour permettre à l’avionneur européen « dans l’enfance » de jouer à armes égales avec Boeing et de conquérir ainsi, comme on ne le sait pas assez, une partie importante du marché américain lui-même.</p>
<p>Mais c’est une chose de comprendre comment cette politique a permis l’industrialisation des pays en question et c’est autre chose d’imaginer que ces exemples soient aisément transposables ou qu’il soit désirable de les suivre dans des contextes bien différents. Allons en effet au delà des « externalités intertemporelles » et considérons ce qu’est l’économie politique du protectionnisme réel dans chacun des trois cas mentionnés. La première caractéristique, c’est que la protection est un moyen d’accroitre le surplus économique, ou, plus simplement, les profits. Pour compenser le retard industriel par rapport à des concurrents plus avancés, et donc capables de vendre à meilleur prix comme c’était le cas de la Grande Bretagne au XIXème siècle, il faut garantir des prix plus élevés à l’industrie nationale, lui permettre de dégager ainsi les profits nécessaires au financement des investissements qui permettront le rattrapage : <strong>le protectionnisme n’est pas au service d’un quelconque intérêt général, il est toujours une politique au service d’intérêts particuliers, il peut, dans certaines conjonctures, servir ceux d’une classe dominante prête à assumer les intérêts supérieurs d’un pays « en développement »</strong>,<strong> </strong>on en verra d’autres formes plus loin<strong>. </strong>C’est cela qui caractérise l’Allemagne, les Etats-Unis et le Japon pendant leur période d’industrialisation rapide, mais c’est aussi une exploitation accrue de la classe ouvrière mise au service – ce qui est le plus décisif &#8211; d’acteurs privés ayant un comportement stratégique.<strong> </strong>Car ce n’est pas l’Etat qui a assuré dans ces trois cas le succès du protectionnisme, ce sont les acteurs privés qui ont utilisé l’Etat comme instrument. Que se passe-t-il d’ailleurs si les acteurs privés sont défaillants ? On trouve alors une situation « à la Méline », ce Ministre qui à la fin du XIXème siècle a marqué de son nom la période pendant laquelle la France crut pouvoir se protéger de la première vague de mondialisation qui prenait essor à l’époque ; c’est, soit dit en passant, de là que vient un retard industriel vis à vis de l’Allemagne qui n’a jamais été compensé depuis. Ainsi l’image positive du protectionnisme que véhicule l’expérience du XIXème siècle a-t-elle quelques justifications – si l’on s’intéresse au succès industriel sans être regardant sur les moyens &#8211; mais devrait susciter un commentaire politique plus circonspect  -surtout à gauche : un protectionnisme réussi en période de croissance rapide, c’est le poids dominant de grands intérêts privés, l’Etat capturé, la société asservie, on en verra d’autres exemples.</p>
<h4>Le protectionnisme en temps de crise</h4>
<p>Le protectionnisme fut par la suite, comme on le sait, étroitement associé aux drames de l’entre-deux-guerres. Que cela se soit produit dans un contexte où les options de politique économique étaient de plus en plus restreintes, que ce soit le fait de gouvernements aux abois n’enlève rien au diagnostic : le relèvement des tarifs douaniers, les dévaluations compétitives et la recherche de l’autarcie ont pendant les années trente dramatiquement propagé et amplifié les effets de la crise. Le point de départ, c’est la loi dite Smoot-Hawley adoptée par le Congrès des Etats-Unis et signée par le Président Hoover en Juin 1930 ; quelques mois plus tard, elle avait ouvert la voie dans bien d’autres pays à des mesures d’inspiration similaire dictées par des raisons politiques locales prenant souvent la forme de représailles. Arrêtons-nous sur ce dernier terme qui est au protectionnisme ce que l’OMC est au libre-échange, le mécanisme <em>politique</em> qui relie entre elles les nations entrant en relations commerciales. Prenez un gouvernement qui pour des raisons de politique intérieure entend « protéger » une partie de ses activités soumise à la concurrence jugée dommageable de l’un de ses partenaires. De deux choses l’une : soit il existe un lieu où les deux pays peuvent exposer et faire arbitrer leur contentieux, c’est le cas de l’Organe de règlement des différends à l’OMC ; soit, en l’absence d’une telle enceinte au jugement de laquelle les deux2 pays acceptent de se soumettre, le pays exposé au relèvement tarifaire répliquera en imposant au premier, en représailles, des mesures qui frapperont ses exportations. Et cela est inévitable, l’histoire ne donne aucun exemple d’un pays qui ait accepté de gaité de cœur, sans réagir, de voir ses exportations mises à mal par un partenaire. Il faut faire preuve d’une bien grande naïveté pour écarter ces effets induits et ne songer qu’au soulagement que produit la mesure initiale. Comme le résume la citation de Keynes en exergue, <strong>la réalité de toute mesure de protection, c’est le soulagement temporaire de certains, par exemple d’un secteur industriel en difficulté, au prix, immédiatement, d’une détérioration de la situation d’un autre, exportateur et donc probablement plus en pointe : dans le contexte actuel, il faut évidemment anticiper qu’une éventuelle restriction des exportations chinoises vers la France verrait par exemple nos ventes d’Airbus immédiatement sanctionnées.</strong> Le protectionnisme, en bref, dégrade la situation de tous les partenaires et en premier lieu, paradoxalement, de celui qui y recourt en premier (dans l’exemple qui précède, Boeing serait évidemment trop heureux de satisfaire la demande supplémentaire chinoise). Ce que nous apprend l’histoire économique, en tout cas, c’est que, de représailles en représailles, le commerce mondial – et derrière lui l’activité &#8211; ne peut que s’étioler comme ils l’ont fait sans discontinuer de 1929 à 1933 ; ce n’est pas un accident, c’est une loi d’airain.</p>
<p>A coté de la manipulation des tarifs, les années 1930 sont aussi marquées par la pratique des dévaluations compétitives qui obéissent exactement à la même logique : « donnons un petit avantage de prix à nos producteurs, pénalisés par une parité surévaluée, et les choses iront mieux », discours familier puisque c’est aujourd’hui l’antienne de tous les opposants à l’euro. Plus qu’une longue démonstration, il peut être instructif d’examiner un exemple concret de cette politique : le Danemark et la Nouvelle Zélande étaient dans l’entre-deux-guerres les deux principaux fournisseurs de beurre de la Grande Bretagne ; en 1930, la Nouvelle Zélande décida en dévaluant de 5% de « donner un petit avantage de prix à ses producteurs » handicapés par leurs coûts et par le ralentissement de la demande extérieure; les Danois s’empressèrent de réagir en suivant la Livre au moment de sa propre dévaluation en septembre 1931, mesure insuffisante pour les fermiers danois qui obtinrent une dévaluation supplémentaire de 5% un an plus tard ce à quoi les Néo-zélandais répondirent vivement en dévaluant de 15% en décembre 1932 ; les Néo-zélandais ne pouvaient le supporter sans réagir et dévaluèrent de 17% un mois plus tard. Fin 1933, les deux monnaies étaient à peu près à leur point de départ, mais trois années de dévaluations compétitives infructueuses n’avaient fait qu’exacerber les difficultés économiques, accentuer les pressions protectionnistes, amplifier les tensions politiques et finalement rendre la recherche de solutions internes plus conflictuelle et plus difficile. En bref, sous forme tarifaire ou monétaire, le protectionnisme en période de crise est le dernier recours d’une société tétanisée et d‘un Etat submergé par l’amoncellement de difficultés insolubles.</p>
<h5>Le protectionnisme et la substitution d’importation</h5>
<p>Le protectionnisme renaquit de ses cendres dans les années 1960 avec le débat sur l’industrialisation de l’Amérique Latine, situation nouvelle et intéressante. A l’époque -c’était avant l’émergence de ceux que l’on appelle aujourd’hui les « émergents »- l’Amérique Latine (à laquelle il faudrait ajouter l’Inde, la Turquie et quelques autres pays …) représentait pour l’essentiel le monde en développement. L’Afrique, l ‘Asie, la Chine derrière ses murailles étaient loin d’avoir décollé ; l’Amérique Latine, pour sa part, avait déjà connu, au début du XXème siècle et jusque dans les années 1920, des performances brillantes. Mais ces pays avaient été très durement frappés par la baisse des cours des matières premières après le déclenchement de la dépression ; très endettés, ils avaient fait face à de sérieuses difficultés financières et s’étaient comme tant d’autres repliés sur eux-mêmes dans les années 30. C’est dans ce contexte que se développa après la seconde guerre mondiale un puissant courant idéologique et politique prônant une stratégie d’industrialisation « par substitution d’importation ».  La Commission économique des Nations Unies à Santiago du Chili joua un rôle majeur dans cette dynamique. Elle dénonça l’échange inégal dans lequel la tendance séculaire à la baisse du prix des matières premières enfermait les pays dépourvus d’industrie et fixèrent comme objectifs une diversification des exportations. Dans ce but, ses promoteurs poussèrent plus avant la logique de l’industrie dans l’enfance en mettant l’accent sur le handicap que subissait toute activité industrielle qui n’atteignait pas la taille critique à partir de laquelle elle bénéficierait des économies d’échelle (les externalités intertemporelles déjà mentionnées). En mettant en relief les bénéfices sociaux qui résulteraient du processus d’industrialisation, elle justifiait les efforts nécessaires attendus de la population et même les inefficacités que provoquerait la protection jusqu’à ce que la concurrence se joue à armes égales.</p>
<p>Le Tiers-Monde, né à la conférence de Bandung en 1955, fit de la substitution d’importation, parfois qualifiée de « reconquête du marché intérieur », sa ligne officielle. Un demi-siècle plus tard, il n’en reste rien ou presque (il faudrait ici, ce qui sort du champ de cet essai, un développement spécifique sur l’Inde). Il n’en reste rien d’abord parce que l’économie des pays engagés dans cette voie s’est effondrée sous le poids de politiques économiques incohérentes n’aboutissant finalement qu’à l’endettement et à l’inflation sans que les effets positifs attendus de l’industrialisation ne se concrétisent jamais. Il y a des années que l’Amérique Latine a réorienté ses politiques. Il est triste, à ce stade, de mentionner le désastre économique dans lequel se sont enfoncés les pays qui, par aveuglement politique, se sont plus que d’autres enferrés dans la poursuite d’une politique de ce type : au premier rang figure l’Algérie, qui avait dans le temps compté sur les « industries industrialisantes » pour mettre en valeur ses ressources pétrolières au service du socialisme, mais aussi Cuba ou la Biélorussie, le Venezuela ou quelques autres. <strong>S’il ne reste rien de ces expériences,</strong> <strong>c’est surtout que l’on a vu depuis un quart d’autres modèles s’imposer avec succès en démontrant la possibilité pour un pays sans avantage comparatif initial de compenser son retard mais en suivant une politique perpendiculaire à celle de la substitution d’importation.</strong> Comme on le sait, les pays d’Asie, au premier rang desquels Taïwan, la Corée,  la Chine plus récemment, ont suivi les enseignements tirés de l’expérience japonaise que l’on peut résumer dans ce bref survol par deux caractéristiques : 1. une stratégie d’exportation intensive qui, sur les secteurs où le pays peut avoir un avantage comparatif, vise une part importante du marché mondial pour internaliser très vite les économies d’échelle et assumer, en termes de qualité, de design ou d’innovation, tout ce qu’exige une compétitivité au meilleur niveau ; 2. une spécialisation toujours en mouvement, tournée vers des productions à plus forte valeur ajoutée, remontant les filières, passant d’un secteur à l’autre et organisant une division internationale du travail avec les économies moins avancées de la zone. En résumé, c’est incontestablement, comme le disent les manuels, une stratégie « tirée par l’exportation » ; mais attention, il ne s’est jamais agi pour les « tigres asiatiques » ou pour la Chine aujourd’hui de faire preuve d’une confiance naïve dans les vertus du libre-échange, il s’agit, comme pour le Japon autrefois, d’une vraie stratégie, mettant en œuvre ce qu’il y a de plus fécond dans la doctrine de l’industrie dans l’enfance.</p>
<p>On peut finalement voir dans ce rapide survol des expériences d’industrialisation en Algérie, au Venezuela, au Mexique ou en Corée la confirmation de ce que ce sont les acteurs stratégiques (Hyundaï ou Samsung par exemple dans le cas coréen) qui sont la clé du succès ; le protectionnisme n’est qu’un instrument qui en lui même ne définit pas une politique. Ou, pour le dire autrement, déployer la bannière  protectionniste pour rejeter le marché mondial, repousser ses contraintes et se priver de ses opportunités, c’est au mieux, comme Méline, préparer l’échec économique et au pire ouvrir la voie à de sombres aventures politiques.</p>
<h5>La démondialisation, un conte pastoral ?</h5>
<p>Tout ce qui précède étant plus ou moins connu, <strong>le protectionnisme n’a pas seulement les couleurs attrayantes mentionnées en introduction, il a aussi un aspect sulfureux ce qui explique qu’il soit utile à ses partisans d’en peindre la façade sous des couleurs plus riantes. Aujourd’hui en France, c’est le terme de « démondialisation » qui constitue ce décor.</strong> Terme il faut le reconnaître sympathique, qui fleure bon les territoires et la gastronomie et rappelle les petits villages et les églises des affiches de la campagne de 1981. Partons donc de là et tournons nous un instant vers la démondialisation réellement existante. Car ce n’est pas une utopie, on peut en observer un exemple vivant, c’est en Pennsylvanie ou dans l’Ohio, au pays amish. Ce que l’on y voit, ce que l’on y touche du doigt, c’est la démonstration qu’il est possible au XXIème siècle de se soustraire aux contraintes du marché mondial, d’ignorer les lois de la finance, de ne pas soumettre les choix de la communauté au diktat de l’économie capitaliste. A quelles conditions ? Elles sont simples : une discipline de travail sans failles et un mode de vie frugal. Une discipline de travail sans failles parce que la productivité, même rehaussée par deux siècles de savoir-faire, reste celle d’une société où la division du travail est réduite et l’innovation peu active ; un mode de vie frugal parce que les biens produits par la collectivité sont peu diversifiés et que les échanges monétaires sont limités. Les amish se déplacent en voitures à cheval rutilantes, leurs vêtements ont l’élégance surannée de ceux utilisés par leurs ancêtres au XIXème siècle, ils n’ont pas de sécurité sociale mais pratiquent une solidarité étendue, ils sont moins exposés au cancer que les autres américains… Bien audacieux est celui qui porterait un jugement sur le « bien-être » de cette collectivité par rapport à celle des salariés mondialisés du voisinage. Ce qui est certain, c’est que les Amish –dont le nombre double tous les 20 ans-  illustrent la possibilité d’un art de vivre aux antipodes de celui que dénoncent avec de bons arguments les opposants à la tyrannie de la mondialisation. Est-ce cette solution que proposent en France les tenants de la démondialisation ? Bien sûr que non, et c’est peut-être dommage car il s’agirait là d’une vraie alternative ; mais, depuis la fin des aventures post-soixante-huitardes du Larzac, elle n’a plus guère de traction dans l’opinion. Personne sur la scène politique ne songe en réalité à se soustraire réellement à la mondialisation parce que personne ne le demande ; et personne ne le demande parce que personne en France ne souhaite imiter les Amish. Ce que suggèrent donc les démondialisateurs est plus tortueux, c’est qu’il serait possible d’éliminer les inconvénients de la mondialisation tout en en conservant les avantages, c’est à dire en évitant les dommages collatéraux sur l’emploi, le pouvoir d’achat, les services publics, la protection sociale etc. C’est ce que promet toujours, sans succès comme on l’a vu, la tentation de se mettre en congé du monde. Voyons ainsi, pour conclure, les enseignements, pour 2012, de notre survol historique, économique et politique.</p>
<p>Ne pas considérer le libre-échange comme un dogme ; ne pas faire preuve de naïveté dans la définition de nos politiques ; nous donner les moyens de faire valoir nos intérêts ; appliquer avec adresse l’argument de l’industrie dans l’enfance, évidemment, tout cela fait partie de ces enseignements. Sur de tels principes, un très large accord peut être dégagé. Mais si le mot de démondialisation a un sens, c’est bien sûr qu’il invite à aller plus loin, à organiser, comme on le disait déjà en 1980, une rupture. Certains ont été tentés de tirer les leçons de 1983 en constatant que l’on ne pouvait « appliquer le programme socialiste [de l’époque] dans un seul pays » ; vingt ans plus tard, on ne démondialisera pas le monde à partir d’un seul pays. Evitons d’en faire une démonstration fracassante. Bornons nous à deux exemples.</p>
<ul>
<li>Prenons la proposition centrale d’une protection à l’échelle européenne. La politique commerciale s’exerçant à ce niveau, l’idée est en effet plus présentable que si elle devait s’appliquer aux bornes de l’hexagone ; cette proposition, au demeurant, n’est pas neuve, Jean-Marcel Jeanneney l’avait par exemple défendue dès 1978. Evidemment, d’éventuelles propositions françaises allant en ce sens en juin 2012 paraitraient à nos partenaires singulièrement décalées par rapport aux urgences de l’heure, elles ne rencontreraient qu’un succès d’estime des plus limités, il faudrait au plus vite élaborer une politique économique alternative ; et donc se passer d’entrée de jeu de ce qui est présenté comme l’instrument fondamental de la rupture : de qui se moque-t-on ?</li>
<li>On lit aussi des propositions audacieuses pour reprendre en mains le monde de la finance, pourquoi pas en effet, il y a matière. Il faut néanmoins avoir en tête le déficit extérieur et le déficit budgétaire tous deux très élevés : pour en donner une image forte, disons que la totalité du budget de l’éducation nationale en 2012 est financée par l’épargne étrangère. Susciter dans un tel contexte la méfiance des préteurs (pas des spéculateurs) étrangers c’est nous placer de nous mêmes dans la situation grecque : que le fonds de pension des enseignants californiens Calpers, par exemple, mette en doute la capacité de la France à rembourser sa dette, c’en est fini des largesses budgétaires et ce sont les salaires des enseignants français &#8211; et de bien d’autres &#8211; qu’il faudrait immédiatement raboter : mieux vaut y réfléchir à deux fois.</li>
</ul>
<p>Bref, le discours de la « démondialisation » mérite les critiques qui lui ont été abondamment adressées en des termes plus polémiques et politiques que l’argument historique présenté ici : c’est un discours riche en critiques, faible en substance. Il tinte agréablement à l’oreille d’une partie de l’électorat mais il se borne à flatter les illusions. Il n’est pas vrai qu’il soit de bonne politique de les flatter ainsi, cela ne fait que préparer les désillusions du lendemain. <strong>L’enjeu fondamental de l’élection de 2012, ce n’est pas et ce ne peut pas être de trouver un abri, de relâcher la pression,  d’échapper à la dynamique de l’économie mondiale. Comme l’a démontré notre propre expérience à la fin du XIXème siècle, un pays qui se met en congé du monde le fait à ses risques et périls. Comme hier sous Méline, adopter aujourd’hui la rhétorique de la démondialisation, c’est déjà accepter le repli et la marginalisation</strong>. C’est du discours inverse dont le pays a besoin s’il veut surmonter les difficultés auxquelles il fait face, c’est le discours inverse qu’il faut tenir, encourager les acteurs et les forces économiques tournés vers l’avenir, vers l’innovation, vers le monde.</p>
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		<title>Le retour de la tentation hexagonale</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 14:40:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Elie Cohen</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le dossier]]></category>
		<category><![CDATA[numéro 44]]></category>

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		<description><![CDATA[Elie Cohen est économiste La revue socialiste : Quel bilan peut-on faire aujourd&#8217;hui du libre-échange dans les évolutions de l&#8217;économie mondiale? Est-ce un handicap pour les économies des pays développés, un avantage pour les pays émergents? Comment expliquer qu&#8217;en Europe, certains pays paraissent en pâtir, comme la France, bien qu&#8217;elle soit  la cinquième économie exportatrice du monde, tandis que d&#8217;autres non, comme l&#8217;Allemagne? Elie Cohen : Dans le monde réel, le libre échange n’existe pas. Caractériser l’ordre commercial international de « libre échangiste » est une facilité de langage. A la vérité l’ordre commercial international tel qu’il résulte des cycles du Gatt puis de l’OMC relève d’un mercantilisme organisé, fondé sur un troc mutuellement avantageux de concessions commerciales. La panne actuelle de Doha est la preuve que les pays développés ou émergents du Nord et du Sud ne voient plus les avantages mutuels qu’ils pourraient tirer d’une nouvelle vague de libéralisations. Il existe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Elie Cohen est économiste</p>
<p><strong>La revue socialiste :</strong> Quel bilan peut-on faire aujourd&#8217;hui du libre-échange dans les évolutions de l&#8217;économie mondiale? Est-ce un handicap pour les économies des pays développés, un avantage pour les pays émergents? Comment expliquer qu&#8217;en Europe, certains pays paraissent en pâtir, comme la France, bien qu&#8217;elle soit  la cinquième économie exportatrice du monde, tandis que d&#8217;autres non, comme l&#8217;Allemagne?</p>
<p><strong>Elie Cohen</strong> : Dans le monde réel, le libre échange n’existe pas. Caractériser l’ordre commercial international de « libre échangiste » est une facilité de langage. A la vérité l’ordre commercial international tel qu’il résulte des cycles du Gatt puis de l’OMC relève d’un mercantilisme organisé, fondé sur un troc mutuellement avantageux de concessions commerciales. La panne actuelle de Doha est la preuve que les pays développés ou émergents du Nord et du Sud ne voient plus les avantages mutuels qu’ils pourraient tirer d’une nouvelle vague de libéralisations. Il existe par contre une théorie de l’échange fondé sur les avantages comparatifs et des idéologues libre-échangistes qui prônent le désarmement douanier unilatéral comme vecteur de croissance. Ces idées peuvent être dominantes et inspirer des politiques, mais il n’y a pas un sens de l’histoire, le monde a connu des alternances de politiques d’ouverture et de politiques protectionnistes. Certains pays ont crû à l’abri de protections douanières et d’autres ont décliné.</p>
<p>En fait les politiques d’ouverture commerciale ne produisent pas les mêmes effets  pour les pays développés et pour les pays émergents. Un exemple donné en son temps par Joseph Stiglitz permet d’emblée de saisir les différences. En 1955, la Corée et le Ghana avaient à peu près le même niveau de PIB par habitant et les deux pays produisaient et exportaient des denrées alimentaires. Le premier fit le choix de la croissance industrielle extravertie en profitant de l’ouverture des marchés occidentaux et de ses faibles coûts salariaux pour constituer à l’abri de son marché intérieur une industrie nationale. Le second est resté un pays agricole, avec le temps et les crises successives, le Ghana a fini par devenir un pays de plus en plus pauvre. La Corée fit le parcours des nations qui décollent : investissement dans l’éducation et la formation, spécialisation industrielle basée sur une montée progressive dans les secteurs à valeur ajoutée et dans la chaîne de valeur des produits et services. L’extraversion économique est d’abord à sens unique : conquête des marchés extérieurs et préservation du marché intérieur, l’importation et l’usage des devises étant alors réservées à l’acquisition de technologies et de matières premières et non à l’importation de biens de consommation occidentaux. Puis avec le temps et la sophistication économique, la Corée va pratiquer l’ouverture aux importations pour améliorer sa compétitivité, se fournir à bas coût chez les autres et optimiser la chaîne de valeur de ses industries . Le parallèle entre ces deux pays suggère que c’est le dirigisme, l’investissement dans le capital humain et la protection des industries naissantes qui ont permis le décollage de la Corée et que le laisser-faire laisser-aller du Ghana a produit une spirale sans fin de pauvreté et de déclassement économique. Mais une autre conclusion s’impose aussi, <strong>l’intervention publique pour peser sur la spécialisation peut donner de bons résultats en phase de décollage économique alors que l’ouverture commerciale favorise l’optimisation des chaînes de valeur dans les économies matures. L’histoire rapidement esquissée de la Corée, rappelle la trajectoire du Japon hier et de la Chine aujourd’hui</strong> <strong>: les politiques commerciales appropriées au décollage économique ne sont pas celles qui conviennent aux pays développés.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Un demi-siècle de libéralisation commerciale a produit de profonds changements dans la distribution des activités. Le résultat le plus spectaculaire a été la désindustrialisation de l’Occident et la montée en puissance des Emergents. Ce résultat n’est pas surprenant pour deux raisons. Il s’apparente dans l’ordre de l’économie productive au processus de division du travail : l’ouverture économique permet la spécialisation sectorielle (abandon du textile et développement de l’aéronautique par exemple) et intra sectorielle (abandon des segments d’activité intenses en travail non qualifié au profit de secteurs intenses en travail qualifié) ainsi que la montée en gamme (exportation de textile griffé et importation de Tshirts). Il traduit ensuite la bascule dans les économies développées de consommations de biens agricoles et industriels vers la consommation de services.</p>
<p>Si le processus était anticipé, pourquoi assiste-t-on à un réveil douloureux, pourquoi réclame-t-on le retour à la politique industrielle et pourquoi certains songent-ils à un retour au protectionnisme. Pour un pays comme la France la réponse est simple : l’effondrement industriel n’a pas été compensé par une montée en gamme dans le high-tech, la France a raté son entrée dans l’économie de la connaissance, la perte d’emplois industriels bien payés a abouti à une croissance du chômage et de la précarité, et enfin le commerce extérieur est nettement déficitaire (75 milliards de déficit de balance courante en 2011). On comprend dès lors la tentation protectionniste française sauf à rappeler immédiatement que l’Europe a une balance commerciale excédentaire, que les pays du Nord de l’Europe ont réussi leur consolidation industrielle (Allemagne, Pays-Bas, Pays scandinaves …) et/ou leur transition vers l’économie de la connaissance. Au cours des 10 dernières années, à marche forcée, l’Allemagne s’est adaptée à la mondialisation en gelant ses coûts salariaux, en forgeant un compromis social industriel, en acceptant la délocalisation d’une partie de ses chaînes de production, le résultat a été impressionnant : l’économie allemande est devenue plus ouverte et plus compétitive, elle a accumulé les excédents commerciaux. Un chiffre permet mieux que de longs développements de rendre compte du décrochage français : si la France avait maintenu le poids relatif de ses exportations par rapport à l’Allemagne, elle aurait accru ses exportations de 150 milliards d’euros et aurait donc un commerce extérieur largement excédentaire.</p>
<p><strong>L. R. S.</strong> <img src='http://www.revuesocialiste.fr/wp-includes/images/smilies/icon_razz.gif' alt=':P' class='wp-smiley' /> eut-on réguler efficacement le commerce international? Est-il possible de faire entrer en compte les normes sociétales, concernant l&#8217;environnement, la santé, le droit des travailleurs, sans un consensus large entre les grands Etats? Est-il possible, alors, d&#8217;établir un &laquo;&nbsp;juste échange&nbsp;&raquo; comme le propose le projet du Parti socialiste? Peut-on le faire sans un équilibre entre les taux de change?</p>
<p><strong>E. C.</strong> : À Seattle déjà le Président Clinton voulait réaliser des avancées sur les sujets sociaux et environnementaux, la France par ailleurs a tracé depuis longtemps des lignes rouges sur la diversité culturelle. La négociation sur ces « nouveaux sujets » n’a pas réellement abouti. Faut-il pour autant y renoncer ? Trois problèmes différents sont à considérer. 1/La montée en puissance de la Chine montre qu’un pays peut avoir des avantages absolus à l’échange remettant en cause l’hypothèse fondatrice de la théorie des avantages comparatifs. Comme un consensus entre Européens pour remettre en cause le statut de la Chine est difficile à atteindre, il faut au moins être offensif sur la défense de la propriété intellectuelle, les procédures anti-dumping et la question des aides publiques. Par ailleurs l’Europe et les USA doivent adopter une démarche commune au FMI pour combattre la sous-évaluation du Yuan. 2/ <strong>Il est absurde que l’Europe investisse lourdement dans le passage à une économie verte et s’interdise d’en tenir compte dans ses importations, la taxe carbone aux frontières est légitime, de même qu’une conditionnalité carbone dans les marchés publics.</strong> 3/ La désindustrialisation de l’Europe du Sud par ses effets  insupportables sur la balance commerciale n’a que deux issues possibles, soit un fédéralisme redistributeur, soit des stratégies nationales de ré-industrialisation. Le PS a donc raison d’avancer son agenda sur le « juste échange »,   mais il faut savoir choisir ses combats : autant il est légitime d’avancer la revendication écologique et donc la taxe d’égalisation carbone, autant la France peut refuser de considérer les biens culturels comme des biens marchands indifférenciés, autant réclamer une égalité de conditions sociales pour commercer revient en fait à refuser l’échange.</p>
<p>Pour autant l’agenda de la régulation reste ouvert : la panne de Doha, les crises financières, l’impératif écologique conduisent à réinterroger l’équilibre actuel de la régulation commerciale. Le succès de l’OMC et notamment de son organe de régulation collective, l’ORD, ne tient pas suffisamment compte de la différenciation grandissante des préférences collectives et de la nécessité de préserver les biens publics internationaux. Il convient donc à la fois d’étendre l’espace de régulation à l’écologie et à la diversité culturelle et à mieux tenir compte des normes de l’Organisation Internationale du Travail. Pour cela il convient de créer de nouvelles instances de régulation dans le domaine environnemental notamment et de développer l’inter-régulation en rendant opposable au sein de l’OMC les normes et principes de régulation adoptés au sein de l’OIT de l’UNESCO et des Conventions environnementales<a href="#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p><strong>L. R. S.</strong> : Quelles seraient les conditions pour établir un protectionnisme au niveau européen? Peut-on le faire autrement que de manière ciblée, compte tenu de la dispersion planétaire des chaînes de production? Une politique protectionniste nationale est-elle envisageable? Quels seraient ses effets?`</p>
<p><strong>E. C.</strong> : L’absurdité du protectionnisme européen tient à un simple constat : 1/ l’Europe a un léger excédent de balance courante 2/ Si on élimine le commerce intra-communautaire (les 2/3), l’Europe est une économie relativement fermée qui commerce peu avec le reste du monde 3/ Les importations de produits non énergétiques venant de pays à bas coût salarial ne représentent que 10%. 4/ A l’inverse nos exportations sont tournées vers des pays en forte croissance demandeurs de nos technologies et de nos marques 5/ Un protectionnisme européen conçu sur cette base aurait pour seul effet  de dégrader la situation actuelle de l’Europe.</p>
<p>Mais poussons le raisonnement plus loin : une stratégie protectionniste ciblée porterait certainement sur la Chine. Mais qui aurait le plus à perdre à cibler un pays en très forte croissance, au potentiel de consommation en accélération continue, et qui monte très rapidement dans la chaîne de valeur ? Un exemple permettra d’illustrer ce point : la France est après les Etats-unis le pays dont le solde de balance commerciale est le plus élevé dans le secteur de l’aéronautique. D’ici à 2030 la flotte asiatique va être multipliée par 3 alors que la flotte américaine ne va augmenter que de 50%, or Airbus peut légitimement aspirer à prendre 50% du marché au cours des 10 prochaines années. Faut-il prendre le risque de s’en priver alors que nos importations des pays low cost ne représentent que 10%. !</p>
<p>Le protectionnisme européen de plus suppose que nous pourrions rallier à nos vues les nations marchandes de l’Europe du Nord ; or la crise européenne actuelle vient du fossé qui s’est creusé entre pays du Nord et du Sud de l’Europe.</p>
<p>Le vrai problème est là, il tient à la faille qui s’est creusée au sein de l’Europe entre un Nord industriel exportateur et qui maîtrise ses finances publiques et un sud désindustrialisé, déficitaire en balance courante et qui a perdu la maîtrise de ses finances publiques. Les économies européennes du nord de la zone euro (allemande néerlandaise autrichienne finnoise..) comme celles qui sont hors zone euro (suédoise..) ont au cours des 10 dernières années fortement accru leur degré d’ouverture, elles ont accru leurs échanges, leurs excédents et leur orientation vers les émergents. Les Allemands ont même su inventer un modèle fortement exportateur dans l’automobile basé sur une gestion sophistiquée de la chaîne de valeur qui permet de bénéficier des bas coûts des pays de l’Est de la mobilisation du salariat allemand d’un partenariat avec les sous traitants pour le plus grand profit des travailleurs allemands et de la balance commerciale allemande. Les firmes allemandes produisent une plus grande part de leur valeur ajoutée automobile sur le sol national que notre champion Renault et pourtant la balance commerciale automobile est fortement excédentaire alors que la notre est déficitaire.</p>
<p>Bref le protectionnisme ne règle en rien les problèmes bien identifiés de la France par rapport à ses voisins du Nord de la zone euro : dégradation de son système scolaire, érosion de sa compétitivité coût, incapacité à faire croître ses PME innovantes et exportatrices, médiocrité de sa performance en matière d’innovation.</p>
<p>Comme le protectionnisme européen n’est guère envisageable, il serait plus honnête que ses défenseurs plaident pour un protectionnisme national.</p>
<p>Une politique protectionniste nationale est envisageable pour la France sur les ruines de la zone euro, après le retrait de l’union européenne et une remise en cause des accords de l’OMC. La France devrait dans un tel contexte exporter massivement pour couvrir la charge grandissante de ses importations de matières premières et d’énergie et elle devrait le faire dans un contexte de guerre commerciale avec des mesures de rétorsion qui atteindraient nos secteurs d’excellence. Une forte dévaluation du Franc par rapport à l’Euro permettrait sans doute de relocaliser certaines activités sur le sol national au prix d’une forte baisse du coût réel du travail français.</p>
<p>4-Peut on penser, qu&#8217;il y a des liens entre la crise actuelle des dettes</p>
<p>souveraines et les problèmes du libre-échange?</p>
<p>La crise qui dure depuis 2007 est née de l’accumulation de déséquilibres globaux dans la mondialisation. Les déficits permanents américains induits par une consommation frénétique financée à crédit sont le pendant des excédents permanents des pays émergents producteurs de matières premières et de biens industriels. La libéralisation financière et la globalisation financière ont permis que les excédents financiers des émergents financent la consommation des Américains. Pour transformer une épargne chinoise qui voulait s’investir sans risque en investissements américains risqués, une industrie financière du risque est née qui a inventé la titrisation des subprime, les CDS et autres produits dérivés, structurés … Le régulateur capturé par l’industrie financière ou incapable de prendre la mesure de la finance fantôme ou dépourvu des moyens financiers nécessaires à une bonne régulation a laissé faire. Ce schéma des déséquilibres globaux économiques et financiers a fonctionné au sein de l’Europe entre un nord industrieux exportateur et excédentaire et un sud consommateur désindustrialisé et déficitaire c’est ce déséquilibre interne à l’Europe qui est à l’origine de la crise actuelle des dettes souveraines. Certains ont cru que l’adoption de l’Euro abolissait la contrainte extérieure, la crise des dettes souveraines nous rappelle brutalement que même au sein de l’Union européenne et même avec une monnaie unique nul ne peut s’abstraire de l’exigence de compétitivité.</p>
<p>Ces expériences enseignent que la globalisation financière n’a pas eu les vertus de la globalisation des échanges ni sur les pays émergents ni sur les pays développés.</p>
<p>À l’inverse, une Europe qui sortirait pas le haut de la crise actuelle de la dette souveraine des pays de la zone Euro pourrait se donner pour objectif d’inventer un système financier intégré et régulé sur une base européenne, au service d’une économie réelle également intégrée à l’échelle régionale.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Cf Elie COHEN L’ordre économique mondial Fayard 2001</p>
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